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18 juin 2017 7 18 /06 /juin /2017 16:35

Un nouveau scénario s'amorce 

Retour des vacances. (Article du 8 mai). Les parents de Yann ne sont pas disponibles. Sa soeur l'accompagne jusqu'à la porte. Que va-t-il dire à l'interphone?

"C'est Yann"

Une variante du scénario s'impose. Effectivement il ne dit pas je suis avec, je dois lui reposer la question

'tu viens avec qui? '

Il répond :

- "avec Léa".

Je sais qu'elle ne montera pas aussi j'introduis une autre "formule" : - je viens seul - que je lui demande de répéter. Je lui dis alors

'monte'

- "j'attends maman?"

- 'elle vient pas'

- "d'accord"

Il s'agit de "travailler" sur son autonomisation. Il est donc seul sans personne pour relayer sa parole en m'aidant à la comprendre.

 

Mémoire et "récit"

Je lui fais répéter ses énoncés avec la préposition qui manque. La transcription ne tient pas compte de l'articulation imprécise des J et ch.

"Moi je me souviens. On était (en) vacances".

"Moi z'étais (à) la mer, la plage".

Il va suivre ensuite ses photos qu'il me montre et répond à 'dis-moi'

- "on était Nazai

- 'St Nazaire ?'

- "oui"

  • 1ère photo

"Le pont"

- 'La voiture? Elle est où?'

- "on était à vilo (vélo)"

- 'Et tu as pris la photo?'

  • 2e photo

- "on était au restaurant on était manzé"

  • 3e photo

"pizza"

  • 4e photo

'OK c'est le chocolat et de la sauce là'

"la sauce/ la table/ la maison Là mon sauce" (je corrige 'ma')

  • 5e photo

- 'Et là c'est quoi ?'

- "Le menu restaurant. Il est caché".

- 'Le menu c'est le garçon.  Le garçon apporte le menu'

- "de pizza"

  • 6e photo

- "le fou(R) dans sa tête. z' explique, ze connais :

la pâte à pizza (geste)

sauce tomate (le ou la?)

"f(r)omaz oeuf  aussi"

"moi z ai bu du coca"

  • 7e photo

- "menu"

- 'le garçon'

- "c'est un mons(i)eur"

  • 8e photo

"ah oui. C'est dame cousine (cuisine). C'est yen a deux dames. aussi étaient en cuisine.

"On a manzé au restaurant tout ça."

- 'et puis ?'

  • 9e photo

"C'est chanson de musique" (LA)

- 'où ?'

"On a été aventure, la route" (SUR)

  • 10e photo (de lui-même montre le drapeau )

"C'était le France" ('LA')

Une tirade/récit qui déborde

  • 11e photo

on a vu l'cinéma.On a vu la Belle et la Bête. Regarde... écrit.. S'appelle Gaston. C'est un château. La belle c'est lui ('ELLE'). Elle, fi.

La fleur,  une rose, Y a une glace et c'est un chat. I était un monstre. I se remet le Prince, i s'remet que enchanté" ('J'explique').

la rose c'est un cha(r)? I était prisonnier Ya un cachot ('DANS')

Moi zé vu plein de sozes de Rousney ('DYSNEY')

C'est la même

  • 12e photo

"Ah oui on était là-bas . On était à un bateau" ('ON EST ALLES EN BATEAU')

- 'où?' "A Croisic"

- C'est quoi? 'Un port?'

- "oui aussi. aussi. encore un port"

  • 13e photo

"Un crêpe ah oui ya un oeuf, il est là"

  • 14e photo

"La salade. Le sauce" (LA)

  • 15e photo

"des crochettes (B) une et la glace là boule crème (UNE)  c'était là chocolat"

'quoi?' "ananas" (avec les paniers de syllabation que j'écris et lui montre)." J'adore ça" ( J' mis pour TU)

  • 16e photo

"Regarde, il est coché le soleil"

  • 17e photo

"Là c'est du foie gras. Encore salade. A fait 2 fois restaurant."

On récapitule: " du foie gras, la salade, la tomate et cela c'est le (la) sauce (du) foie gras". Je le lui fais répéter.

  • 18e photo

"Encore la salade. Un terrine (UNE) terrine.

D'accord" en riant de son erreur.

  • 19e photo

"Encore la même. encore la salade. Non ! Cintron. ah oui du thon". On cherche quel fromage?

 

"J'arrête les photos, ça m'a donné faim."

