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26 mai 2014 1 26 /05 /mai /2014 07:59

images.jpgUne page se tourne


Un an après son grand-père, Yann vient de perdre sa grand-mère. Elle avait été très présente pour lui et lui pour elle depuis que ses parents l'avaient ramenée chez eux. Quand il n'était pas dans sa propre chambre, avec son ordinateur, il regardait la télé avec elle dans la pièce commune...

Elle perdait un peu la tête et après avoir envisagé pour elle une maison médicalisée, elle a été hospitalisée et est partie, un an plus tard après le deuill de son compagnon.

La cérémonie a été identique et Yann a bouleversé ses parents par sa présence et sa compréhension de la situation, non sociale mais affective. Il est sorti du cocon familial en voulant prendre la parole sans les accompagner au moment des rituelles prises de paroles, parler seul et plus tard aller jusque derrière la vitre, ne quittant pas le cercueil des yeux, il a su dire:

 

adieu mamie, tu manques à moi.

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15 mars 2014 6 15 /03 /mars /2014 10:38

Boulier copie Yann et  l'apprentissage des centaines.


La situation de départ

 Livré à lui-même dans le jeu de TV Neurones pendant que je parle avec la maman de la nécessité de l'aider à grandir pour qu'il quitte cette position de jeune enfant de 4-5 ans, à tendance fusionnelle, ignorant de toute la dimension pragmatique de la relation à autrui qui montre bien qu'il a bien un trouble global des apprentissages, il finit par chosir un jeu de puzzle, enfantin pour lui, qui repose sur des images d'animaux toutes plus splendides les unes que les autres, et est tout heureux de nous montrer la première de ces images qu'il reconstitue.

puzzle.JPGCe jeu nous permet alors un double travail.

- En langage: identification et nomination de l'animal reconstitué. Travail à deux niveaux, celui de la parole, mise  en place de la 4e syllabe en tapant l'alternance (accent sur la 3e toujours escamotée, celui de l'évocation du nom comme pour un oiseau: qu'est-ce que tu vois comme couleur? rouge, où elle est, montre-moi sur toi, au moment même où il dit -gorge (en plongeant la tête, signe de malaise).

- sur l'apprentissage des nombres au-delà de cent car il y a des points gagnés à chaque fois et un bonus qui se marquent l'un et l'autre en centaines, et proposent même au final une addition. C'est lui qui attire notre attention dessus. Spontanément il additionne les chiffres identifiés sans tenir compte de la valeur du 0, indicateur de séparation (relation topographique).

De la manipulation à la représentation

Je vais alors chercher le boulier (présentation de son utilisation dans l'apprentisssage sur le site en suivant le lien) et trouve une autre façon de faire "réaliser directement le nombre" avec les boules. Au lieu de dessiner comme j'ai fait avec Artus des bouliers sans barre (voir "code" dans l'article en lien), Yann étant plus dans l'action, le mouvement, que dans une représentation d'un objet, je bascule le boulier pour avoir 100 et compte le nombre de fois où il faut le faire pour obtenir le nombre de centaines désirées.

C'est le préparer, dans l'action, à repérer le premier nombre comme indicateur des  "fois cent" ultérieurement...

à suivre...

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4 janvier 2014 6 04 /01 /janvier /2014 20:13

 

sapinYannn-copie.jpgDe l'omnipotence infantile, l'objet du désir, tout tout de suite.


La rencontre d'un cadre avec ses règles.

 

Le cadre amorcé à la séance précédente se précise et grâce au briefing de sa mère avant de venir, va fonctionner.

 

A la maison, elle l'a chargé d'aller poser le linge de chacun dans sa chambre quand elle le repasse. En effet, dans son fonctionnement fusionnel, Yann ne différenciait pas son linge de celui de son ami de toujours dont il a partagé la chambre pour les quelques jours de classe de découverte (cirque, ferme...) et qui s'est plaint de son comportement fusionnel.

Tenir compte de l'autre, ce n'est pas que dans son intégrité physique, mais dans la différenciation de ce qui est à lui, et dans le respect de son espace.

C'est ainsi qu'elle a présenté ce nouveau cadre de nos rencontres, comme relevant d'un espace qui ne lui appartient pas, qui a ses propres règles. "Ce n'est pas chez toi, ici, c'est la maison de Jacqueline", rappelle-t-elle. Et cela le retient effectivement.

Hypothèses de travail 

C'est bien à la maison que ce travail autour de l'autonomisation va pouvoir s'automatiser.

La confrontation des points de vue en réunion de synthèse a permis de donner des pistes qui permettent à son entourage de se centrer sur des objectifs concrets.

Ainsi, Yann sait maintenant de façon explicite que quand on change de lieu, d'autres règles doivent être suivies, dans le monde où il est ici et maintenant avec nous, les acteurs qui partagent sa vie. Le lui répéter sans cesse, dans un cadre éducatif, ne laissait pas de trace à long terme. Cette séparation a été mise en scène dans le jeu du scéno test qui a pu laisser une trace en représentation à un niveau figuratif et participer à la structuration de son espace psychique.

Sur un plan concret, un rappel verbal est encore nécessaire pour réactualiser chaque cadre: les premières fois nous rappelons l'ordre dans lequel vont s'effectuer les activités, et très vite il le rappelle de lui-même, fier de s'en rappeler. Ce rappel passe par le langage, et, à ce niveau,  il lui faut encore un étayage pour tout ce qui procède d'un langage que je qualifierai de "référentiel", où il doit appeler le mot qui convient, et non se laisser aller à un langage impulsif, que je qualifierai d'"énonciatif", lié aux émotions de la situation où il se trouve. C'est une sorte de recadrage nécessaire qui structure les énoncés référentiels susceptibles de s'inscrire en mémoire à long terme et le comportement qui leur correspond en restreignant les débordements de sa gestuelle expressive qui accompagnent ses énoncé spontanés.

Les 2 séances suivantes

  Le plan a été suivi dès la première séance qui a suivi celle du docteur who. L'arrêt pour rappeler ce qu'on va faire, le choix d'une image à regarder (1-Langage) avant de passer à l'ordinateur (2-structuration mentale). Quand il y avait un changement, il était annoncé dès ce stade...

