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28 septembre 2015 1 28 /09 /septembre /2015 08:59
Le support des modalités d'expression du jour

Le support des modalités d'expression du jour

Cette séance prend sens si on la considère comme une réponse à la précédente, où, après un inventaire de ses capacités d'expression verbale spontanées limitées, il avait été question de l'approche de la sexualité, avec l'image du bébé in utero comme prémisse à la relation corps à corps du "toucher". Sans explication car il faudra bien que son père soit son initiateur aux questions qu'il ne peut manquer de se poser sur son sexe.

Yann, 20 ans, m'apporte le bouquet des fleurs d'automne du jardin et lorsque je pars devant lui dans le couloir, pendant que sa mère attend le café rituel que lui sert Ma*, il s'arrête devant la porte fermée de la chambre de ce dernier et fait le geste d'ouvrir au moment où je le regarde. Je dis alors "il n'y est pas, tu ne peux pas entrer!"... Il me rejoint et va vers le divan chercher le Kangourou qu'il met sur sa main, prend aussi le hérisson pendant que je lui montre sous l'échelle le panier où sont les autres animaux et marionnettes que l'on fait parler. Il manipule à sa façon ses deux marionnettes debout puis s'assoit...

Sa mère s'installe sur son propre tabouret et il joue avec le kangourou et le hérisson, comme ils font tous (cf. récit et école maternelle), en les faisant se battre et si possible se dévorer. Sa mère et moi nous nous équipons également en choisissant dans ceux que j'ai posés sur la table et il remplace le hérisson par la souris/rat, tandis que je prends un gant crocodile à la gueule menaçante. Nous voilà embarqués dans des interactions duelles. J'interviens dans ses jeux de main (il en fera comme une danse un peu plus tard) en saluant le Kangourou "Bonjour Kangou" mais il reste dans ses agressions et ses danses. Je me tourne vers sa mère et nous entamons un dialogue basé sur

- les rituels de présentation, bonjour X* (le nom de l'interlocuteur)

- l'interrogation "est-ce que c'est permis?"

- la mise en mot de ce que chacun ressent, et le fameux "non" de la dernière fois.

Le modèle vise à substituer la parole à l'agression corporelle et à modérer l'ardeur des calins en précisant à qui en faire...

Le jeu se précise: de l'agression il amorce un jeu de "chat" avec un mot/bruit que sa mère comprend et me traduit.

Dans les poursuites, l'étayage se centre alors sur tenir compte de la spécificité de déplacement de chacun: le perroquet peut s'envoler quand le crocodile doit rester dans l'eau, la souris court très vite, la grenouille fait des bonds... qui pourra attrapper qui?

Yann se risque à chuchoter parfois le mot qu'il est censé répéter en "plongeant" sa tête, mais, très vite, il va renoncer à poursuivre ses efforts, se lever, se rendre sur le vélo d'appartement, attrapper la guitare. Il renoue ainsi avec nos lointaines séances et l'importance que la musique a pu avoir pour l'aider à trouver sa voix (voie?). Il prend ensuite le requin et le serpent dans le panier fourre tout sur l'étagère voisine, le fait pénétrer dans la gueule du requin jusqu'au fond...avec un regard interrogateur parfois, et je commente alors à sa mère la nécessité d'une intervention paternelle, puis il revient à la table avec le xylophone qui se trouvait avec les jouets musicaux sur l'étagère en dessous de celle du panier....

Il se met à en jouer, il adore les percussions. Sa mère propose alors que je lui montre les notes, cela fait comme les hiéroglyphes dit-elle, pensant aux listes qu'il écrivait sans cesse, de façon compulsive (les pokémons, les caractères chinois, après les premiers nombres). Je dessine une portée et pose les notes, en écrivant leur nom qu'il déchiffre (ils sont inscrits sur chaque rectangle de couleur/note), nous montons la gamme de do. Je redresse la feuille pour lui montrer que c'est comme une échelle qui monte...

Sa mère nous quitte et il va vers l'ordinateur dans l'autre pièce en chantant Frère Jacques. Je mets en route Vocalab, il a rapporté le xylophone et tape tout en chantant, en escamotant des syllabes bien sûr. Nous reprenons alors le travail de mise en place  qu'il réussit une fois mais perd quand il le répète. Déconditionner pour reconditionner... Il fait d'énormes efforts mais tout est à reprendre. Il se concetre beaucoup mais s'y épuise.