Il est prêt à embrayer : "je me souviens un film".. Nous précisons l'articulation de aquarium.

Les conduites langagières

Le langage est toujours énonciatif
déictique, "il est là". il a quelques outils grammaticaux, il se trompe souvent sur le genre, mais rit d'une erreur vers la fin du corpus,marquant l'apparition du métalinguistique. Il néglige les prépositions et s'il utilise la répétition de -aussi- il le re-code en "encore" il le garde pour marquer l'itération, et précise -la même-. Il introduit ses énoncés par ya ou c'est.
Il situe les faits dans le temps : Imparfait et passé composé relèvent souvent d'énoncés tout faits, mais utilisés à bon escient.
Il s'adresse à l'autre : "regarde"

Le récit
De lui-même il introduit le thème en le situant dans le temps et l'espace.
Il ne se contente pas de dénommer les images (photos) mais les commente
Il s'éclate avec celui du film de Dysney.

L'étayage dialogique
Il est très présent et accepte de répéter si je lui demande d'intégrer ou de rectifier un outil grammatical (préposition, genre de l'article) Cependant sa parole n'est pas en place : omission de syllabes, simplification de groupes consonantiques, et mélange d'énoncés tout faits et parataxiques. Effet "petit nègre" garanti.

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19 octobre 2014 7 19 /10 /octobre /2014 19:30

Nous quittons le travail de langage sur photos à décrire pour retrouver les propres expériences de Yann comme support sur deux séances. Elles se situent après la réalisation de kaplas.

Situer les activités dans le temps

Yann-et-le-temps1.jpeg

 

Ce jour là, sa mère n'est pas là, mais il s'est passé beaucoup de choses depuis que nous ne nous sommes pas vus qui peuvent servir de support à notre travail de langage.

Nous en avons discuté au téléphone et je peux ainsi guider la reconstitution que nous allons en faire. Il s'agit de poser un cadre figurant le temps pour pouvoir établir des relations en utilisant  la projection spatiale pour représenter avant, après... autour de l'instant présent, figuré par la flèche verticale, dont les mots clés seront aujourd'hui et maintenant.

Je lui annonce que nous allons faire comme sur le livre "dialogo" (N°27)  où nous avons appris à repérer la situation de la scène présentée à partir d'indices qui déterminent les relations entre les personnages et les objets, les dialogues qui s'échangent (article à venir pour détailler la progression à partir de corpus).


Le passé

Je commence par illustrer ce qui s'est passé samedi dernier à la piscine, quand il n'est pas venu me voir.

- Lorsque j'interroge 'Tu étais seul?'. Il nomme sa soeur "Léa". 'OK'. etje dessine les deux bonhommes schématisés et écris le mot piscine.

- Il ne peut retrouver ou évoquer, exprimer le fait qu'elle soit partie et l'aie laissé seul. Je lui demande alors ce qu'il fait à la piscine "nager". Je lui dis alors que sa soeur est rentrée à la maison tout en l'illustrant (flèche, maison),

- et lui en dessous, en train de nager...

 

- Je pose alors l'horloge où figure l'heure du début, car il peut dire à quelle heure il doit y être.

- En dessous, autre horloge, j'écris midi, l'heure de partir, et le redessine avec un -?- en écrivant les mots de la situation. (Ses parents ont été retardés et pour une fois il n'avait pas son téléphone puisqu'il était censé être avec sa soeur). -Seul-, et ce qu'il est censé faire: -attend-.

 

- Et je figure ce qu'il a fait en le racontant: il est rentré, à pied (dessin sur la flèche) à la maison.

Il ne pouvait l'exprimer mais a été très heureux de ma reconstitution que j'ai accompagnée du commentaire: 'tu es grand maintenant. Bravo' ou quelque chose d'approchant car il fait beaucoup d'efforts sur la base de cet argument.

 

Le présent

C'est alors que je pose la flèche verticale qui pose la situation d'énonciation: ici et maintenant. Lui dessiné en bas de la feuille, face à moi, schémas de bonhommes, et son âge tout en haut.

 

Le futur

Je pose ensuite la question de ce qu'il va faire quand il va partir. Il me donne une première réponse que je vais situer au dessous de la flèche de droite, en haut de la page (format paysage) selon ses indications verbales où je crois deviner qu'il va voir un film sur les tortues ninja (sa mère n'est pas là pour traduire et nous n'en avions pas parlé, juste du cours de percussion que j'évoquerai à la fin de ce qu'il peut évoquer de lui-même). Très excité il parle d'anniversaire et revient sans cesse dessus, jusqu'à ce que j'inscrive Nicolas, et son âge 17 ans. Je précise un mot de son langage qui puisse représenter le temps -demain-. 