14/12/13

1) Nous allons mettre en place un nouveau jeu: le jeu du détective lorsque nous en serons à décrypter l'expression corporelle (mimique, gestes) pour avoir accès à ce que chacun va vouloir exprimer par des mots.

Yann choisit l'image N°7. Il s'agit d'explorer un scénario, ce qui revient, à son niveau de langage, à décrire la première image puis remplir les bulles de la seconde. Yann va-t-il repérer la situation et pouvoir faire parler les personnages? L'étayage est nécessaire dès la phase de dénomination/description.

- Dans un premier temps il concerne l'élément central, la télévision. Que font-ils? Combien sont-ils? Ce qui va donner :

" i regardent la télé - y en a cinq, plein de gens." Son regard plonge, indice d'une grande attention en lien avec une émotion. "deux garçons là; deux filles". On repère chacun par "" pour trouver le 5e.

- Pour introduire le deuxième temps, les paroles échangées qui impliquent de se mettre à leur place, en se guidant sur leur expression, je précise 'Regarde bien leur tête et dit ce qu'on voit'loupe.jpg. Je prends la loupe et la lui donne. Il la manipule en cherchant comment la placer, sa mère et moi nous le montrons sur nous, de même que nous prendrons les expressions qu'il doit repérer et finirons par réaliser nous-mêmes les échanges verbaux.

L'apprentissage de l'observation:

'Trouve ceux qui sont contents de regarder et qui rient. "I rient tous les deux". 'Il est où le 2e?' 'Maintenant, il faut les faire parler'. "Ah si, ils parlent. C'est lui qui parle". Qu'est-ce qu'ils disent?' Nous le mimerons à deux, sa mère et moi en lui montrant ce qui nous fait choisir nos paroles: 'regarde' (doigt tendu) et une réflexion le renvoyant à son expérience personnelle 'pourquoi tu rigoles?'. Il conclut "Ils regardent FR3".

2) Sur l'ordinateur, Yann accepte d'explorer TV Neurones, non la maison (qu'il fait chez lui et maîtrise parfaitement) mais un puzzle. Il est encore question de chercher... l'image qui va apparaître. J'interroge: 'J'sais pas ce que c'est, tu sais toi?' "J'suis pas sûr!" après quelques pièces, "c'est un paraké... 'non un flamand rose'. On sa trompé. C'est lui/ fla/rose". "Ah oui, j'ai fait une fois". On passe à la carte au trésor.

21/12/13

Changement de programme (il reprendra le premier aux séances suivantes)

Il vient avec son père qui va remettre en fonction le vieil ordinateur qui permet seul certains jeux... et le clavier tombé en panne.

Aussi lorsque Yann demande avant d'entrer "je peux?" Je lui explique le changement. 'Maman n'est pas là pour le livre et jouer au détective et l'ordinateur ne marche plus. Tu vas donc dessiner pendant qu'il le répare. Après seulement ou pourra aller sur l'ordi'

- Il va dans la pièce en passant devant et prend le tableau des pokemons ce que je refuse. Il s'installe devant la feuille avec le panier des boites de crayons de couleurs. Je précise, 'tu dessines quelque chose qui est dans ta tête' en rangeant le panneau. Il reste seul et réalise le sapin de Noël qui illustre l'article.

- Il va ensuite retrouver avec beaucoup de plaisir le logiciel mon premier corps humain super génial Corpshumain-copie.jpg(Nathan 1995 environ) avec Arthur Sanpau, qui va prendre le pas sur les autres jeux qui étaient au coeur de notre travail de structuration. Il le connaissait pour reconstituer le squelette, faire des compositions originales mais il s'agit de passer à la journée...

Il y a plusieurs paramètres à prendre en compte, à droite les paramètre physiques: fatigue, faim, soif, rythme cardiaque, en dessous la figuration du temps d'une journée sur un paysage du lever du soleil à son coucher, et à gauche différentes activités qui permettent de gérer les paramètres physiques, pour l'essentiel boisson, sandwichs, fauteuil de repos, qui défilent de façon aléatoire parmi d'autres activités qui peuvent meubler une journée.

Lorsqu'il le découvre, il écoute attentivement les consignes mais il aura besoin d'étayage pour comprendre le fonctionnement et s'y entraîner.


DISCUSSION

Le titre  évoque la part importante du retard de développement psycho-affectif de Yann qui freinerait son adaptation sociale.

Les critères pour l'apprécier sont essentiellement d'ordre comportemental. La symétrie du sapin ci-dessus témoigne d'un équilibre certain. Mais ils reposent de fait sur l'observation de son comportement dans ses groupes d'appartenance et les réactions de ses camarades. Pourquoi n'a-t-il pas intégré ces règles alors qu'il est placé dans des institutions spécialisées depuis toujours et devrait ainsi avoir acquis, en même temps que les autres, les routines qui gèrent les relations à l'intérieur de ces groupes? On peut peut-être mettre ce "défaut" en relation avec les limites de son acquisition du langage qui n'a pu se faire également par l'usage, comme cela se passe habituellement.

Et pourtant Yann se présente comme un jeune plein de bonne volonté mais qui ne s'intègre pas vraiment dans les activités qu'on lui propose, faute peut-être

- de comprendre exactement ce qu'on attend de lui, en le lui faisant réaliser dans "son" langage

- de disposer d'un temps de concentration suffisant pour maintenir son attention et éviter qu'il ne disjoncte

Il serait donc encore en période d'apprentissage, et comme les enfants autistes ou TDH ont un AES pour les aider à suivre les activités de la classe, il aurait besoin d'un étayage personnalisé, au moins le temps d'installer, d'une autre façon que par une simple consigne verbale, la routine attendue.

Faut-il exiger qu'il se taise dès qu'il est en groupe alors qu'il a eu et a encore tant de mal à mettre en bouche des mots pour dire, autre chose que ce qui lui échappe en quelque sorte, d'un autre registre, là où il en est de son acquisition du langage?

