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15 septembre 2017 5 15 /09 /septembre /2017 22:07
Le solitaire

Le solitaire

Le solitaire

Ce jour là nous n'avons pas suivi les routines. Pendant que nous parlons avec sa mère en prenant le café dans le living, il joue au solitaire dont je viens de lui expliquer les règles. Comment les lui faire comprendre d'ailleurs ?
Il connait le jeu de dames donc le principe. Cela me permet de passer directement à la  phase démonstration une fois seule, puis avec lui. J'espère que son désir de réussir l'encouragera à élaborer des stratégies... En tout cas il s'y applique. Nous le reprendrons plus tard et je suggère à sa mère d'en rechercher un chez elle. Il est mûr pour s'y atteler...

Et j'espère bien sûr que cela lui fera quitter un peu l'ordinateur car il est bien de son époque...

Nous partons tous les deux vers notre salle de travail car il est impatient de me montrer son nouveau jeu et je voudrais qu'on parle de ses vacances en famille puisqu'il a perdu dans le voyage quand il est allé en colonie son téléphone et son appareil photo. Je me propose de tester ainsi sa mémoire et sa capacité de réaliser un récit. Ce projet se réalisera-t-il?

Après la grille constituer le lexique

Après la grille constituer le lexique

Le dialogue initial

Il s'assoit et je commence en situant notre propos. Va-t-il se repérer dans le temps? 

"Ces vacances ? "

- moi j'étais en colonie

- et avant ?

- montagne

- non avant? (car il répond pour la colonie)

Pendant ce temps il a sorti le jeu où il excelle "Puissance 4". Je ne suis pas d'accord et situe espace et partenaires :

"Non, je n'en veux pas, c'est à la maison avec maman."

Cette dernière est arrivée et nous confirme la motivation de son fils à le choisir comme activité : il gagne tout le temps. Quant à moi je sais d'avance que je serai encore plus nulle qu'elle, tout comme aux échecs, jeu de go et tant d'autres jeux... Peut-être qu'un jour je demanderai à Yann de m'apprendre à y jouer, mais il y a toujours tant d'autres choses à faire.

La boite de mots croisés

Cette boite est un nouveau support, jeu très ancien (vide-grenier), que nous avons déjà exploré en nous en tenant à remplir les cases (article non paru à ce jour sur jazblogtest, "Yann et le futur", le lien viendra plus tard).

Sa mère choisit la planche en fonction de ce qu'elle pense qu'il doit connaître. Il n'y a pas de page de solutions comme dans les livrets que nous utilisons d'habitude. Il faudra l'aider... Il veut que ce soit moi et non sa mère qui réagit toujours au quart de tour et ne lui laisse pas le temps d'essayer seul de trouver ou qui ne réussit pas souvent à le mettre sur la voie sans le lui donner à répéter...

Une première image

Il nomme l'image

- poisson

en sortant les cartons P I comme lettres. Je lui précise "c'est une sorte de poisson" et je lui fais répéter "car-pe".

Il range les 2 lettres, sort le A puis le C. Il le met en place. "Tu veux qu'on répète le mot?" Sa mère et moi le disons ensemble. Il prononce à è (pour R), sort le R avec I, je refuse ce dernier, j'insiste sur p (avec le geste) en répétant le mot pour le P et lui demande ensuite "qu'est-ce qui manque au bout?" pour le E.

Hypothèses :
Tout s'est passé comme si le premier mot associé à l'image restait présent avec le I nécessaire à l'écriture de oi. Il reste dépendant de sa première évocation de mot. Conflit à résoudre peut-être?
Il refuse l'étayage maternel qui ne s'adapte pas à son rythme et à sa forme de pensée comme peut le faire un étayage thérapeutique. cf. Vygotski La zone proximale de développement.

"Le changement de point de vue sur la façon de réaliser la tâche s'effectue dans le jeu des représentations des partenaires de l'échange interactif". (2003)

C'est pourquoi je présente le corpus de l'échange pour exposer le support de ce qui motive ma propre démarche d'étayage. Ses choix de lettres, leur ordre, ce que je dois faire pour qu'il entende et choisisse l'une ou l'autre sont autant d'informations sur l'évolution de ses stratégies qui lui permettront un jour de lire seul et d'écrire, du moins je l'espère.

