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15 septembre 2017 5 15 /09 /septembre /2017 22:07
Le solitaire

Le solitaire

Le solitaire

Ce jour là nous n'avons pas suivi les routines. Pendant que nous parlons avec sa mère en prenant le café dans le living, il joue au solitaire dont je viens de lui expliquer les règles. Comment les lui faire comprendre d'ailleurs ?
Il connait le jeu de dames donc le principe. Cela me permet de passer directement à la  phase démonstration une fois seule, puis avec lui. J'espère que son désir de réussir l'encouragera à élaborer des stratégies... En tout cas il s'y applique. Nous le reprendrons plus tard et je suggère à sa mère d'en rechercher un chez elle. Il est mûr pour s'y atteler...

Et j'espère bien sûr que cela lui fera quitter un peu l'ordinateur car il est bien de son époque...

Nous partons tous les deux vers notre salle de travail car il est impatient de me montrer son nouveau jeu et je voudrais qu'on parle de ses vacances en famille puisqu'il a perdu dans le voyage quand il est allé en colonie son téléphone et son appareil photo. Je me propose de tester ainsi sa mémoire et sa capacité de réaliser un récit. Ce projet se réalisera-t-il?

Après la grille constituer le lexique

Après la grille constituer le lexique

Le dialogue initial

Il s'assoit et je commence en situant notre propos. Va-t-il se repérer dans le temps? 

"Ces vacances ? "

- moi j'étais en colonie

- et avant ?

- montagne

- non avant? (car il répond pour la colonie)

Pendant ce temps il a sorti le jeu où il excelle "Puissance 4". Je ne suis pas d'accord et situe espace et partenaires :

"Non, je n'en veux pas, c'est à la maison avec maman."

Cette dernière est arrivée et nous confirme la motivation de son fils à le choisir comme activité : il gagne tout le temps. Quant à moi je sais d'avance que je serai encore plus nulle qu'elle, tout comme aux échecs, jeu de go et tant d'autres jeux... Peut-être qu'un jour je demanderai à Yann de m'apprendre à y jouer, mais il y a toujours tant d'autres choses à faire.

La boite de mots croisés

Cette boite est un nouveau support, jeu très ancien (vide-grenier), que nous avons déjà exploré en nous en tenant à remplir les cases (article non paru à ce jour sur jazblogtest, "Yann et le futur", le lien viendra plus tard).

Sa mère choisit la planche en fonction de ce qu'elle pense qu'il doit connaître. Il n'y a pas de page de solutions comme dans les livrets que nous utilisons d'habitude. Il faudra l'aider... Il veut que ce soit moi et non sa mère qui réagit toujours au quart de tour et ne lui laisse pas le temps d'essayer seul de trouver ou qui ne réussit pas souvent à le mettre sur la voie sans le lui donner à répéter...

Une première image

Il nomme l'image

- poisson

en sortant les cartons P I comme lettres. Je lui précise "c'est une sorte de poisson" et je lui fais répéter "car-pe".

Il range les 2 lettres, sort le A puis le C. Il le met en place. "Tu veux qu'on répète le mot?" Sa mère et moi le disons ensemble. Il prononce à è (pour R), sort le R avec I, je refuse ce dernier, j'insiste sur p (avec le geste) en répétant le mot pour le P et lui demande ensuite "qu'est-ce qui manque au bout?" pour le E.

Hypothèses :
Tout s'est passé comme si le premier mot associé à l'image restait présent avec le I nécessaire à l'écriture de oi. Il reste dépendant de sa première évocation de mot. Conflit à résoudre peut-être?
Il refuse l'étayage maternel qui ne s'adapte pas à son rythme et à sa forme de pensée comme peut le faire un étayage thérapeutique. cf. Vygotski La zone proximale de développement.

"Le changement de point de vue sur la façon de réaliser la tâche s'effectue dans le jeu des représentations des partenaires de l'échange interactif". (2003)

C'est pourquoi je présente le corpus de l'échange pour exposer le support de ce qui motive ma propre démarche d'étayage. Ses choix de lettres, leur ordre, ce que je dois faire pour qu'il entende et choisisse l'une ou l'autre sont autant d'informations sur l'évolution de ses stratégies qui lui permettront un jour de lire seul et d'écrire, du moins je l'espère.

P. 5 du poster Psy & SNC de 2003

Une deuxième image

"Qu'est-ce que tu veux mettre comme mot? On t'aide un peu."

mère "C'est quoi ça ?"

