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5 janvier 2013 6 05 /01 /janvier /2013 20:00

Ychateau-final-001-copie.jpgDe l'intuition globale d'une forme à la perception de ses détails ....

jusqu'à la mise en contexte.

 

Avant-propos

Pour Babar (9-10 ans) comme pour le château fort (14-15 ans), Yann nous propose une illustration de la façon progressive dont se construit l'objet pour lui en tant que représentation "figurable".

Un article présente sur le site l'évolution de ses premiers dessins de façon globale. On trouvera ici des dessins intermédiaires qui situent le retard important de son évolution.

Parmi ces dessins, la réalisation au tableau d'une autre approche de cette construction progressive de Babar dont il m'a apporté les dessins réalisés pendant les vacances, n'est pas sans évoquer  pour moi le premier dessin du pirate réalisé sans modèle de l'article précédent réalisé à 17 ans.

Comme tous les garçons que j'ai pu suivre, il est passé par le dessin du château-fort et la reprise de celui qu'il m'avait apporté (voir ci-dessus en tête d'article), l'a fait le réaliser en plusieurs temps également dans un souci de contextualisation.

 

Yelephant12005-copie.jpg Cette réalisation de Babar, difficile à percevoir de par la réverbération du flash, nous montre une forme contenant tous les détails de la tête grossièrement évoqués au feutre rouge, englobée dans une forme contenant le corps et les pattes. Il a même ajouté la queue tout en bas.

Il m'a amenée à lui proposer de travailler d'après modèle, à la rentrée des vacances où il avait fait deux séries, où l'on voit se mettre en place, tout comme dans l'évolution du bonhomme chez l'enfant, les différents éléments constitutifs de la représentation figurée d'un éléphant.


Babar 1er essai : on voit se préciser la trompe, l'oeil et la queue. Cette dernière n'est plus apparente quand la trompe se détache.... la place des pattes est marquée.

   YBabar1 001 copie    YBabar2 001 copie  YBabar3 001 copie

 

YBabar4-001-copie.jpg    Les pattes apparaissent. Il va y avoir une autre série de 2 dessins seulement: La trompe se détache à nouveau, la queue apparait... mais comme pour l'acquisition du bonhomme certains détails disparaissent comme l'oeil dans le dessin suivant.YBabar7 001 copieYBabar5 001 copie

 


 C'est alors que je lui propose de travailler sur le chevalet avec le modèle du Babar qu'il aime beaucoup, en relation avec la travail sur le schéma corporel.

YBabarModele-001.jpgCette étape l'a sûrement beaucoup aidé pour qu'il puisse réaliser ses "portraits" proposés dans le ppt. Yann avait donc 9-10 ans au moment de cette évolution.

A 13 ans, il dessine un arbre fruitier, classique mais solide, équilibré  YArbre-001-copie.jpg

YBateau-001-copie.jpg   un bateau avec des voiles triangulaires.

L'année suivante, il apportera, triomphant un "bonhomme" qui lui ressemble avec ses lunettes.YAutoportrait-2008-001-copie.jpg

 

Il s'inscrit dans une position centrale dans l'espace de la feuille.

A 14 ans son imaginaire fonctionne à l'image des enfants de primaire et il réalise un château (il l'avait construit au préalable sur un cahier de jeux de symétrie) en plusieurs temps. Le dernier, celui du titre, le plus complet, a été réalisé ultérieurement, pendant les grandes vacances. On voit le fossé, il repose sur un sol (cf. l'herbe) et la forme de cet ancrage montre un souci de composition plus que de réalisme.

 

     YChateau2 001 copie  Ychateau1 001 copie

YChateau3 001 copieEntre le 1er et le 3e (avec pont-levis), Yann a éprouvé le besoin de "contextualiser" son dessin, le faire habiter avant de retourner à la forme pour y introduire une porte relevée. On peut imaginer qu'ils sont tous entrés.

 

Globalité et analyse, prise en compte des éléments qui composent la forme, pourraient renvoyer à des modes différents de perception de la réalité, pour se l'approprier dans le champ des représentations mentales: intuition de l'hémisphère droit, analyse du gauche...

Ce n'est qu'une hypothèse de travail avec les dyslexiques mais ces dessins de Yann semblent en relever.

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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 17:45

Pirate-2.jpg    Des Pokemons aux mangas,

l'imaginaire de Yann a changé le support de sa passion.

 

 

Yann cherchait tout le temps à retrouver les images des pokemons, puis à défaut, le grand panneau où figuraient les 100 premiers, qui avaient été, en leur temps, une entrée à l'évocation de leur nom (déformé), jeu de loto, activité de dénombrement etc... et plus tard encore avait servi de support à des activités de recopiage qui tenaient lieu de stéréotypies.

Au retour des vacances de Toussaint, il ne veut pas parler de ce qu'il a fait, préférant de loin se réfugier dans les jeux d'ordinateur qu'il affectionne (actuellement playmath, retrouver les nombres manquant dans le carré de 1 à 100 avec de moins en moins de repères écrits). Sa mère le branche alors sur ce qu'il aime maintenant regarder à la télé. Il ne peut rien en dire.

