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24 novembre 2012 6 24 /11 /novembre /2012 20:51

Réversibilité 001 (392x800)       Quel chemin?

du lien entre le saint et son auréole évoqué à partir du dessin de Sénia

à la réversibilité en mathématiques?

   L'article précédent a analysé la façon dont elle a trouvé comment changer en explorant en dessin puis en mots la façon dont elle se vit dans l'évolution de son travail sur elle-même.

Elle a accepté notre nouveau contrat et a décrit le dessin qu'elle a oublié d'apporter de la maison. Il faut que nous reprenions les multiplications pour l'école.

En CM2 elle ne retrouve plus l'automatisme qu'elle utilisait jusque là car, si elle a une bonne mémoire de travail, il n'y a aucun ancrage à long terme. Ma démarche est de passer par le sens, et nous avions commencé un travail de recherche du sens pour apprendre une récitation en changeant de stratégie.

Je me suis donc centrée sur l'absence de lien visible entre le "coeur ailé" et le "rond" représentant une auréole, pour que la signification d'une auréole lui apparaisse dans un contexte donné, celui d'un saint, comme si elle émanait de la tête (force mentale) de celui qui en bénéficiait.. Et j'ai enchaîné sur la relation qui relie les nombres dans le cadre d'une multiplication.

Pour définir l'opération, elle a utilisé un exemple "une fois 1" et je suis allée chercher la boite des réglettes cuisenaire qu'elle avait déjà explorées, en dessinant avec elles, en remplissant certains encastrements etc...

De la manipulation à l'équation

Elle a intégré le fait non explicité d'avoir à utiliser des réglettes identiques sauf pour 10 qu'elle remplit avec 3 réglettes de 9 et complète avec un 3 transversal.

  Elle aura besoin de les replacer dans l'encastrement de la sériation pour retrouver leur valeur numérique, aussi nous commençons à écrire l'opération à partir de la couleur.

Jaune, pour partir de une fois.

- Elle écrit un "j"(jaune). Puis, après le signe "=": le j se transforme en "5"  ('OK! Combien de fois?') et elle écrit "x 1". Nous passons à jaune plusieurs fois. Elle a compris.

Je ne vérifie pas la réversibilité que je me contente de signaler verbalement: elle n'en tient donc pas compte pour 2x5  car je ne lui ai pas fait vérifier concrètement qu'il y avait une autre façon de remplir les emplacements... Elle l'a donc écrit deux fois de la même façon.

- Nous passons à 3 roses pour les écrire 4x3 et opérons la transformation 4 vert (en discutant comment différencier vert clair et vert foncé avec l'initiale).

Elle semble avoir compris car elle l'écrit dans le bon ordre: le passage du mot fois au symbole mathématique impose l'inversion syntaxique... En tout cas elle sait que cela fait pareil à l'arrivée! 

- Elle enchaine d'elle-même sur l'autre surface qu'elle a remplie avec deux 9, Bleu. Elle n'écrit pas l'inverse que je n'ai fait que le lui rappeler et passe tout de suite à

- la surface problématique qu'elle a remplie avec trois bleu en ajoutant en travers un 3 pour compléter.

Que faire de ce 3? Cela ne marche plus. A ma demande, elle cherche et trouve l'orange=10 mais commence à tout mélanger... en écrivant 10VV = 4x10 alors que les manipulations impliquaient une réglette rouge.

- Elle avait sauté l'inverse de l'équation précédente aussi écrit-elle à la suite de la suivante... alors que je lui fait remarquer qu'elle vient à la suite de celle qui précède et lui fait effacer celle des réglettes 10 qu'elle vient d'écrire... on reprendra tout cela ultérieurement.   

En clair elle fonctionne encore avec sa mémoire de travail ce qui brouille sa compréhension et explique que ce soit des schèmes déjà utilisés qui se mélangent.

Il aurait fallu prendre plus de temps pour manipuler, encore et encore. Mais ce qui est amorcé, c'est bien que tout cela a un sens et n'est pas un simple mécanisme qui permet de réussir une opération arithmétique.