- Pomme

moi "j'crois pas... si".

Yann sort P M M E puis trouve le O

- C'est ça. Oh là là Je trop fort.

La troisième image

- Blé

Explication sur épi de blé, de maïs. Cherche les lettres I P E. Je lui rappelle que le E peut être dit é. et ajoute :

"Il faut écouter le mot".

- J'suis bête hein moi !

Sa mère lui explique alors que le mot qu'il connait "pie" est différent. "Dans le jardin un oiseau noir qui siffle".

Le travail se poursuit pour les autres mots, en lui imposant l'utilisation du tableau des lettres pour faire les sons... etc. en particulier la révision des consonnes.

Je décide que plutôt que de refaire une autre grille, on va voir ce qu'il en reste. Je la cache et lui donne une feuille blanche et un crayon avec la consigne "tu te souviens de quoi ?"

 

Évocation du mot avec son référent (image)

Évocation du mot avec son référent (image)

Évocation écrit/figuration

Yann est donc libre soit d'écrire, soit de dessiner... Il choisit la liste de mots et ce n'est que secondairement, à ma demande qu'il fera les dessins qui figurent ci-dessus. Je lui demande alors de les réunir comme on faisait dans le temps, il ne manifeste aucune opposition mais semble content de réaliser l'exercice.

Lorsqu'il arrive à carpe, il le prononce en même temps qu'il l'écrit. Le travail a porté ses fruits alors qu'il recherche toujours certains son à partir de la prononciation de la lettre,  pé en particulier, de même pour le R qui reste "è" quand il veut écrire ce qui renforce l'omission qu'il en fait le plus souvent dans sa parole.

Parole et écriture

Pourquoi parler d'une amorce d'autonomisation ?
Il ne s'agit pas cette fois de son comportement en général pas toujours adapté mais de celui qu'il a face à une tâche qui mobilise une énorme concentration : changer le mot qu'il voudrait écrire, chercher les composantes des syllabes, respecter l'ordre des lettres quand il n'est pas sûr de réaliser le mot oralement dans son intégralité du fait de son retard de parole aggravé de son agrammatisme.
Il lui faut également changer sa stratégie d'épellation des lettres, mise en place dans son apprentissage malgré une initiation différente au départ que j'ai tenté d'imposer en vain, pour celles des sons des lettres comme il le fait spontanément ce jour pour le mot carpe.
Il lui faut également ne pas partir dans un autre mot parce qu'il le connait etc...

Son langage reste très simplifié hors quelques "figements" qui intègrent des éléments grammaticaux par exemple. Les composants de ces figements doivent pouvoir s'autonomiser, il doit pouvoir les intégrer dans d'autres énoncés... Le chemin sera long, il ne fait qu'y entrer.

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28 février 2016 7 28 /02 /février /2016 13:14
Images en désordre mais l'interdit est passé

Images en désordre mais l'interdit est passé

Le travail avec les séries d'images que nous allons présenter dans les prochains articles sur ce blog est à mettre en parallèle avec celui qui a été réalisé avec Artus, 27 ans, trisomique également, sur un même support, présenté sur l'autre blog.

Yann a 21 ans et son langage spontané est en train de se préciser non seulement dans le champ de la parole (arriver à 3 syllabes et plus, mots escamotés, consonnes pour d'autres etc...) mais aussi du langage : s'il réalise de nombreux commentaires évaluatifs dans le cadre de la situation d'énonciation, sous forme de figements, langage tout fait qu'il s'est forgé sans apprentissage, le lexique se développe lentement dans une étroite relation au travail sur "l'écrit". Il ne mémorise pas facilement car il refuse encore presque toujours de répéter ce qui, manifestement, lui coûte tant d'efforts à mettre en place...

Ce jour-là, Yann trouve le paquet d'images sur la table devant lui. Il enlève le trombone et va à la découverte de ce matériel pendant que sa mère m'informe d'un nouveau problème évoqué lors de sa rencontre avec la référente et le chef de service.

Nous faisons le point sur son adaptation.

Ça va mieux ?

- Il a du encore embêter M* (une jeune fille) qui lui a passé un savon.

- Il y a encore ça à régler, donc.

La concentration ?

- La minutie sur le travail ne lui pose pas de problème

Il comprend les consignes ?

- Il sait ce qu'il faut faire. Mais il n'en dit rien.... (ne raconte pas ce qui s'y passe)
Il va faire un stage de manutention fine à l'ESAT sur plusieurs semaines en mai.