Représentation spatiale, représentation figurée, pensée en image, ses difficultés à mettre en place sa parole dès qu'un schème dépasse 2-3 syllabes, témoignent de la difficulté de son cerveau à organiser une pensée en mots représentants d'images, sauf à énoncer des phrases toutes faites qui font illusion sur sa capacité à communiquer au-delà du registre affectif impliqué dans les situations duelles qu'il rencontre.

Sur un plan théorique, il nous renverrait ainsi à la dissociation automatico-volontaire du syndrome de Baillarger Jackson, analysée pour certains aphasiques au siècle dernier. Le principe même de notre travail est de s'appuyer sur ce qui fonctionne pour que l'évocation puisse s'appuyer sur des représentations, là où il peut s'en constituer.

Un langage qui nomme, objets puis actions. Mais ces dernières impliquent l'identification de signes à lire chez l'autre au niveau du corps, ce qui implique une décentration et l'appréhension d'un autre code sémiologique que verbal, ce qui se fait en principe, sans apprentissage spécifique, ce que nous tentons de faire, à partir des images, dans notre nouveau programme de travail auquel il s'est soumis sans trop de réticence.

La maîtrise de ce dernier logiciel de jeu met en jeu la capacité à tenir compte de plusieurs facteurs à la fois, et greffée sur la vie courante, ne peut que l'aider à développer sa capacité à s'autonomiser, à ne pas réagir impulsivement, à ne pas renoncer en cas de signal d'alarme mais accepter de repartir en restant celui qui mène le jeu de son parcours... A aller chercher sur l'écran ailleurs que là où s'est manifesté le signal, la solution à apporter sans se laisser distraire, bref à lier toutes ces opérations mentales pour la maîtrise des activités et ce qu'elles impliquent, pour ne citer que quelques unes de celles que le déroulement d'une journée implique.

Il va y réusssir de mieux en mieux dans les séances suivantes, parallèlement au travail sur le langage avec les images du livre (à suivre). 

Le travail s'effectue ainsi dans une double approche, sur la prise de conscicence de l'autre, de ses caractéristiques propres par ce qui n'est pas partagé dans le champ familial, et de ce qui passe par des codes spécifiques qu'il ne sait pas identifier comme tels, même s'il les manie parfois intuitivement associés à des énoncés situationnels stéréotypés. Pour l'un comme pour l'autre un travail sur les représentations des actions dans le temps ne peut que favoriser leur inscription en mémoire, condition de leur automatisation.


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3 décembre 2013 2 03 /12 /décembre /2013 08:37

whoUne porte s'ouvrirait-elle pour grandir?

 

A la synthèse de l'équipe qui prend en charge les activités de Yann à l'IMPRO, nous étions tous d'accord  sur la nécessité de l'aider à grandir car il ne respecte pas des règles de base d'une activité à partager avec d'autres. S'il se réfugie sans cesse dans son monde , je ne réalise que maintenant, après ce jeu, que ce serait dès qu'il n'est plus capable de suivre ce qu'on lui a demandé avec des mots sans qu'il différencie le réel de l'imaginaire. Ce comportement est-il vraiment identificatoire, en rupture totale avec la réalité?

 

 

La deuxième séance après cette synthèse, Yann arrive avec un dessin (ci-dessus). Sa mère n'a pu comprendre de quoi il s'agissait car il regarde la télé avec sa grand-mère ou seul dans sa chambre avec internet et elle ne sait plus où il en est.

 

Il lui faut attendre que sa mère ait fini de parler à quelqu'un avant d'aller ensemble essayer de comprendre ce que son dessin représente. Il ne peut sortir de l'entrée et je ne cède pas, il n'ose pas forcer le passage.

 

Nous négocions les places et tabourets autour de et sous la table où l'attend, ouverte, la boite du scéno-test . Il commence à prendre des cubes.

Ce contexte est important pour situer le lieu où il en est de son développement. Avec Artus, autre trisomique plus âgé, j'avais pu passer par le dessin et "les mots pour dire", avec lui pour faire un parcours du même ordre, de l'imaginaire au réel, nous n'en sommes pas là. Yann répète des mots incompréhensible, fait des gestes, fait tout ce qu'il peut pour que nous comprenions... sans succès.

 

Son dessin m'évoque un portail de passage dans une autre dimension pour la partie dessin, interprétation renforcée par sa mimique accompagnée d'onomatopées tout à fait évocatrices  de cette situation dans de nombreuses séries de mondes parallèles...

Par tâtonnements je finirai par comprendre que le bonhomme est d'après ses dires très déformés "Le Docteur", sans plus d'ailleurs, car les lettres et nombres écrits ne mènent nulle part. Sa mère ne reconnait pas ce qu'il prononce et repart.

Comment entrer en communication avec ceux qui ne disposent pas du langage pour s'exprimer en mots sans connaître leurs références culturelles. D'habitude sa mère m'informe de ses addictions du moment, mais il est d'âge à s'automatiser et un surcroit de travail la rend peu disponible en ce moment...

J'ai donc fini par identifier, en associant tous ces indices, "le Docteur Who" dont j'ai suivi par hasard 1 ou 2 épisodes et il y a quelques années. Les membres de l'équipe l'avaient évoqué mais je n'avais pas réalisé à ce moment le parti que je pourrai en tirer dans ma propre démarche car,  avec moi, il n'avait pas le type de comportement aberrant qu'ils décrivaient: j'ai l'habitude d'arrêter l'activité juste avant qu'il ne se dérègle. Je ne voyais donc pas le pourquoi de sa gesticulation en d'autres lieux! Cette séance m'a permis de lui donner sens: il s'agit bien du passage d'un monde à l'autre.

 

"Il s'agit d'une série télévisée britannique de la BBC, créée en 1963 par Sydney Newman110px-TARDIS-trans-copie.png. On y suit les aventures d'un mystérieux extra-terrestre nommé le Docteur. Avec ses compagnons humains (généralement des compagnes), il voyage à travers le temps et l'espace dans un vaisseau spatial camouflé en cabine téléphonique de police britannique de couleur bleue, le TARDIS (Time And Relative Dimension In Space, traduit en français par Temps À Relativités Dimensionnelles Inter Spatiales)."