Elle a réussi la réversibilité dans une paire, lorsqu'il n'y avait rien d'autre à prendre en considération.

à suivre... car un maitre lui a fait faire des multiplications le lendemain et elle a retrouvé le mécanisme.

 

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2 octobre 2012 2 02 /10 /octobre /2012 07:53

SIGNAT-1-copie.jpg  S'entendre soi

  S'entendre avec les autres

  Ne plus chanter faux

 

Alicia s'est éclatée, elle a dansé, chanté à tue-tête avec les autres à une fête de famille... à l'image de ce kaléïdoscope qu'elle a composé pour illustrer cet article.

Lorsqu'elle me l'annonce, je cherche une chanson qu'elle connait et aimerait chanter. Est-ce à dire qu'elle ne chante plus faux? Nous choisissons "Que serai-je sans toi" de Jean Ferrat, un peu grave pour moi mais cela devrait aller pour elle.

Seule avec le modèle cela se révèle difficile, elle ne se rend pas vraiment compte.

Je reprends avec elle et nous arrivons à chanter parfois ensemble, mais elle continue à détonner: ne pas réussir à se replacer quand on change de note de base pour le couplet suivant (ce qui n'a rien d'étonnant car c'est une réelle difficulté pour bien des apprenants). Elle en perd  sa capacité à la retrouver même avec mon aide. Aussi je lui propose les consignes du jour:

  • "écouter" le modèle tel qu'elle peut l'entendre aujourd'hui, car ce n'est que par intermittence qu'elle se rend compte de l'inadéquation de ce qu'elle produit. Pour l'instant, elle se réfère à des automatismes acquis "avant" qu'elle ne s'entende.

Elle continue à ne pas chanter quand elle est seule, en faisant le ménage par exemple. D'où une deuxième consigne,

  • se faire plaisir en chantant en dehors de la présence des autres.

Quelle a été l'évolution de notre travail pour qu'elle réussisse à s'entendre elle-même?

 

Parcours d'Alicia pour s'entendre

Il y a eu le travail sur soi avec les collages, parcours qui a été longuement présenté, discuté, versant art-thérapie.

Il y a le parcours tâtonnant  versant orthophonie.

Pourquoi tâtonnant? Il ne s'agit pas d'appliquer une méthode, mais d'une auto-adaptation de la démarche pour entendre en percevant la hauteur. Chaque façon de réaliser un exercice appelle le suivant.

 

Les supports techniques.

- La voix du thérapeute qui n'est pas seulement là pour soutenir, encadrer, proposer un modèle à imiter mais qui adapte ce modèle lorsqu'il implique d'autres supports.

- Cela s'est révélé nécessaire

--avec le synthé,

--tout comme avec les instruments de travail de la hauteur sur "audiolog"

--et pour le spectre en temps réel de "Vocalab" (avec des sirènes que nous comparions), la visualisation de sa production l'aide beaucoup

--puis tout récemment, la hauteur tonale qu'elle a découvert en explorant ce qui pouvait l'aider dans ce support.

 

Détail du chemin suivi, versant orthophonie....

-Voix et synthé.

Dès octobre, avant même l'audiogramme, nous avions essayé de partir de ce qu'elle était capable de réaliser d'elle-même, avec contrôle de la hauteur sur le synthé pour essayer de répéter la note qu'elle venait de produire.

Du fa2 nous sommes passées au la mais elle avait tendance à monter quand elle essayait de recommencer. Nous y sommes revenues en essayant d'assurer le passage si/do3 qui semblait être devenu une note de départ pour elle. Ce "glissage" permettait de travailler une certaine stabilité de la voix lorsqu'elle se lançait  seule à essayer de retrouver une note (jeu sur les frontières). C'était également préparer les sirènes que nous avons utilisées très vite, dès que nous sommes passées à Vocalab.

- Audiolog

Parallèlement nous avons travaillé les différenciatios perceptives sur audiolog, à partir des bruits.

-identification par leur différenciation: pareil/différent par deux

-en memory, pour le fixer en mémoire avec de plus en plus d'items...