 

Image Pirate 1Je lui demande de dessiner. Lui qui aimait tant dessiner la première année de notre rencontre, il commence par refuser. Comme il s'agit d'histoire de pirates, je lui demande où ils habitent, sur une île, mais, comme le capitaine crochet de Peter pan (il choisit souvent un logiciel de jeux où on raconte l'histoire), il y a aussi le bateau. Il ne suit pas cette piste, et se souvient: il commence à dessiner, bien au centre de la page, le chapeau. Puis il pose le crâne comme un visage, intégrant les os qui sont censés le transpercer.

-C'est presque ça-, lui dit sa mère.

Il dit alors

"ah oui! i manque les couleurs"

Il est bloqué et elle lui propose un modèle de crâne sur un post-it.

Nous changeons de feuille pour qu'il le reprenne dans un deuxième dessin (celui en tête d'article). Je colle le post-it sur son premier dessin et lui demande de le photographier dans sa tête, mais il refuse. Il lui faut le garder sous les yeux pour pouvoir le recopier, revenant sans cesse au modèle.

Son langage s'est amélioré et l'énoncé ci-dessus comprenait presque le "les" souvent escamoté dans son langage de type agrammatique, faute de poser plusieurs syllabes à la suite (de 2 à 3, le passage est difficile).

Les figures de l'expression: Dessin, Oral, Ecrit

Après une semaine de vacances, il rapporte le travail  qu'il a fait de lui-même, sur ce thème, encouragé, étayé par sa mère dans sa recherche de modèle et d'expression: le même dessin conforme au modèle cette fois, et celui d'un drapeau découpé où la tête figure également, et il me donne également, triomphant, une page où il a soigneusement écrit:

Yann-ecrit-copie.jpg

Il se précipite à la séance suivante au grenier qu'il a, une fois de plus, exploré. Lorsque nous arrivons, sa mère lui explique qu'il a oublié de demander la permission et nous mettons en place la formule de

la QUESTION

en en décomposant les éléments sur des petits post-its:

- le /?/ qui signifie "la question" est écrit en toutes lettres  "est-ce que", et décomposé phonétiquement /èsk/ pour être répété correctement (les gestes Borel soutiennent le rappel de l'ordre le cas échéant).

- qui? "je"

- peux (qui représente "permission")

- flèche montante parallèle au dessin d'une échelle pour "monter"

- flèche horizontale sur laquelle est écrit un grand o, avec "au" à l'intérieur

- dessin de cartons, matelas roulés en hauteur et "gre-nier"

- ? (pour l'intonation)

et en bas de la page où les post its ont fini par être placés dans l'ordre, en étant prononcés correctement, les réponses possibles; OUI!    NON!

 

Discussion

Yann a progressé depuis notre rencontre, et est entré à sa façon dans les apprentissages, à son rythme et dans un accompagnement permanent de ses parents comme de son orthophoniste.

J'avais cru, naïvement, compte tenu des caractéristiques de ma population habituelle, et donc de mon expérience (Artus étant ma seule prise en charge de trisomique, mais il savait lire quand il est venu, en 6e), que l'évolution de sa relation à l'autre du fait de son entrée dans le jeu symbolique, de  l'amorce de la mise en jeu des théories de l'esprit, de l'organisation de ses représentations de l'espace, etc... tout ce qui s'était mis en place au cours de sa première année de prise en charge, et dont avait témoigné l'évolution de ses dessins (article à venir prochainement sur le site, le lien sera en commentaire, dans la rubrique Dessin et représentation symbolique), lui permettrait d'accéder au langage oral et écrit.Yann2006

Les pré-requis de base étaient là, sauf la parole, mais la trisomie aussi. Entrer en relation avec lui (il se présentait comme psychotique versant autistique) n'avait pu suffire, il y avait cette "maladie de l'intelligence" dont Artus a témoigné avec ses mots de façon si bouleversante...

Quelques repères de cette évolution:

- Côté parole, il avait fallu la toupie magique pour qu'il arrive à  laisser sa voix sortir pour un travail de parole, après tout le travail des premières années, où elle était sortie et s'était "placée" en lien avec le contrôle de sa stéréotypie de balancement. Il est souvent d'ailleurs encore en mode "voix chuchotée" et il faut lui demander de répéter des énoncés comme s'il se les adressait à lui-même.

- Côté numération, depuis le jeu des mouches il y avait eu la construction des nombres avec le boulier et le support de "Tibili" et d'un logiciel inspiré du constructivisme piagétien.

- Côté écrit, il y avait eu, entre autres le support de "Furi" pour un entraînement systématique complétant la rencontre des lettres de l'alaphabet dans divers logiciels de jeux (du Jardin magique, à "TV Neurones" en passant par," Audiolog" et "L'imagier du père Castor" qui avait soutenu la démutisation d'Oumi tout autant que la sienne) bien qu'il ait le plus grand mal à répéter pour oraliser les sons et syllabes ainsi travaillées. Il y avait eu, ce qui justifie le thème de cette discussion, l'expression par le dessin de sa découverte de l'état amoureux, à l'adolescence, prenant le relai de phrases toutes faites, prononcées à bon escient.

