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18 juin 2017 7 18 /06 /juin /2017 16:35

Un nouveau scénario s'amorce 

Retour des vacances. (Article du 8 mai). Les parents de Yann ne sont pas disponibles. Sa soeur l'accompagne jusqu'à la porte. Que va-t-il dire à l'interphone?

"C'est Yann"

Une variante du scénario s'impose. Effectivement il ne dit pas je suis avec, je dois lui reposer la question

'tu viens avec qui? '

Il répond :

- "avec Léa".

Je sais qu'elle ne montera pas aussi j'introduis une autre "formule" : - je viens seul - que je lui demande de répéter. Je lui dis alors

'monte'

- "j'attends maman?"

- 'elle vient pas'

- "d'accord"

Il s'agit de "travailler" sur son autonomisation. Il est donc seul sans personne pour relayer sa parole en m'aidant à la comprendre.

 

Mémoire et "récit"

Je lui fais répéter ses énoncés avec la préposition qui manque. La transcription ne tient pas compte de l'articulation imprécise des J et ch.

"Moi je me souviens. On était (en) vacances".

"Moi z'étais (à) la mer, la plage".

Il va suivre ensuite ses photos qu'il me montre et répond à 'dis-moi'

- "on était Nazai

- 'St Nazaire ?'

- "oui"

  • 1ère photo

"Le pont"

- 'La voiture? Elle est où?'

- "on était à vilo (vélo)"

- 'Et tu as pris la photo?'

  • 2e photo

- "on était au restaurant on était manzé"

  • 3e photo

"pizza"

  • 4e photo

'OK c'est le chocolat et de la sauce là'

"la sauce/ la table/ la maison Là mon sauce" (je corrige 'ma')

  • 5e photo

- 'Et là c'est quoi ?'

- "Le menu restaurant. Il est caché".

- 'Le menu c'est le garçon.  Le garçon apporte le menu'

- "de pizza"

  • 6e photo

- "le fou(R) dans sa tête. z' explique, ze connais :

la pâte à pizza (geste)

sauce tomate (le ou la?)

"f(r)omaz oeuf  aussi"

"moi z ai bu du coca"

  • 7e photo

- "menu"

- 'le garçon'

- "c'est un mons(i)eur"

  • 8e photo

"ah oui. C'est dame cousine (cuisine). C'est yen a deux dames. aussi étaient en cuisine.

"On a manzé au restaurant tout ça."

- 'et puis ?'

  • 9e photo

"C'est chanson de musique" (LA)

- 'où ?'

"On a été aventure, la route" (SUR)

  • 10e photo (de lui-même montre le drapeau )

"C'était le France" ('LA')

Une tirade/récit qui déborde

  • 11e photo

on a vu l'cinéma.On a vu la Belle et la Bête. Regarde... écrit.. S'appelle Gaston. C'est un château. La belle c'est lui ('ELLE'). Elle, fi.

La fleur,  une rose, Y a une glace et c'est un chat. I était un monstre. I se remet le Prince, i s'remet que enchanté" ('J'explique').

la rose c'est un cha(r)? I était prisonnier Ya un cachot ('DANS')

Moi zé vu plein de sozes de Rousney ('DYSNEY')

C'est la même

  • 12e photo

"Ah oui on était là-bas . On était à un bateau" ('ON EST ALLES EN BATEAU')

- 'où?' "A Croisic"

- C'est quoi? 'Un port?'

- "oui aussi. aussi. encore un port"

  • 13e photo

"Un crêpe ah oui ya un oeuf, il est là"

  • 14e photo

"La salade. Le sauce" (LA)

  • 15e photo

"des crochettes (B) une et la glace là boule crème (UNE)  c'était là chocolat"

'quoi?' "ananas" (avec les paniers de syllabation que j'écris et lui montre)." J'adore ça" ( J' mis pour TU)

  • 16e photo

"Regarde, il est coché le soleil"

  • 17e photo

"Là c'est du foie gras. Encore salade. A fait 2 fois restaurant."

On récapitule: " du foie gras, la salade, la tomate et cela c'est le (la) sauce (du) foie gras". Je le lui fais répéter.

  • 18e photo

"Encore la salade. Un terrine (UNE) terrine.

D'accord" en riant de son erreur.