- Le cognitif est donc OK. Ce qui pêche c'est ses pulsions.

- Aux pauses, dans les couloirs il retourne à ses jeux (bruit) au point de déranger le personnel. Seule solution, sortir dehors pour se défouler puis ça va mieux, mais cela implique une surveillance. Il y a toujours ce problème de son fonctionnement et de la part théorique d'adaptation de l'institution qui n'est pas envisagée comme telle.

Reste le cadre des pulsions sexuelles, le "ça ne se fait pas".

Avec nous, ce qu'on peut faire: apprendre comment on est ensemble.

 

Nous passons aux images que Yann manipule et regarde tout en nous ayant écouté...

Il a mis les images dans cet ordre 2 1 3 4, l'ordre de départ du dialogue (voir les images dans l'ordre dans l'article d'Artus)

"Comment faire pour raconter ?"

Sa mère voulait intervenir sur l'ordre mais je la retiens : ...il faut laisser le temps...

Elle reformule la consigne :

"toi tu inventes des histoires... comme les BD avec les dessins. Il faut raconter l'histoire, celle qui est là."

Je reprends la main

2

"Où ça se passe?

- là, sa(lle) de bain

- Qui il y a dans l'histoire?

- ya un gaçon aussi

ya un chien aussi

1

- Cette image ?

- ya un garçon, ya un chien il est pas mouillé le chien.

- c'est le même ?

pour que ça (je montre 2) ça vienne ?

- le chien il est mouillé. Plouf

- t'as sauté une image

- pas sauté dans l'eau là (montre 1)

- où ? Je montre la baignoire

Essai de construire l'action et l'énoncé correspondant avec un crayon une gomme et un livre pour figurer la relation spatiale à mobiliser, dans, à côté, sur.

- ah glissé plouf de l'eau! (dans)

- et qu'est-ce qui se passe ?

- Ah ça dame

Qu'est-ce qu'elle fait?

- La dame sé pas content a gaçon et s(ch)ien. (mis pour avec?)

Pourquoi ?

- Grosse bêtise.

Il a manifestement compris la leçon de l'histoire!!!

J'essaie de lui faire réaliser l'ordre des images en passant par le sol et le changement

-regarde bien par terre. Là et là qu'est-ce qui est pas pareil?

- C'est pas bon pas de sien dans l'eau. C'est interdit, pas dans l'eau.

- Qu'est-ce qui se passe avec l'eau ? (4) Par terre il y a?

- tout de l'eau.

 

Je conclus: on voit, on comprend et on parle.

 

Yann reste pour chercher des mots avec Jarnac et en sortant sa mère réactualise l'interdit:

- et quand on dit interdit, les yeux dans les yeux,

- d'accord.

 

DISCUSSION

 

Le "récit" /description d'image s'attache aux attributs des personnages qui ont été identifiés sans peine. Il se situe dans un registre énonciatif. Yann est capable de faire le lien ainsi entre les images "un sien il est pas mouillé là", S'il ne peut exprimer une intention, il utilise un mot du dialogue pour donner le résultat d'une première action, "sauté", puis de lui-même découvre "ah!" l'action qui s'est produite "glissé" entre 2 images. Le temps des énoncés est bien celui de l'énonciation dans le cadre d'une image mais la connection inter-image est ainsi rétablie par lexique utilisé. Son langage reste parataxique au niveau de la thématisation de ce qui importe pour lui dans un langage enfantin "la dame sé pas content à... " et quand je lui demande de regarder encore l'image pour qu'il repère l'eau par terre, il suit son idée et enchaîne sur une formulation en lien avec son expérience "grosse bêtise" puis un énoncé qui résume l'histoire en développant l'interdit "C'est pas bon pas de sien dans l'eau. C'est interdit, pas dans l'eau." Il reprend ainsi ce qui pose problème dans son propre comportement à son CAT, les interdits...

Rappelons qu'il avait fallu mettre en scène le scénario avec Artus avec des jouets pour qu'il sorte de la dénomination, utiliser le mime avec eux et la référence à son expérience personnelle pour qu'Artus puisse se lancer et faire un résumé à partir de la dernière image :"clabousser de l'eau partout. A la fin il a renversé de l'eau et la mère (de ce garçon) elle est fâchée."