- Côté pensée réflexive, son langage lui permet d'exprimer des évaluations personnelles, de la parole rapportée de la mère de son copain à propos de sa façon de réussir dans ses activités "C"est moi l'champion" à "je pense qu'il plait" à qui? "à toi"en parlant de ce copain qu'il souhaite me voir mieux connaître.

Son langage est ainsi très différent de celui des autres car il s'exprime volontiers de façon tout à fait adaptée à la situation, et prend beaucoup d'initiatives dans le cadre protégé où il évolue.

- Reste le cadre social du monde du travail des adultes qui nécessite un "dressage tardif" d'une part et une maturation psycho-affective qui tarde à se manifester d'autre part.

Le langage y participe mais sa découverte du monde s'est réalisée dans un mouvement émotionnel comme en ont témoigné ses premiers dessins et  reste dans ce registre de par l'impact de ce mode relationnel où la pulsion soutend les manifestations de l'émotion. La mère de son copain ne le dit-elle pas porteur d'une énergie positive... même s'il s'excite facilement, prêt à repartir dans son balancement.

 

Il va ainsi à la rencontre des autres et du monde avec cette expression qu'il n'a empruntée à personne de son entourage, le mot de la fin en quelque sorte:

"C'est magnifique!"  

 

PS D'autres expériences l'attendent qui permettront de revenir sur ce qu'on peut se représenter de ses représentations en dehors même de celles qu'il "figure" dans ses dessins et par ses "expressions". A suivre donc...

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23 novembre 2012 5 23 /11 /novembre /2012 10:55

Sénia normal 001   Tête à claque: six mois après.

(Reformulation de l'introduction de la première version) 

 

Dur retour en arrière dans la prise en charge thérapeutique de Sénia, pas tout à fait, d'ailleurs, est-ce un recul nécessaire pour qu'elle puisse se reconstruire autrement?

Il y a eu l'épisode d'un "doudou" qui n'était plus maman, quand sa mère a enfin réussi à la laisser dormir seule.

Etait-ce une entrée dans l'ordre du symbolique?

Est-ce ce qui a induit un retour en arrière dans son comportement, ressenti comme une provocation, et a entrainé la mise en place d'un nouveau cadre, socialisé maintenant, extérieur à la famille?

 

  • En effet, le cadre "contenant" semble se déplacer vers l'école, donc des lieux de prise en charge. Sa maîtresse, la psychologue, lui ont toutes deux rappelé la feuille qu'elle ne devait pas oublier pour que je reprenne les séances suspendues jusqu'à ce qu'elle l'apporte.

 

Mais la dialectique est posée entre ce nouveau cadre, et une nouvelle prise de conscience d'elle-même comme sujet autonome.

  • En effet, au retour des vacances de Toussaint, oubli et schlintement sont réactualisés, elle n'a pas fait le travail demandé, que faire?

 

Nous nous acheminons vers un changement de contrat pour nos rencontres

  • Je lui donne un agenda où elle écrira quelque chose chaque jour. Secret, sauf pour moi, pour l'aider au niveau des mots si besoin est. Elle écrit immédiatement pour ce jour: "c'est bien". Elle est bien dans le registre que j'espérais.

 

J'évoque ce travail que nous avions fait autour de tête à claque. Elle retrouve des souvenirs. Normal/tête à claque. Comme d'habitude, elle a un "certain sourire".

 

  • Ravie, elle commence à dessiner: elle écrit - tête normal -, et de l'autre côté - tête ...- ? ne trouvant pas de qualificatif satisfaisant. "Je commence à dessiner les cheveux, normal" poursuit-elle. Elle ne fait plus de commentaires en réalisant un visage d'une autre facture, les yeux et retrouve, après un temps d'arrêt, son "trait comme forcé" pour dessiner une bouche dépressive. Les mains ne sont plus cachées derrière le dos, elles redeviennent disponibles pour autre chose que les tics, traces des anciens interdits de sa petite enfance.

 

C'est bien le dessin qui va faire émerger l'expression de la façon dont elle se perçoit à ce moment là, de l'intérieur.

  • Elle propose, en effet, différents termes, contenu partiel de ce qu'elle ressent d'elle-même qu'elle refuse en cherchant encore: furieuse - méchante- méconnue (ce dernier terme qu'elle propose sans aucune suggestion est nouveau et me  semble ouvrir une porte intéressante) pour trouver enfin "mécontente" qu'elle retiendra pour l'écrire alors que je lui propose de mettre un point d'interrogation.

 

Ce parcours de termes me semble une bonne synthèse de ce qu'elle doit éprouver. Nous sommes bien dans l'expression d'émotions contenues derrière le masque du "normal" que je qualifierais plutôt d'actuel... en quête de laisser apparaitre la petite fille qui se cache derrière, à elle-même comme aux autres...

