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7 mars 2015 6 07 /03 /mars /2015 17:49

On peut aborder le langage de différents points de vue. Si on suit l'évolution de Yann, jeune trisomique qui parle beaucoup mais dont la parole n'est toujours pas tout à fait intelligible, il devient légitime de se poser la question: en quoi tenter de l'aider à écrire peut-il aider Yann, 20 ans, à améliorer son langage oral? 

 

Il y a bien sûr le développement de ses capacités cognitives. Ses jeux sur l'ordinateur (TV Neurone, acheté par ses parents) ont évolué. Il maîtrise maintenant "Le maçon" (il s'est beaucoup entraîné chez lui en parallèle des kaplas peut-être) et le "super Puzzle" niveau moyen (ses premiers jeux enfant). En lien avec le travail de lire, nous avions exploré le Panier, en nous référant à l'activité qu'il venait d'avoir pour que les mots correspondent à son expérience. Après "le collier", devenu trop facile et Les coloriages qu'il ne sait pas encore très bien réaliser seul, il faut le guider encore, nous sommes passés à "La carte au trésor", chemins à reconstituer en tenant compte d'une consigne qui peut concerner 2 éléments à mettre en relation avec un ou 2 selon les exemples. S'il s'agit d'un jeu visuo-spatial, il recoupe le travail réalisé avec les non-lecteurs sur un tableau à double entrée, pré requis à l'entrée dans l'écrit, en lien pour Yann avec la capacité à comprendre et suivre une consigne qui se complexifie. Il est très fier d'y parvenir.


Entre le travail de "langage" et l'entraînement cognitif, les progrès de son autonomisation, Yann va devenir capable de trouver des mots et de chercher lui-même comment les écrire (avec le Jeu de Jarnac). 

Le contexte affectif a été posé: un monde de significations et de valeurs au cours des discussions sur "grandir" quand il a posé le NON et après l'avoir dit ex exprimé par son  comportement, en utilisant un symbole pour l'exprimer dans un tableau écrit sans avoir à l'écrire.

Retour sur le langage oral

Avant de pouvoir raconter, il faut pouvoir "dire" dans un cadre d'étayage

Il est arrivé un jour en apportant son "carnet" du Centre, où se trouvent les photographies de ses copains, du stage réalisé pendant les vacances avec des moniteurs etc... Ce carnet prend le relai de Dialogo pour un travail de parole, nommer ce qu'on voit, mais aussi d'évocation des lieux, du temps... une base pour construire sa mémoire épisodique, l'entrée dans une "histoire". Cette initiative indique bien son désir de communiquer en partant de son propre monde. 

EcrireYannEncore faut-il que les noms de ceux de la photo de groupe soient compréhensibles pour des étrangers (cela fonctionne avec les familiers, habitués à ses raccourcis). Plusieurs entrées vont faciliter cet apprentissage:

- le modèle auditif est en échec, il ne suffit pas à mettre en place la structure du mot

- un support visuel peut aider: l'écriture des lettres de chaque syllabe en l'inscrivant dans une vague (un panier) l'accompagnant  de symboles écrits comme pour Ré le créneau qui marque le grattage de la gorge pour qu'il n'escamote pas la 2e syllabe. Pour qu'il réussisse à prononcer la 2e syllabe de BE NOIT nous sommes passés, oralement, après NON par  NONO puis NOA.

Un travail du même ordre a été fait la séance suivante pour retrouver les activités de ce stage: avec SYL VAIN l'animateur: et là nous avons trouvé encore une autre façon d'arriver à enchaîner pour ne rien sauter et entrer dans l'unité du mot au-delà des syllabes:

- un grand mouvement des deux bras comme une danse succède à taper sur la table les syllabes avec une sorte de chanson du mot.

Yann est ravi, il s'exprime ainsi à travers tout son corps et pas seulement le circuit restreint de l'articulation, il y retrouve l'ampleur du mouvement de sa stéréotypie (balancement d'avant en arrière du haut du corps) qui resurgit parfois tout comme les bruits d'arrière nez (un clic dans d'autres langues) qu'il arrête à la demande mais qui reviennent dès qu'il s'applique, se concentre...