Artus a appris ce qui convient et s'est exprimé là-dessus en dessinant à l'adolescence. Il disposait alors d'un savoir lire/écrire, d'une connaissance du monde qui était passée par l'histoire, la géographie, la religion, la politique. Yann n'en était pas là à ce moment de son existence, ce ne sont pas des mots qui ont pu poser les interdits. Nous l'avions esquissé au moment où il vivait dans le monde du docteur who en tentant de différencier l'imaginaire du monde de l'expérience quotidienne. Mais il va sûrement les intérioriser car il les évoque dans cette nouvelle activité narrative. On voit qu'il entre dans la conduite de récit sur de toutes autres bases qu'Artus. Son langage témoigne d'une évolution selon d'autres modalités, ce qui ne peut manquer de se confirmer dans les articles qui vont suivre.

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30 octobre 2015 5 30 /10 /octobre /2015 14:55
De la capoeira à un auto apprentissage musical
De la capoeira à un auto apprentissage musical

De la capoeira à un auto apprentissage musical

Quoi de neuf? Demande l'orthophoniste. Tu as des vacances?

Yann, trisomique de 20 ans, qui travaille depuis peu dans une SAS, ne peut répondre bien sûr, mais sa mère qui s'assoit également désire m'en parler. Elle va demander 3 jours pour qu'ils puissent partir en famille au moment de la Toussaint. Les rencontres précédentes, nous avions travaillé à poser certaines règles de comportement dans ce nouveau cadre d'adultes au travail, l'aider à grandir puisqu'il se comportait comme un enfant et je veux m'assurer qu'il ne rencontre pas d'autres difficultés puisque la semaine précédente il avait même pu me faire comprendre ce qu'il faisait dans notre tête à tête en le mimant (remplir des sachets).

Ce jour là, sa mère est là et nous analysons le changement dans sa vie "d'adulte" au niveau des vacances, il ira certes en colo, mais il y aura moins de vacances en famille. Je lui propose cette définition : "les vacances c'est quand je ne vais pas au travail comme tous les jours".

Sa mère poursuit : il a apporté quelque chose. Dans ce qu'ils font, il aime bien la couture. Il ne peut trouver les mots pour en parler. Je propose "dessine le et on trouvera le mot". Il est très réticent mais finit par jeter un dessin sur une grande feuille. Je dis cela ressemble à un sachet et lui demande ce que c'est que le trait qu'il a fait: "c'est quoi ?" La mère répond "un ruban". Je demande ce qu'on fait avec. Il ne peut répondre. Je retiens sa mère de l'aider à le dire. Je me déplace vers la porte de la pièce et en la manipulant, j'essaie de lui faire trouver le mot "fermer". En revenant je prends une boite et nous travaillons de même la paire ouvert/fermé. Puis je vais chercher un petit sac qui contient un sachet de lavande dans une autre pièce et il me confirme que c'est aussi ce qu'il avait fait. Je l'ouvre et le ferme... Il n'est pas coopérant. Quand je lui demande la couleur, il dit cependant "volette".

Je l'avais vraiment poussé dans ses derniers retranchements pour qu'il suive mes demandes lui arrachant le dessin puis ouvert/fermé (en répétition). Il tousse (il est enrhumé, malade même) et va vers le vélo d'appartement qui est le lieu où il se récupère maintenant (avant qu'il y soit c'était le gros ballon d'équilibre qui permet d'établir une distance sur un fond d'activité motrice).

Il ne veut toujours pas parler, même sur le vélo mais il va finir par nous faire comprendre qu'il voudrait aller au restaurant et au cinéma en le baragouinant. Sa mère m'explique alors en riant qu'elle s'est accordée une soirée "filles" et qu'il en a été très frustré ! Il prend alors le xylophone et revient s'asseoir à sa place.

De lui-même, il lit le nom des notes (voir cadre et langage), écrit RE FA LA MI sur la feuille du dessin du sachet et les joue. Je le lance dans la recherche de la différence de hauteur. Cela vient petit à petit mais il reste opposant. Il chante en jouant, il invente. Je lui dis n'avoir rien compris sauf papa, maman et toi. En chantant il se balance d'avant en arrière (cf. sa "stéréotypie") mais un peu. Il a besoin du mouvement, d'un rythme...