P. 5 du poster Psy & SNC de 2003

Une deuxième image

"Qu'est-ce que tu veux mettre comme mot? On t'aide un peu."

mère "C'est quoi ça ?"

- Pomme

moi "j'crois pas... si".

Yann sort P M M E puis trouve le O

- C'est ça. Oh là là Je trop fort.

La troisième image

- Blé

Explication sur épi de blé, de maïs. Cherche les lettres I P E. Je lui rappelle que le E peut être dit é. et ajoute :

"Il faut écouter le mot".

- J'suis bête hein moi !

Sa mère lui explique alors que le mot qu'il connait "pie" est différent. "Dans le jardin un oiseau noir qui siffle".

Le travail se poursuit pour les autres mots, en lui imposant l'utilisation du tableau des lettres pour faire les sons... etc. en particulier la révision des consonnes.

Je décide que plutôt que de refaire une autre grille, on va voir ce qu'il en reste. Je la cache et lui donne une feuille blanche et un crayon avec la consigne "tu te souviens de quoi ?"

 

Évocation du mot avec son référent (image)

Évocation du mot avec son référent (image)

Évocation écrit/figuration

Yann est donc libre soit d'écrire, soit de dessiner... Il choisit la liste de mots et ce n'est que secondairement, à ma demande qu'il fera les dessins qui figurent ci-dessus. Je lui demande alors de les réunir comme on faisait dans le temps, il ne manifeste aucune opposition mais semble content de réaliser l'exercice.

Lorsqu'il arrive à carpe, il le prononce en même temps qu'il l'écrit. Le travail a porté ses fruits alors qu'il recherche toujours certains son à partir de la prononciation de la lettre,  pé en particulier, de même pour le R qui reste "è" quand il veut écrire ce qui renforce l'omission qu'il en fait le plus souvent dans sa parole.

Parole et écriture

Pourquoi parler d'une amorce d'autonomisation ?
Il ne s'agit pas cette fois de son comportement en général pas toujours adapté mais de celui qu'il a face à une tâche qui mobilise une énorme concentration : changer le mot qu'il voudrait écrire, chercher les composantes des syllabes, respecter l'ordre des lettres quand il n'est pas sûr de réaliser le mot oralement dans son intégralité du fait de son retard de parole aggravé de son agrammatisme.
Il lui faut également changer sa stratégie d'épellation des lettres, mise en place dans son apprentissage malgré une initiation différente au départ que j'ai tenté d'imposer en vain, pour celles des sons des lettres comme il le fait spontanément ce jour pour le mot carpe.
Il lui faut également ne pas partir dans un autre mot parce qu'il le connait etc...

Son langage reste très simplifié hors quelques "figements" qui intègrent des éléments grammaticaux par exemple. Les composants de ces figements doivent pouvoir s'autonomiser, il doit pouvoir les intégrer dans d'autres énoncés... Le chemin sera long, il ne fait qu'y entrer.

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18 juin 2017 7 18 /06 /juin /2017 16:35

Un nouveau scénario s'amorce 

Retour des vacances. (Article du 8 mai). Les parents de Yann ne sont pas disponibles. Sa soeur l'accompagne jusqu'à la porte. Que va-t-il dire à l'interphone?

"C'est Yann"

Une variante du scénario s'impose. Effectivement il ne dit pas je suis avec, je dois lui reposer la question

'tu viens avec qui? '

Il répond :

- "avec Léa".

Je sais qu'elle ne montera pas aussi j'introduis une autre "formule" : - je viens seul - que je lui demande de répéter. Je lui dis alors

'monte'

- "j'attends maman?"

- 'elle vient pas'

- "d'accord"

Il s'agit de "travailler" sur son autonomisation. Il est donc seul sans personne pour relayer sa parole en m'aidant à la comprendre.

 

Mémoire et "récit"

Je lui fais répéter ses énoncés avec la préposition qui manque. La transcription ne tient pas compte de l'articulation imprécise des J et ch.

"Moi je me souviens. On était (en) vacances".

"Moi z'étais (à) la mer, la plage".

Il va suivre ensuite ses photos qu'il me montre et répond à 'dis-moi'

- "on était Nazai

- 'St Nazaire ?'

- "oui"

  • 1ère photo

"Le pont"

- 'La voiture? Elle est où?'

