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17 avril 2016 7 17 /04 /avril /2016 20:53
Yann et le Sacre du Printemps (trisomie)

Cet article interrompt les compte-rendus des séances de récit sur images correspondant à ceux d'Artus sur l'autre Blog. Comme pour ce dernier, les progrès de l'expression verbale sont manifestes, à des niveaux différents car Yann n'a pas encore acquis la structure des mots dans leur forme verbale pour être tout à fait compréhensible.

C'est encore une autre thématique qui est proposée dans celui-ci : Yann va reconnaître la musique jouée par l'orchestre et la décrire en "racontant" avec force gestes expressifs le film où il l'a entendue qui appartient à ses DVD favoris. Le sous-titre pourrait être MUSIQUE ET IMAGE.

Première partie de la séance : l'écrit soutient la parole

Qu'est-ce que tu as fait hier?

- Un grand Kassè (concert)

- Où ?

- sais pas

La mère précise et gardera la parole pour expliquer les circonstances ....

- à La Villette

J'écris 'à La Villette' et il le répète.

- à la Vi-llette.

Elle explique alors qu'ils n'ont pas beaucoup travaillé avec les tableaux... mais dans le Jardin. Il y avait 3 places qui étaient disponibles et c'est comme cela qu'elle a emmené Yann à ce concert.

Yann feuillette le fascicule qu'il a apporté de la saison 15.16 de l'Orchestre national d'Ile de France puis cherche sur son appareil les photos qu'il a prises.

Trois morceaux différents étaient au programme. Le compositeur, Milho, le monsieur qui a écrit la musique... Il a un peu dormi pendant le 2e. Il y avait un pianola (relié avec le piano qui appuie sur les touches du piano à la place du pianiste qui pousse des manettes). On cherche sur l'appareil photo où on peut le voir.

2ème partie de la séance : fonctionnement associatif

Après, poursuit-elle, Igor Stravinsky. Le Sacre du Printemps. Je lui demande de le laisser s'exprimer. 

Il s'appuie sur les photos qu'il a prises, Elle m'explique qu'il connaissait la musique qui est celle du film Fantasia 1 qui a été sa grande passion et qu'il connait par coeur. On cherche le 2e tableau...

"Ah le faucon, non c'est pas l'autre

le vo(l)can (j'écris en parallèle pour le lui faire reprendre)

c'est que les flammes

(suit un passage confus pour moi où il nomme les héros que je ne peux noter accompagné de gestes mimant des actions)

"ça fait splosif (gestes des bras à l'appui et le bruitage suit) esplose

et les pétards aussi (j'ai l'air étonnée) il explique

le folcue (sa mère traduit le barbecue)

J'écris barbecue et place en "sons" au dessus de cue/kiu

le fromage en Kiri (association avec le K que je viens d'écrire).

Troisième partie : le support visuel de cette mémoire associative

Sa mère explique que pendant le concert il voyait la scène et lui racontait tout alors qu'elle disait chut... Elle commente :

"Les choses que tu voyais , le tyranosaure etc...elles étaient dans l'image, des images dans ta tête"

Je complète : c'était la musique du film.

Il repart sur le film, le tyranosaure Rex, fait les gestes tout en le nommant,

Sa mère poursuit : il attaquait un autre, qui ? et toujours les gestes où il s'identifie au personnage gestes où il se défoule... Il était dans l'action, il les enchaînait. Certaines situations servent de facteur déclenchant.

cf. pomme rouge, et il embraye sur un dessin animé (il a l'usage d'internet et s'y débrouille très bien en plus de ses cassettes et maintenant DVD) Blanche Neige.

Par exemple Bambi : il sait qu'il est triste dit-elle.

Je lui rappelle le dessin animé de Petit ours Brun va au marché, première "histoire" support d'un travail sur la "séparation/individuation" de ce grand garçon d'une dizaine d'année quasiment sans langage, du temps de Windows 95 (ces supports ne fonctionnent plus bien sûr même mal avec XP).