Il passe ensuite à une longue méloppée style rapp dont je ne peux en comprendre un seul mot, tout en tapant sur le xylophone...

Cela fait plus d'une heure, il est temps de partir.

DISCUSSION

Son comportement à la SAS s'est normalisé, le message de la dernière séance est passé. Il semble en redemander malgré la gêne que cela lui procure, le "plongeon" localisant le lieu d'un travail inconscient indispensable à son évolution psycho-affective.

Yann a introduit lui-même le thème de la séance et les modalités d'expression qui peuvent l'aider à "grandir". Il s'agit bien d'arriver à comprendre les interdits et d'introduire des comportements adaptés en particulier la médiation de la parole. Les mots remplacent les actes dans les interactions. Il accepte la représentation symbolique en utilisant des animaux qu'on "fait parler" en bougeant la bouche au lieu d'utiliser cette dernière pour agresser et dévorer. Il introduit un jeu de règles (jouer à "chat") pour justifier le "toucher" donnant ainsi tout son sens à la règle/cadre qu'on essaie de faire passer.

Il connait ses limites malgré son désir de progresser. Il se recentre sur lui-même avec le secours de la musique qu'il crée et du rythme. Conscient de ses difficultés de parole, il souhaite se perfectionner avec nos outils habituels qui passent par la visualisation...

Que privilégier? Nous rencontrons toujours ce même dilemne. Se centrer sur un travail "technique" pour améliorer parole et langage, certes, mais il y a, en marge, tout ce travail autour de l'insertion sociale tout aussi indispensable qui requiert sa propre maturation psycho-affective et bien sûr, cognitive.

Yann doit savoir ce qui importe le plus pour lui en me donnant toutes ces indications dans un registre non verbal et me guide ainsi sur les orientations à donner à notre travail... Un vrai dialogue où chacun étaie l'autre en quelque sorte!

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27 juin 2015 6 27 /06 /juin /2015 21:03
Des premiers cactus au dernier réalisé sans aide (essais et erreurs): 10 ans ont passé
Des premiers cactus au dernier réalisé sans aide (essais et erreurs): 10 ans ont passé
Des premiers cactus au dernier réalisé sans aide (essais et erreurs): 10 ans ont passé

Des premiers cactus au dernier réalisé sans aide (essais et erreurs): 10 ans ont passé

Le support du puzzle du cactus a permis à Yann (enfant trisomique) de réaliser que le cactus était situé entre terre et ciel et que sa réalisation avec puis sans modèle permettait de trouver qu'il fallait suivre des sortes de chemins pour qu'il y ait une continuité des éléments à assembler. Une première image montre ses essais au cours de l'éveil au langage, entre 9 et 10 ans.

Ce jour-là, 10 ans plus tard, après m'avoir parlé du concert, Yann seul avec moi, va dans notre salle de travail et se saisit du Kangourou posé sur le divan. Premier travail prononcer correctement le mot .sans escamoter la 2e syllabe. Je tente une nouvelle approche en situant chaque syllabe sur l'animal du ventre =kan au cou =gou à la tête =roux (comme les cheveux). Il a, comme toujours, beaucoup de mal avec cette 3e syllabe, d'autant plus que le schème correspondant au raccourci de sa parole est inscrit depuis longtemps. Cou=gou l'aide un peu car il dit effectivement cou sans trop le sonoriser...en s'étayant sur les parties de l'animal comme support. J'associe alors sur un support de structuration spatiale qui s'était révélé très important pour son évolution au cours des premières années... le cactus.

Commentaire des photos qui ont jalonné sa réussite finale: après s'être lancé "intuitivement", tâtonnements manifestement dirigés.

- Ligne du sol, tige, embranchement, soleil dans le coin à gauche, monte sur un côté, nouvel embranchement

Premier commentaire: "attends, il est dur". Choix d'un élément :"çui-là" (prononcé Kui) pose un carreau avec un soupir.

Il recommence en bas directement avec l'embranchement double, met un 2e: Photo 1

- il monte ensuite une 1ère tige puis une 2e. Je m'absente quelques instants, il recommence tout, le kangourou près de lui. Il a placé un carré en haut, les nuages à droite, en descend un

- je lui montre un bout avec un oiseau: "ah oui" et il le met en haut.