 

On trouvera la description plus détaillée du jeu dans l'article du site qui se centre sur le détail de l'utilisation du scéno-test dans le cadre de cette prise en charge, n'en retenant ici que l'essentiel de chaque étape.

 

Les étapes du jeu

 1/Du dessin à sa transposition en construction (en hauteur)

Sur le plateau du jeu, il essaie de mettre en 3D ce qu'il a dessiné sur un plan, ses mains dessinent les angles pour transposer ce dont il se souvient. Je pense à son dessin de la maison dont il a refermé les murs et le toit (éclatés) pour obtenir la perspective vers 10 ans quand il s'est ouvert au monde par le dessin. C'est le processus inverse pour transposer le "tardis" dessiné selon son souvenir. Je n'ai pu le photographier car en me levant pour aller chercher l'appareil, il a été partiellement démoli. C'était une sorte de mur surmonté de 3 colonnes en hauteur, m'évoquant ceux que réalisent nombre de dyslexiques confrontés à ce matériel. 

 

scenotest Who0 copie

 

2/Reconstitution du cadre de "vie" du film comme du jeu

 

- Il va donc reprendre sa "construction" et réaliser ce qui correspond à un espace de vie avec des cubes. Quand il a eu fini, dans l'espace vide, il a tout de suite placé le petit train avec lequel il jouait dans le temps de nos premiers jeux. On le voit sur le papier, avec, à son côté dépassant sous la feuille, le crocodile qui lui servait alors à agresser les personnes, puis des animaux "représentants symboliques de personnes", puis des poupées représentant les personnes de son entourage. Il y a donc un espace de jeu d'une part et un point d'ancrage dans le réel d'autre part. Il reprendra son jeu là où nous en étions restés en quelque sorte, dans la dernière séance où nous avions pris le scéno-test avant de nous orienter vers d'autres types de support.

J'interviendrai peu au cours du jeu.

  • - Quand il pose le petit train je l'interprète comme le désir d'aller ailleurs, de voyager et non de jouer comme un bébé avec, et sa mère le confirme en sortant de la pièce tout en disant 'non pas Titi' (surnom de quand il était petit que sa grand-mère ne peut s'empêcher d'utiliser) mais 'Yann'.
  • - Quand il explore ce qui a un couvercle et le referme: la boite aux petits objets autour de la nourriture et le siège WC dont il soulève le rabbat. Il réfléchit et les laisse en place. Se saisissant du transat, il essaie de retrouver comment le faire tenir debout debout, je sors et à mon retour il range le transat et je commente: 'Tu cherches quelque chose?'

 

3/Le choix des acteurs

- Dans un premier temps, il prend le crocodile qu'il pose sur le plateau en le regardant de trés près, oeil contre oeil, en cherchant où le placer, le long du petit train (on voit sa queue sous la feuille). Il repose la feuille sur l'espace pour réfléchir (cf.la 1ère photo) puis il fait explorer le père Noël/lutin par le crocodile, en le tapotant avec sa gueule, le repose ensuite là où il l'a pris dans la boite. Il repose le crocodile à côté du train, prend la vache qui perd une corne, la remet en place, l'explore avec le crocodile, joue à l'agresser et la remet dans la boite à la place des cubes. Il a retrouvé les supports de l'expression de son agressivité dans son dernier jeu en lien ci-dessus (il y a 7-8 ans).

scenotest Who1 copie

Il remet alors le crocodile à sa place et commence à sortir des poupées personnages.

 - Il prend le petit personnage, garçonnet qu'on voit sur la photo qu'il confirme être le "docteur who" de son dessin, puis cherche d'autres personnages avec qui le confronter. scenotest Who2 copieIl a passé en revue des femmes, choisit dans un premier temps le couple âgé, puis choisit une fillette (je pense d'abord à sa soeur). Il a hésité entre la princesse et elle et va l'allonger dans la construction en cubes (ses jambes dépassent). Il a gardé une femme plus jeune, la remettra en place, gardera longtemps le monsieur âgé puis le remplacera par le plus jeune. Il manipule tous ces personnages en les faisant se rencontrer, voire se bousculer... 

J'anticipe sur les règlements de compte et l'expression d'un désir du garçonnet  à l'égard de la fillette, pour ne pas rester sur un mode de passage à l'acte, mais laisser place à l'acceptation de règles...

scenotest-Who3-copie.jpg

4/La figuration de l'espace psychique

  • - ... en me décidant à intervenir pour permettre que la médiation du jeu symbolique puisse fonctionner. Je figure la séparation espace réel/imaginaire en attrappant un grand livre que j'avais préparé comme support éventuel d'un travail "pragmatique", et, en le tenant,  aménage le plateau en 2 espaces: celui où se situe sa construction, figurant pour moi le "réel", et le lieu de l'évasion dans le jeu qui autorise la mise en acte des fantasmes qu'adolescent il ne peut manquer d'avoir, d'autant que les choix des personnages de son jeu confirment la projection de sa quête identitaire.

Ce sera ma trosième intervention qui d'ailleurs rend difficile la prise de photos car je dois tenir droit cette barrière et ne peux manipuler l'appareil d'une main...