 

Et je reviens plus près "d'ici et maintenant", dans cet espace temps où nous sommes tous les deux, à ce qu'il va faire tout à l'heure, après la piscine, le tam, tam, et le mot qu'il connait: percussion. Je lui donne le tambourin et vais chercher la derbouka pour lui permettre de le retrouver comme un projet: il se met à jouer. Il tape un rythme en disant, phrase clé ("Tony passe passe") et en m'expliquant: "Luc a fait ça pour nous". J'essaie de lui faire répéter le mot clé dont il escamotte la deuxième syllabe bien sûr, per-cu-ssion.

 

Le passé immédiat

Le marché (langage)

 

Marche passeLa séance suivante, il vient avec sa mère à qui nous montrons ce premier tableau.
En fait, pour le futur, elle précisera qu'il a ainsi évoqué ce qu'il souhaite, pour plus tard... donc. Et comme elle l'entreprend sur ce qu'il vient de faire avec ses parents, le marché, nous mettons en route un deuxième tableau en nous intéressant à la partie passé donc je dessine les deux flèches.

Evocation (orale)

Pendant que sa mère essaie de lui faire retrouver ce qu'ils ont acheté, je dessine des étals et ce qui est évoqué: les fruits, puis la viande... Lorsqu'il les trouve, seul cette fois, je les écris quand il les prononce, en liste, sauf clémentine, dit par sa mère, que je dois dessiner, nous reprenons un travail de l'ordre de ce qui a été présenté dans le désir de lire

Lecture

Dans un premier temps, nous faisons un travail de déchiffrage et de prononciation. Il se met en position. J'essaie de lui faire dépasser la syllabation pour pommes de terre, en mimant une sorte de rebond, qu'il reproduit une fois seulement, avec la reconstitution du mot composé.
Sa mère nous laisse et nous passons à l'étape suivante.

Ecrire

20141018_170900.jpegAvec les lettres du jeu de Jarnac, il va écrire les différents fruits à partir de leur épellation, avec le modèle sous les yeux: terme à terme. J'introduis le s du pluriel. Je lui enlève le tableau pour pommes. J'ai beau lui dire cela commence comme -papa, il peine à trouver le p et n'arrive absolument pas à trouver le o qu'il "n'entend" pas. Il est également contaminé par la -ba- de banane.

Il écrira ensuite percussion qu'il arrive à dire en syllabant et sans vraiment faire entendre le r de la première syllabe.

Le sens des mots

La récompense sera d'aller retrouver TV neurones sur l'ordinateur et le jeu proposé sera en lien avec ce travail. Trouver la couleur des fruits et légumes du marché,  en lisant leur nom sur l'ardoise, pour en remplir la forme dessinée. Il a besoin d'aide pour les couleurs de pêche, chou rave et endive, dit salade pour laitue et est très heureux d'identifier et colorer les autres.


DISCUSSION

En élaborant le tableau de base présenté, je me suis guidée sur ce que Yann pouvait évoquer d'évènements récents et m'en suis tenue à des adverbes de temps qui lui sont familiers et au actions qui portent les marques temporelles dans notre langage partagé.

La projection spatiale du temps aide à sa prise de conscience, je réalise ce tableau, comme je l'ai vue faire par S. Borel Maisonny dans les années 50, en m'étayant sur l'histoire de l'enfant, d'aujourd'hui à sa naissance et ultérieurement dans le domaine des projets, voire des rêves. C'est ainsi que j'ai procédé avec Artus, également trisomique mais moins handicapé pour  apprendre que Yann qui entre seulement maintenant dans un langage plus compréhensible. L'article de 2010 consacré à Max, Espace-temps pour exister....  fait référence à la mise en place classique du tableau.

 

Dans la démarche Borellienne qui est la mienne, donc, les figurations soutiennent l'évocation verbale et servent d'intermédiaire au passage à l'écrit. La capacité à produire un récit s'élabore peu à peu et Yann est bien loin d'en être capable. Nous en sommes à la recherche des mots clés des situations qu'il rencontre après avoir travaillé l'observation de scènes de la vie courante sur images... Le travail ainsi proposé implique la mise en jeu de représentations du même ordre, lorsqu'on s'efforce de lui faire reconstituer ce qui s'est passé dans un contexte habituel comme le marché. La figuration est une aide précieuse à cette évocation.