La danse des mots se fixe: retour aux lettres

 

20141224 112254 copieLe travail de langage est omni présent même lorsque nous travaillons sur "écrire". Face aux lettres du jeu de Jarnac, il devient capable de trouver des mots par lui même, en fonction de ses centres d'intérêts et nous poursuivons notre exigence de prononciation... qui va pouvoir, nous l'espérons, se répercuter ainsi dans sa parole spontanée...

Le premier mot qu'il a voulu écrire est "prince".

Puis NCIS. Heureusement sa mère était présente pour traduire en connaissant ses intérêts!20141224 112229 copie

Ce qu'il regarde à la télé etc...

 

 

Il en est au stade d'un enfant dont on reprend les énoncés difficiles à comprendre avec plus de succès qu'avant (il devient souvent capable de répéter le mot sans avoir à l'écrire).

Mais nous sommes encore loin d'une parole courante compréhensible, même si nous pouvons avoir recours à cette sorte de chanson/danse des mots qui, avec le balancement des deux bras est comme un bercement contenant les rebonds des syllabes.

 

Discussion: oral/écrit et langage

Qu'on me pardonne d'aborder cette discussion par un exposé des motifs reposant sur des références personnelles. J'appartiens aux premières générations d'orthophonistes du siècle dernier, formées et informées par Suzanne Borel Maisonny, et Denise Sadek Khalil, pionnières, pour qui l'apprentissage du langage écrit s'inscrivait en continuité avec celui de l'oral. La prise en compte des différentes modalités perceptives (visuelles, auditives, kinésique) était à la base même des remédiations proposées aux difficultés rencontrées dans ces dits apprentissages. Le fonctionnalisme de Martinet (issu du structuralisme de Saussure) pour l'une, la démarche Guillaumienne d'analyse de la langue pour l'autre, l'une plus phonéticienne, l'autre plus linguiste, leur apport à la réflexion sur le langage à la lumière de la pathologie ont, pour moi, marqué une réflexion commune lorsque les équipes de recherche étaient ouvertes à une réflexion de praticien, comme celle de Frédéric François.

Lorsque je me suis trouvée confrontée à une situation concrète de pratique différente, en particulier du fait d'avoir à adapter l'orthophonie à une autre langue et à un autre contexte environnemental en Algérie, la rencontre avec Guberina m'a confortée dans le besoin que je ressentais de faire participer le corps entier, le groupe etc... dans le laboratoire de recherche dont j'avais la responsabilité dans les années 1970 à l'Institut de Phonétique et de Linguistique d'Alger qui avait pour mission de soutenir par ses recherches l'arabisation d'un pays qui aspirait à retrouver la langue de sa culture d'origine. Une brève rencontre avec l'équipe de psychomotriciens qui démarait à la Salpêtrière m'a confortée dans la nécessité d'une approche globale, avec la prise en compte des syncinésies en particulier comme signe de retard du développement neurologique...

J'ai donc été amenée à m'adapter encore et encore à la différence de chaque patient, de chaque famille, dans une ouverture à l'autre qui est le fondement même de mon point de vue, dans la relation thérapeute/patient.

De retour en France dans les années 1980, j'ai été profondément choquée par un exposé qui partait du principe qu'on pouvait dissocier totalement l'apprentissage de l'écrit de celui de l'oral en rapportant un courant de recherches où les parents retenus dans l'expérience, n'adressaient AUCUNE parole à leur enfant, et les remplaçaient en toute situation par une étiquette/panneau avec le mot écrit, dès la naissance. Le film m'a profondément choquée et rendue très méfiante d'une approche de l'écrit qui coupait toute relation entre l'oral et l'écrit, aucune interaction, et ne tenait aucun compte de ce qui pouvait freiner un apprentissage, et, de plus, où le critère  de réussite recherché semblait être la rapidité sans se préoccuper de la compréhension...