 

5/Les modes relationnels mis en scène

Après avoir repris sa thématique ancienne où les animaux valaient pour ce ou ceux qu'ils représentaient comme la vache (figure maternelle), le crocodile, l'agressivité, retrouvé le problème cognitif de monter le transat, Yann, qui avait commencé par ouvrir ce qui avait couvercle, nous ouvre le champ des conflits qu'il doit résoudre et met en scène le parcours comportemental qui les exprime dans cet autre espace.

scenotest-Who4-copie.jpg

A travers les figurines Yann va à la découverte de l'autre pour en  choisir en les  manipulant. Il met en scène son héros en situation d'agression, cherchant l'expulsion des "monstres", figurés par des grandes personnes, depuis le grand-père au père, en passant par des marques d'affection avec des gestes d'une grande douceur, voire de protection; en déplaçant l'héroïne dans la maison pendant qu'il fait place nette, jusqu'au moment de la scène de séduction, où il réalise en les ajustant l'un à l'autre une profonde embrassade avec bruitage prolongé de baiser et de plaisir, alors que seules des onomatopées accompagnent les agressions, et les passages d'un monde à l'autre.

scenotest-Who5-copie.jpg

 

  • - L'étape suivante sera celle du retour à la réalité lorsque avec la feuille, les manipulations et les bruitages, il fait tourbilloner le petit couple et le fait venir dans la maison où, lorsqu'il veut les faire s'embrasser, je précise, 'sur la joue, pas sur la bouche'. Il l'accepte et les installe chacun séparément.

 

 

scenotest-Who6-copie.jpg

 

 

Discussion conclusive

 

On a pu suivre l'évolution de Yann dans de nombreux articles. Puisqu'il ne pouvait apprendre à parler comme les autres, par l'imitation et la répétition, nous nous sommes centrés sur l'acquisition de pré-requis pour des apprentissages qui étaient pris en charge dans son établissement afin de l'aider à mieux s'y intégrer.

Lors de cette synthèse, nous avons réalisé que nous ne le connaissions pas sous un même jour car les membres de l'équipe ignoraient son parcours depuis 10 ans dans les autres contextes de sa vie que le leur. Nous avons conclu d'un commun accord à un immense retard dans son développement affectif qui freinait très certainement son intégration sociale, en particulier selon les normes de communication habituelles qui passent par des consignes verbales. Nous avons pu recadrer en partie ses troubles du comportement.

J'ai évoqué ses difficultés à évaluer l'attente de l'autre (décentration et  troubles pragmatique) et envisagé de reprendre le support qui nous avait si bien réussi quand il était plus jeune, le scéno-test dont les mises en scènes permettent l'exploration aussi bien de pulsions inconscientes et leur expression pour les mettre à distance (effet cathartique) que celle des règles qui régissent les relations humaines (dimension pragmatique).

Et c'est exactement ce qui s'est passé à la séance présentée ici: nous avons pu, grâce au support qu'il a apporté lui-même, travailler à différencier le réel de l'imaginaire et poser quelques règles. Il a pu réaliser les limites de l'identification à ses héros favoris dans le jeu alors que quand il le met en scène sans médiation symbolique dans un atelier en grimpant sur la table (mimant ce qui se passe dans le tunnel de "l'autre ailleurs-temps"), personne ne sait comment l'arrêter et lui faire réintégrer notre monde et ses règles.

Pour qu'il puisse "grandir" il a mis en oeuvre lui-même des étapes importantes:

- se retenir d'agir en écoutant et réalisant ce qu'on lui demande."Faire ce qu'on dit" avant tout, avant même d'entrer dans la salle où il devait "travailler".

- accepter d'être mal compris et essayer de s'exprimer d'autres façons, en particulier dans la situation de jeu qu'on lui propose.

- utiliser ce nouvel espace d'un autre monde, imaginaire en quelque sorte, pour mettre en scène les fantasmes qui l'habitent (amour/destruction), le baiser sur la bouche du couple et la bagarre jusqu'à l'expulsion des monstres (adultes masculins)

- identifier comme telle la séparation imposée entre le monde qu'il a construit sur le mode du réel, qu'il a fait d'abord habiter par la jeune fille avant d'aller la chercher pour la séduire dans l'autre, et admis le changement de règle sur le mode relationnel autorisé lorsqu'il s'est introduit dans ce monde de la réalité.

 

L'identification de Yann au Docteur Who dans le jeu m'a permis de mieux comprendre ce qui motivait sa réapparition hors propos dans des activités sociales. Elle est un signal dérangeant certes mais qui peut

- favoriser la concentration de Yann en tant que signal de ses limites pour réaliser la demande l'autre

- permettre de donner un moyen de remplacer le "déraillement" de son comportement par son transfert sur un autre signal plus facile à gérer dans la mesure où il n'introduirait plus à un jeu pulsionnel dans l'imaginaire qu'il ne peut plus maitriser, tout comme nous avons réussi parfois à le faire pour son balancement ritualisé à la façon des derviches tourneurs, en lui faisant marquer la pulsation (cf. pulsion) qui l'entraine en tapant sur sa cuisse (plus tard ce sera avec un doigt seulement)...

 

Le "Docteur Who" m'a permis de reprendre une position de (psycho) thérapeute alors que je m'efforçais de favoriser son développement global par d'autres voies.

 

 

NB Un article du site développe ce qui concerne le fonctionnement du scéno-test proprement dit sur une base commune avec celui-ci. Il précise également en quoi le fait de jouer permet d'espérer une capacité d'ouverture différente de ce qu'apporte une différenciation qui ne passerait que par l'image.

En effet, d’autres séries ou films avaient joué le même rôle pour Artus, mais ce dernier pouvait s’exprimer par le dessin et disposait d’un langage suffisant pour que nous puissions arriver à une différenciation réel/imaginaire en insistant sur le statut de l'image. Le contexte est différent pour Yann, seul le jeu peut permettre l’explicitation de ce qu’il dessine ou essaie d’exprimer de ses désirs.

Ainsi, Artus, s'il a différencié l'image de lui, de lui-même, ne peut dépasser cette différenciation qui l'enferme dans une position narcissique qui semble lui interdire le fonctionnement de l'imagination même.

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21 octobre 2013 1 21 /10 /octobre /2013 10:30

cerveau.jpg

 

 

"Maladie de l'intelligence",

cerveau différent,

 

les enfants trisomiques apprennent bien dans le modèle classique de l'interaction par l'imitation et la répétition, mais ce mode d'apprendre qui ne leur permet pas d'accéder à la démarche d'essais et erreurs du fait de leur différence me semble, parfois, ne pas exclure qu'ils puissent dépasser un simple conditionnement, en particulier dans le cadre de l'acquisition du  langage. Pour ce dernier, du fait de l'absence de capacité à "reformuler" ce qu'ils répètent, dimension méta qui permet l'appropriation de l'outil sur la base de la logique du système, ils en restent à un langage prisonnier de la situation bien plus encore que des dyslexiques ou des non-lecteurs. Du moins est-ce mon hypothèse de travail dans le champ de mes recherches centrées sur une pratique d'orthophoniste.