Elle s'investit complètement dans cette recherche, nouvelle orientation du travail, et arrive souriante la fois suivante. A-t-elle oublié notre contrat? Comme pour Max, nous en avions posé un nouveau: réaliser un dessin (ou écrire quelque chose) qui servira de base pour notre travail ultérieur. Je me réjouis qu'elle ait prononcé son nom à l'interphone sans schlintement, de la façon dont elle a répondu à ma salutation 'comment ça va?' "Bien"! et je le lui dis. Elle a effectivement dessiné chez elle et me décrit le contenu de ce dessin qu'elle a oublié d'apporter. Pour cette fois ça ira. On partira de sa description.

De l'auréole à la réversibilité en mathématiques

Elle figure le dessin  oublié, en le dessinant dans l'espace tout en parlant: "un coeur, avec des ailes. Un rond comme les trucs des anges". C'est bien d'une auréole qu'il s'agit. Je me demande comment raccorder ce dessin au programme que je voudrais reprendre avec elle, car la maîtresse est désespérée (nous correspondons sur un carnet spécial): en CM2, elle ne sait plus faire une multiplication.

J'ai d'ailleurs demandé à la maman de ne pas lui en faire faire, désirant donner un contenu significatif à cette opération avant de reprendre les mécanismes.

Nous voici donc partant de l'auréole. Pour qui en dessine-t-on? Pourquoi on dessine le rond  au-dessus de la tête? Où est le lien avec le saint?

Elle entend bien sûr l'homophone et rit, je précise 'pas celui du soutien-gorge!'

Je parle alors d'une sorte de lien invisible, comme si, du fait de leur sainteté, quelque chose de puissant venait de leur tête... ou quelque chose d'approchant. Et j'enchaîne, c'est comme pour les multiplications. C'est quoi le lien? Elle récite: "Les fois", c'est quoi les fois: "Une fois un". Je sors la boite des réglettes cuisenaires, elle a déjà joué avec, exploré la sériation et quelques autres encastrements. Je reprends celui des surfaces et lui demande de les remplir. Le travail change de registre. Il sera présenté dans l'article suivant.

 

Discussion

Relation, lien entre deux unités qui permet d'en reconstituer une qui ne soit pas de type additif, ce qui ne peut se réaliser que dans le champ de la représentation mentale, avec un saut qualitatif, qui évoque une restructuration que ce soit dans le domaine cognitif (théories de l'apprentissage cf. Piaget pour l'équilibration, Vygotski pour le concept), ou dans celui de la personnalité (théorie du changement, micro changements en psycho-pathologie cf. Wildocher). 

Artus Autoportrait  Le dessin, autre mode de représentations que celles qu'implique le langage, d'ordre figuratif, en donnant à voir, "montre", et les réalisations de Sénia peuvent ainsi porter trace des changements qui s'opèrent. Un élément m'a frappé dans la conquête de l'ovale du visage et de ce fait de la tête. L'évolution des autoportraits d'Artus m'avait sensibilisée à l'importance de cette recherche formelle dans la quête de soi-même.

 SénTN-copie-1Dans la quête du "soi" l'ovale était bien là, dans la tête "normale" des essais de Sénia pour sortir de tête à claque, tout comme dans les figures effacées (de sa mère, d'elle-même avec son doudou) d'une entrée dans l'ordre du symbolique pour figurer la séparation des lits et ouvrir à une autonomisation psychique.

Max skate copie   Elle a perdu cet "ovale", gardant une figure-masque à la façon de Max, plaquant les cheveux - avec le commentaire "normal" - rétablissant de façon conventionnelle la partie de la tête qui semblait escamotée (cerveau gauche?) de sa dernière réalisation de tête répondant à tête à claque.

 

 

Le parcours de termes qu'elle a trouvé pour qualifier l'expression de cette autre elle-même, représente un éclairage pour soi, et non plus ce qui est donné à voir aux autres. Il prouverait - en langage cette fois -  qu'elle est bien en train de chercher à s'unifier, non par un discours, mais en recherchant cette concordance avec elle-même que procure la sensation d'avoir trouvé le mot juste, qui conviendrait à exprimer ce qu'elle ressent au fond d'elle-même ...

Le "moi" se chercherait ainsi en construisant son unité au delà des morcellements du "soi" qui nous habite et se diversifierait dans son ajustement à l'autre, dans ce qui apparait à l'occasion de chaque nouvelle relation à établir.

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23 septembre 2012 7 23 /09 /septembre /2012 22:51

 

Exprimer l'absence1blog"Avec" et

"sans",

la trace de l'existence:

 

comment la figurer si ce n'est par un gommage de ce qui la représentait comme image de la réalité.

 

Retour sur ce qui a précédé.

[Il y a trois mois j'évoquais pour Sénia le travail d'exister par un travail "de l'ici au maintenant", pour lui permettre d'exister comme sujet, en abordant le registre émotionnel par le biais de sa phobie.