 

Le travail ne porte pas que sur cette évocation mais aussi sur la mise en place du rythme de la parole sans escamoter de syllabes, ce qui a été longtemps travaillé avec le support de la visualisation. Car il s'agit de préparer une lecture compréhensive, et identifier la couleur des objets évoqués sert à renforcer la représentation qu'il a pu s'en faire. Lorsqu'il sera temps nous ciblerons les actions mais... il faut laisser le temps au temps.

 

Le premier tableau figure dans le cadre du passé une activité relativement récente où il a fait preuve d'autonomie et d'un excellent sens de l'orientation.

Le déplacement mental de cet espace-temps reste proche de l'ici et maintenant énonciatif comme en témoigne le vocabulaire utilisé. Passé immédiat "je viens de faire", futur proche "je vais faire", nous avons des expressions verbales là où d'autres langues ont une forme verbale.

Le deuxième tableau fait référence à une activité récente et répétitive qu'il aime beaucoup.

Le récit de la première situation et le travail technique que permet la seconde situent le passé dans un champ "concret" en quelque sorte.

Dans le cadre du premier tableau, le futur est bien une projection dans l'avenir, non d'un fait rapporté comme proche et effectif mais d'un désir qu'il exprime sans s'inquiéter du moment où il se réalisera. L'épreuve de réalité l'aidera à faire la différence quand il en sera là.

Il me semble que dans cette activité, Yann a posé un premier jalon pour s'ouvrir à une forme de structuration spatio-temporelle qui lui permettra d'entrer dans un récit de vie, celui qui permet à un sujet de s'identifier comme sujet dans le temps de son histoire. Ce qui a été possible avec Artus le deviendra-t-il avec Yann, qui a tant de mal à "grandir" et à disposer d'un langage référentiel?


Questionnement "personnel"

Doit-on, du fait de notre convention, poursuivre à l'âge adulte de telles prises en charge qui ne peuvent avoir le type de résultats attendus dans le cadre d'une rééducation? Les progrès de Yann, jeune adulte maintenant, se mesurent à l'aulne de son handicap. J'en témoigne dans ces articles. Il progresse, même si la démarche suivie avec lui ne correspond à aucune de celles que j'ai pu avoir pour d'autres cas d'handicap mental important voire profond. Ma réponse personnelle est oui! bien sûr, mais en dehors du système. Bénévolement. Ces patients et/ou leurs familles sont devenus des amis.

Pourrait-on me poursuivre pour exercice illégal de l'orthophonie pour autant?  Ai-je le droit de les faire bénéficier de mon expérience puisque je n'en tire aucun profit personnel autre que d'alimenter des articles d'un blog qui doit une bonne part de son audience (toute relative) au hasard de liens d'internet?

Et bien sûr celui qui m'a guidé tout au long de ma vie, mieux comprendre ce qui fait notre différence en tant que personne humaine.

 


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19 août 2014 2 19 /08 /août /2014 11:30

Nous en sommes donc à des activités de comparaison, je l'explique à Miloud car il ne peut identifier le nom de l'opération logique impliquée dans les exercices. Je lui fais identifier l'objet de la comparaison pour les deux exercices qui suivent: la taille (premier concept à trouver) puis le deuxième, le poids (cf. la balance qui a inauguré cette série d'articles de juillet 2014), à la base des unités de mesure.

- Grand/petit: opérateur linguistique: plus grand que, plus petit que (le moins viendra plus tard) en comparant trois enfants deux par deux. On compare donc la taille (Miloud connaissait le terme). A tout hasard je lui dessine la façon dont je l'illustre pour moi en le re-écrivant avec les signes symboliques (qu'il connait car il a réussi l'oral en 3e SEGPA avant d'entrer en seconde technique) ce qui donne: Pierre > Nathalie <Valérie, et en dessinant des traits verticaux de taille différente au fur et à mesure que je le dis. S'il l'a réussi intuitivement, je tiens à ce qu'il ait le recours possible à une schématisation, un des principes du cahier: passer de la figuration à l'énoncé et vice-versa.