ANALYSE
Je rappelle que Yann a un langage énonciatif, il s'exprime avec ce qu'il arrive à mobiliser au niveau de la parole en l'accompagnant de gestes de type mime. Le mouvement était au cœur de ses premiers dessins. Ce corpus confirme qu'il est très visuel. Sa pensée et son expression s'appuient sur des images.
Une enfant m'avait expliqué comment elle voyait se dérouler le film comme sur la fenêtre de l'histoire des 3 petits cochons qu'elle me racontait (voir en lien un chemin de mémoire).
Les photos qu'il prend sont vraiment un excellent support pour l'accompagner dans son acquisition du langage très retardée certes, mais bien là. Sa curiosité le guide à la découverte du monde qui l'entoure et qu'il fixe ainsi comme un support à la mise en mots qui n'a pu se faire encore par les voies habituelles du bain de langage. Le travail de langage que nous poursuivons actuellement l'aidera sûrement à mieux différencier réel et imaginaire.

Mémoire et conte de fées

Dernière partie

Sa mère revient aux photos qu'il a prises : tu as vu tous les instruments ?

 

En guise de conclusion : où situer le fil conducteur qui a permis à Yann de retrouver en les anticipant toutes les séquences du film ? La musique qu'il retrouve en est-elle le facteur déclenchant ou la séquence d'images enregistrées dans le cadre d'une identification aux acteurs est-elle le support de son écoute d'une musique retrouvée ?  Les deux sont mémorisés intriqués. Il n'était plus question pour lui de dormir...

De l'oeuf et de la poule ...

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30 octobre 2015 5 30 /10 /octobre /2015 14:55
De la capoeira à un auto apprentissage musical
De la capoeira à un auto apprentissage musical

De la capoeira à un auto apprentissage musical

Quoi de neuf? Demande l'orthophoniste. Tu as des vacances?

Yann, trisomique de 20 ans, qui travaille depuis peu dans une SAS, ne peut répondre bien sûr, mais sa mère qui s'assoit également désire m'en parler. Elle va demander 3 jours pour qu'ils puissent partir en famille au moment de la Toussaint. Les rencontres précédentes, nous avions travaillé à poser certaines règles de comportement dans ce nouveau cadre d'adultes au travail, l'aider à grandir puisqu'il se comportait comme un enfant et je veux m'assurer qu'il ne rencontre pas d'autres difficultés puisque la semaine précédente il avait même pu me faire comprendre ce qu'il faisait dans notre tête à tête en le mimant (remplir des sachets).

Ce jour là, sa mère est là et nous analysons le changement dans sa vie "d'adulte" au niveau des vacances, il ira certes en colo, mais il y aura moins de vacances en famille. Je lui propose cette définition : "les vacances c'est quand je ne vais pas au travail comme tous les jours".

Sa mère poursuit : il a apporté quelque chose. Dans ce qu'ils font, il aime bien la couture. Il ne peut trouver les mots pour en parler. Je propose "dessine le et on trouvera le mot". Il est très réticent mais finit par jeter un dessin sur une grande feuille. Je dis cela ressemble à un sachet et lui demande ce que c'est que le trait qu'il a fait: "c'est quoi ?" La mère répond "un ruban". Je demande ce qu'on fait avec. Il ne peut répondre. Je retiens sa mère de l'aider à le dire. Je me déplace vers la porte de la pièce et en la manipulant, j'essaie de lui faire trouver le mot "fermer". En revenant je prends une boite et nous travaillons de même la paire ouvert/fermé. Puis je vais chercher un petit sac qui contient un sachet de lavande dans une autre pièce et il me confirme que c'est aussi ce qu'il avait fait. Je l'ouvre et le ferme... Il n'est pas coopérant. Quand je lui demande la couleur, il dit cependant "volette".

Je l'avais vraiment poussé dans ses derniers retranchements pour qu'il suive mes demandes lui arrachant le dessin puis ouvert/fermé (en répétition). Il tousse (il est enrhumé, malade même) et va vers le vélo d'appartement qui est le lieu où il se récupère maintenant (avant qu'il y soit c'était le gros ballon d'équilibre qui permet d'établir une distance sur un fond d'activité motrice).

Il ne veut toujours pas parler, même sur le vélo mais il va finir par nous faire comprendre qu'il voudrait aller au restaurant et au cinéma en le baragouinant. Sa mère m'explique alors en riant qu'elle s'est accordée une soirée "filles" et qu'il en a été très frustré ! Il prend alors le xylophone et revient s'asseoir à sa place.