"i manque 2" (en fait plus) "une bonne idée" (un bout sur le côté). Il est dans une impasse et fait d'autres essais. Je lui montre un à retourner: "mince alors". Il réussit jusqu'au bout en laissant juste un oiseau verticalement."Bon ça donner Jacqueline?" Après l'avoir félicité, je lui suggère l'échange, il en est ravi.

Nous passons alors à l'application de notre programme du jour privilégiant la différenciation d'éléments de base dans le champ sonore cette fois avec le "sonar" de TV Neurones sur l'ordinateur. Il a emmené le Kangourou avec lui. Nous reprenons les oppositions de base, avec le problème d'intégrer les éléments pour réaliser la consigne qui change. Il lui faudra plusieurs essais pour la réussir : court/long (3e fois), fort/faible (2e fois), aigü/grave (reformulés en haut/bas) (3e fois), court/long (2e fois), il hésite entre les 2 "ah oui je l'ai entendu çui-là".

Pour se "récompenser" de ses efforts, il se choisit "la carte au trésor" (un peu comme le cactus) mais prend "facile" alors qu'il en est au niveau "moyen".

Discussion

Yann s'autonomise de plus en plus. En l'absence de sa mère, il "adopte" une marionnette (étayage d'un objet transitionnel? Partenaire d'un dialogue intérieur?) et réussit. Son parcours, ses commentaires, témoignent de son mode d'apprentissage. Le travail spatial reste indispensable comme support de la séquentialité de la parole pour intégrer ce fameux 3e élément qui, dans sa dimension symbolique représente le tiers séparateur.

Le kangourou

Le kangourou

Le troisième élément: l'apport du cactus
Le troisième élément: l'apport du cactus
Le troisième élément: l'apport du cactus
Le troisième élément: l'apport du cactus
Le troisième élément: l'apport du cactus
Le troisième élément: l'apport du cactus
Le troisième élément: l'apport du cactus
Le troisième élément: l'apport du cactus
Le troisième élément: l'apport du cactus
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30 avril 2015 4 30 /04 /avril /2015 13:43

YannOppLoto.jpgIl s'agit de Yann, point de vue de la communication dans un contexte de déficience mentale.

Comment faire entendre à Yann qu'il doit

1) écouter

2) Obéir au lieu de n'en faire qu'à sa tête.

Il arrive avec un billet de loto qu'il a rempli lui-même, initiative de sa mère qu'elle a cru bonne...Il en a tout à fait compris le principe et quand je lui demande de dessiner ou d'écrire ceux à qui il doit obéir, en relation avec le problème du jour rencontré à la SAS où il est en stage, il écrit en haut de la page LOTO.

Je lui rappelle qu'il y a eu un problème à son stage et lui demande de le dessiner. Il fait 3 maisons stylisées. Quand je demande qui y habite il dessine 3 bonhommes en bleu, très opposant puis un grand trait vertical pour couper l'espace en bleu, et re écrit loto dans la deuxième partie, écrit son nom, relie le mot et le nom par un trait et dessine une maison avec un bout de chemin et un bonhomme, lui, prêt à entrer...

Je dessine en rouge un bonhomme à côté des autres et trace une flèche en pointillé en disant quand tu seras grand et raye le côté droit d'une grande croix en disant ce n'est pas maintenant: quand tu seras grand, réactualisant le savoir lire/écrire nécessaire, à la base de toute autonomie sociale, sans insister davantage (air connu) car il s'agit de répondre dans l'urgence à la situation de crise. Il ne parle pas mais utilise la croix pour faire comprendre ce qu'il pourrait vouloir dire.

Il m'a tendu une perche en dessinant une amorce de chemin dans la maison qui serait la sienne et y a mis un bonhomme. Du coup après avoir rayé cet espace et rappelé qu'il s'agissait d'ici et maintenant, lui dans sa famille, en précisant ceux à qui il doit obéir, et que ce n'est qu'après, qu'il deviendra assez grand et pourra (flèche) aller de l'autre côté. Nous sommes bien dans un travail sur se situer dans le temps.