Deux trisomiques et l'apprentissage

Ce qui me semblait évident dans un contexte "dys" m'est apparu clairement avec Artus qui lisait en classe et faisait des exercices scolaires en 6e, dans une classe annexée au collège, dans une sorte de conditionnement, mais ne comprenait pas ce qui se présentait à lui en dehors de ce contexte situationnel. Il a découvert le sens de l'écrit avec ses images de "communion" avec le "Dieu m'aime" qui figurait sur l'une d'entre elles. Le concept d'amour n'était pas assimilable dans un contexte linguistique (le mot lui-même) sans passer par l'expression du besoin d'être aimé, en recherchant les situations où il avait pu le ressentir. Notre parcours est passé ensuite par le dessin pour organiser son espace mental en lien avec la perception de l'organisation de l'univers qui l'entourait. A son rythme et en fonction de ce qu'il apportait dans la situation de la séance elle-même, en particulier au niveau émotionnel.

Pour répondre à une question qui m'a été posée le concernant, je suis souvent partie du travail qu'Artus faisait en classe de 6e, étonnée de ses savoirs et savoir faire de base, essayant d'aller au-delà de ce maniement des mots de l'école qui ne permettait pas de pensée réflexive, en lien avec l'agrammatisme ou les énoncés minimaux stéréotypés qui caractérisaient ses échanges spontanés. A table par exemple, il nommait ce dont il avait besoin, sans plus, sel, eau etc...

ArtPok copieDe nombreux dessins ont permis de suivre l'évolution de sa pensée. Le dessin ci-contre, inédit, représente le monde des pokémons, on y voit des éléments de structuration partielle, des rouages, la minutie qui traduit son application/implication etc... à une époque où, adolesccent dépressif, il se vivait comme une machine et s'était focalisé sur en construire une avec des éléments de polybricks de façon compulsive...

Du côté des mathématiques, il avait acquis la numération et les automatismes de base concernant les opérations. Ce n'est que maintenant que nous reprenons des activités qui puissent l'amener à comprendre un problème où interviendrait une soustraction. En effet, il travaille avec une jeune fille à revoir les apprentissages de base au cas où il tenterait dans un avenir lointain un CAP et elle bute sur les bases d'un raisonnement mathématique... Cela n'a rien d'étonnant, mais il fait vraiment illusion!

Depuis qu'il se sent "homme", adulte, il refusait les jeux d'ordinateur qui sont, selon lui, pour les enfants, et lorsque j'insistais, il prétextait la fatigue de ses yeux fragiles (en fait il préférait sa game boy). Il les découvre maintenant et ils prennent le relai du jeu de trigo (aligner des couleurs avec des cubes) qu'il affectionne depuis longtemps (impliquant l'anticipation et la prise en compte ce que fait l'autre). Je me base sur le travail que je fais avec Yann et lui ai proposé tout d'abord le carré des nombres et ensuite les réservoirs. Il s'y passionne tout autant que lui et ses difficultés ne sont pas toujours du même ordre.  

 

Le parcours de Yann n'est pas du même ordre que celui d'Artus. Yann a eu beaucoup de mal à accéder au langage tant oral qu'écrit, se montrant incapable de reproduire sur commande: s'il a fini par acquérir l'alphabet et la numération des premiers nombres, il ne sait toujours ni lire ni écrire à 18 ans et peine encore pour nommer les dernières dizaines. Pour lui, l'entrée en relation a reposé sur la capacité à tenir compte de l'autre dans une interaction ludique, prélude de l'accès à l'expression même. De nombreux articles en témoignent ici-même (taper Yann dans les moteurs de recherche du site et du blog).

 

Nous avons vu qu'il se construisait un espace de représentation avec "play math" pour situer les nombres à leur place dans le tableau jusqu'à 100, qui met en place le croisement des colonnes et des lignes avec plus ou moins de repères écrits.

Playmaths-11-copie.jpgSur la base de sa réussite au niveau deux (repères à partir des lignes du haut et de la colonne des dizaines, à droite), nous sommes passés au niveau trois un jour: seul repère écrit au départ: la ligne centrale (de 51 à 60). Il dit "oh non", et a besoin d'encouragements pour placer les deux ou trois premiers nombres. Puis il se débrouille seul retrouvant des repères en structure, sans trace écrite autre que les nouveaux nombres qui s'affichent. Il semble donc disposer d'une certaine flexibilité pour se donner des repères différents dans ce qui était devenu une routine parfaitement maîtrisée.

réservoirsBoulier_copie.jpgNous reprenons alors les réservoirs présentés une fois sans qu'il puisse comprendre ce qu'il fallait faire. Je place le boulier à côté pour mettre en place les nombres inscrits et trouver le complément visible sur le boulier pour atteindre 100.

Le progrès viendra de ce qu'il pourra compter par dizaine, également à partir du bas, pour trouver ce qui manque... à l'envers en quelque sorte, sans être prisonnier de l'ordre de départ. Une certaine flexibilité se manifeste également ainsi, préparant à la réversibilité que je lui fais remarquer: 70, 30 lorsque la proposition suivante est 30 70 ('rappelle-toi ce qu'il y avait'). Comme pour ce qu'il a déjà acquis, ce n'est pas encore cette fois qu'il en aura la démarche, mais j'ai confiance. Depuis le temps où nous jouions aux mouches en comptant celles que nous avions attrappées pour mettre en place les nombres jusqu'à 5, quelle avancée!: il en est à utiliser le tableau à double entrée que j'ai réalisé être un pré-requis de l'entrée dans l'écrit au cours de mes recherches sur les non-lecteurs, grâce à un autre enfant que ceux de la recherche proprement dite, qui les a rejoints ensuite en 6e au collège:

(extrait de l'article en lien sur les non-lecteurs) [Yvan (premier non lecteur que j'ai identifié comme tel) avait mobilisé tous les circuits scolaires en vain pendant deux ans en CP : il était là avec son sourire mais absent. On a donc tout repris avec des jeux de niveau MSM et réussi à réaliser un tableau à double entrée sur la base d'images à mettre en place selon deux critères, forme/couleur.