Au cours de notre "promenade" j'avais évoqué le fait que cette angoisse pouvait être l'écho d'autres plus anciennes, et nous voilà retournées à la "perte d'objet", au travail de séparation de sa mère -le "premier objet"- dans sa dimension physique, d'abord en séance, mais également en évoquant ce qui se passait en pratique chez elle, ne serait-ce que pour faire le travail scolaire. 

Depuis que son père nous a précisé la persistancce de certains rituels familiaux, la semaine dernière, -Sénia vient chercher sa mère dans le lit conjugal, refusant de dormir seule dans la chambre qu'elle est censée partager avec son frère qui squatte le divan du salon- le travail s'est centré autour d'un premier objet transitionnel manifeste, le doudou dont elle refuse l'idée même d'en avoir un.]

 

En quête d'un doudou

Ce jour là, Sénia a enfin trouvé le doudou qui remplacera sa mère pour qu'elle puisse dormir seule car elles ne sont pas allées à Auchan en acheter un ensemble selon ma "prescription". Elle a fouillé et l'a trouvé au fond d'un tiroir. Elle a répondu ainsi à l'ultimatum: je ne la prendrai plus tant qu'elle n'en aura pas un, après avoir fait l'expérience d'attendre dans l'entrée que sa mère soit venue la rechercher, sans que nous ayons fait quoi que ce soit ensembles.  leilablog1.jpg Elle l'a donc cherché et trouvé, déjà là, ce qui est de bon augure pour son investissement.

L'étayage nécessaire: du dessin à la mise en mots

Je lui demande alors de le dessiner puis  comment il s'appelle. Elle me donne le nom de la série. "Hello Kitty". J'insiste, en parlant de nom officiel, mais quel est son surnom, 'le nom que toi tu vas lui donner'. Elle cherche beaucoup et finit par trouver un prénom féminin "leila". Ce n'est pas mon petit chat... mais ma petite "chatte" dit-elle comme à elle-même, indistinctement en l'écrivant, esquissant peut-être même un sourire.

Je reviens alors à la situation: 'ce soir, que va-t-il se passer?' Pour l'aider à s'exprimer je lui propose d'écrire un poème, ou une lettre à sa maman. Je retourne la feuille. Elle me dit qu'elle en écrivait quand elle était petite. Que pourrait-elle avoir envie de lui dire? Elle écrit "Maman tu es la plus belle". 'Et ce soir?' "Maman, ce soir"... (elle reviendra d'elle-même sur sa faute pour la corriger), 'Qu'est-ce que tu ressens, qu'est-ce que ça te fait?' Elle ajoute: "c'est dur". 'Explique toi? Qu'est-ce qui est dur? Qu'est-ce qui va se passer ce soir?'

Elle ne peut rien dire de plus.  'Et bien, dessine alors'. Elle dessine un personnage féminin debout et dit "moi", et lorsque je lui dis 'et maman?' elle était en train de  rectifier simultanément "maman". Je lui demande 'où elle est, elle?' Elle se dessine à côté, en petit avec son doudou.

'Où vous serez?' "Dans le lit". Elle se saisit de la gomme, efface les deux dessins et fait le lit par dessus la représentation effacée d'elle-même avec son doudou. De même quand je lui demande 'et maman, où elle dormira?' Elle dessine alors le grand lit sur le dessin effacé de la mère.

Les lits représentent bien ainsi des lieux différenciés, tout comme les personnages qu'elle avait représentés. Le passage de l'interprétation de "moi" à "maman" l'indique davantage encore puisqu'elle se dessine ensuite à côté, à l'échelle, et avec son objet transitionnel. Elle a mis en image ces personnages et leur localisation, mais ne peut encore exprimer verbalement le changement que cette nouvelle configuration entraîne.

Pour l'y aider je lui avais proposé, 'rappelle toi, tu ne seras pas seule' et elle ajoute sur la feuille "je vais dormir avec Leila" mais n'a pu trouver ce qui veut dire le contraire de "avec", à savoir "sans" maman.

Lorsque, sans lui donner le terme recherché, m'étant contentée de l'aider à compléter c'est dur de "dormir dans "mon" lit", je demande à sa mère d'essayer de trouver des situations qui l'aideraient à faire venir le mot qui dit le contraire de "avec", elle le prononce d'emblée, "sans", ce qui permet à Sénia d'en disposer. Sa mère l'aurait ainsi autorisé dans la relation complexe qui les unit et qu'elle n'arrive pas elle-même à modifier, n'allant guère voir la psy selon l'engagement qu'elle avait pourtant pris d'un tel suivi.

 

Discussion

Sénia était toute fière de m'annoncer qu'elle avait trouvé le doudou réclamé, et que son médecin qu'elle avait vue le jour même avec sa mère pour faire le point avait renforcé cette proposition (effet du hasard, je l'en avais informée la veille). Espérons qu'il remplira son office d'objet transitionnel, même si c'est aussi tardivement.

Il y avait eu Juju qui présentait une phobie de tout jouet anthropomorphique entre autres symptômes. Il avait cependant réussi à adopter un gros nounours comme protection contre l'angoisse comme il l'a mis en scène dans un jeu symbolique, à 4 ans 1/2, jeu où il me l'a proposé alors qu'il m'agressait comme s'il était un loup...