 

Discussion

Yann a réussi à exprimer son désir en combinant divers modes de symbolisation qui avaient servi jusque là, sur la base d'une figuration, puisque, ce jour là, il refuse d'utiliser le langage. Il n'en a pas les moyens: comment justifier le fait qu'il ait refusé de faire ce qu'on lui demandait de faire à la SAS qui a prévenu son père de ce refus. Il faut bien évidemment que son interlocuteur fasse le chemin d'interpréter ce qu'il manifeste par sa mimique et son comportement, le geste rageur par exemple. Il n'a pas les outils linguistiques qui lui permettent de modaliser des propos au-delà du "non". Il lui est permis de rêver certes, et c'est bien le travail que nous avions fait avec le scéno-test, lorsque, à propos du docteur Who nous avions tenter de lui faire prendre conscience de ce qui relevait de "son" réel et de ce qu'il pouvait "imaginer" faire (en le situant dans un espace différent...)

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28 mars 2015 6 28 /03 /mars /2015 09:04

Cela fait longtemps que Yann essaie de lire ses scores dans les jeux, ce qui nous a fait aborder les centaines, avec l'indication de cent pour le premier chiffre (et la référence au boulier parfois de ma part) car il se débrouille pour les deux autres (une réserve pour le 70). Nous l'aidons pour qu'il soit conscient de ses progrès, mais il n'a pas vraiment réalisé ce qu'ils représente, incapable de les comparer par exemple. Nous le faisons pour lui en parlant de "encore plus"!!!

Ce jour là, alors que nous nous installons pour la première partie de la séance, parler, raconter, avant d'aller sur l'ordinateur, il lit au tableau 100 x 10 = mille, sans lire les signes.

Je saute sur l'occasion et décide de reprendre la valeur des nombres.

Je saisis une petite carte bristol et la lui présente en lui demandant d'écrire 50. Puis une 2e. Je les mets l'une à côté de l'autre, en prend une 3e et dans le sens horizontal cette fois j'écris 100 en lui demandant 50+50 ça fait combien? Je ne sais plus s'il a répondu ou non mais il le sait presque. Il refait 2 cartons verticaux de 50 qu'il pose côte à côte et un de 100 horizontal qu'il place par dessus. A un moment je joue à prendre 2 de 50 et lui demande combien j'ai pris, et en les manipulant, nous composons 150 (le 50 vertical est placé sur les deux 00), ...encore un on aura 200..., je ramasse les cartons de 50 et réalise 8 autres cartons de 100. Avant de poursuivre je vérifie qu'il peut retrouver 200 (écrit d'une autre couleur), le dire quand je pose 2 cartons de 100, puis lui demande comment on va dire si j'en mets un autre? Je lui fais compter combien il y en a de cent,  3, comment ils s'appellent un par un: 100, donc 3 cent.

On reprendre cent 200 300 400 (en détachant un peu en parole 4 cent) et en arrivant à 9, on ne peut pas dire Dix cent, cela s'appelle? 1000 (nouvelle fiche). Et voilà, ce qu'il y a au tableau: 10 fois cent!!!!

Il n'a pas tout compris certes, mais c'est un premier pas. Nous reprendrons ce support. Nous avons franchi le cap de 100, en le construisant autrement que dans une série récitée... première étape.

Yann est très content, il a parfois envie de décrocher ("c'est trop" en se recroquevillant un peu en retrait sur son tabouret) mais il a conscience de franchir encore une étape et le manifeste bruyamment.


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Published by Jaz - dans Handicap
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25 mars 2015 3 25 /03 /mars /2015 11:50

Miloud, 26 ans, non-lecteur, serait-il en train d'entrer pour de bon dans l'écrire? Nous sommes entrés dans l'épellation.

Qu'est-ce qui pouvait bien bloquer toute forme de représentation qui puisse servir à soutenir cette activité cognitivo-motrice?

Comme toujours, il en donne la clé:

Miloud est revenu après plus d'un mois d'absence.

Inévitable retour sur les derniers articles parus ici même initiés par Miloud: au coeur de la résistance, suivis d'un travail sur la logique, étape nécessaire avant de revenir à la base de la correspondance phonético/graphique.. comme nous l'avions fait déjà à la rentrée de l'année précédente en repassant par les cartons quand il avait tenté de l'apprendre sans parvenir à l'assimiler. Il essaie de retrouver les voyelles sans retrouver les différentes façons de faire les sons /oe/ au-delà du 'eu' et /o/ au-delà du 'au'. Nous reconstituons ainsi, après une longue interruption,  la base ci-dessous qu'il arrive tant bien que mal à retrouver.