- "on était à vilo (vélo)"

- 'Et tu as pris la photo?'

  • 2e photo

- "on était au restaurant on était manzé"

  • 3e photo

"pizza"

  • 4e photo

'OK c'est le chocolat et de la sauce là'

"la sauce/ la table/ la maison Là mon sauce" (je corrige 'ma')

  • 5e photo

- 'Et là c'est quoi ?'

- "Le menu restaurant. Il est caché".

- 'Le menu c'est le garçon.  Le garçon apporte le menu'

- "de pizza"

  • 6e photo

- "le fou(R) dans sa tête. z' explique, ze connais :

la pâte à pizza (geste)

sauce tomate (le ou la?)

"f(r)omaz oeuf  aussi"

"moi z ai bu du coca"

  • 7e photo

- "menu"

- 'le garçon'

- "c'est un mons(i)eur"

  • 8e photo

"ah oui. C'est dame cousine (cuisine). C'est yen a deux dames. aussi étaient en cuisine.

"On a manzé au restaurant tout ça."

- 'et puis ?'

  • 9e photo

"C'est chanson de musique" (LA)

- 'où ?'

"On a été aventure, la route" (SUR)

  • 10e photo (de lui-même montre le drapeau )

"C'était le France" ('LA')

Une tirade/récit qui déborde

  • 11e photo

on a vu l'cinéma.On a vu la Belle et la Bête. Regarde... écrit.. S'appelle Gaston. C'est un château. La belle c'est lui ('ELLE'). Elle, fi.

La fleur,  une rose, Y a une glace et c'est un chat. I était un monstre. I se remet le Prince, i s'remet que enchanté" ('J'explique').

la rose c'est un cha(r)? I était prisonnier Ya un cachot ('DANS')

Moi zé vu plein de sozes de Rousney ('DYSNEY')

C'est la même

  • 12e photo

"Ah oui on était là-bas . On était à un bateau" ('ON EST ALLES EN BATEAU')

- 'où?' "A Croisic"

- C'est quoi? 'Un port?'

- "oui aussi. aussi. encore un port"

  • 13e photo

"Un crêpe ah oui ya un oeuf, il est là"

  • 14e photo

"La salade. Le sauce" (LA)

  • 15e photo

"des crochettes (B) une et la glace là boule crème (UNE)  c'était là chocolat"

'quoi?' "ananas" (avec les paniers de syllabation que j'écris et lui montre)." J'adore ça" ( J' mis pour TU)

  • 16e photo

"Regarde, il est coché le soleil"

  • 17e photo

"Là c'est du foie gras. Encore salade. A fait 2 fois restaurant."

On récapitule: " du foie gras, la salade, la tomate et cela c'est le (la) sauce (du) foie gras". Je le lui fais répéter.

  • 18e photo

"Encore la salade. Un terrine (UNE) terrine.

D'accord" en riant de son erreur.

  • 19e photo

"Encore la même. encore la salade. Non ! Cintron. ah oui du thon". On cherche quel fromage?

 

"J'arrête les photos, ça m'a donné faim."

Il est prêt à embrayer : "je me souviens un film".. Nous précisons l'articulation de aquarium.

Les conduites langagières

Le langage est toujours énonciatif
déictique, "il est là". il a quelques outils grammaticaux, il se trompe souvent sur le genre, mais rit d'une erreur vers la fin du corpus,marquant l'apparition du métalinguistique. Il néglige les prépositions et s'il utilise la répétition de -aussi- il le re-code en "encore" il le garde pour marquer l'itération, et précise -la même-. Il introduit ses énoncés par ya ou c'est.
Il situe les faits dans le temps : Imparfait et passé composé relèvent souvent d'énoncés tout faits, mais utilisés à bon escient.
Il s'adresse à l'autre : "regarde"

Le récit
De lui-même il introduit le thème en le situant dans le temps et l'espace.
Il ne se contente pas de dénommer les images (photos) mais les commente
Il s'éclate avec celui du film de Dysney.

L'étayage dialogique
Il est très présent et accepte de répéter si je lui demande d'intégrer ou de rectifier un outil grammatical (préposition, genre de l'article) Cependant sa parole n'est pas en place : omission de syllabes, simplification de groupes consonantiques, et mélange d'énoncés tout faits et parataxiques. Effet "petit nègre" garanti.