La consigne portant sur un bruit de pas, elle a eu beaucoup de mal à la comprendre. Il lui fallait en outre apprendre à identifier les bruits qu'elle n'entendait pas avant d'être appareillée, s'habituer à n'entendre que les bruits pertinents ..

Ce qui nous a amenées à poursuivre ce travail associant son/image sur plusieurs séances. Là où je pensais affiner, il a fallu réapprendre.

En lien avec nos essais sur le synthé, nous avons introduit le travail  sur la perception de la hauteur des sons avec leur identification/reproduction à différents intervalles: l'octave, la quinte, la tierce...

Nous sommes passés ensuite à l'identification de haut/bas dans des séries, travail qui fixe le son dans un contexte séquentiel et non plus isolé et favorise la mise en jeu de la mémoire de travail..

- Lecture de notes.

En octobre, j'ai suivi la piste d'un renforcement visuel pour percevoir la hauteur des notes en passant par leur lecture...

Du modèle de clés de sol, nous sommes passées au repérage des notes sur les lignes, avec leur nom sur le principe d'un travail sur une liste (voir sur le site les deux articles sur l'apprentissage de l'accès impossible à la lecture de notes et suite). Lorsqu'elle a pensé les connaître, nous sommes tout de suite passées à la dictée de notes pour construire des séries qui ne reposent pas sur la régularité puisqu'elle ne réussit pas à les mémoriser dans l'absolu de leur "valeur". Il nous faut introduire la main (voir le commentaire de l'article "langage"), car dès qu'elle se trompe une fois, tout se dérègle. Son mari lui a bien fait faire des listes pour qu'elle s'entraîne, mais sans tenir compte de ma demande d'éviter les notes intermédiaires (entre les lignes, au milieu de la portée) la fa do qu'elle ne peut distinguer encore. Elle a eu le plus grand mal à ne plus inclure leur nom dans un énoncé, "c'est le" ou avec "l'article", en restant au nom de la note, tout comme les dyslexiques que je qualifie de "graves" comme Miloud, en restent à l'énoncé du nom de la lettre au lieu de repérer le son qu'elles représentent.

Comme Jean-Michel, elle a certaines connaissances (voir "arriver à lire le nom des notes") mais se laisse piéger par ces connaissances qui n'ont pas permis l'apprentissage. Cette piste a ouvert une concordance visuelle avec la représentation de la hauteur qu'elle ne perçoit toujours pas dans notre travail sur entendre. Ne dit-elle pas elle-même dans une sorte de flash "La révélation de la lecture de notes: j'ai compris le sens!"? Tout comme Miloud (non lecteur) ne voyait pas le "mot" "sol" mais le chantait (voir le lien ci-dessus de "suite"). Une entrée de plus mais non concluante, éclipsée par le travail sur "soi" qui s'est mis en place à partir de lectures et de la réalisation de collages et nous mobilise le temps de nos rencontres.

 

Petit retour en arrière sur "entendre"

Dès septembre nous avions abordé la question de la lecture des notes, initiation du côté visuel plus rassurante qui nous a permis de poser la double clef, celle qui donne l'ouverture à l'imaginaire tout en utilisant un symbole, base d'un système... Pour faciliter ce "lâcher-prise", au moment où elle a du affronter la réalité de sa surdité, nous étions passées par le "gribouillis", qu'elle a essayé chez elle ensuite avec des pastels, prémisse des collages, initiés par une amie. Cette approche lui a permis de s'explorer au moment où elle devait s'accepter "sourde", et accepter l'intrusion du monde sonore qu'entraînait l'intrusion dans ses oreilles de l'appareil auditif.

Les conflits avec l'entourage pouvaient être rapportés en partie à son mal-entendre (son mari ne s'était-il pas qualifié de "mal-entendu"!) et il s'agissait ainsi de  "déconstruire" certains automatismes pour repartir sur d'autres bases, tout comme les restes auditifs qui lui permettaient d'entendre quelques bribes jusqu'alors devaient, grâce à la prothèse, lui permettre d'inscrire ces bribes dans d'autres schèmes pour l'amener à entendre autrement ...