Je l'explique à sa mère et elle me parle alors de la Capoeira où elle a réussi à l'nscrire. Elle avait prévenu le prof, mais il n'avait pas du réaliser le type de handicap... Elle assiste aux cours de 2 heures et me raconte qu'il parle beaucoup, fait ce qu'il peut, décalé, change de partenaire, commente sans cesse et  parle aux autres, "ah c'est super", qui répondent 'non c'est pas comme ça', en un mot il pourrait déranger. Mais le groupe l'accepte comme il est, semble-t-il, et il s'en débrouille à sa façon même si elle lui fait la leçon avant de l'amener...

Elle me propose alors son hypothèse concernant sa meilleure maîtrise de ces balancements... Au début de chaque séance, il y a un rituel de base et après seulement les mouvements s'enchaînent. Du coup son balancement s'arrête un temps. Je lui suggère de prendre des photos de cet échauffement. Cela pourra servir de support pour un travail de "langage" et lui donner les mots pour "dire".

Pendant que nous parlons, Yann se met à écrire le nom des notes qu'il joue: ré fa, ré sol, ré fa la, la fa ré, mi . Il joue avec toutes ces notes qu'il a nommées par écrit.

Nous passons sur l'ordinateur et je lui mets le piano midi sur l'écran. Il joue avec la souris. Le nom des notes s'affiche:

"moi écrire tout ça" et il prend une nouvelle feuille (il veut la garder) "non c'est pour moi".

Quand il s'en va, il essaie d'ouvrir la porte de M. "salut crapule, réveille, matin (M*), ça pas crapule!"

 

DISCUSSION

Le premier thème s'impose, les vacances approchent. Comme toujours, nous "travaillons" à la mise en mots et en "sens" de ce que peut représenter ce thème dans son "monde". Mère et orthophoniste se renvoient la balle. Il ne participe pas. Serait-il contrarié?

Cela se confirme lorsque sa mère évoque son travail à partir d'un objet qu'il a fabriqué. Il ne peut le nommer, et n'a aucun plaisir à le dessiner, ce qu'il fait volontiers d'habitude. Le travail de langage du jour va porter sur l'opposition ouvrir/fermer. Je demande à sa mère de ne pas s'en mêler, elle reste pédagogue et lui propose un mot à répéter. Les verbes d'action précèdent les participes (adjectifs) ou les prépositions, d'où la forme infinitive, même si elle se conjugue en parole dans la description de l'action qu'on réalise en le disant. L'action est réalisée sur différents objets. Nous comparons son dessin au sachet que j'apporte. Il répète à contre-coeur, mais veut bien dire la couleur du ruban qu'il n'a su nommer.

Sa mère parle pour lui en précisant qu'il aime bien la couture.

Son opposition à ce genre de travail se marque alors, en dehors même de son refus de parler et de son attitude, par la distance qu'il établit en changeant d'espace. Il quitte celui du travail du langage (la table) et va sur le vélo à proximité des jouets musicaux. Effectivement c'est là qu'il va trouver comment faire comprendre ce qui, ce jour là, le "fâche" avec un énoncé à sa façon que sa mère décripte.

Du fait de cette interprétation, il revient avec le xylophone des dernières séances (les notes avaient leur sens d'écrit depuis une séance antérieure où, ayant retourné le papier où il dessinait, il avait vu une page de partition, ce qui m'avait amenée à lui dessiner une double gamme en clé de sol avec le nom écrit à côté). Je saisis cette occasion de reprendre la main pour un travail perceptif (hauteur) et de lecture: il veut bien lire les syllabes en lien avec son intérêt du moment.

Il s'évade de ce travail en "composant" air et paroles, le balancement réapparait, mais peu, ce qui nous amène à en discuter en sa présence. Pour mieux l'exploiter, s'il y a des photos, il pourra "raconter" comme on l'a fait pour la colo.

Il reprend la main du "travail" en contruisant lui-même des intervalles (cf. hauteur) et éprouve un immense plaisir à "écrire" le nom des notes qu'il joue.

Changement de lieu à nouveau, mais d'appropriation en quelque sorte : il transfère cette activité sur le piano de l'ordinateur. Il veut écrire "pour lui". Une "maîtrise" d'apprentissage en vue ?

En partant, dans le couloir, il marque un temps d'arrêt devant la porte d'un espace "privé", faisant le lien ainsi avec les séances précédentes où nous avions posé règles et interdits.

Le dernier énoncé sera sûrement repris sur le plan du langage, car il a déjà fallu une fois pointer que on ne parle pas ainsi à un adulte mais entre copains. Chaque porte en ouvre une autre !

 

 

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