20140717 151834- Lourd, léger. La consigne part cette fois des dessins (à observer) qui représentent schématiquement une balance de Roberval. Des lettres dans des carrés (figurant des poids) sont comparés deux à deux. Il faut trouver l'objet le plus léger, le plus lourd. On compare donc le poids (ne connaissait pas ce terme). Entre figuration incompréhensible et abstraction de la Majuscule représentant un objet, Miloud est dépassé. Il ne comprendra, comme pratiquement tous ceux à qui je l'ai proposé que lorsque je serai allée chercher la balance et 3 poids sur lesquels le dernier de mes patients avait inscrit la lettre correspondant au classement (les poids creux étaient remplis plus ou moins le pâte à modeler par ceux qui faisaient l'expérience, deux par deux, puis avec le 3e). J'en profite pour utiliser d'autres termes fonctionnels: à droite, à gauche, entre (ce dernier ne semble pas lui poser les mêmes problèmes qu'aux plus jeunes, il a bien la notion).

Miloud est un adulte de plus de 25 ans que tout le monde apprécie pour son intelligence et son écoute de l'autre! Mais l'écrit n'est pas son monde! Son langage est indécomposable, énonciatif et "figé". Bernstein l'avait analysé en proposant "restreint" qu'il opposait à "élaboré" en lien avec l'environnement socio-culturel et donc les usages du langage. 

- A table. Il s'agit 1) de se décentrer (6 assiettes sont disposées  autour d'une table rectangulaire), 2) d'observer le détail du placement du couteau et de la cuiller par rapport à l'assiette sur le modèle proposé à gauche de la table et d'en tenir compte. Sans déplacement du corps. Lorsqu'on pointe que la réponse n'est pas bonne pour toutes les places, si le mouvement de tourner le corps est amorcé, demander de le faire mentalement. Miloud analyse:

"Faire tout le temps déplacer dans sa tête, c'est pas évident. Faut TOUT observer".

- Les "quatre coins". Miloud n'y a jamais joué (pas de centre aéré ni de primaire dans son histoire). Un schéma figure les 4 coins avec les initiales des enfants A B C D E. D est au centre. 3 autres schémas n'ont pas d'initiales mais des flèches vont de l'un à l'autre en indiquant quel enfant change avec quel autre à chaque fois. Il faut construire pas à pas la démarche. Il observe que "Dora est dans le premier"..., et ne change pas lorsque je lui dis de regarder le premier et le dernier, il comprend "Ah!!!" et trouvera seul la formulation de ce qui s'est passé et l'écrit: "au final ils finissent par reprendre leur place".

Il écrit avec l'aide du carnet pour la terminaison du verbe (il ne s'est pas demandé un ou plusieurs), il n'arrive pas à segmenter -par/reprendre-, ne sait pas quel -en- mettre, ni le le/eu de leur, pour la finale ne s'est pas posé la question du masculin féminin... et commente "c'est de la vraie gym, comme ça ça me fatigue un peu.". Je confirme, 'il faut que tu te fatigues. Il te faut apprivoiser les mots, pas seulement les apercevoir. à 100%, ça demande beaucoup d'efforts'.

- A la piscine. Il s'agit de comparer des performances dans le temps à une compétition de natation. Même principe d'initiales pour désigner les enfants mais ils sont dessinés (on peut donc voir qui est en tête, dernier, et au même niveau). - Il part de la lecture de l'énoncé il s'agit d'abord pour lui de le comprendre (il n'a pas l'idée de le confronter à l'image). 'Tu relis. Tu le vois dans ta tête jusqu'à ce que ce soit fluide'.

- Pour vérifier sa compréhension, je lui fais compléter le schéma par les initiales des nageurs et lui demande de compléter la première partie des questions posées seulement. Ce sont des termes fonctionnels opposés car le critère change pour mettre en place l'opposition.

- Pour l'aider à trouver -aussi- je lui rappelle qu'on l'a vu dans créalangage. Il finit par le retrouver, j'annonce qu'on peut dire -autant- pour une autre question, dans une autre formulation.

- Miloud n'arrive pas à raisonner pour les deuxièmes parties d'énoncé car il reste sur le critère rapidité alors qu'il s'agit de temps passé cf: Alain a été le plus rapide, il a mis le moins de temps. Il n'aurait pas eu l'idée de l'analyser de ce point de vue!

Pour la réponse manuscrite concernant deux enfants arrivés ensembles, il ne sait pas écrire "personne", il veut mettre un t(?), un seul n. Nous retrouvons "car" (=parce que) travaillé avec créa langage, "ils son (veut mettre un s, il faut reposer le verbe "nt"), j'explique "ex aequos" (sa formulation).