De lui-même, il lit le nom des notes (voir cadre et langage), écrit RE FA LA MI sur la feuille du dessin du sachet et les joue. Je le lance dans la recherche de la différence de hauteur. Cela vient petit à petit mais il reste opposant. Il chante en jouant, il invente. Je lui dis n'avoir rien compris sauf papa, maman et toi. En chantant il se balance d'avant en arrière (cf. sa "stéréotypie") mais un peu. Il a besoin du mouvement, d'un rythme...

Je l'explique à sa mère et elle me parle alors de la Capoeira où elle a réussi à l'nscrire. Elle avait prévenu le prof, mais il n'avait pas du réaliser le type de handicap... Elle assiste aux cours de 2 heures et me raconte qu'il parle beaucoup, fait ce qu'il peut, décalé, change de partenaire, commente sans cesse et  parle aux autres, "ah c'est super", qui répondent 'non c'est pas comme ça', en un mot il pourrait déranger. Mais le groupe l'accepte comme il est, semble-t-il, et il s'en débrouille à sa façon même si elle lui fait la leçon avant de l'amener...

Elle me propose alors son hypothèse concernant sa meilleure maîtrise de ces balancements... Au début de chaque séance, il y a un rituel de base et après seulement les mouvements s'enchaînent. Du coup son balancement s'arrête un temps. Je lui suggère de prendre des photos de cet échauffement. Cela pourra servir de support pour un travail de "langage" et lui donner les mots pour "dire".

Pendant que nous parlons, Yann se met à écrire le nom des notes qu'il joue: ré fa, ré sol, ré fa la, la fa ré, mi . Il joue avec toutes ces notes qu'il a nommées par écrit.

Nous passons sur l'ordinateur et je lui mets le piano midi sur l'écran. Il joue avec la souris. Le nom des notes s'affiche:

"moi écrire tout ça" et il prend une nouvelle feuille (il veut la garder) "non c'est pour moi".

Quand il s'en va, il essaie d'ouvrir la porte de M. "salut crapule, réveille, matin (M*), ça pas crapule!"

 

DISCUSSION

Le premier thème s'impose, les vacances approchent. Comme toujours, nous "travaillons" à la mise en mots et en "sens" de ce que peut représenter ce thème dans son "monde". Mère et orthophoniste se renvoient la balle. Il ne participe pas. Serait-il contrarié?

Cela se confirme lorsque sa mère évoque son travail à partir d'un objet qu'il a fabriqué. Il ne peut le nommer, et n'a aucun plaisir à le dessiner, ce qu'il fait volontiers d'habitude. Le travail de langage du jour va porter sur l'opposition ouvrir/fermer. Je demande à sa mère de ne pas s'en mêler, elle reste pédagogue et lui propose un mot à répéter. Les verbes d'action précèdent les participes (adjectifs) ou les prépositions, d'où la forme infinitive, même si elle se conjugue en parole dans la description de l'action qu'on réalise en le disant. L'action est réalisée sur différents objets. Nous comparons son dessin au sachet que j'apporte. Il répète à contre-coeur, mais veut bien dire la couleur du ruban qu'il n'a su nommer.

Sa mère parle pour lui en précisant qu'il aime bien la couture.

Son opposition à ce genre de travail se marque alors, en dehors même de son refus de parler et de son attitude, par la distance qu'il établit en changeant d'espace. Il quitte celui du travail du langage (la table) et va sur le vélo à proximité des jouets musicaux. Effectivement c'est là qu'il va trouver comment faire comprendre ce qui, ce jour là, le "fâche" avec un énoncé à sa façon que sa mère décripte.

Du fait de cette interprétation, il revient avec le xylophone des dernières séances (les notes avaient leur sens d'écrit depuis une séance antérieure où, ayant retourné le papier où il dessinait, il avait vu une page de partition, ce qui m'avait amenée à lui dessiner une double gamme en clé de sol avec le nom écrit à côté). Je saisis cette occasion de reprendre la main pour un travail perceptif (hauteur) et de lecture: il veut bien lire les syllabes en lien avec son intérêt du moment.

Il s'évade de ce travail en "composant" air et paroles, le balancement réapparait, mais peu, ce qui nous amène à en discuter en sa présence. Pour mieux l'exploiter, s'il y a des photos, il pourra "raconter" comme on l'a fait pour la colo.

Il reprend la main du "travail" en contruisant lui-même des intervalles (cf. hauteur) et éprouve un immense plaisir à "écrire" le nom des notes qu'il joue.