  • 19e photo

"Encore la même. encore la salade. Non ! Cintron. ah oui du thon". On cherche quel fromage?

 

"J'arrête les photos, ça m'a donné faim."

Il est prêt à embrayer : "je me souviens un film".. Nous précisons l'articulation de aquarium.

Les conduites langagières

Le langage est toujours énonciatif
déictique, "il est là". il a quelques outils grammaticaux, il se trompe souvent sur le genre, mais rit d'une erreur vers la fin du corpus,marquant l'apparition du métalinguistique. Il néglige les prépositions et s'il utilise la répétition de -aussi- il le re-code en "encore" il le garde pour marquer l'itération, et précise -la même-. Il introduit ses énoncés par ya ou c'est.
Il situe les faits dans le temps : Imparfait et passé composé relèvent souvent d'énoncés tout faits, mais utilisés à bon escient.
Il s'adresse à l'autre : "regarde"

Le récit
De lui-même il introduit le thème en le situant dans le temps et l'espace.
Il ne se contente pas de dénommer les images (photos) mais les commente
Il s'éclate avec celui du film de Dysney.

L'étayage dialogique
Il est très présent et accepte de répéter si je lui demande d'intégrer ou de rectifier un outil grammatical (préposition, genre de l'article) Cependant sa parole n'est pas en place : omission de syllabes, simplification de groupes consonantiques, et mélange d'énoncés tout faits et parataxiques. Effet "petit nègre" garanti.

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28 mai 2016 6 28 /05 /mai /2016 19:20
de la liste verticale à l'ordre avant/après et à "l'écrire"
de la liste verticale à l'ordre avant/après et à "l'écrire"
de la liste verticale à l'ordre avant/après et à "l'écrire"

de la liste verticale à l'ordre avant/après et à "l'écrire"

Les avancées de la séance précédente :
= Étayage
La réponse "directe" ne tient pas compte du contexte de la question. Il faut donc guider l'accès à l'énoncé souhaité.
= Repérage énonciatif de la temporalité
Les mots ont été posés mais pas encore "actualisés" dans un travail spécifique. Ils restent une indication visuelle sur un tableau qui oriente...
= Ouverture à "l'énoncé"
De l'axe vertical (paradigmatique) cf. ci-dessus, à l'axe horizontal (syntagmatique), le travail de construction des réponses aux questions cf. scénario, et des mots se poursuit dans l'interaction oral/ écrit

Langage et énonciation

La généralisation d'un ordre séquentiel

La séance suivante, Yann, trisomique de 21 ans mais pas que, vient donc avec sa mère et l'annonce dès la question rituelle à l'interphone. Il adapte sa réponse à tu es seul ? 

- avec Catherine

Le scénario est bien acquis, et peut-être l'usage de "avec". Ce sera à vérifier dans d'autres contextes. Sinon cela reste un énoncé tout fait. Une forme de salutation. Mais c'est un mot "grammatical", et cela c'est nouveau. Y en aura-t-il d'autres pour qu'il intériorise cet élément essentiel à l'énoncé? Reste la reprise catégorielle "je suis" qu'il faut travailer encore même si elle est presque perceptible dans sa façon "d'esquisser" des mots..

Après avoir mis le bouquet de son jardin qu'il m'a apporté dans un vase, nous allons vers notre espace de travail et je lui demande de montrer à maman ce qu'il avait fait la dernière fois où elle n'était pas là. Les étiquettes des jours de la semaine se trouvent en tas sur la table, à côté du tableau, mais il les range à leur place comme sur le tableau de feutre. Je lui demande alors : Pour toi c'est quoi?

- la date.

C'est pour la date OK. . comment ça s'appelle tout ça? (geste qui englobe les étiquettes)

- souseaine

Les jours de la semaine

- les jou semaine

Quel jour on est ?

- samedi

C'est quel jour que tu fais de la kapoera?

- mercredi

Quelques repères "vécus" facilitent le repérage.

La mère demande : tu as été en stage, qu'est-ce que tu as fait en stage? Au lieu de répondre il suit son idée ("fait?" au CAT)

- C'est poignée de potes.