Nous changeons d'activité en retournant à sensonaime (cf. article précédent mais au niveau phrase). Je lui demande de retenir pour le lendemain une phrase comprenant des circonstanciels pour qu'on puisse la retrouver et changer de place les groupes de mots (il ne le fera pas, pris par d'autres problèmes). Ces fiches le motivent, nous passerons donc à l'exercice suivant à son retour.

- Jeu des fléchettes (sommes égales). Il s'agit de lire le dessin de trois cibles avec les valeurs numériques figurées verticalement. Il oublie ce qu'il a calculé en passant d'une cible à l'autre et raisonne en "le plus près du centre" au lieu de tenir compte des valeurs numériques indiquées. 

- Face à face (celles d'un dé). En lisant la consigne (premier déchiffrage) il saute "autre" et ne peut donc comprendre: "je commence à la fin, si je pars du début, je me mélange". Nous nous aidons de la lecture du tableau pour trouver qu'écrire en nombre autour du dé pour chaque face non visible, je n'ai pas eu besoin d'aller chercher le gros dé qui sert de support concret d'habitude avec les plus jeunes.

La consigne suivante demande d'écrire comment obtenir 8 en lançant les deux dés.

"Ca commence à bouger". Il écrit spontanément 4+4, et trouve les autres sans se laisser piéger par la manipulation des nombres en mettant 7+1 par exemple, comme on peut le faire en oubliant qu'il s'agit du dé. Il en reste au support sans entrer dans un schème construit sur d'autres bases...

La demande suivant demande le déplacement à un total de 10 pour repérer ce qui ne peut se réaliser avec 2 dés. Il est perdu, je lui dis de regarder le dé. "ça me fait mal à la tête. En plus c'est des trucs simples, moi je cherche directement des complications".

Ces deux commentaires correspondent à une modalité de mémorisation qui permet d'accéder à la compréhension d'un texte écrit pour le premier et à une sorte de devise du dyslexique: pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué? dont le pendant serait ... à force de devoir tout compenser de ce qui ne s'automatise jamais.

- "Sept oies" (c'est toi). Les enfants jouent à la ronde en chantant une oie, deux oies etc... celui à qui on dit c'est toi est éliminé. Le cercle est figuré avec la position et le nom écrit de chacun des 12 enfants qui sont autour. Un point figure celui qui est au centre et qui parle dans le jeu. Miloud ne comprend rien du jeu de mots faute d'avoir intégré la liaison (il n'arrive toujours pas à les réaliser en lisant, le mot garde son individualité... malgré mon insistance, particulièrement travaillée après la lecture verticale). Je reprends les exercices de base, il n'y arrive pas même avec des mots comme oreille, orange... On construit donc -zoies-. Il faut écrire dans l'ordre le nom des enfants éliminés.

- Il voudrait mettre un s à ronde qu'il n'a fait que lire et s'explique: "quand je dis -ronde- je vois plusieurs, donc je dis les enfants". Entre marque et concept, il en est encore à des critères perceptifs.

Il lui faut lire une deuxième fois (pense-t-il) pour comprendre la phrase, car il a encore sauté un mot (fonctionnel) -dans- l'ordre... Il demande pour le tréma... Il n'a pas compris qu'il faut repartir... en partant du suivant et il continue à compter ceux qui sont partis, quand je le lui signale il les raye.

Quand il s'agit de poursuivre la liste, éliminé en premier, Gaëlle, il ne peut poursuivre éliminé en... sixième (il demande c/i?) etc...Et je réalise qu'il n'a aucun automatisme d'écriture des nombres en lettres alors qu'il en évoque la liste sans problème!!!! Tout est à reprendre mais le support est là, cette fois, construit déjà et automatisé à la différence des listes que j'avais essayé de construire sur la base de séries par exemple.

 

Nous arrêterons là le travail du cahier de "logique" car il s'agit d'utiliser une liste lexique automatisée à l'oral pour reprendre toutes les règles d'écriture. Cette étape du travail sur la composition écrite des nombres a toujours été nécessaire avec les petits qui avaient à mettre en place la numération. Ce n'est pas son cas, mais le lexique reste oral avec certaines simplifications/déformations de la parole. Ce sera le support de notre prochain travail.

Nous passons donc à "écrire les nombres"... il n'a intégré aucun repérage, pas même le s de six et encore moins le x!

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29 mars 2014 6 29 /03 /mars /2014 14:50

100--d-investissement-copie.jpg

L'implication à 100%:

l'enjeu est bien là...

pour mémoriser

 

Miloud est revenu après plus de 15 jours, le travail, puis de nouvelles démarches pour faire effacer son casier qui court-circuite tous ses contrats d'embauche, dont le dernier, puis un bref chantier d'interim.