Changement de lieu à nouveau, mais d'appropriation en quelque sorte : il transfère cette activité sur le piano de l'ordinateur. Il veut écrire "pour lui". Une "maîtrise" d'apprentissage en vue ?

En partant, dans le couloir, il marque un temps d'arrêt devant la porte d'un espace "privé", faisant le lien ainsi avec les séances précédentes où nous avions posé règles et interdits.

Le dernier énoncé sera sûrement repris sur le plan du langage, car il a déjà fallu une fois pointer que on ne parle pas ainsi à un adulte mais entre copains. Chaque porte en ouvre une autre !

 

 

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7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 13:28

BongosLe premier solo

de "La misa criola."

Cette fois il est bien question de

rythme.

Quelle galère.Toujours ce problème de mémoriser... et pourtant il s'agit bien de passer par le corps. Comment réussir un départ sur une syncope et mettre en place ensuite un accent sur le temps? Ce n'est pas une vraie syncope sur le temps mais vécu comme tel du fait d'un rythme particulier et de paroles!

Les paroles de ce bref passage (7 syllabes) avaient été mémorisées 5 ans plus tôt, dans une première approche de cette messe, répétition en marchant, à chaque instant de libre, pour la "mise en bouche" et la mise en mémoire de sa lecture.

Encore une fois, il pourrait s'agir d'un conflit de système. Sur le plan musical, on retrouve le modal et le tonal, des modalités d'apprentissage différentes certes, quand on fonctionne dans l'un ou l'autre, mais le résultat est là, si je lâche le contrôle visuel des bâtons sur la partition (référence culturelle au tonal de par la mesure), que je me lâche enfin, le chef m'ayant affirmé que je le savais, je déplace la syllabe qui me dérange, bouleversant parole, rythme et mesure avec conviction au moment du concert. Je suis retombée dans "ma" façon de sentir l'oeuvre, et de l'exprimer en fonction de "ma" pulsation.

Et pourtant, je l'ai répété devant le groupe, après avoir passé 3/4 d'heures à le mettre en place en marchant et tapant violemment sur ma cuisse, puis avec mon doigt, visualisant la partition, pour m'exercer, au petit matin à la fraîche, et bien non, il aurait fallu le double peut-être: 500 ou 1000 fois au moins et il n'y en a eu que 300 à peu près, à raison de 5 ou 6 par minute, y compris les ratés où il fallait remettre en place  le schème... Effectivement, je peux le "dire" mais non le chanter sans le transformer...

Je suis reportée en arrière, une dizaine d'années avant, lorsque, avec ce même chef, nous essayions de me permettre de fixer une brève séquence de la 9e, galère que j'ai présentée pour illustrer un de mes premiers témoignages sur mes difficultés d'apprentissage de la musique repris dans le contexte théorique de l'article "Musique et apprentissage".

Un autre souvenir d'une telle insécurité concernait un passage en alto de l'Alleluiah de Haendel. Autre stage qui avait réactualisé mon incapacité à réaliser ce passage sans écouter le départ de mes voisines quand nous l'avions chanté 4 ou 5 fois ensembles. A ce stage, je n'avais plus les mêmes voisines, et personne sur qui m'appuyer. J'ai pu me rattrapper quelques mesures plus tard, heureusement?

Au moment du solo, dans ce dernier concert de fin de stage, le chef accompagnait le piano et nos voix avec ses bongos et je ne pouvais en faire abstraction, attentive également au geste qui allait me confirmer mon premier départ. La suite était la séquence problématique, après avoir compté 1-2-3 (les temps) et non 3-1-2 (dans leur mesure),  je ne compte plus que sur moi, pour lâcher ce "ten-pie-dad  de no-so-tros". C'est le -dad- qui s'est retrouvé sur le départ de la mesure suivante, tout en haut sur le mi,  le -de- rejoignant nosotros sur le mi d'en bas... A la réflexion, je crois que c'est le rythme des bongos qui a définitivement perturbé mes repères et que je l'ai vécu à ma façon "primitive" au lieu de m'en tenir à quelque chose d'appris: conflit de système, de culture, toujours ce monde décalé... 

à suivre...

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24 juin 2013 1 24 /06 /juin /2013 07:20

image_Frere_Jacques_large.jpg L'entraînement préalable à

Frère  Jacques


Avant de nous lancer à nouveau dans le chant, nous avons consacré une séance  où nous n'avons pas repris Frère Jacques mais essayé de travailler sur le passage de 3 à 4.