 

Revenons à Yann. j'ai eu l'expérience de commencer à démutiser un audi-muet (avec en complément de ma formation borélienne, quelques principes d'une méthode très spéciale pour la prise en charge des arriérés profonds, exercice où les syllabes sortaient littéralement du corps en extension, dans un cri, comme une éructation, qu'il fallait répéter 3 fois 20 fois, ce qui me scandalisait un peu... ) et 20 ans plus tard, un retardé profond, épileptique et dysarthrique, dont la mère voulait qu'il apprenne l'écrit incapable de parler, avec lequel j'ai procédé tout autrement.
Les problèmes de Yann sont encore d'un autre ordre. Les chemins suivis également. Comment le faire parvenir à une parole courante, comment lui permettre d'acquérir le minimum requis pour une autonomisation sociale en milieu protégé ce qui implique de savoir compter un peu, lire un peu, comprendre ce qu'on attend de lui dans des situations courantes... ?

Cela fait 11 ans que nous nous y efforçons, à son rythme, avec des tâtonnements inévitables pour trouver ce qui marche puisqu'il ne peut apprendre par l'imitation et la répétition comme cela se passe pour la plupart. En rendre compte est l'objet des nombreux articles de ce blog qui lui sont consacrés.

Il nous guide, nous car c'est un travail d'équipe, par ses réactions qui déterminent ce que nous allons devoir "travailler" ensembles en séance. Si on reprend le parcours de Yann, c'est bien un parcours vers cette autonomie qui se manifeste dans son évolution même, dans la relation même entre pensée et langage.

 

Dans un article sur structuration mentale et méta, nous avons discuté ce qui, de notre point de vue, représentait une difficulté pour le passage de l'oral à l'écrit dans un contexte orthographique en le rapportant à un défaut de structuration de base.

L'exemple de Yann se situe en deça, mais pour lui, comme pour d'autres, "épellation", "syllabation", ne permettent pas l'accès au schème du mot puisqu'ils déconstruisent l'unité que l'on réalise et entend dans la parole, sans l'analyser comme unité pour autant (dimension méta).

Ainsi, lorsqu'on est initié en partant des unités de bases (son-lettres, premier regroupement de la syllabe), il faut aller au-delà de la segmentation qu'elles impliquent.

- Si le lien ne se réalise pas mentalement, il faut pouvoir l'inscrire dans un mouvement mélodique, généralement porté par la voix.

- Si cette approche auditive ne s'intériorise pas non plus, la participation de tout le corps en mouvement peut permettre de se l'approprier.

C'est ce qui semble avoir marché le mieux pour Yann dans la démarche discutée ci-dessous:

- le support de base en a été l'écrit qui nomme, puisqu'on en est au stade du mot, et permet la mise en relation avec l'image.

- le corps en mouvement de Yann lui aurait servi de contenant pour séquentialiser ce que contient un mot qu'il cherche à dire et/ou à écrire. Balancement, geste de l'infini des deux mains qui fendent l'espace qui l'entoure, ou grande boucle qui entraîne, Yann, debout, y voit un jeu qui l'aide.

On peut espérer que le mot va s'intérioriser et qu'il le retrouvera sous cette forme sans être passé par les 100 fois de l'ancienne méthode décrite qui n'obtenait que quelques mots, et sûrement pas de lien.

- Il faut certes le faire répéter plus de 3 fois (mémoire immédiate) et j'ai adopté 10 fois (mémoire de travail en double tâche puisqu'on compte jusqu'à 10) indispensables après chaque réussite, quand on travaille.

- Mais il faut savoir accepter de redonner le modèle avec rappel du geste ou du mouvement quand c'est une parole spontannée dans une situation de communication, quelle que soit la frustration de l'interlocuteur? Souvent il le retrouvera alors en le répétant.

En tout état de cause, Yann a eu besoin de cette interférence entre oral et écrit... pour que sa parole puisse se mettre en place.


NB Le geste du corps en mouvement reste proposé par la thérapeute car la famille ne le "sent" pas et serait bien en peine d'avoir à le reprendre...



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3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 18:21

Nous y sommes

Yann se rebelle. Il a chanté dans la voiture en venant, sa mère n'en peut plus. En fait, s'il est en retard c'est aussi qu'il ne veut plus aller à la piscine. Il est passé d'un groupe d'ados à un groupe d'adulte...et ce n'est plus aussi ludique.