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19 février 2017 7 19 /02 /février /2017 16:32
Travail de langage préalable
Travail de langage préalable

Travail de langage préalable

La séance suivant celle de la présentation de ce nouveau support de travail, Yann arrive avec la grille tout juste commencée.

Pourquoi ce deuxième article? Il s'agit pour sa mère de reprendre la main sur le mode d'emploi du livret. Yann s'en tient à une activité de recopiage. Sa mère veut qu'il trouve le mot à partir du nom en l'écrivant alors qu'elle lui dit la syllabe dans sa démarche habituelle d'étayage de l'écrit. Elle a essayé de le faire travailler, il allait toujours chercher à la fin du livret comme nous l'avions fait d'ailleurs ensemble pour l'aider à trouver ceux qu'il connaissait moins et n'arrivait pas à écrire.. Elle est fatiguée et le conflit se résout par un geste d'exaspération pour fermer le livret, ranger le tableau de référence des lettres pour faire les sons, en tapant sur la table et la réponse de Yann est de jeter violemment le crayon. Ce n'est pas la première fois que cette situation se produit, et nous avons déjà du renoncer à travailler quand Yann ne veut rien entendre.

Le nouveau titre apporte la réponse à la question qui se pose, comment changer la façon de "travailler" avec ce support pour que Yann puisse améliorer son "langage"?

Les mots à trouver ne sont pas seulement ceux d'une liste mais appartiennent à des objets de l'environnement de Yann, dont les connaissances lexicales sont d'autant plus réduites en "expression" qu'il a toujours beaucoup de difficulté avec les mots de plus de 2 syllabes. Il n'en était pas là à l'âge où ce lexique s'acquière par un travail dit de "langage" pour ceux qui présentent un "retard".

À PROPOS DE L'ÉTAYAGE (cf. LA ZONE PROXIMALE DE DÉVELOPPEMENT (VIGOTSKY)
"Il s’agit donc, pour l’adulte, de s’adapter à l’enfant en formulant des hypothèses en fonction des premières interactions de la situation etc... mais aussi en fonction d’un savoir implicite qu’il a sur cet enfant, sur le fonctionnement psychique en général, et de la connaissance d’autres modèles favorisant l’analyse des corpus recueillis."

DIALOGUE ADULTE ENFANT dans l'interaction thérapeutique

Les contextes

Les contextes

Travail de Langage préalable

OBJECTIF : Construire le lexique de base, en contexte.

'Montre-moi ce que tu as fait'.

Yann n'a inscrit que 2 ou 3 mots dans la grille. Le travail de "langage" va commencer.

'C'est la page de quoi? Reformulé en "situation" Comment s'appelle la pièce?'

-"salle de bain"

Nous nous centrons sur l'image globale qui permet de contextualiser les mots de la grille.

- 'Tu as mis quoi comme mot' (à montrer sur l'image globale donc)

- "savon

- 'il est sur quoi?' ( actualisation des outils grammaticaux de base sur/sous/dans/à)

Silence amenant une reformulation de la question:

'Comment ça s'appelle là où il y a les robinets?'

- "(en aparté car c'est son nom de famille que je viens d'évoquer) Toujours le nom de ma famille oh la la lala! (Excédé)"

Je donne le nom qu'il ne doit pas utiliser (sa mère l'appelle autrement): 'lavabo'

Il répète à mi-voix "namabo". Je le lui fais travailler en répétition avec gestes de ma part à l'appui pour les consonnes.

De lui-même il montre : "là... brosse... " (entrée déictique)

- 'Non, pas tout à fait' et on précise 'brosse à quoi?'  

- "dents" (il ne reprend pas le à. on reprend la mise en place du mot composé: geste des consonnes à l'appui + le geste de la main ouverte pour renforcer le à en 2e syllabe.

Il se dépêche de changer de sujet et dit de lui-même

- "dous" (douche)

puis il précise un élément qu'il reconnait et il marque cette reconnaissance en le précisant

- "peigne c'est ça"

- "chien"

'd'habitude pas dans salle de bain'

- "suillette" (serviette)

Nous travaillons la prononciation en 3 morceaux avec les gestes Borel. En l'écrivant de surcroit : ser (point sous le r vi ette

- "gant il est là"

- "et là seau " (verre)

je me moque gentiment 'tu bois dans un seau?' et lui demande 'où est la serviette' en ajoutant 'de toilette?'