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21 janvier 2012 6 21 /01 /janvier /2012 16:24

 

ArtVoeux       VOEU ?

 

    "La joie pour les autres"

 

 

En cette nouvelle année 'Quel voeu pour faire changer les choses?'

'Qu'est-ce qui pourrait changer?'

 


 

Ai-je bien entendu cette première réponse à mi-voix (réflexe?) d'ARTUS:

  "QUI JE SUIS"

 

Il se tait, je le relance:

'Changer quoi?' 

 

Changer, c'est pour les gens malheureux

'Pourquoi sont-ils malheureux?

- On a soif, faim

- La guerre aussi

- La catastrophe:

Tsunami

tremblement de terre

incendie

tornade

ouragan

tempête de neige

 

1989 ça c'est la date qui convient à moi (son année de naissance):

tremblement de terre au Japon

mur de Berlin détruit

Je commente: 'du bon et du mauvais' 

Plus de bien et moins de mal 

'Berlin?'

Hitler il fait du mal aux handicapés

Pas refaire les erreurs du passé

J'aime pas S* (le président),

il traite les handicapés

plus de pauves

plus de malheureux

après les guerres , pas normal. 

'Comment sais-tu tout ça?'

Les informations

i sont morts de froid, j'aime pas ça 

...je suis tombé sur la glace. ça glisse, après je tombe.

Je préfère la vie éternelle

 

Je lui demande alors:' la vie sur  terre, comment tu voudrais qu'elle soit?'


Comment faire un dessin là-dessus?

"La joie pour les autres" Il l'écrit sur la feuille devant lui.

Et il se met à nommer ce qu'il dessine (voir le dessin ci-dessus)

- soleil

- les oiseaux, ça c'est beau ça, et les plusieurs oiseaux ...

Je l'arrête craignant une stéréotypie: 'qu'est-ce qu'il y a d'autre?'

- bonhomme

Il commence à dessiner schématiquement un bonhomme en bas puis complète à côté, en remontant...

'Comment on sait qu'ils ont la joie?'

- ils seront heureux sur terre

'Est-ce que tu peux les faire parler pour'... (me coupe)

- non non non

Et il se met à dessiner à droite une grande table qu'il efface.

Il la remplace par un arbre, puis un autre symétriquement par rapport aux bonhommes: un à droite puis un à gauche, 3 fois, puis là où il y a de la place avec le commentaire:

- les arbes, euh l'hebre

- et c'est tout

Je lui propose des couleurs?

- ça va c'est bon.

Une discussion s'engage sur ce qu'on va faire

- pas d'ordinateur

- à cause de mon état que je suis: abîme les yeux.

- pas envie d'apprendre plus

Rien ne l'intéresse

 

'Qu'est-ce que tu aimes faire?'

Il n'entend d'abord que "aime"

- mes parents

puis

- écouter musiques, mots mêlés, puzzles 

Il monte alors sur le vélo d'appartement et je l'encourage: montre moi comme tu sais faire:

- parce que moi, j'ai la bonne santé.

 

Discussion

Le contexte

  Un bref retour en arrière est nécessaire. Nous nous étions "fâchés" à plusieurs reprise le mois précédant les vacances.

Nous avions parlé de ce qu'il reprochait à son frère qui injurie sa mère en arabe, il est moraliste et fait tout bien, comme pour son intégration sociale (liste à la mairie) et j'ai enchaîné sur la question de quitter papa/maman et donc celle de son avenir.

"J'ai un comportement d'adulte" me dit-il ensuite. Dans autonomie, il y a gagner sa vie. Son copain a parlé de 300 euros par jour de travail! Nous calculons, depuis la somme totale, le nombre de jours de travail effectifs... Il ne peut faire les opérations que cela implique. Il est tellement contrarié qu'il oublie de venir la fois suivante. A la dernière séance de l'année, il revient avec le cadeau traditionnel (il le fabriquait plus jeune), nous analysons ce qui s'est passé: ni crier, ni taper, mais parler et il commence un autoportrait. Un premier est raté, je dis 'à la poubelle' 'tourner la page' comme pour notre "dispute".  