 

Après avoir épuisé dans le logiciel TV Neurones Le maçon aux 3 niveaux et Super Puzzles au niveau moyen, nous sommes passés au jeu "la carte au trésor": 

 

Il se sent très fier de réussir dans ces jeux, conscient de l'effort que cela lui demande. S'il a fallu le guider au niveau des consignes il y arrive seul maintenant. La discussion sur grandir avait précédé les vacances et sa mère a eu du mal à "faire avec" sa parole incessante, ses chantonnements perpétuels. Il va aller en SAS. Un stage de 3 semaines, précédé d'une prise de contact.

Yann NONAvant d'avoir connaissance de ce comportement récent, il me semblait qu'il était temps de revenir au travail sur le temps pour ensuite mettre en place une nouvelle organisation des semaines à venir. J'avais préparé un cadre avec des colonnes pour chaque jour, mais son opposition, son mutisme avec cet air buté qui lui ressemble si peu, me font me centrer sur ce qui se passe le samedi, le jour de nos rencontres. Je prends donc une nouvelle feuille réservant l'emploi du temps à une autre séance, n'écrivant que samedi. Aujourd'hui donc. Il écrit en rouge. Je me réserve le bleu: une fois par mois il ne vient pas à la même heure.

Quand on arrive à la case suivante, il fait une croix et la renforce d'un gribouillis au cours de la discussion, refusant d'écrire PISCINE.

Nous nous y mettons à deux, sa mère et moi pour analyser le pourquoi de son refus. Elle m'explique qu'il était tout à fait d'accord pour être inscrit, mais a changé de groupe, sa soeur aussi: des adultes maintenant. Qu'il soit d'acccord ou non, il est inscrit, il n'a pas le choix. Et nous reprenons notre discours de la fois précédente, il grandit, mais cela impose aussi de se conduire comme un grand et non comme un bébé... etc...

Pour un peu, tout à sa contrariété, il refuserait d'écrire percussion alors qu'il adore...

 

Discussion

Son comportement devient difficile pour l'entourage, il manifeste une opposition massive, conjugant celle de l'enfant de 3 ans qui prend conscience de lui-même  dans sa conquête même du langage, en utilisant le non, et celle de l'adolescence où ce conflit se trouve réactualisé, pour conquérir une autonomie qui signe l'entrée dans l'âge adulte.

Il n'a pas écrit piscine pour le barrer ensuite, il a marqué l'espace avec le symbole qu'il a utilisé sur les mots écrits dans l'exercice qui les  a fait exister pour lui: les supprimer. Une sorte de dénégation du mot représentant ce qu'il ne veut pas faire dans ce temps qui lui est réservé. Il n'en est plus au signe étiquette seulement, mais entre dans la modalisation. Le côté affectif de sa révolte, se manifeste dans une expression symbolique qui marque également ses progrès.

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27 février 2015 5 27 /02 /février /2015 14:44

KaplaT.jpgLa question de la part de l'acquisition de l'écrit dans l'acquisition du langage est abordée en plusieurs temps en fonction de ce qu'on entend par "langage". Ce premier article pose les bases qui permettent d'inscrire l'écrit comme acte de langage, dans un contexte social. Un deuxième montrera comment cette évolution participe à une meilleure expression verbale.  

 

- Nous avons posé le cadre temporel du langage, un langage d'action en relation avec un "vécu" expérientiel personnel,

- Yann a réalisé la valeur sociale de l'acte "lire" et mime cet acte en s'y efforçant avec ses ressources propres (éléments d'épellation pour une syllabation).

- Il joue à assembler des éléments pour construire en 3D avec les kaplas, laissant libre court à une créativité qui intègre des modèles qu'il va chercher lui-même sur internet.

C'est ainsi qu'il apporte une feuille qu'il a composée lui-même, de l'ensemble de ses créations (son téléphone lui permet de les photographier), voir ci-dessus.

Parallèlement à cette activité spontanée (réalisée de façon autonome, chez lui) nous avions repris l'évocation d'un espace temps dans le passé.

Le scénario: un W-E spécial

Il s'agit d'un travail de langage, construction d'un scénario vécu en essayant de reconstituer ce qu'il a fait le W-E précédent où il était invité chez son meilleur copain Anto. Comme nous le faisions à partir des images, nous (sa mère participe) ciblons les différents lieux et temps du scénario pour obtenir des réponses. Qu'a-t-il fait? L'amorce se fait par ce qu'il a dit en arrivant le samedi:

- Bonjour

Tu es allé où?:

- dans la chambre à Anto. Il était là aussi.