Il n'est jamais évident d'amener un enfant à s'autonomiser lorsqu'il est dans une relation de trop grande proximité avec sa mère. Mais lorsque ces enfants sont en fin de primaire, il est encore moins aisé d'amener la mère à modifier son comportement: beaucoup de ce qui peut amener l'enfant à s'émanciper doit encore passer par elle, elle a son propre chemin à faire. Sénia ne pouvait trouver "sans" qui faisait en quelque sorte disparaître sa mère, comme dans son dessin, sans que celle-ci l'autorise...

 Pour Hellen dont la pathologie n'est pas sans évoquer celle de Sénia, mais beaucoup moins emprise dans ses symptômes semble-t-il, il s'agissait de se séparer de sa mère pour pouvoir écrire, ce qui est passé par faire ensemble desséquences de mouvements dont je donnais le modèle, leur faisant prendre conscience de leur différence, à distance l'une de l'autre. Hellen a pu ainsi  entrer dans un jeu d'identifications, difficulté dont témoignait  son incapacité à "copier"...

Le graphisme est souvent le point de cristallisation qui témoigne de cette difficulté à exister, comme il l'a été pour Max, dont on peut suivre l'évolution dans d'autres articles sur ce blog.

La progression de la prise en charge ne repose pas alors sur un programme établi sur la base de tests, mais s'efforce de suivre l'enfant qui est ainsi le maître d'oeuvre de son évolution psychologique, tant sur le plan relationnel que sur celui de ses capacités d'apprentissage. Nous ne sommes qu'un cadre d'étayage (voir les commentaires de l'article en lien pour Max).

 

 

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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 16:50

 

SénTàCTête à claque

 

Avant-propos

Sénia est une fillette d'une dizaine d'années qu'on a du mal à situer. Elle pouffe, se déforme le visage en le triturant, en particulier l'oeil droit sous les lunettes, déclare son amour sans cesse, et si, avec l'aide des enseignants, elle a progressé au niveau psycho-moteur et du graphisme, ses résultats scolaires sont pratiquement "nuls". La piste "psy" (CMPP) n'a rien donné, le travail sur le plan relation mère/fille reste à faire. A la dernière Equipe Educative, j'ai proposé une hypothèse diagnostique: Trouble d'Apprentissage de Type Non verbal, mais il y a trop d'éléments qui ne collent pas non plus. Un article sur le site présentera prochaînement sa problématique (voir le lien dans un commentaire à venir).

     Nous avons donc convenu que je me chargerai d'elle et je me suis centrée sur ses troubles de concentration, et de compréhension en passant, notamment, par la prise de conscience de son corps, de ce qu'elle éprouve, et de la nécessité de faire un choix, au lieu de se laisser "gérer" par on ne sait quoi, comme en témoigne une sorte de sourire narquois. Ce sont les supports de ce travail qu'elle a réalisé en dessin qui font l'objet de cette présentation.

 Comment en suis-je arrivée à la "traiter" de tête à claque?

SénPort-copie-1Un corps "contenant" pour pouvoir dire "mon corps c'est moi"...

passe par un corps présent dans la relation à, avec des limites et une distance...

  Le travail s'est mis en place sans projet préalable en fonction de ce qu'elle apportait en séance comme problème rencontré dans quelque secteur que ce soit.

  J'ai commencé à voir Sénia en fin d'année scolaire et peu après elle a été agressée par des enfants de sa classe. Je lui ai donc proposé un petit livre "ma sexualité" afin de l'aider à mieux connaître son corps, ses limites etc... Nous ne sommes pas allées très loin,  nous avons recensé les parties visibles, signalé  l'incapacité de voir son dos pour amorcer la question de point de vue dans l'orientation spatiale. et celle de ce qu'on ne voit pas, les organes internes... jusqu'à "mon corps m'appartient".

  C'était un mode d'approche, une façon d'entrer en relation avant la séparation des vacances.

  Parallèlement, nous avons commencé à travailler sur "ce qu'elle oublie tout le temps" de ses affaires et "la mise à distance" d'une mère qui est sans cesse sur son dos, en aidant celle-ci à accepter que sa fille s'autonomise, même si c'est au prix de n'avoir pas fait son travail ce qui revient à:

Pour sa mère, se séparer d'elle pour pouvoir la laisser s'autonomiser.

  Le temps de démarrer avec son nouveau maître, en CM1, nous avons eu une équipe éducative. Nous avons tous convenu de la nécessité d'examens complémentaires, demandés en milieu hospitalier et dans l'immédiat (il faudra des mois voire plus pour l'obtenir) décidé d'une concertation entre son enseignant et moi-même pour l'aider à intégrer les consignes et s'étayer sur des bases relevant d'une autre démarche de compréhension des données à intégrer.

 La question de ses sortes d'absences m'a fait penser à mettre en place une stratégie qui la responsabilise. Nous avons parlé du fait qu'il y avait peut-être une autre Sénia cachée en elle que celle qui n'arrive pas à suivre en classe malgré son application et que nous pourrions peut-être l'aider à se manifester ensembles.