-"table" (tabouret)

Je lui rappelle le début de la séance : 'tu enlèves le tabouret et tu mets le tien'. 'Tu te rappelles?'

Je mime aussi sur la table l'éponge pour nettoyer:

-"ponge"

Il répète la correction -" é-ponge"...

La saturation est là, il veut absolument me montrer le nouveau livre (un N° de Youpi) sur lequel il s'essaie à lire avec sa mère. Il y aura donc une séquence de détente et d'expression spontanée  en regardant l'image du livre avant de revenir à l'inventaire de la salle de bain.

Langage et image
La démarche de Yann a d'abord pris en compte les mots et les images isolées de l'autre page pour inscrire 3 mots avant de venir (repères numériques pour les situer).
Il fera la navette d'une page à l'autre au cours du dialogue de ce corpus jusqu'à ce qu'il cherche directement sur l'image, objectif que je m'était fixé : il l'indique par "il est là" pour le gant et enchaîne "et là" seau. Il utilise donc une autre entrée pour identifier le lexique que celle du mot écrit ou de l'image qui le représente isolé ("vu" sans être nécessairement "lu", identifié par le lettre à lettre en quelque sorte).
Pour que ce lexique s'inscrive dans son expérience personnelle et non, seulement, dans l'identification de l'image lorsqu'il ne le prononce pas bien, j'utilise des évènements récents, en particulier le mime, sans penser pour autant que cette démarche suffira à l'inscription du mot dans son lexique. Toujours ce problème de "parole". .

Langage et parole

Autour du seigneur et du moyen-âge.

Autour du seigneur et du moyen-âge.

Sa mère a utilisé le texte en lui faisant repérer certaines graphies de  voyelles qu'ils étudient. Il "raconte (dénomination) et commente".

- "Chopper"

Sa mère précise 'Pas dans dessin animés. C'est comme le papa de Bambi, plus ou moins. ça ressemble à Chopper' et  insiste,'mais c'est pas lui'.

-" je connais mais sais pas son nom"

Je différencie nom et prénom et lui dis cerf.

Sa mère lui fait lire dans Tom et Nana

-"c'est princesse"

Sa mère lui demande son nom et le lui fait lire

-" é-me-line"

- "c'est lui la princesse"

Je l'arrête, et contextualise 'elle'.

A la page des devinettes (paires),

- "Ah oui, c'est épée"

de qui?, il  lit

-" Le roi ar-cho" après explications, Arthur.

"Il est là le roi Arthu, za raison c'est lui".

Mère : il va falloir que tu fasses le découpage pour construire le château. Et puis... la maison des oiseaux..

- "l'épée, c'est ça".

Sa mère sort on entend au loin 

- " qui dit ça? punaise ? C'est M* "

et nous revenons aux mots croisés

Le passage à l'écrit

 "tabouret", on passe à "ta - pis" (j'explique tapisserie pour le s final)

dentifrice pas dans boite dans T B , il lit tubrosse.

Il n'a pas intégré le é de éponge, il a du mal à trouver le p, pour on montre an sur le tableau des lettres pour faire les sons. Je montre le g sur le tableau, le nomme. Il faut recommencer pour serviette. Bref rien n'est encore "acquis". Comme il le dit souvent :

"c'est pas gagné."

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13 janvier 2017 5 13 /01 /janvier /2017 09:11
Kapla sans modèle - Mise en page de copies il y a 2 ans
Kapla sans modèle - Mise en page de copies il y a 2 ans

Kapla sans modèle - Mise en page de copies il y a 2 ans

Yann (21 ans) est tout à fait autonome sur internet pour trouver ce qu'il aime. Et quand il aime quelque chose il se l'approprie en le reproduisant de lui-même, quand cela lui chante. Il y a eu de nombreuses listes depuis les pokémons, les hiéroglyphes, quelques caractères chinois mais depuis qu'il est tombé sur les Kaplas il n'arrête pas, au point de les organiser dans l'espace d'une feuille

Ce n'est pas sa seule activité sur internet et il s'affranchit vite des modèles, les reproduisant de mémoire ou comme ce dernier, encouragé par sa mère en en inventant un qu'il n'a jamais vu auparavant, utilisant ses acquis pour les combiner autrement.