Base mémorisée

Base mémorisée

Il introduit la séance par une réflexion sur sa perception: "il faut que j'arrête de croire que le monde est tel que je le vois. J'ai du mal à voir directement les choses comme elles sont. Il faut du temps". J'enchaîne par cette remarque: 'les gens ils "font", ils ne comprennent pas... Il faut voir avec de la distance, et revenant à notre travail, changer ton rapport au mot.'

Il reformule: "je réalise que ce n'est pas ça. Il faut du recul. Tenir compte du comportement de l'autre, quelle position je vais prendre."

'Poisition c'est mieux que stratégie comme je te l'avais proposé: position tient compte de la situation, des autres'. Il réactualise ainsi l'entretien de la veille où il avait reconnu devoir "prendre les gens comme ils sont, je les écoute" et quand j'avais dit 'se mettre à leur place' il avait répondu "faut pas vouloir plus".

Et revenant à l'écriture au coeur de notre travail, avant de passer à sensonaime. Je précise il n'y a pas que voir, il y a aussi "savoir": si c'est féminin ou masculin? par exemple, cela aide'

Où en est-il avec écrire?

Nous passons à sensonaime; le logiciel propose un mot à écrire

Il identifie e u ai r sans réfléchir mais écrit cerisse.

Nous reprenons l'opposition doux/dur, s/z qui chatouille la langue.

Il retrouve jeune, statue ( je rappelle féminin), cuisine.

Il retrouve seul le t final de salut (parce que salutation)  mot (moto j'ajoute motif)

il écrit galimace pour gallimacée, confondant e/é.

je lui redonne la règle du renforcement du eu pour peuplier avec retour à la terminaison des verbes en er et repartons dans le tableau des voyelles exposé dans le lien initial de l'article et ce qu'il en reste cf. ci-dessus.

Cela va donc mieux pour la ligne du é, mais il n'a pas automatisé le e suivi des deux consonnes et nous élaborerons alors le tableau classique du e suivi de 2 consonnes. Il ne peut ainsi l'entendre dans des mots.

 

La lettre e suivie de 2 consonnes

La lettre e suivie de 2 consonnes

Nous recherchons des mots à tour de rôle, mais il ne s'agit pas seulement d'une consonne "doublée" mais d'une suite de 2 consonnes ce qui introduira ultérieurement la reprise d'un travail sur la séquentialité.

Les consonnes doublées sont alors  l t r, il n'a pas repéré le s .malgré le travail autour de cerise qui ne s'est donc pas généralisé. On cherche le mot benne pour n, steppe pour p, il ne cherche pas encore automatiquement masculin/féminin (un/une).

Une parenthèse dans la construction de ce savoir écrire

La séance suivante, il fait des démarches pour un travail, il veut s'entraîner à lire puis à remplir une fiche qui comporte l'évocation de verbes d'action. Je l'initie à la règle du participe présent/gérondif et de sa graphie en + ant. Il a du plaisir à le découvrir.

Modalités de lecture et compréhension

Le lendemain nous reprenons la question de la lecture car il sent qu'il "avance" . Nous différencions

- reconnaître (qui encourage surfer)

- lire (qui induit déchiffrer)

Il n'a pas encore le contrôle pour ne pas surfer. Et quand il se met en mode déchiffrage il ne reconnait plus ce qu'il connait! Il a cepdendant tout lu le texte proposé et m'interroge,

- "qu'est-ce que je dois retenir?"

Je le renvoie à lui-même: 'essaie de retrouver... et je l'aide de questions: l'organisation de quoi?' Il suit son idée...

- "j'ai tout lu, tout retenu."

- 'ce qui t'a le plus marqué?'

- "y a toujours de la place?"

Répéter ce n'est pas dire ce qu'on a compris. Il a réussi à lire des mots qu'il ne connaissait pas. Je lui fais essayer de regrouper les mots qui vont ensemble quand on lit: il respecte les points, mais pas les virgules.