Le jour de la rentrée, la page était censée être tournée mais comment faire pour l'aider à progresser? Je ne savais que lui proposer et j'ai sauté sur l'échange de voeux traditionnel pour ouvrir un dialogue où il puisse s'"exprimer".

Que nous apprend-il sur lui-même avec l'étayage dialogique?

 

Artus est capable d'une réflexion sur ce qui est négatif dans le monde grâce aux informations qu'il suit à la télé, son bon sens étayé sur les discussions familiales qui le guident. Il m'a cependant étonnée en évoquant une année importante pour lui, celle de sa naissance

(ne m'a-t-il pas donné la date de la mort du père de Mozart à notre première rencontre, alors qu'il ne pouvait encore lever la tête pour me regarder!)

et la connaissance de ce qui l'a marquée à l'échelon mondial.

S'il a commencé par se référer aux éléments naturels pour parler de catastrophes, il est ouvert à la culture de sa société d'appartenance, au delà d'avoir accès à ses symboles,

tout comme Lucas dans le jeu symbolique de "la maison" où l'on voit les sources de l'agression passer de nature à culture

car il a une opinion politique qu'il n'hésite pas à justifier.Il utilise même des formules particulièrement bienvenues (en italique) pour évaluer les faits, qui, si elles sont convenues, ne ferment pas pour autant son discours, par le déplacement dans le temps (d'Hitler à S*) qu'elles suscitent.

Un exemple d'informations l'a particulièrement  ému, et induit un fonctionnement différent, l'évocation d'une expérience vécue, en passant du froid qui a fait mourir certains, à la glace sur laquelle il a glissé.  Il se "récupère" en quelque sorte, en évoquant ce que nous avions élaboré au temps de son adolescence dans notre travail sur le temps, le réconfort de l'au-delà.

Je tente de le ramener sur terre en lui demandant d'exprimer un voeu. Une première réponse est écrite, le dessin viendra l'illustrer puisque c'est grâce à lui que nous avons pu sortir du concret/familier, et des modalités de composition de ses dessins habituels

Un effet de l'étayage dialogique?

Le passage de la verbalisation au dessin l'aurait aidé à ouvrir son esprit à un imaginaire qui lui permette de sortir de ses idées préformatées qui le rassurent qui va l'amener à réaliser un dessin d'une autre façon, comme s'il s'y manifestait une composition thématique.

Le dialogue aurait aussi aidé à trouver une entrée pour retrouver une finalité à nos rencontres: comment le faire progresser sans que la sollicitation à réfléchir soit trop directe?

En effet, grâce à cette évocation des mots fléchés dans les activités qu'il aime, nous avons suivi la piste des mots croisés, support d'un "travail métalinguistique" dans tous les champs possibles !!!

 

NB La discussion concernant le dessin proprement dit sera dans le prochain article.

 

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25 décembre 2011 7 25 /12 /décembre /2011 22:05

Monde-Art.jpgDe l'intégration en CAT..

au Foyer...


Ou :

 

 

 

Comment amener Artus à quitter le confort douillet du nid familial?

 

Le dessin ci-dessus figure/représente une ébauche d'organisation sociale... chez les insectes. Artus l'a dessiné dans son enfance. Il dessinait des maisons, sa famille etc...voir l'article "Les mondes parallèles d'un trisomique".

 

Le dessin a servi de support pour élargir ses représentations en réfléchissant au temps, à la vie... à ses problèmes de tout ordre...

 

Il y a 3 ans il dessinait un lieu de vie..Artlieudevie

après avoir dessiné paysages, routes...

        Ses dessins ont évolué et Artus se centre maintenant sur lui-même, depuis ce moment, dans des séries d'auto-portraits ... comme celui ci-dessous où il sort de sa stéréotypie, réalisé il y a trois ans, en reproduisant fidèlement ses vêtements:

 

ArtautoP1 copie

 

 

 

 

Ces auto-portraits accompagnent depuis ses prises de conscience, dont celle des limites de cette liberté propre aux humains, qui se révèle à l'usage si relative!    