Vous avez fait quoi? Un jeu vidéo? (ne sait pas) Ecouté de la musique?

- et il y a plein de chanteurs et français aussi.

Portugais?

- parce que Portugal. Anto aussi.

ensuite, à la cuisine?

- pâtes à la (?) bolognaise

puis dans la chambre?

- téléphoné (à qui?) à Jona. Anto aussi, nous 2

le soir tard? Dormi?

- ouais aussi.

Le matin suivant Yann téléphone à sa mère au lieu de se lever

- tu es réveillée?

La mère intervient: on est dimanche et on s'était donné rendez-vous pour aller où?

- restaurant... déssign et serpan (de Chine et Japon).

J'écris en majuscules  avec des paniers pour mettre en place les syllabes: A ZIA TI.QUE

- On a été Montreau (il retourne au samedi) près du parc (où il s'est quitté avec sa mère qui reformule l'ensemble en le reformulant dans le temps). Après où? Paris?

- au ci-né-ma (le Rex) vu la "féerie des eaux"

- (m'interpelle) regarde tout ça (il mime).

T'as vu quoi?

- les piéliss? Reformulé : Les Gaulois? Astérix et Obélix et y avait les romains et César... sur Rome. "Maitre" (nous l'écrivons MAI TRE). ... potion magique et truide.

- Regarde, a fait (mime).

- demain match de foot je vas aller.

Cadre social et monde de symboles culturels

BrésilYoannLa séance suivante je lui propose de dessiner ce qu'il veut, pleine d'espoir de voir quelque chose d'original et... il dessine un cadre qui deviendra un drapeau. J'avais retourné la trousse où sont les crayons pour qu'il ne copie pas les fleurs et il identifie  - le lapin, sans envisager de le recopier. Il a bien quelque chose à dire, de secret même, comme il le précisera à sa mère ultérieurementà propos du drapeau. Son copain est Portugais d'origine, il y a eu un match...  pendant que nous parlons sa mère et moi, en sa présence, du désir qu'il a exprimé dans un cadre familial de se marier. Il veut être parent. Nous évoquons souvent le fait qu'il se conduit comme un grand ou un bébé, encourageant ses efforts...

Mais pour lui l'église est synonyme de mariage... Je donne mon point de vue: pour se marier il faut travailler, aimer et être aimé (sa mère insiste sur la réciprocité). J'introduirai, dans d'autres séances, savoir lire et écrire, compter etc..

Pour se marier à l'église, il faut être baptisé (ce qu'il n'est pas). Mais quand il entre, il fait le signe de croix ou s'incline mains jointes, sa mère précise, comme dans un restaurant asiatique. Il n'a pas repéré les salutations "arabes" car sa source d'information concernant les rituels (pragmatique) vient des dessins animés. Il montre ainsi un réel désir d'intégration sociale et la perception de ses modalités dans un contexte iconique. Mais si sa mère a besoin d'en parler c'est aussi qu'il est excessif dans ces manifestations et devient vite "envahissant". Je le rapproche de son comportement avec la musique lorsque nous tentions de l'aider à contrôler sa stéréotypie...
Nous revenons sur son amour des dessins animés. En ce moment ce sont les tortues ninja. Il demande à sa mère si elle a aime. Ce n'est pas le cas.

Cadre social et valeurs fondamentales (croyances)

Drapeau Fcais(Yoann)A la suite de cette séance, il lui a fallu absolument envoyer le drapeau Brésilien (à défaut de Portugais) à Anto, comme un "secret", pas anodin. Et il m'en apportera un Français car, à mon sens, il en faut un autre pour donner son sens au premier, en tant que représentant symbolique d'une nation et je le lui avais demandé.

Nous parlons de drapeau pour associations, pour la recherche, cf. médicale. Nous parlons d'animaux, de l'impact de l'homme sur l'environnement. J'introduis la différence entre "savoir" sur l'environnement et "croyance", je redéfinis pour sa mère le statut de la connaissance. Et voilà la France en question, qui est français? Il a une éducatrice africaine à l'IMPRO. Il y a ceux du groupe percussion (Kapuera)... Les spécificités viendront plus tard. Le thème reste l'ouverture à une appartenance.