Nous commençons par le jeu de "Simon" qui se révèle (repère visuel double: place et couleur à associer à un son) comme prévu, extrêmement difficile car non paramétrable. Il s'y intéresse, mais il lui faut retenir non seulement la hauteur (en s'aidant éventuellement de celle du son, mais le nombre de fois par touche. Il s'arrête à 3.

Nous aurions aussi pu enchaîner sur "audiolog" mais nous avions beaucoup travaillé avec "tam tam rythme" qu'il connaissait et aimait bien. Il retrouve vite la consigne avec le paramétrage le plus simple, aussi j'enlève les plots pour ne garder que le repère de leur support.

Il a ensuite choisi "Play math" pour retrouver la place des nombres dans le tableau... en quête de bonus dans un exercice qu'il contrôle maintenant de façon tout à fait autonome.

 

Avant de nous lancer la séance suivante à remettre en place "Frère Jacques", nous reprenons "Tam Tam rythme". Les difficultés commencent à 5 mais il se contrôle de mieux en mieux "en intériorisant"  petit à petit le schème proposé en mémoire immédiate jusqu'à 4. Non seulement il n'est plus obligé de taper en même temps que le modèle au-delà des premiers signaux, mais il marque très vite cette intériorisation d'un commentaire: "et oui!" ou "d'accord" lorsqu'il y a un décalage avec ce qu'il ferait. Ainsi, à 5, il tape le 1er, le second puis s'arrête. S'il se trompe ( 2 fois sur 7), les plots réapparaissent, la réusite est donc là... grâce au sipport visuel Il est fier de réussir mais épuisé.

L'inscription d'un schème auditif est bien en train de se réaliser non pas sur le mode de la répétition du même mais dans l'analyse de sa composition pour le reproduire.

Nous voici maintenant devant l'écran de " vocalab" avec le même paramétrage (10000hz). Plusieurs difficultés, Démarer seul au signal (cf. tam tam rythme l'y a préparé) et non se couler dans ma voix, même si au début nous le reprenons ensembles. Respecter les 4 syllabes des paroles, alors qu'il a automatisé la chanson avec 3. Il ne veut pas d'aide, et proteste quand je mets mon doigt sur sa gorge pour lui rappeler le rrr qui gratte en deuxième position. Nous passons sur l'écran du bas (patient), revenons sur le haut (thérapeute) jusqu'à qu'il se garde un "réussi" seul comme modèle. Sa mère présente ne peut se retenir de le corriger quand il oublie, l'inciter à commencer... dans une démarche d'étayage pédagogique, alors que les plages de silence montrent à quel point il est sur le point de réussir, actif... Elle le motive à essayer encore en lui rappelant que cet entraînement le prépare à la pièce de théâtre où il va jouer samedi prochain... Avant de se présenter à superstar!

J'ai du fermer l'ordinateur avant d'avoir pu faire une capture d'écran lorsqu'il a réussi, dans une deuxième étape, à le répéter une deuxième fois... à suivre...

 

Si Yann est heureux de réussir, le contrôle est là, visible sur l'écran, il en sort épuisé... Il faudra répéter encore et encore, non la séquence directement, mais sa préparation jusqu'à ce qu'il puisse la retrouver de lui-même. Il n'a pas voulu s'aider de la main cette fois, il est passé de l'action, du mouvement, à la construction d'une représentation, ce qui motive, de mon point de vue, l'inversion du titre...

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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 12:53

Capture   Rythme et langage

Un nouveau titre s'est imposé pour souligner l'impact de la musique dans le rapport de jeunes enfants trisomiques au langage et à la culture.

car à la séance suivante,  Yann m'a permis d'imaginer une autre façon d'exploiter son désir de chanter pour l'aider à mettre en place sa parole.

Chanter de façon audible implique une mise en place de la parole, et dans le cursus de son acquisition du langage, il refuse l'entraînement à l'appui syllabique pour rythmer son expression orale, ce qui se manifeste par des séquences avec omission de sylabes. La parole de Juju (IMC de 3 ans présentant des traits d'autisme) est passée par cette étape également.