Cela fait des années qu'il en réalise. Sa mère en avait photographié, maintenant c'est lui qui s'en charge. Il en est à 111 sur son appareil, depuis le premier. Il y en a eu bien davantage mais  ils étaient souvent réalisés plusieurs fois. Aussi a-t-elle introduit  la notion de doublet pour ne garder que des modèles différents. 

 

Les kaplas lui permettent d'exister au même titre que ceux qui en présentent sur internet. Ses "oeuvres" répondent à son besoin de composition. Enfant il était passionné de puzzles, lui tenant lieu de jeux, support de sa capacité à se concentrer et à organiser des éléments entre eux dans un rapport topologique. Sa découverte du dessin à 9 ans et leur évolution l'avait amené à tenir compte de la perspective, évoquant sa perception d'une 3e dimension. Le passage à 2 dimensions de l'image de ses réalisations, permet d'avoir un support pour que l'image devienne un support de son entrée dans le langage, non seulement tardive mais excessivement lente. Image et mouvement étaient nécessaires à leur fixation. Le champ de la vision et non l'image auditive que l'étayage donnait simultanément. Reconnaitre tout ce lexique n'était pas évident.

Où se loge la créativité chez Yann ?

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28 février 2016 7 28 /02 /février /2016 13:14
Images en désordre mais l'interdit est passé

Images en désordre mais l'interdit est passé

Le travail avec les séries d'images que nous allons présenter dans les prochains articles sur ce blog est à mettre en parallèle avec celui qui a été réalisé avec Artus, 27 ans, trisomique également, sur un même support, présenté sur l'autre blog.

Yann a 21 ans et son langage spontané est en train de se préciser non seulement dans le champ de la parole (arriver à 3 syllabes et plus, mots escamotés, consonnes pour d'autres etc...) mais aussi du langage : s'il réalise de nombreux commentaires évaluatifs dans le cadre de la situation d'énonciation, sous forme de figements, langage tout fait qu'il s'est forgé sans apprentissage, le lexique se développe lentement dans une étroite relation au travail sur "l'écrit". Il ne mémorise pas facilement car il refuse encore presque toujours de répéter ce qui, manifestement, lui coûte tant d'efforts à mettre en place...

Ce jour-là, Yann trouve le paquet d'images sur la table devant lui. Il enlève le trombone et va à la découverte de ce matériel pendant que sa mère m'informe d'un nouveau problème évoqué lors de sa rencontre avec la référente et le chef de service.

Nous faisons le point sur son adaptation.

Ça va mieux ?

- Il a du encore embêter M* (une jeune fille) qui lui a passé un savon.

- Il y a encore ça à régler, donc.

La concentration ?

- La minutie sur le travail ne lui pose pas de problème

Il comprend les consignes ?

- Il sait ce qu'il faut faire. Mais il n'en dit rien.... (ne raconte pas ce qui s'y passe)
Il va faire un stage de manutention fine à l'ESAT sur plusieurs semaines en mai.

- Le cognitif est donc OK. Ce qui pêche c'est ses pulsions.

- Aux pauses, dans les couloirs il retourne à ses jeux (bruit) au point de déranger le personnel. Seule solution, sortir dehors pour se défouler puis ça va mieux, mais cela implique une surveillance. Il y a toujours ce problème de son fonctionnement et de la part théorique d'adaptation de l'institution qui n'est pas envisagée comme telle.

Reste le cadre des pulsions sexuelles, le "ça ne se fait pas".

Avec nous, ce qu'on peut faire: apprendre comment on est ensemble.

 

Nous passons aux images que Yann manipule et regarde tout en nous ayant écouté...

Il a mis les images dans cet ordre 2 1 3 4, l'ordre de départ du dialogue (voir les images dans l'ordre dans l'article d'Artus)

"Comment faire pour raconter ?"

Sa mère voulait intervenir sur l'ordre mais je la retiens : ...il faut laisser le temps...

Elle reformule la consigne :

"toi tu inventes des histoires... comme les BD avec les dessins. Il faut raconter l'histoire, celle qui est là."

Je reprends la main

2

"Où ça se passe?

- là, sa(lle) de bain

- Qui il y a dans l'histoire?

- ya un gaçon aussi

ya un chien aussi

1

- Cette image ?