Il s'installe sur le siège face à l'ordinateur pour pouvoir faire l'exercice des mots coupés, mais se tourne vers moi qui suis sur un tabouret à sa droite en disant "Je me sens bien ici". Je lui propose: 'parce que j'ai confiance en toi'.

J'avais préparé l'article sur le fleuve du temps pour vérifier s'il était d'accord avec la restitution de notre discussion d'alors.

- Il démarre sa lecture, se souvient d'avoir à ne pas l'articuler et met son poing sur la bouche, comme un entonnoir fermé. Je lui conseille la main. Il ne comprend pas ce qu'il lit "je préfère quand c'est vous!" Je précise qu'on en fait un exercice, il s'y replonge avec ardeur. Il le relit presque fort et cette fois c'est bien "lire pour comprendre". Cela s'est fait en deux temps, comme si tout notre entraînement préalable avait été effacé. Il m'interroge sur certains mots qui le gênent pour comprendre.

Les difficultés rencontrées pour comprendre le texte:

Il doit relire le premier §.

Je lis le deuxième car la référence psychanalytique s'adresse plutôt à des thérapeutes, même si nous avons déjà regardé cette référence ensembles: une étape pour comprendre sa différence.

Pour le 3e §, il a oublié que c'est lui qui avait proposé le mot "bondir" mais bute sur -indifférent-. Je recode le sens global en langage courant: 'il se fout pas mal de nous'. Il me demande de lui re-lire la fin de la phrase  car il l'a lue en omettant le -se- et ne comprend pas : -tout ce qui nous a blessés se laisse tomber au passage-. J'insiste sur l'importance de ce -se- qui traduit le lâcher-prise en quelque sorte.

Puis je recontextualise le Léthé, le fleuve de l'oubli dans une culture, et sur le fait qu'on retrouve de telles représentations dans d'autres cultures. On en discute, il est d'accord. Je lis la suite pour l'aider à comprendre jusqu'à la fin. Il reçoit un message (je suis très laxiste à ce sujet car ce peut être pour son travail ou déterminer le temps dont nous disposons encore) et....

 

 

 

Ecrire... enfin

... il me demande comment écrire un mot car dit-il "j'ai eu du mal à répondre". Il est en train de rompre avec sa dernière copine c'est donc important de tchatcher avec elle qui attend une réponse, et de l'écrire de façon à être compris, sans équivoque.

Il m'autorise à rendre compte ici même de notre démarche pour qu'il réussisse à s'exprimer par écrit...

Je l'invite à retrouver les formes que nous avons dû construire et qui se répètent en partie d'un énoncé à un autre: une façon de le lui faire écrire dans un contexte qui le concerne directement, même si nous avons fait de nombreuses fiches d'entraînement sur tous les points d'orthographe problématiques pour lui qu'il rencotre. L'enjeu est différent, il est impliqué à 100%.

Lorsqu'il me dira "j'abrège sms"  car il a écrit "ma",  nous analyserons que cela l'empêche de lire en reconnaissant les bonnes formes, 'tu ne reconnais plus quand c'est écrit normalement'. Il en convient et est d'accord pour travailler l'orthographe pour qu'il n'y ait aucune ambiguïté dans ses propos et favoriser l'évocation des mots.

Il voudrait écrire:

"tu m'as trop menti (tu ma tro manti)

tu m'as trop blessé".

-Je lui fait épeler le premier énoncé:  Nous allons donc resituer les mots en reprenant par la fin:

an/en (erreur quasi systématique, rappel)

tu as (reconnaître avoir, le s de la 2e personne en passant par deux mots)

l'apostrophe me/m' (qui?)

-Il retrouve comment écrire le début du 2e énoncé car je lui avais rappelé qu'on allait le retrouver et qu'il devait s'en souvenir.

Pour blessé, je prononce le mot lentement. Il retrouve bl, j'épelle la suite ess (en lui rappelant notre travail dessus car il met soit "s", soit un seul "s" après le e, et en évoquant d'autres mots), et je précise: 'é lequel?', il demande si "c'est celui qui part en arrière" pour écrire l'accent (confusion persitantes autour du é/è et l'inversion quasi systématique de é/e).