  C'est ainsi que, outre le carnet où nous échangeons son maître et moi, elle a en classe un carnet de "rééducation" et ce qui y figure avant tout ce sont deux dessins où elle doit choisir celui qui représente celle qu'elle a envie d'être, à ce moment.

Sen12-copie.jpg                  Bien                                                                                      Pas là

  Elle a donc dessiné ces deux représentations d'elle-même, correspondant à sa façon d'être à différents moments, sur une feuille, et a collé les deux dessins sur un carton.

  Ces dessins lui ont permis de s'entraîner à tracer, mesurer, découper, en lien avec ce qui était justement à son programme en ce début d'année scolaire: les droites, les angles, les figures, les unités de mesure... Ce n'était pas sans peine, et elle ne s'est jamais entraînée à la maison comme je le lui demandais.

Mais cela a marché, même si elle a longtemps oublié de sortir les cartons à l'école, le pli a été pris, et si elle les oubliait en séance, un bref rappel a fini par suffire à l'aider à se repositionner dans l'activité en cours. Elle est toujours plein de bonne volonté mais continue à oublier...

  Nous avons donc installé le rituel de rechercher ce qu'elle a oublié, cette fois, et pour l'habituer à vérifier son cartable, celui du rangement de ses papiers et documents divers. C'était travailler à la mise en place de comportements donnant un cadre où pourraient s'inscrire des apprentissages en mémoire à long terme (MLT) et non plus seulement dans une mémoire de travail à court terme qui n'intègre rien et dont les éléments mémorisés se dispersent.

  5.11.jpgC'est alors que l'automne a fini par arriver. Cette fois, les enfants étant en vacance, j'ai constitué des bouquets, les ai scannés et ai proposé à Sénia de choisir celui qu'elle préférait (les feuilles étaient encore là, mais les couleurs un peu passées).

 

 Imaginer pour ouvrir un espace aux représentations

 

 Sans en parler davantage, je lui ai demandé alors de s'en rappeler et de dessiner tout ce qui lui passait par la tête, essayant de déclencher un processus associatif qui ne pouvait fonctionner à partir de mots, car elle présente  une sorte de manque du mot de type aphasique.

 Elle s'est lancée  et les a numérotés ensuite, dans l'ordre où elle les a réalisés.SénImag

  Elle n'avait plus le modèle sous les yeux mais a bien reproduit une sorte d'envol presque au centre de la feuille (1). Laissée seule elle est retombée dans une figure en ligne (2) (elle a pensé à un petshup, mais inventé a-t-elle précisé) puis s'est risquée à réaliser une fleur en dessous (3), comme si elle associait sur les ailes de son premier dessin. Respect de la séquentialité avec la ligne, choix paradigmatique à partir de la forme, Elle a redressé la feuille et en a dessiné une autre (4), résumant les procédés utilisés pour "remplir" la forme de base: des sortes d'yeux, des rayures, le renforcement du trait). Deux sortes de dessin alternent ainsi du point de vue du trait et de la facture.

  Discussion:

 Elle a représenté ce qu'elle avait interprété comme "un animal" (1)... a associé sur une fleur(3) et a essayé de reproduire de mémoire d'autres "modèles" dans un deuxième temps pour chacun de ces essais. Il y a bien eu mobilisation dans l'imaginaire et ses choix mêmes illustrent ses tentatives de connecter ce qui lui vient intuitivement, avec des représentations convenues où se mettent en scène des éléments figuratifs, premier lien symbolique avec les traits de comportement si dérangeants.

Représentation d'une image de ce qui serait "soi"

  Nous poursuivons notre travail, bases à reprendre, consignes restées lettre morte jusque à comprendre ce sur quoi elles portaient. Et toujours, partir du concret pour que les mots accrochent une référence. Mais il n'y a pas seulement ce travail pour que sa mémoire de travail (MT) s'inscrive en mémoire à long terme (MLT) (voir le corpus de thèse de Manet sur la mémoire), mais à l'inverse d'Amira, une enfant dysorthographique qui ne se percevait pas "de l'intérieur", amener Sénia à réaliser l'importance du regard de l'autre, de la façon dont il nous fait exister. C'est ainsi que nous sommes entrées dans une approche de ce qu'elle donne à voir d'elle-même, et d'elle-même, elle a presque parcouru  le champ émotionnel. 

 Nous sommes passées par la recherche de ce qu'elle aimait ou n'aimait pas... en le justifiant,

car, à la différence des autres enfants, il a fallu lui suggérer le domaine alimentaire, elle s'en tenait à détester l'enfant qui l'avait agressée sans trouver quelque chose d'autre. Elle a pu également préciser ainsi qu'elle aimait l'école et, la fois suivante, n'aimait pas apporter le carnet... lien entre l'école et notre travail qui la "bouscule" très certainement.

 Nous avions posé le bon geste articulatoire pour son schlintement qu'elle pourra corriger quand elle sera prête.