- ya un garçon, ya un chien il est pas mouillé le chien.

- c'est le même ?

pour que ça (je montre 2) ça vienne ?

- le chien il est mouillé. Plouf

- t'as sauté une image

- pas sauté dans l'eau là (montre 1)

- où ? Je montre la baignoire

Essai de construire l'action et l'énoncé correspondant avec un crayon une gomme et un livre pour figurer la relation spatiale à mobiliser, dans, à côté, sur.

- ah glissé plouf de l'eau! (dans)

- et qu'est-ce qui se passe ?

- Ah ça dame

Qu'est-ce qu'elle fait?

- La dame sé pas content a gaçon et s(ch)ien. (mis pour avec?)

Pourquoi ?

- Grosse bêtise.

Il a manifestement compris la leçon de l'histoire!!!

J'essaie de lui faire réaliser l'ordre des images en passant par le sol et le changement

-regarde bien par terre. Là et là qu'est-ce qui est pas pareil?

- C'est pas bon pas de sien dans l'eau. C'est interdit, pas dans l'eau.

- Qu'est-ce qui se passe avec l'eau ? (4) Par terre il y a?

- tout de l'eau.

 

Je conclus: on voit, on comprend et on parle.

 

Yann reste pour chercher des mots avec Jarnac et en sortant sa mère réactualise l'interdit:

- et quand on dit interdit, les yeux dans les yeux,

- d'accord.

 

DISCUSSION

 

Le "récit" /description d'image s'attache aux attributs des personnages qui ont été identifiés sans peine. Il se situe dans un registre énonciatif. Yann est capable de faire le lien ainsi entre les images "un sien il est pas mouillé là", S'il ne peut exprimer une intention, il utilise un mot du dialogue pour donner le résultat d'une première action, "sauté", puis de lui-même découvre "ah!" l'action qui s'est produite "glissé" entre 2 images. Le temps des énoncés est bien celui de l'énonciation dans le cadre d'une image mais la connection inter-image est ainsi rétablie par lexique utilisé. Son langage reste parataxique au niveau de la thématisation de ce qui importe pour lui dans un langage enfantin "la dame sé pas content à... " et quand je lui demande de regarder encore l'image pour qu'il repère l'eau par terre, il suit son idée et enchaîne sur une formulation en lien avec son expérience "grosse bêtise" puis un énoncé qui résume l'histoire en développant l'interdit "C'est pas bon pas de sien dans l'eau. C'est interdit, pas dans l'eau." Il reprend ainsi ce qui pose problème dans son propre comportement à son CAT, les interdits...

Rappelons qu'il avait fallu mettre en scène le scénario avec Artus avec des jouets pour qu'il sorte de la dénomination, utiliser le mime avec eux et la référence à son expérience personnelle pour qu'Artus puisse se lancer et faire un résumé à partir de la dernière image :"clabousser de l'eau partout. A la fin il a renversé de l'eau et la mère (de ce garçon) elle est fâchée."

Artus a appris ce qui convient et s'est exprimé là-dessus en dessinant à l'adolescence. Il disposait alors d'un savoir lire/écrire, d'une connaissance du monde qui était passée par l'histoire, la géographie, la religion, la politique. Yann n'en était pas là à ce moment de son existence, ce ne sont pas des mots qui ont pu poser les interdits. Nous l'avions esquissé au moment où il vivait dans le monde du docteur who en tentant de différencier l'imaginaire du monde de l'expérience quotidienne. Mais il va sûrement les intérioriser car il les évoque dans cette nouvelle activité narrative. On voit qu'il entre dans la conduite de récit sur de toutes autres bases qu'Artus. Son langage témoigne d'une évolution selon d'autres modalités, ce qui ne peut manquer de se confirmer dans les articles qui vont suivre.

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  • Orthophoniste à l'ancienne mais à l'écoute...

- L'avatar correspond à des dessins d'enfants tels qu'ils me voient. Il y a 30 ans, un jeune malentendant de 9 ans me dessinait avec des taches de rousseur (non non ce ne sont pas des larmes!)
  • Orthophoniste à l'ancienne mais à l'écoute... - L'avatar correspond à des dessins d'enfants tels qu'ils me voient. Il y a 30 ans, un jeune malentendant de 9 ans me dessinait avec des taches de rousseur (non non ce ne sont pas des larmes!)

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