Je reviens sur comment organiser en général et les mots entre eux en faisant le lien avec la tour de Hanoï (Max et Claire logique, maintenant sur TV Neurones) qui lui a permis de franchir des étapes, sur le plan anticipation, sans qu'il y ait transfert de ce savoir faire sur les lettres, toujours lettres et non unités distinctives permettant l'accès aux unités significatives qu'elles deviennent en se regroupant. Nous reprenons alors la liste de toutes les localisations possibles des pauses qui renvoient à ce regroupement.

Il veut écrire, je lui conseille: 'dicte toi à toi'. Ce qui donne:

"Je voudrai une (bonne, sauté) finition." Il en est encore à la syllabe.

La logique en question...

'Tu ne mets pas spontanément en oeuvre cette logique qui n'est pas la tienne: une autre façon de raisonner'

Je le compare au foot à la façon dont chacun a sa place et son rôle pour la réussite finale et conclus, 'cela s'appelle hiérarchisation'.

Groupe complexes, mise en place, travail oral

Groupe complexes, mise en place, travail oral

Retour au "comment" écrire ce qu'on entend et/ou prononce?

Nous avions établi progressivement la consonne doublée et les derniers exemples qu'il recherche ou que je lui donne à montrer, introduisent des consonnes différentes, groupes consonantiques qui nous amènent à compléter progressivement le tableau de travail ci-dessus, au fur et à mesure des besoins...

Il commence à trouver des mots se terminant par /E/.. nous différencions expérience et espérance pour le son en initiale. On introduit des voyelles entre les consonnes avec les mots qu'il trouve. C'est comme un jeu de trouver les consonnes qui correspondent au mot prononcé en les montrant au fur et à mesure:

Il sourit pour la 1ère fois. Il entrerait enfin dans la combinatoire.

Car, comme toujours, nous partons de ce qu'on entend pour le retrouver avec les lettres dans les mots. La partie n'est pas gagnée. Deux jours plus tard, il confirme que c'est bien l'usage des lettres qui le gêne, même s'il a toujours un peu de mal à entendre des sons différents de voyelle en lien avec une difficulté à percevoir la syllabe au sein du mot...

Ce travail avait été fait "rapidement" il y a une dizaine d'année mais sans insister sur l'automatisation à coup de répétitions nombreuses car l'examen (oral du BEP, il était en SEGPA (SES)) était là et il y avait tant de choses à revoir (connaissances générales au programme) pour que Miloud puisse réussir à passer en lycée pro pour préparer un CAP de peintre.

Entrée dans l'épellation

Nous aurons deux séances la semaine suivante, où il va enfin utiliser de lui-même l'épellation. Puis il disparaîtra à nouveau, le Mali, le travail et ses horaires (il est chauffeur déménageur maintenant) et même les déplacements en province... Saura-t-il encore?

Nous avons cherché des repères: honte (sa problématique), h comme pour hopital, penser à mettre l'article. La prononciation différente du ire en finale du ir. La recherche de séries de mots de même terminaison eau, en l'aidant par les définitions des mots (pas le temps de faire les parcours de mots croisés que je fais avec les plus jeunes). On recherche les 3 façons d'écrire sel. Pour idiot, il est conscient: "maintenant je prends le temps". Crayon devient cre ion. Arrêt trouve les rr. par contre n'a pas mémorisé cerise: qu'il écrit serisse! travaillé dans une autre situation (sensonaime). Il se rappelle et épelle pour la première fois spontanément crayon. Il s'agit de tout reconstituer systématiquement après l'avoir travaillé, car la mémoire ne tient pas, même avec ce travail alors que cela en aide plus d'un.

Le lendemain nous retravaillons donc tous les mots, Serin OK mais pour l'autre façon de l'écrire penser à sérénité, il écrit serenité. Je lui décris se->sé  re->ré et il me dit "attends je ne le vois pas écrit!"

Nous reprenons félicité écrit avec un e final (un sur deux é), il se corrige.

Je reprends avec lui ses lieux d'achoppement en les lui faisant montrer: é  s/c    s/ss. Pour honte il pense directement à l'hopital. Il semblerait que quelques tratégies se mettent en place.