Cette façon de "parler"/"chanter" m'interroge également sur le rôle de la pulsion dans le rythme, pulsion interne, propre au sujet, qui dans le cas de Yann serait le moteur de son balancement, stéréotypie qui se réveille en cas de grande émotion.

Il s'est trouvé, ce jour là, que j'avais ouvert vocalab et que, pour essayer ce que donnait ma voix de "tenor" (cursus d'un rhume tombant sur la poitrine), il y avait le spectre visualisé d'une sirène affiché dans la partie thérapeute, qui permet la comparaison avec la réalisation du patient.

Ce logiciel est installé sur un portable et le réglage du micro permet de n'avoir qu'à se positionner en face de l'écran pour que ce soit standart, quand il n'est pas fondamental d'obtenir avec précision un" fondamental", une mesure stricte de l'intensité....

Alors que Yann avait déjà déniché la boite de pokémons et l'avait cachée avant que je n'arrive dans le bureau, je l'entraîne devant l'écran et lui annonce qu'on va faire un autre jeu pour qu'il puisse mieux chanter encore. Il commence par faire la grimace et transformera ma consigne de sirène. Je lui montre comment j'avais fait et il chante alors, à sa façon, "Frère Jacques". Il a accepté s'y intéresser suffisamment pour s'essayer à son tour, regardant l'effet produit sur l'écran, renouvelant l'expérience pour que cela puisse constituer la base d'une comparaison.

Avant de l'effectuer, nous avions à nouveau mêlé nos voix, comme au tout début de ses essais de voix, à 9-10 ans (il en a 17), pour essayer de lui faire réaliser la mélodie avec les syllabes manquantes. Nous avons donc repris ensemble, vu que ce n'était pas pareil que quand j'avais chanté seule.

Je lui ai pris la main pour scander ce que nous chantions jusqu'à ce qu'il s'y essaie seul avec ce contrôle visuel pour le guider. Nous essaierons encore, très certainement... à la prochaine séance.

Discussion

La discussion portera d'abord sur l'évolution de la parole de ce jeune trisomique d'un point de vue technique.

Quelle place accorder aux chansons dans la mise en place de sa parole?

S'il tente d'en reproduire les paroles, ce qui enrichit éventuellement son stock lexical, il s'appuie plus ou moins sur le rythme mais transforme la mélodie du fait de sa difficulté à tenir compte de toutes les syllabes. Ce qui rendait difficile à comprendre pour des mélodies rocks modernes est encore plus manifeste dans la chanson enfantine "frère Jacques".

Capture-hieroglyphe.PNGNous avons donc repris cette chanson, la séance suivante, après avoir visualisé "hiéroglyphe" car il en avait recopié des pages entières, fier de m'annoncer qu'il n'était plus petit, faisant allusion à l'abandon des listes de pokemons qui l'occupaient jusqu'alors.

 On peut voir dans la capture d'écran où il répétait immédiatement chaque syllabe (d'où les deux pics) du mot, le sssssssssssssss qui couvrait mon fffffffffffffffff et sa rectification à la fin de l'enregistrement. Il faudra le reprendre encore et encore, bien sûr....

Mieux prononcer "Frère Jacques" devenait pour lui, grandir, un projet en quelque sorte.

Une autre entrée sera probablement celle du rythme, marqué du pied, ou sur un tambourin peut-être.,

En effet, de lui-même, une fois, il a essayé de tapoter sur son autre main en chantant, reprenant un geste d'étayage. Il pourrait mémoriser ainsi, à court terme d'abord, le nombre de syllabes. Ce sera une étape importante car il y a toujours ce balancement prêt à revenir, comme le bruit d'arrière-nez dès qu'il se concentre.

 

La question de l'incidence de la culture dans son développement langagier ne peut concerner qu'une culture d'oral, car il ne sait pas lire, même s'il identifie les lettres pour les taper sur le clavier ou les recopier.

Il retient donc d'oreille ce qui lui plait et tente de le restituer avec l'ambition de ressembler à ces jeunes qu'on voit à la télé.

Cela avait déjà été son mode d'entrée dans le langage. Il a un ordinatuer à sa disposition et se débrouille parfaitement pour y trouver ce qui représente la culture de beaucoup de jeunes aujourd'hui.

Pour lui, tout comme pour Artus, la musique est, parmi les médias, celui qui lui permet le mieux d'être intégré socialement, et d'échanger avec ses pairs.


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