 

  C'est ainsi que souvent, plutôt que d'accepter un travail plus technique, Artus éprouve le besoin de faire le point en quelque sorte, et souvent, outre les progrès qu'il fait dans sa recherche d'une ressemblance, il réussit à leur donner une expression différente comme dans les deux ci-dessous, réalisées ce dernier trimestre, à 3 mois de distance, au moment de la crise dont nous donnerons un des épisodes.

 

  ArtAutP2

Trois mois plus tard:   ArtAutoP3.jpg

le visage s'est affiné, il est moins ouvert sur le monde, jusqu'à sa boucle de ceinture moins assurée...

 

 

Ce dernier dessin (de droite) interviendra après cette séance de "crise".

 

 

 

 

 

 

 

Cet article a été provoqué par un coup de coeur

Après plus d'une heure d'une réunion prévue en soirée, le W-E, nous (ses parents et moi) avons réussi à trouver une voie pour faire changer Artus de point de vue, dans le jeu avec des marionettes et le fou rire partagé de nos impro dans les changements de rôle.

 

Nous nous étions quittés fâchés la séance précédente, sur un conflit, problème de communication, 

En effet, j'étais revenue sur sa relation avec un "collègue" de l'âge de son père, qui l'avait accompagné la semaine précédente et qui, disait-il,  le "protégeait" sur son lieu de travail.

Que peuvent-il se dire? Artus est devenu "dur" et m'avait tenu un discours véhément que je traduirai en le résumant en  "je ne suis pas handicapé, je ne suis pas responsable du trou de la SS, je suis adulte, autonome, je fais ce que je veux".

 

Lorsque je lui avais demandé si c'était un "ami", je l'ai embrouillé en quelque sorte. Il m'a rappelé avec véhémence les interdits, sexuel (voir le cauchemar des filles sur le site), de l'inceste lorsque j'ai parlé d'aimer sa maman et, bouleversé, il ne pouvait plus rien entendre.

 

Avec lui, je suis toujours confrontée à la même situation: comment atténuer son narcissisme exacerbé sans atteindre son estime de soi si fragile, sur laquelle nous avons tant travaillé (discussions, dessins etc) ? Il a quelques certitudes auxquelles il ne faut surtout pas toucher...où est l'ouverture?

 

Suite

La situation s'est reproduite: oubli de la séance lorsque je lui ai rappelé sans qu'il ait réussi à aller voir l'AS qui s'en occupait, que grandir, être autonome, c'était "le foyer"... et non seulement vouloir être considéré comme l'aîné de son frère ou un citoyen détenteur du droit de vote. L'influence de son "copain" perdure, mais prudent, il n'en parle guère. Cela se retrouve dans de nouveau stéréotypes...

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26 janvier 2011 3 26 /01 /janvier /2011 11:10

Yann déclaDéveloppement psycho-affectif et expression symbolique d'un jeune trisomique

 

Yann, trisomique de presque 16 ans, en IMPRO maintenant, a rencontré l'amour. Il n'a pas le comportement attendu d'un adolescent trisomique. Il est resté "enfant". Où sont ses traits d'autisme? Il y a bien sûr cette stéréotypie qui revient dès qu'il y a de la musique et qu'il danse, à sa façon... derviche balanceur au lieu de tourneur en quelque sorte.

 

Mais il semble heureux, souriant, un peu envahissant dans son affection pour les autres... et ne lâche pas son surinvestissement des pokemons. S'il parle ce n'est pas non plus de la façon attendue.


[Je me souviens de Juju (IMC) qui était si heureux de vivre (témoignage du chauffeur de taxi), et a du passer par une dépression en 5e (épreuve de réalité) quand il a rencontré la parole d'un médecin "que va-t-il pouvoir faire avec ce qu'il a"! Je ne l'avais pris que de 3 ans à 5 ans;6 mais il était confiant, avait foi en lui-même. Il présentait lui aussi des traits d'autisme mais était entré dans le langage dans toutes ses fonctions]


Yann était entré dans le langage à sa façon, il ne parlait toujours pas mais

- l'évolution de ses dessins l'année de sa prise en charge (9 ans) avait montré son évolution dans sa relation au monde qui l'entourait,

- le jeu symbolique avec été un déclencheur pour le sortir des activités stéréotypées de type puzzle et introduire de la "signifiance" (qu'on me permette ce néologisme) et des cadres... pour contenir une impulsivité débridée et la difficulté à le contrôler.