Nous parlons donc culture (rythme) et art. Il faut toujours faire appel à quelque chose de connu. Sa grand-mère est à l'hopital (décédée depuis): il y a les peintures de mamie, une comparaison avec son renard (une huile). Travailler à la façon... de. Faire "pareil que" mais avec leur émotion cf. le renard chez eux. Il parle beaucoup de Picasso.

 

Yann s'était montré très intéressé par le graphisme des écritures basés sur des dessins comme les hiéroglyphes et les caractères chinois. Son rapport à l'écrit en était à les recopier en listes, comme il le faisait des noms des pokemons pour notre écriture. Un premier niveau d'appropriation à ses yeux. Mais ces "figures" n'avaient pas de "sens" et il ne pouvait les combiner pour "entrer dans l'écrit". Sa découverte des Kaplas lui a permis de réaliser de façon autonome un certain nombre d'opérations cognitives, témoignant de la créativité dont avaient témoigné ses premiers dessins au moment où il quittait sa position autistique. Mais le sens du langage ne peut venir d'un travail technique qui en perfectionne la forme. Il vient du rapport des mots au monde qui nous entoure et accompagne le développement personnel d'un enfant. 

 

Yann a été très présent à cette discussion qui permettait à sa mère d'exprimer ses difficultés pour le guider dans son développement actuel, car grandir, ouvre pour lui, un champ dont il faut poser les limites autrement que par "fais pas ci fais pas ça". Ce sera confirmé par la manifestation ouverte de son opposition dans une séance proche... qui amènera une autre discussion du même ordre pour lui sur l'acceptation du changement dans toutes ses dimensions.  

 

Le langage de Yann s'enrichit peu à peu d'autres dimensions que celles que procure un stock d'énoncés adaptés à une situation particulière de communication verbale, plus ou moins stéréotypés, car ceux qu'il construit restent parataxiques pour une parole souvent déjà peu compréhensible dans ses expressions figées, du fait des réductions tant syllabiques que syntaxiques qu'elle présente, comme on peut l'analyser dans le corpus du W-E proposé ci-dessus. Il ne suffit pas de l'aider à mieux poser les mots et construire ses phrases même si ce travail sera abordé dans un autre article dans le cadre de ses progrès face à la perception de l'écrit. Il comprend mieux le monde qui l'entoure, sortant de son propre monde d'enfant comme l'a prouvé ce qu'il a exprimé dans le jeu au cours du dernier scéno-test qu'il ait réalisé où il s'identifiait au Docteur Who.

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29 septembre 2014 1 29 /09 /septembre /2014 08:00

   LorsqueKapla1.jpg Yann, jeune trisomique, s'est ouvert au monde à 9 ans et a commencé à s'exprimer par le dessin,

Toilele dessin était alors manifestement  pour lui, mouvement, comme cette toile, quelques mois plus tard.

 

maison1maison2Il s'est construit et a construit les objets de son environnement en découvrant comment fermer ces mouvements ce qui a donné une maison éclatée avant de la refermer en perspective par exemple.

Pour les personnes le mouvement (émotionnel) était rendu le plus souvent par leur expression même.

Un article sur le site présente brièvement son évolution au cours de cette année où, sortant de la sensibilité de l'autisme, il est entré dans les apprentissages avec le déficit intellectuel de sa trisomie. Il y est entré à sa façon. 

Sans reprendre cette évolution discutée dans les articles en lien, à l'appui de cette interprétation du rôle du mouvement et de sa base pulsionnelle, l'évolution de Yann, jeune adulte de 19 ans, très retardé dans sa parole comme dans son rapport à l'écrit, ne l'empêche pas de se débrouiller sur internet, d'y avoir trouvé des sites de Kapla et de se livrer à des constructions s'inspirant probablement des modèles proposés, sans les copier car il n'a pas d'imprimante. Il  a pris en photos ses réalisations et sa mère les a tirées sur papier pour qu'il puisse me les apporter.