Quand il a repris les vignettes il n'avait donc pu s'empêcher de les mettre en colonne verticalement, comme sur le tableau de feutre. Nous avions travaillé à écrire les premiers la séance précédente, et je me propose de travailler à écrire les deux autres. Où en est-il de l'aide réciproque qu'apporte l'oral à l'écrit dans son acquisition du langage?

Pendant que sa mère me raconte ce qu'il fait à son poste de travail car elle a pu visiter l'atelier, travail à la chaîne où chacun est à son poste et fait toujours la même chose... (emballer une poignée de porte), il joue avec la matriochka, poupée russe que j'avais placée en haut de la flèche verticale du tableau comme point de référence. Il les sort toutes, les classe, les remet en place en silence, écoutant notre échange et mon commentaire blasé. Marc (un handicapé mental adulte épileptique et dysarthrique que j'avais suivi pour lui apprendre à parler, à compter et des bribes d'écrit) m'avait déjà initiée à cet aspect du "travail" en CA. C'est purement répétitif dans un travail à la chaine. Il ne eut y avoir d'organisation "syntaxique" que dans le produit fini!!! C'est bien une chaîne qui les cosntruit.

Il commente les explications en précisant son intervention.

- pris mateau

Sa mère poursuit. Les percussions c'est quel jour? Le samedi 4 juin, mais le dimanche ce sera pour lui le passage des ceintures. Nous commentons tous pas pareils, tous égaux... Sa mère raconte et lui prend alors des lettres

Ecrire pour dire

NIN puis JA en prinonçant.

- dijago.

Intriguée je demande ce que cela veut dire. Elle me dit qu'il l'a vu sur internet, il acquiesce

- ouais pas à la télé

Je lui fais transférer le mot écrit sur la grille. Je reexplique le tableau et place une des mariotchka pendant qu'il referme les autres qu'on met de côté.

On va faire?

Il suit son idée et voudrait développer

- zen ...?... Je connais! De temps en temps je rappelle

Je recentre sur la tâche du jour, se rappeler les jours à écrire. Au jourd'hui ?

- samedi (avalé mais identifiable) Il sort S  I

- D I ,  j'suis bête.

Je répète le mot plus fort un peu syllabé.

- j'essaie S A

Je redis sa - me (avec geste mais il se refuse à regarder) et à côté du m pour qu'on l'entende.

Il a réussi à l'écrire. Demain c'est quel jour ?

 - dimanche

Il trouve la dernière syllabe et l'écrit avec avec le nom des lettres C H . Comme pour M (samedi) il manque un e.

Il trouve le début

- oui c'est D. le i viendra de lui-même mais il le place après le che.

Je commente : le jour où on travaille pas. Je lui annonce on fait -manche-. Il trouve M veut mettre un e . Non pas e man. Pour trouver le an je fais A (geste de la main ouverte sur le nez) il ne veut pas regarder mais  retrouve le N.

Il veut ensuite écrire

- loto.

Je lui demande quand ?

- aujourd'hui avec

qui ?

- avec Catherine. C'est pas gagné !

Il veut ensuite écrire Kapla, je lui donne l'indication de comment s'appelle maman qu'il vient de nommer. Il trouve Ka et réussit.

On va travailler à écrire Catherine pour la première fois sans avoir vu de modèle, donc sur la base de l'oral..

. Comment on va écrire ka l'autre k tu sais,

C A

maintenant te, il sort T I je dis il manque le e. Il a sorti R I. Posé CA RI. Et qu'est ce qu'on va mettre au bout ?

- ne

Je précise ne c'est n et e. J'insère le h dans la syllabe TE qu'il avait omise.en la mettant à sa place.

La photo est là pour témoigner de ses efforts et progrès.