Par la suite, avec le support des mots coupés en 2 syllabes de 3 lettres à reconstituer, nous travaillerons systématiquement les voir écrits pour les reécrire, et cela commence à se fixer petit à petit, quand il vient, en passant... Il s'agit du jeu dans Entraineur cérébral, qu'il affectionne car cela fait bouger dans sa tête, avait-il dit, lorsqu'il avait pris le relai des Tours de Hanoy. Ce n'est pas suffisant pour mettre en place l'épellation systématique car il n'est pas encore assez sûr au niveau syllabique, mais il essaie de se souvenir des mots. A suivre...

 

DISCUSSION

Perception: Voir / entendre

"j'ai du mal à voir les choses comme elles sont"... "il faut du temps". Ce qu'il dit de son travail sur lui dans sa relation au monde familial ou du travail s'applique aux lettres qui l'introsuisent dans le monde de l'écriture. Le temps nécessaire confirme une approche de DL qui doit tout analyser pour retenir ce qui signifie. Ce temps est déjà inscrit dans une période d'éveil nécessaire aux non-lecteurs pour s'ouvrir à l'écrit.

Sa reformulation: "il faut du recul" introduit la distance à la langue d'une "position" métalinguistique.

La capacité à mettre en lien une forme écrite avec sa signification lorsqu'il lit n'est toujours pas disponible car il n'arrive pas encore à se servir de plusieurs entrées perceptives en les combinant et fait partie de ceux qui ne peuvent en choisir une pour l'approfondir et s'appuyer dessus pour leur apprentissage.

Les démarches décrites ci-dessus confirment que quand il "lit" il "voit", mais en surfant, bien que nous ayons déjà essayé de l'entraîner très souvent à le faire autrement, pour pouvoir l'écrire ensuite, il n'arrive pas à l'écrire correctement, incapable de l'épeler à voix haute ou mentalement de mémoire, faute de se fier à une image auditive, trop incertaine pour étayer la correspondance avec les lettres... S'il entend un mot il ne le voit pas écrit a-t-il di, juste avant de réussir à épeler!. Voir, analyser, entendre, l'outil d'écriture reste la lettre, qui reste "lettre morte". Il avait même dit, bien avant:"J'ai trouvé comment donner du sens, mais pas comment l'enregistrer". Car au delà des lettres il y a les mots et il ne les retient pas, mémoire, administrateur central ne fonctionnent pas, ne s'exercent pas quand il s'entraine...

Émotions: le plaisir apparait avec le jeu (en arrière fond le "je")

Cependant est apparu le plaisir de découvrir une règle à l'occasion d'une démarche pour son travail.

Il a "joué" à  trouver les lettres du mot qu'il épelle ainsi sans dire mais en montrant la lettre support du son - à sa place - dans une suite construite avec ses trouvailles, car il n'aurait pu regarder  le tableau ainsi constitué sans en a-voir "peur".

Peur de quoi (nous revoilà au point de départ de son gribouillis): "la peur qui mélange" avait-il dit. Cette mise en ordre a pris des années car tout en lui était également "désaccordé",

- non au niveau du "tonus" comme Vinci (Note 6)qui s'était effondré, pantin désarticulé, en tas, au moment de connecter les deux lettres d'une syllabe,

- comme un tas de lettres, ce que je mets souvent en scène concrètement pour commencer à travailler à les organiser cf. Mars

mais dans les contradictions qu'il ressentait face à l'apprentissage de l'écrit. Il avait cru apprendre à l'école les lettres pour lire mais elles restaient des corps étrangers qui ne pouvient lui servir.

Ses premières réussites sont à rattacher à  deux mots qu'il a proposé lui-même, au coeur de ses difficultés: honte et crayon. il lui fallait trouver un chemin par lui-même, qui passait par se trouver lui-même, dans une quête perpétuelle. Comment la stopper? Les cartes l'aident à mieux analyser la réalité qui l'entoure car il a réalisé

- qu'il la voit comme il la voit, (il l'entrapercevrait comme derrière un voile?), mais il réalise que ce n'est pas cela qu'il devrait voir

- qu'il place peut-être la barre trop haute pour protéger l'image qu'il donne de lui-même en voulant réussir sans lever le voile, en cachant son handicap, même à celle qui pourrait devenir sa femme.

Cela semble être, de mon point de vue, le noeud du problème, la peur d'être dévoilé en quelque sorte!

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