La photo du Kapla qui est en tête de l'article m'a semblé la plus complexe et traduit bien ce besoin de mouvement qu'il peut laisser de côté par ailleurs comme en témoigne cette autre ci-dessous!

Kapla2Ychateau1 001 copieOn y retrouve même un de ses anciens dessins quand il s'est lancé à mettre en place le château, vers 13-14 ans...

Evidemment certains jeux l'y ont préparé dans un espace à deux dimensions, en particulier un des jeux  de TV Neurones, le maçon, lorsqu'il doit placer des portions de murs en tenant compte de ce qui est caché par la perspective. Il le maîtrise tout à fait... et c'est une récompense que de finir sur lui lorsqu'il a fait beaucoup d'efforts pour mieux parler, ou, maintenant, pour "lire".

Yann est donc capable de s'inspirer de modèles pour créer de nouvelles compositions. Il a conscience de sa réussite et comme il a besoin des pièces pour en créer d'autres... il leur donne un statut d'image en les photographiant. Il est bien dans un monde de représentations et de leur partage.


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15 septembre 2014 1 15 /09 /septembre /2014 15:11

livre contraires copieCe n'est pas faute d'avoir mis en place tous les prérequis excepté la parole courante, que ce soit dans son centre avec les exercices de maternelle, ou, depuis qu'il est jeune adulte, l'incitation à...

Maintenant Yann a le réflexe de se mettre à lire, position, recherche de la lettre, association avec le son, compromis de la méthode que nous lui avions présentée au départ (Furi) qui passe par la correspondance grapho-phonique, sans correspondre pour autant au B.A.BA d'un méthode syllabique partant du nom de la lettre... En effet, l'adulte accompagnateur souligne ou recherche la syllabation pour correspondre (et renforcer) le travail sur sa  parole dont témoignent plusieurs articles utilisant le support de vocalab pour sa visualisation.

On lui a appris à nommer la lettre (bé té cé), sa mère la sonorisant avec e, be te, se etc... pour pouvoir l'associer, il est vain de reprendre la démarche originale, encore présente avec moi, ici et là pour actualiser le geste du son qu'elle évoque et favoriser ainsi l'association qui ne se fait pas encore, faute, en particulier d'avoir intégré les graphies de deux ou trois lettres pour une voyelle. Nasales, au, et, es etc...

Mémorise-t-il globalement des mots, l'article "le", le "et", et quelques autres petits mots? il en reste à un déchiffrage syllabique fondé le plus souvent sur Bé (ou Be) a ba. 

Ce n'est pas en lui faisant répéter encore et encore les mêmes textes qu'il a compris la fonction de l'écrit.

 

Retour sur son parcours des derniers mois, dans le cadre établi depuis le dernier scéno-test.

Les séances, régulières au début se sont espacées.

- pragmatique pour comprendre l'attente de l'autre dans une situation sociale identifiée

- grâce à la lecture d'indices (objets de la situation personnages mimiques gestes de visée attitudes etc...) sur l'image, (dialogue 27 CEPE) qui se poursuit jusqu'aux vacances d'été en première partie de séance (un article reprendra le travail de "langage" que cela a permis)

Du mime aux mots: les mots c'est pour "dire"

afin d'accéder aux symboles numériques au delà des premiers nombres, et aux opérations additives, jusqu'à s'appliquer dans l'interprétation de ses résultats dans des jeux de TV Neurones pour donner sens aux progrès dans les résultats. 

  • fiche lecture copieIl y a eu cette fiche sur les magasins dont nous avions déjà réalisé la consigne avec aide: faire correspondre le magasin au dessin, et chercher le contenu de ce qu'on y vend en fonction de son expérience personnelle appuyée sur une reconnaissance plus ou moins globale à partir d'une syllabe des mots écrits. Nous avions exploré chez le boulanger.

 C'était constituer un lexique en évocation.

  •  Il y a eu, en mai,  ce moment où il a annoncé qu'il voulait lire et, pendant que les adultes parlaient entre eux, le gros livre de Harry Potter qu'il a ramené, "Je suis adulte maintenant" en essayant d'en déchiffrer le titre, tâtonnant avec beaucoup d'aide "Harry Potter et la chambre des secrets": problème pour des, et .. nous avons repris le carnet pour aider à la mise en place de "un très mauvais anniversaire". Nous sommes ensuite allés faire des puzzle de TV Neurones, autre assemblage.