Les avancées de la séance
>Évocation de mots
- le repérage du temps passe par l'expérience personnelle,
- la réponse aux questions semble se faire à partir d'un mot inducteur en lien avec sa propre démarche de pensée qui ne tient pas compte de l'enchainement des énoncés précédents : il reste dans l'ici et maintenant du déroulement de l'action en cours. L'étayage reste nécessaire à cette actualisation.
>Langage
- il a maintenant l'usage du mot grammatical "avec" et commence à se repérer dans le temps (cf. demain)
- ses commentaires spontanés sont toujours aussi nombreux, justifiés voire avec humour (cf. le loto où il joue sur le mot "gagné" car il utilise cette expression d'habitude quand il est face à une difficulté. Un certain "jeu" apparaîtrait donc.
>Parole
- les mots sont certes souvent escamotés dans un premier temps mais il prend l'initiative de rechercher les lettres pour les écrire. Il se réfère à certaines syllabes qu'il maîtrise mais si l'ordre Consonne+Voyelle est respecté dans son écriture, celui des syllabes dans le mot demande encore un travail d'entrainement à le percevoir. Répéter en ralentissant etc... Il refuse dans un premier temps de regarder les gestes qui pourraient l'aider s'en tenant au canal auditif et à sa propre perception.

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7 mars 2015 6 07 /03 /mars /2015 17:49

On peut aborder le langage de différents points de vue. Si on suit l'évolution de Yann, jeune trisomique qui parle beaucoup mais dont la parole n'est toujours pas tout à fait intelligible, il devient légitime de se poser la question: en quoi tenter de l'aider à écrire peut-il aider Yann, 20 ans, à améliorer son langage oral? 

 

Il y a bien sûr le développement de ses capacités cognitives. Ses jeux sur l'ordinateur (TV Neurone, acheté par ses parents) ont évolué. Il maîtrise maintenant "Le maçon" (il s'est beaucoup entraîné chez lui en parallèle des kaplas peut-être) et le "super Puzzle" niveau moyen (ses premiers jeux enfant). En lien avec le travail de lire, nous avions exploré le Panier, en nous référant à l'activité qu'il venait d'avoir pour que les mots correspondent à son expérience. Après "le collier", devenu trop facile et Les coloriages qu'il ne sait pas encore très bien réaliser seul, il faut le guider encore, nous sommes passés à "La carte au trésor", chemins à reconstituer en tenant compte d'une consigne qui peut concerner 2 éléments à mettre en relation avec un ou 2 selon les exemples. S'il s'agit d'un jeu visuo-spatial, il recoupe le travail réalisé avec les non-lecteurs sur un tableau à double entrée, pré requis à l'entrée dans l'écrit, en lien pour Yann avec la capacité à comprendre et suivre une consigne qui se complexifie. Il est très fier d'y parvenir.


Entre le travail de "langage" et l'entraînement cognitif, les progrès de son autonomisation, Yann va devenir capable de trouver des mots et de chercher lui-même comment les écrire (avec le Jeu de Jarnac). 

Le contexte affectif a été posé: un monde de significations et de valeurs au cours des discussions sur "grandir" quand il a posé le NON et après l'avoir dit ex exprimé par son  comportement, en utilisant un symbole pour l'exprimer dans un tableau écrit sans avoir à l'écrire.

Retour sur le langage oral

Avant de pouvoir raconter, il faut pouvoir "dire" dans un cadre d'étayage

Il est arrivé un jour en apportant son "carnet" du Centre, où se trouvent les photographies de ses copains, du stage réalisé pendant les vacances avec des moniteurs etc... Ce carnet prend le relai de Dialogo pour un travail de parole, nommer ce qu'on voit, mais aussi d'évocation des lieux, du temps... une base pour construire sa mémoire épisodique, l'entrée dans une "histoire". Cette initiative indique bien son désir de communiquer en partant de son propre monde. 

EcrireYannEncore faut-il que les noms de ceux de la photo de groupe soient compréhensibles pour des étrangers (cela fonctionne avec les familiers, habitués à ses raccourcis). Plusieurs entrées vont faciliter cet apprentissage:

- le modèle auditif est en échec, il ne suffit pas à mettre en place la structure du mot

- un support visuel peut aider: l'écriture des lettres de chaque syllabe en l'inscrivant dans une vague (un panier) l'accompagnant  de symboles écrits comme pour Ré le créneau qui marque le grattage de la gorge pour qu'il n'escamote pas la 2e syllabe. Pour qu'il réussisse à prononcer la 2e syllabe de BE NOIT nous sommes passés, oralement, après NON par  NONO puis NOA.

Un travail du même ordre a été fait la séance suivante pour retrouver les activités de ce stage: avec SYL VAIN l'animateur: et là nous avons trouvé encore une autre façon d'arriver à enchaîner pour ne rien sauter et entrer dans l'unité du mot au-delà des syllabes:

- un grand mouvement des deux bras comme une danse succède à taper sur la table les syllabes avec une sorte de chanson du mot.