Pour les non-lecteurs du collège, c’est le matériau de la langue qui a servi de support et, avec les petits cartons qu’on voit dans le montage, plus particulièrement la mise en place du tableau des consonnes...

... pour les découvrir dans des paires minimales monosyllabiques, variation de forme/variation de sens.]

Les repères proposés permettent d'en utiliser un et il fonctionne parfois comme tel  pour lui, même si Yann recourt encore souvent à la liste (1-2-3 etc..) entre deux repères qu'il est arrivé à se donner même s'il ne sont plus visibles !

Cette capacité s'est appuyée sur un dialogue d'étayage qui soutenait les premières recherches en réalisant avec la main le mouvement de croiser ligne et colonne pour accompagner les paroles etc... car Yann n'avait pas eu l'entraînement des autres enfants que je suivais, dyslexiques et non-lecteurs, avec l'apprentissage des lettres pour faire les sons, le sien s'étant réalisé sur la base du logiciel "Furi" et d'autres supports, principalement à la maison avec sa mère. Il ne parlait pas suffisamne bien et, je le rappelle, ne voulait pas répéter...cf. Toupie magique?

 

Artus, quant à lui, réussit difficilement à s'y retrouver quand je le lui propose la première fois, faute d'avoir suffisament pratiqué les jeux préparatoires peut-être puisque ses apprentissages de base ont reposé sur la répétition sans l'introduire dans un jeu, et donc probablement de la présence d'automatismes qui ont été montés à l'égard des nombres, générateurs d'ornières alors que le jeu (constructivisme piagétien) lui demande de se frayer d'autres chemins sur la base d'une structuration progressive. Je ne suis pas passée par la démarche utilisée pour les non-lecteurs, discutée dans l'article le langage en question dont est extrait le passage suivant:

[J’ai tenté alors de construire chez eux (les non-lecteurs du collège) une CAPACITÉ MÉTAPHONOLOGIQUE, ou à défaut de ce qu’on entend par là pour tout usager d’une langue, une RÉFÉRENCE reposant sur des tableaux qu’ils construisent laborieusement à partir de leur réalisation orale, à l’aide de petits cartons individualisant, en les figurant, les unités de base de l’écrit et leurs variantes. Ils disposent ainsi d’un système de référence concret comme médiation à l’élaboration d’un savoir-faire.
-  Nous sommes donc dans un registre de figuration et non de représentation symbolique, par un processus d’extraction des données de la réalisation corporelle et non d’abstraction.

Problématique

Leurs réactions au cours de ce travail m’ont confirmées dans l’observation que j’avais faite de leur incapacité à dégager quelque règle ou régularité que ce soit, même dans une présentation « en série », à retenir un schème consonantique qu’ils venaient de construire pour le retrouver... Absence d’invariant, absence d’anticipation, car en atelier ils sont toujours aussi passifs pour la réalisation des tâches proposées.]

 

CORPUS (Play math: nouveau jeu)

  Artus préfère de beaucoup le jeu du carré à celui des réservoirs. Très vite il en maîtrise le maniement, et lorsque nous reconnaissons ensemble son droit à l'erreur qui se traduit par des carrés noirs qui cachent en partie le papillon ou la fleur, il m'assure vouloir essayer le niveau 3. Son acceptation de ses erreur "ça c'est mes erreurs" dit-il en voulant retourner au niveau 1. Je lui  annonce qu'on va faire ensuite un jeu qui est spécial pour faire apprendre  en se trompant jusqu'à ce qu'on trouve  puisqu'il n'utilise pas de repères perceptifs et compte 1-2-3..., 10 20 30... toujours dans la série des dizaines ou des unités. Il n'a pas retenu l'équivalence barre/dizaine que n'ai fait que signaler. Je lui propose donc, après la réussite d'un jeu au niveau 3 qu'il dit préférer à celui du niveau précédent, cet autre jeu qui me semble adapté à cette construction progressive d'une façon de structurer sa pensée vers laquelle nous tendons au cours de nos rencontres:

- pour sortir de la liste en prenant des repères perceptifs lorsque la représentation spatialisée fait prendre conscience de plus grand ou plus petit non plus en hauteur (rapport homologue à son expérience) mais sur un axe horizontal, en se référant à l'âge (dans une transposition spatiale...)

- pour entrer dans une démarche de tâtonnements qui puissent s'y appuyer pour trouver la solution.

Playmaths-12-copie.jpgIl s'agit de trouver l'âge des personnes qui sont photographiées. Le support de la recherche va de 0 à 70 ans, et il faut taper un nombre. L'écart du nombre tapé au bon résultat est indiqué sur le support qui est indicié, ce qui amène à raisonner en plus et en moins. Je commence toujours par faciliter le repérage spatial en précisant le milieu, à la moitié, 35, en posant un crayon verticalement approximativement au milieu du trait vert et me trompe parfois quand je fais des suggestions pour aider la recherche, en analysant verbalement mon erreur.

Nous sommes obligés de reprendre le boulier pour qu'il puisse repartir en arrière quand il a placé un nombre à droite, 'trop loin', car 'il faut en enlever.' Je lui demande également de se rappeler la dame présentée avant. Bref, il devient expert avec cette aide qui s'accompagne en commentaire des outils linguistiques de la comparaison, mais doit encore tout compter. En mettre plus: "on y est presque". Il pose ou enlève des boules... Il en trouve un, 15, du 1er coup, à suivre...

 

Je reprends ce même jeu avec Yann, curieuse de savoir comment il va procéder.