"pourquoi tu m'as fait ça"

- Je commence par -ça- "j'écris toujours sa"

- pour- "je sais", 'attaché, tu continues - quoi-' il écrit koua. Je rappelle que c'est QU comme pour l'anglais WH qui indiquent un mot pour poser une question, et pour le oi j'évoque le carton qui tombe tout le temps. 

- tu m'as- 'tu te rappelles?on l'a écrit'"oui"  - fait- il écrit "fai" je questionne 'une chose mal fai...' "te, avec un t" 'et le e du féminin'

 

Nous débattons le lendemain sur la question centrale pour lui qu'il a même posée à un oncle sur "comment reconnaître que cette femme sera la bonne?". "Tu le sauras" lui a-t-on répondu, je confirme en précisant 'quand tu auras confiance au point de te présenter comme tu "es", et donc de pouvoir lui dire, tu sauras que c'est la bonne!'.

Je me risque à parler des relations hommes, femmes, du mensonge (en évoquant le dialogue Ici-là bas De la croyance ). Nous parlons stéréotypes: je tente de l'expliquer, des points de vue qui sont ceux de tout le monde. En lien avec ne pas être très "éduqué" "intellectuellement" précise-t-il, voire pas très intellligents. Car c'est une façon de penser qui est transmise par l'environnement. 

Il décide de rompre avec sa copine en lui écrivant "c'est fini" (après avoir travaillé le c'est) et aura la réponse "tu es cruel" avant qu'il n'ait le mot de la fin en se levant:


"pourquoi me prendre la tête pour quelqu'un qui n'en vaut pas la peine!"

 

Merci Miloud de nous avoir livré ce moment si intime et si révélateur de tes difficultés à tourner des pages de ta vie et re-trouver cette confiance en toi qui te permets de foncer quand même (est-ce la signification de ta dernière flèche?), malgré les difficultés qui parsèment la route de ton chemin de vie.

... et la mer efface sur le sable, les pas des amants désunis...

et la variante qu'il m'inspire

... et la mer efface sur le sable, les pas des malchanceux de la vie...

Les-pas-la-mer.jpg

 

Si la mémoire se libère ainsi Miloud pourra-t-il plus facilement mettre en route celle des mots?...


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15 mars 2014 6 15 /03 /mars /2014 09:26

Mirabeau"Sous le pont Mirabeau coule la Seine...

Vienne la nuit, sonne l'heure

Les jours s'en vont je demeure."

 

 

Comment "être" ici et maintenant? Une nouvelle image vient éclairer le "lâcher prise" pour un, une dyslexique. Ce n'est pas comme dans la chanson un pont qui unirait le passé au présent et qu'il suffirait de "passer le pont", ou, autre image que j'utilisais souvent de "trouver un gué" et de s'y risquer de bond en bond en évoquant ce passage.

Non pour moi, maintenant, j'ai trouvé donc comment rendre cohérent ce passage à ceux qui, selon mon hypothèse, n'auraient pas le filtre du préconscient entre l'inconscient et la conscience selon la théorie psychanalytique telle que je l'ai représentée il y a plus de 10 ans dans un contexte de DL. Cette représentation du fleuve qui charrie ce qui n'est que scories est celle qui m'éclaire dans l'instant.

Le temps est comme un fleuve qui coule, indifférent, qui ouvre au présent quand, dans le bond qu'il faut faire pour le franchir, tout ce qui nous a blessés dans notre histoire, se laisse tomber au passage, et nous permet l'atterrissage en paix pour vivre, vivre avec les autres et bien sûr en paix avec nous mêmes, pleinement dans l'ici et maintenant. Cette image rejoint celle du fleuve de l'oubli en quelque sorte. Le Léthé est le fleuve de l’oubli, où les âmes des morts oublient leurs vies antérieures. Partout, les fleuves relient toujours la vie à la mort.

Dans l'image proposée, l'oubli est une sorte de mort à ce qui fût, et ce qui est "ici et maintenant" peut alors se poser comme une plume (ou toute autre image) sur, représentation proposée dans une approche boudhique, il me semble, le fleuve du temps qui coule et nous entraîne sur le chemin de la vie, sans que nous soyons au centre de l'univers!

J'ai proposé cette image à Miloud, il a eu le sentiment qu'elle lui apportait quelque chose, après avoir tenté de la connecter au tableau du temps qui représente celui-ci sur un axe horizontal. Nous n'avons pu la réactualiser car il a à nouveau disparu, pris par son nouveau travail et par des démarches pour faire effacer ce casier qui interdit tout contrat de travail impliquant une responsabilité... à suivre...

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