Yann est ravi, il s'exprime ainsi à travers tout son corps et pas seulement le circuit restreint de l'articulation, il y retrouve l'ampleur du mouvement de sa stéréotypie (balancement d'avant en arrière du haut du corps) qui resurgit parfois tout comme les bruits d'arrière nez (un clic dans d'autres langues) qu'il arrête à la demande mais qui reviennent dès qu'il s'applique, se concentre...

La danse des mots se fixe: retour aux lettres

 

20141224 112254 copieLe travail de langage est omni présent même lorsque nous travaillons sur "écrire". Face aux lettres du jeu de Jarnac, il devient capable de trouver des mots par lui même, en fonction de ses centres d'intérêts et nous poursuivons notre exigence de prononciation... qui va pouvoir, nous l'espérons, se répercuter ainsi dans sa parole spontanée...

Le premier mot qu'il a voulu écrire est "prince".

Puis NCIS. Heureusement sa mère était présente pour traduire en connaissant ses intérêts!20141224 112229 copie

Ce qu'il regarde à la télé etc...

 

 

Il en est au stade d'un enfant dont on reprend les énoncés difficiles à comprendre avec plus de succès qu'avant (il devient souvent capable de répéter le mot sans avoir à l'écrire).

Mais nous sommes encore loin d'une parole courante compréhensible, même si nous pouvons avoir recours à cette sorte de chanson/danse des mots qui, avec le balancement des deux bras est comme un bercement contenant les rebonds des syllabes.

 

Discussion: oral/écrit et langage

Qu'on me pardonne d'aborder cette discussion par un exposé des motifs reposant sur des références personnelles. J'appartiens aux premières générations d'orthophonistes du siècle dernier, formées et informées par Suzanne Borel Maisonny, et Denise Sadek Khalil, pionnières, pour qui l'apprentissage du langage écrit s'inscrivait en continuité avec celui de l'oral. La prise en compte des différentes modalités perceptives (visuelles, auditives, kinésique) était à la base même des remédiations proposées aux difficultés rencontrées dans ces dits apprentissages. Le fonctionnalisme de Martinet (issu du structuralisme de Saussure) pour l'une, la démarche Guillaumienne d'analyse de la langue pour l'autre, l'une plus phonéticienne, l'autre plus linguiste, leur apport à la réflexion sur le langage à la lumière de la pathologie ont, pour moi, marqué une réflexion commune lorsque les équipes de recherche étaient ouvertes à une réflexion de praticien, comme celle de Frédéric François.

Lorsque je me suis trouvée confrontée à une situation concrète de pratique différente, en particulier du fait d'avoir à adapter l'orthophonie à une autre langue et à un autre contexte environnemental en Algérie, la rencontre avec Guberina m'a confortée dans le besoin que je ressentais de faire participer le corps entier, le groupe etc... dans le laboratoire de recherche dont j'avais la responsabilité dans les années 1970 à l'Institut de Phonétique et de Linguistique d'Alger qui avait pour mission de soutenir par ses recherches l'arabisation d'un pays qui aspirait à retrouver la langue de sa culture d'origine. Une brève rencontre avec l'équipe de psychomotriciens qui démarait à la Salpêtrière m'a confortée dans la nécessité d'une approche globale, avec la prise en compte des syncinésies en particulier comme signe de retard du développement neurologique...

J'ai donc été amenée à m'adapter encore et encore à la différence de chaque patient, de chaque famille, dans une ouverture à l'autre qui est le fondement même de mon point de vue, dans la relation thérapeute/patient.

De retour en France dans les années 1980, j'ai été profondément choquée par un exposé qui partait du principe qu'on pouvait dissocier totalement l'apprentissage de l'écrit de celui de l'oral en rapportant un courant de recherches où les parents retenus dans l'expérience, n'adressaient AUCUNE parole à leur enfant, et les remplaçaient en toute situation par une étiquette/panneau avec le mot écrit, dès la naissance. Le film m'a profondément choquée et rendue très méfiante d'une approche de l'écrit qui coupait toute relation entre l'oral et l'écrit, aucune interaction, et ne tenait aucun compte de ce qui pouvait freiner un apprentissage, et, de plus, où le critère  de réussite recherché semblait être la rapidité sans se préoccuper de la compréhension...