Il a manifesté son désir de lire et réalisé qu'il y avait du chemin à faire, acceptant un retour au technique avant de retrouver ses activités favorites.

  •   Il y a eu ce petit livre choisi pour son contenu où il s'agissait de trouver les contraires selon un critère énoncé dans la consigne? (Illustration initiale de l'article) Sa mère le lui a présenté comme le quiz qu'il avait réalisé à la dernière braderie.

 Il l'a abordé comme un livre, concentré pour comprendre ce qu'on lui demandait (ligne écrite en haut de page), ce qui a déjà été un travail de déchiffrage et plus encore de reformulation de notre part... car il s'agissait de vérifier qu'il avait accès aux notions impliquées par la comparaison: le plus mince est devenu le moins gros (le plus/le moins), 1er/dernier, décomposition de l'énoncé totem jaune tout en haut et vert tout en bas, travail d'expression verbale, de langage comme avec le livre dialogue ci-dessus), vérification au verso de la page de la réponse attendue etc... Il lui a fallu deux séances pour le terminer.

  •   La séance suivante il a retrouvé la fiche des magasins où il avait réalisé avec aide "la boulangerie" et s'est mis d'emblée en position de lecteur autonome.

Il a réussi pratiquement seul à découvrir ce qu'on trouvait chez le fleuriste (mot qu'il réussit à dire après l'avoir écrit de lui-même, en mélangeant majuscules et minuscules sous le modèle). Il a rayé ce qui n'y était pas avant d'identifier des fleurs dont il ne connaissait pas le nom.

Un premier déclic s'est confirmé: l'attitude à avoir est là dès qu'il identifie la tâche.  

De lui-même il cherche à écrire confirmant l'importance de l'entrée kinésique pour identifier le mot en associant les syllabes.

 

Le déclic du lien oral/écrit

Le déclic du "lire" s'est enfin manifesté de façon tout à fait inattendue et explicite au retour des vacances: le lien entre la parole et l'écrit!

Comme nous en avions l'habitude, pour l'aider à répéter correctement les mots escamotés quand il parle de ses activités en colonie, sa mère lui pose les syllabes écrites. Il s'agit d'obtenir une syllabe de plus au centre, une finale... escalade, mousqueton, zip (tyrolienne), acrobranche (dans un parc de loisir) etc... 

Je reprends le principe qu'elle a posé, en le complétant pour les autres mots sur la feuille devant lui (avant nous utilisions des petits post-its) en dessinant les paniers (feston) pour matérialiser la syllabe, en particulier pour visualiser la place de la consonne entendue en finale (réunissant les syllabes écrites dans un même panier). Nous arrivons même à plusieurs mots (groupe du nom) et tout d'un coup


Yann attrappe la feuille support de ce travail sur le lien entre audition et syllabation et la rapproche de ses yeux, en prenant sa position de lecteur, tout en manifestant un bonheur intense. Il a compris le lien entre parole et écrit, l'écrit qui lui a permis de bien répéter, s'approprier une forme orale, est, en quelque sorte, un porte-parole..

 

Yann est bien passé de "dire" à "lire"... 


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Published by Jaz - dans Handicap
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  • : Le blog de J Zwobada Rosel
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  • : sos lire écrire, mais aussi communiquer, s'exprimer enfin quand on se sent enfin "exister" au regard de l'autre, à sa place, libérer sa créativité... Communauté d'appartenance qui n'existent plus: Langage Art-thérapie Neuro-psychologie (Pontt) Sur les sciences humaines Communauté des consciences etc...
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  • Orthophoniste à l'ancienne mais à l'écoute...

- L'avatar correspond à des dessins d'enfants tels qu'ils me voient. Il y a 30 ans, un jeune malentendant de 9 ans me dessinait avec des taches de rousseur (non non ce ne sont pas des larmes!)
  • Orthophoniste à l'ancienne mais à l'écoute... - L'avatar correspond à des dessins d'enfants tels qu'ils me voient. Il y a 30 ans, un jeune malentendant de 9 ans me dessinait avec des taches de rousseur (non non ce ne sont pas des larmes!)

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