Auparavant, il était allé de lui-même sur le carré, et avait coché le 2e niveau, puis avait accepté non sans peine de ne pas recommencer à zéro alorsqu'il avait fait une erreur, lorsque je lui avais dit, une fois de plus, que ce n'était pas grave, que c'était en se trompant qu'on apprenait à ne plus se tromper et qu'on allait  faire un nouveau jeu, de devinette, où justement on se trompe jusqu'à ce qu'on trouve.

Où en est-il avec les repères perceptifs du tableau à double entrée du carré: il se met sur la ligne qui convient pour 47 et je propose, 'on attrappe le 7 ici et on sait qu'il faut s'arrêter là'.  Je lui montre pour le 36. Il trouve tout de suite, sans compter, le 35. Pour 26 je lui dis 'je te montre avec la main, jusque là, sur 6', il nomme les nombres au fur et à mesure qu'il trouve la case... à  64, il commente pour le 4 "encore, encore, encore, encore", pour 17 il dit "je le vois il est là" et comme on entrevoit l'image "je sens le papillon". A 41, il va sur 43 qui est déjà fait et recule à 41 en disant "c'est là", il ne compte plus pour ceux qui sont au milieu d'autres... J'insiste pour qu'il fasse le 3e niveau et , pendant qu'il dit fièrement, "j'suis un champion, c'est les parents d'Antony (son copain) qui disent ça..." et il poursuit pour lui-même "t'es fou... non j'suis pas fou",  je vais le guider davantage en précisant 'faut faire le rouge pour être encore plus champion'.

Pour que Yann comprenne la consigne car il a oublié la première présentation du jeu de l'âge à trouver, il y a longtemps, je la précise en prenant le boulier pour la photo qui s'affiche. Nous mettons 70 puis je situe 35 avec le crayon et lui dis 'pas 30' en remettant 30 sur le boulier, 'plus près de 70', précise 'vers 50', qu'il tape, quand le pointillé se place, je lui demande, 'cela va faire moins ou plus?' Je me trompe d'ailleurs (mes propres problèmes de DL), rectifie et nous trouvons ainsi en tâtonnant.  Pour le suivant je redonne le repère de 35 avec le crayon à la moitié et lui dis 'peut-être 30', en lui montrant sur le boulier. 'Tu veux mettre 20? Retourner en arrière, cela veut dire en enlever pour aller à plus petit encore'. Je lui fais compter dans la série pour qu'il y parvienne. Pour une fille de 8 ans, je dis 'moins de 10 ans', il met une barre en enlève 1, tape 9, il commente sur le boulier "encore" et continue à en enlever un, pendant que j'ajoute 'trop grand'. Il trouve 30 du premier coup et le suivant étant 27, il met 28 il dit "enlever un encore".

Mais pour 64 il met 74 ou 46, (il dit toujours 600 pour 60), nous revenons aux barres et aux boules, butant sur un apprentissage de base pas encore bien maîtrisé qui, joint à la difficulté à maintenir la concentration que réclame l'exercice, provoque l'arrêt du jeu.

 

Discussion

Le carré

Du nombre appris de façon mécanique dans la série, qu'il ne peut retrouver sans faire tout défiler,  Artus a pu transposer le comptage par dizaine, plus ou moins assuré sur le support d'un boulier (cela lui demande un effort d'attention et il lui arrive de sauter 60 ou 70 quand il compte en le faisant)... Cette représentation concrète sert de support aux opérations à effectuer pour obtenir une nombre donné et lui permet de trouver une réponse dès qu'on sort d'avoir à utiliser la liste des dizaines qu'il connait. Il ne peut le faire mentalement.

Yann semble entrer dans un système additif qu'il verbalise à la façon du langage enfantin, en utilisant l'adverbe encore, ce qui semble indiquer que l'unité devient présente, individualisée, et ainsi manipulable. On sort du figement. Il se sert également de sa perception pour apprécier ceux qui sont à côté d'un qui est déjà écrit... et y va sans avoir à se repérer.

 

Les portraits

Pour apprécier l'âge des personnages photographiés, tous deux doivent apprendre à transposer ce qui, dans leur expérience perceptive est associé à du vertical, à une échelle qui se présente horizontalement. Le boulier sert d'intermédiaire pour permettre le comptage qui ne peut s'effectuer (encore?) mentalement.

Les outils de comparaison sont indispensables et passent par des mots "action" comme "encore" avant de devenir "plus" qui va de l'action/opération (additif) à la comparaison de deux éléments ou états dans "plus grand que" pour les nombres, qui signifie de fait, dans l'exercice, "plus vieux que" en se référant à la projection de leur âge ou de celui de leurs proches. Les manipulations et commentaires donnent sens aux erreurs commises dans une démarche où les essais seuls permettent de trouver la bonne réponse. Tomber juste, dans l'hypothèse d'un âge, reste une intuition et un coup de chance... Dans l'élaboration de l'outil, les âges ne sont pas choisis totalement au hasard, certains rapprochements sont possibles, tout comme dans le jeu du carré... et l'étayage peut  souligner ce que l'enfant tout venant  découvre par lui-même dans la variété même des jeux proposés par le logiciel et leur progression.

Les automatismes d'Artus semblent l'aider à progresser plus vite que Yann, il ne verbalise pas comme Yann, mais je commente la situation pour lui donner les repères verbaux des outils de comparaison qui me semblent indispensables pour progresser. Quant à Yann, il vient de si loin, a une certaine intuition, un tel désir d'aller plus loin qu'il faut juste prendre patience...

 

A SUIVRE...

 

NB. Ce logiciel très ancien (acheté au congrès de 2000,"Le constructivisme Piagétien" de Genève) ne semble pas pouvoir s'ouvrir au delà de Windows XP. En outre, on y a inséré un virus qui efface le disque dur si on essaie de le copier. Je m'y étais risquée malgré tout au bout de nombreuses années pour qu'un non-lecteur adolescent (Benji) puisse s'y entraîner et n'ai jamais pu joindre les auteurs aux coordonnées laissées au cas où...

Je n'avais pas l'outil 'capture d'écran' pour en parler de façon explicite dans mes articles précédents!

 

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Published by Jaz - dans Handicap
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