 

Puis il s'est mis à parler... de mieux en mieux, de lui-même, même si les mots sont souvent encore "bousculés" et, le plus souvent, raccourcis.

 

Peu après les vacances de Noël et la transmission d'un commentaire du centre où, à 16 ans, il entre dans la vie active, commentaire sur son manque de maturité, je décide de m'atteler à ce retard de développement, même chez un trisomique, hésitant sur l'activité à lui proposer pour l'y amener.

 

Justement, ce jour là, Yann se précipite dans le bureau et recherche "ses" pokemons qu'il avait remis en place la fois précédente au lieu de les emporter comme il tentait de le faire dans les temps anciens. A notre grand étonnement, lorsque sa mère et moi, intervenons d'une seule voix, pour lui refuser ce choix d'activité, il réussit à ouvrir l'armoire et cherche dans les livres.... choisit PINOCCHIO! sur lequel il tombe sans que nous ne soyons intervenues...

 

On ne peut rêver mieux comme livre initiatique (cf. Karine, "Du déclic"). En effet, il s'intéresse de plus en plus aux "histoires" dans les jeux proposés. Tibili et la scène où la maison des anciens est détruite par un éclair, lui plait tout autant que l'histoire de Peter Pan dont je lui ai passé le CD, avec celui de Pinnochio (pas encore utilisé ensembles) pour s'occuper en faisant les jeux proposés pendant les vacances...

 

Nous commençons donc l'histoire, discutons autour des personnages, les nommons, en particulier Gimminy et je glisse qu'heureusement, il est là pour aider Pinnochio à ne pas faire trop de bêtises... lorsqu'il s'anime grâce à la fée...

 

Et nous passons à l'ordinateur. C'est alors que sa mère me parle de ce dessin qu'il a fait pour le remettre à une de ses camarades. Au recto de la feuille, un coeur transpercé! Où a-t-il appris ce symbole? Il n'a donc pas les yeux dans sa poche et "capte" tout, tout comme Artus qui était tombé amoureux au même âge d'une adolescente de son âge, dans une colonie d'entreprise où il était totalement intégré.

 

La comparaison s'arrête là. Artus disposait de l'écriture, le langage avait pris sens et il lui avait écrit... Artus avait ensuite continué à grandir, ayant fortement intériorisé le fait que s'il pouvait aimer, il ne pouvait passer à l'acte. Nous avions eu plusieurs séances et il avait réalisé plusieurs dessins qui lui avaient permis d'exprimer ses désirs et de les faire évoluer vers la réalité de sa situation d'handicapé.

 

Il ne m'est pas possible de "parler" ainsi avec Yann, de pratiquer cette forme d'étayage, je ne peux que renforcer les cadres que posent ses parents en encourageant certaines activités. Il semble que ces histoires peuvent nous aider à faire passer un message sur la nécessité de "grandir". Il y avait eu l'ouverture au "jeu symbolique" avec le scéno-test. Il y avait eu la première histoire qu'il ait bien voulu écouter, à laquelle il revenait souvent jusqu'à mémoriser certains passages en les accompagnant vocalement comme il pouvait: Petit ours brun va au marché avec son papa et se perd, une dame le console jusqu'à ce qu'ils se retrouvent. C'était au moment où il commençait à exprimer ses émotions: il s'était jeté dans mes bras en me disant un peu déformé mais identifiable, "je suis content de te voir, Jacqueline", alors qu'il ne disait jamais rien d'autre qu'un bonjour conventionnel, baragouiné en quelque sorte.

 

Mais il ne faut pas rêver. Il a amorcé un processus en choisissant ce livre mais ne l'a pas repris les fois suivantes. Il sera peut-être possible de relancer le thème avec la petite histoire simplifiée du CD, quand il aura été retrouvé. A suivre donc!

 

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