 

Revenons à Yann. j'ai eu l'expérience de commencer à démutiser un audi-muet (avec en complément de ma formation borélienne, quelques principes d'une méthode très spéciale pour la prise en charge des arriérés profonds, exercice où les syllabes sortaient littéralement du corps en extension, dans un cri, comme une éructation, qu'il fallait répéter 3 fois 20 fois, ce qui me scandalisait un peu... ) et 20 ans plus tard, un retardé profond, épileptique et dysarthrique, dont la mère voulait qu'il apprenne l'écrit incapable de parler, avec lequel j'ai procédé tout autrement.
Les problèmes de Yann sont encore d'un autre ordre. Les chemins suivis également. Comment le faire parvenir à une parole courante, comment lui permettre d'acquérir le minimum requis pour une autonomisation sociale en milieu protégé ce qui implique de savoir compter un peu, lire un peu, comprendre ce qu'on attend de lui dans des situations courantes... ?

Cela fait 11 ans que nous nous y efforçons, à son rythme, avec des tâtonnements inévitables pour trouver ce qui marche puisqu'il ne peut apprendre par l'imitation et la répétition comme cela se passe pour la plupart. En rendre compte est l'objet des nombreux articles de ce blog qui lui sont consacrés.

Il nous guide, nous car c'est un travail d'équipe, par ses réactions qui déterminent ce que nous allons devoir "travailler" ensembles en séance. Si on reprend le parcours de Yann, c'est bien un parcours vers cette autonomie qui se manifeste dans son évolution même, dans la relation même entre pensée et langage.

 

Dans un article sur structuration mentale et méta, nous avons discuté ce qui, de notre point de vue, représentait une difficulté pour le passage de l'oral à l'écrit dans un contexte orthographique en le rapportant à un défaut de structuration de base.

L'exemple de Yann se situe en deça, mais pour lui, comme pour d'autres, "épellation", "syllabation", ne permettent pas l'accès au schème du mot puisqu'ils déconstruisent l'unité que l'on réalise et entend dans la parole, sans l'analyser comme unité pour autant (dimension méta).

Ainsi, lorsqu'on est initié en partant des unités de bases (son-lettres, premier regroupement de la syllabe), il faut aller au-delà de la segmentation qu'elles impliquent.

- Si le lien ne se réalise pas mentalement, il faut pouvoir l'inscrire dans un mouvement mélodique, généralement porté par la voix.

- Si cette approche auditive ne s'intériorise pas non plus, la participation de tout le corps en mouvement peut permettre de se l'approprier.

C'est ce qui semble avoir marché le mieux pour Yann dans la démarche discutée ci-dessous:

- le support de base en a été l'écrit qui nomme, puisqu'on en est au stade du mot, et permet la mise en relation avec l'image.

- le corps en mouvement de Yann lui aurait servi de contenant pour séquentialiser ce que contient un mot qu'il cherche à dire et/ou à écrire. Balancement, geste de l'infini des deux mains qui fendent l'espace qui l'entoure, ou grande boucle qui entraîne, Yann, debout, y voit un jeu qui l'aide.

On peut espérer que le mot va s'intérioriser et qu'il le retrouvera sous cette forme sans être passé par les 100 fois de l'ancienne méthode décrite qui n'obtenait que quelques mots, et sûrement pas de lien.

- Il faut certes le faire répéter plus de 3 fois (mémoire immédiate) et j'ai adopté 10 fois (mémoire de travail en double tâche puisqu'on compte jusqu'à 10) indispensables après chaque réussite, quand on travaille.

- Mais il faut savoir accepter de redonner le modèle avec rappel du geste ou du mouvement quand c'est une parole spontannée dans une situation de communication, quelle que soit la frustration de l'interlocuteur? Souvent il le retrouvera alors en le répétant.

En tout état de cause, Yann a eu besoin de cette interférence entre oral et écrit... pour que sa parole puisse se mettre en place.


NB Le geste du corps en mouvement reste proposé par la thérapeute car la famille ne le "sent" pas et serait bien en peine d'avoir à le reprendre...



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