Elle avait travaillé avec la glace pour voir comment sa langue pouvait se poser et se reposer sans se tordre au moment de souffler... elle avait ainsi un aide mémoire de la position dans son carnet de rééducation, même si elle ne faisait pas les exercices quotidiens conseillés.

  Si Sénia était alors bien là, présente, souvent souriante, certains signes de malaise revenaient lorsqu'elle se sentait en difficulté, l'exagération de son schlintement, se tordre l'oeil en particulier, en baissant la tête avec une sorte de sourire difficile à interpréter... Comme depuis le début de sa prise en charge, il lui arrivait en outre de se tromper "exprès", histoire de brouiller les pistes... Sait-elle, ne sait-elle pas? Tous (semble-t-il), nous l'acceptions telle qu'elle était certes, patients, pour qu'elle avance à sa façon, en son temps, mais cette façon de nous pousser à bout pouvait porter ses fruits et... après les vacances de Noël, je suis sortie de mes gonds. 

  A la rentrée de janvier nous avions travaillé sur les mesures de longueur en partant de son propre corps, l'appréciation de la distance, et repris le rituel de ce qu'il ne faut pas oublier d'apporter, dont le carnet de texte. Elle est donc "recadrée" et bien qu'elle n'ait pas écrit une leçon sur le passé simple, elle est présente, discute, se déplace etc...

 Nous passons à la question du temps, pourquoi n'a-t-elle pas eu le temps d'écrire? On lui jette des papiers en classe. Elle a juste dit d'arrêter, s'est déplacée pour les ramasser... et elle se met à rire à sa façon. C'est alors que je lui dit d'arrêter de faire sa "tête à claque". Pour expliquer l'expression, je reconstitue la situation avec des marionnettes: je mime son sourire qui se fiche de moi!. 

 SénEs1Je lui propose alors de faire un dessin pour qu'elle ait à choisir entre cool/tête à claque. Il nous faut d'abord partager la feuille en 4 parties égales puis elle commence à dessiner: elle essaie une première tête, une seconde qui ne vont pas. Nous prenons une nouvelle feuille.

 SénEs2Sénia dessine  une tête de "rigolote" et une tête "méchant"; en dessous elle va mettre l'autre sexe "rigolot" précisant un garsson, une fille "méchante" .

Il lui faudra passer à une autre feuille pour arriver à tête "normale" en deux temps, après être repassée par rigolote, méchante, normale qui montre les dents "hachée" (est-ce le shlintement?)...

La dernière tête normale qu'elle retiendra pour faire pendant à "tête à claque" (en début d'article) se révèle plus expressive même si l'ovale de la tête (qu'elle a réalisé comme nécessaire dans ses essais) un peu déformé en fait presque un masque: il y a quelqu'un qui l'habite (voir Max et Juju).

SenTN-copie-1.jpg 

Pourquoi évoquer une représentation "du" soi et non "de" soi?

  Dans le parcours de dessins de Sénia, la figuration d'elle-même a beaucoup évolué, depuis le premier qui semble ne pas être structuré jusqu'au dernier qui, s'il peut faire penser à un masque,  commence à évoquer une expression, de tristesse peut-être, registre émotionnel qui n'est pas venu d'emblée.

  Ce parcours est très différent de celui d'Artus qui a quitté le dessin schématique de la représentation de soi d'un trisomique pour rechercher la représentation de son visage en découvrant en particulier l'ovale... Sénia a pris conscience également de cette forme ovale après avoir essayé de représenter ce qu'elle espérait être pour les autres et une discussion sur ce qui coexiste en chacun de nous, sans qu'on perde le sentiment d'être, ce que j'ai appelé "le soi", car nous "travaillons" à ce qu'elle puisse s'organiser au delà du clivage en se structurant. Le chemin que nous suivons est ainsi devenu "émotionnel".

  Tout comme Corine dans Histoire "vraie ou vraie histoire", elle fonctionne dans l'opposition gentil/méchant, prémisses de celle du bien/mal, et cette opposition est partie en fait pour elle de "rigolote", telle qu'elle se veut être au regard des autres, et "méchant" où elle ne se reconnait pas (son frère peut-être?). Cette première mise à distance ouvrait la voie à celle du marquage syntaxique du genre dans le damier que représente la première feuille de têtes, dans la distanciation qu'implique l'article indéfini.

La deuxième intègre l'ovale et cherche une voie jusqu'à "normale", opposée à rigolote en passant par une fille méchante,  figures qui évoqueraient plutôt l'opposition gaie et triste, et le travail autour de l'expression pour la figuration de la bouche l'amènera à en réaliser une "tranchante", désignée comme normale entre parenthèses (est-ce celle de sa présentation actuelle avec son schlintement?) avant de poser une normale sans réelle expression, tout comme Bécassine à qui elle ressemble souvent.

  Ce n'est qu'après ces deux séries  et l'indication de ce qui peut indiquer le sourire (< >) qu'elle réalisera  ce que peut être une "tête à claque", et ce dessin tellement différent des dernières têtes, d'une tête "normale".

  L'exemple de Max, déjà cité, m'encourage à poursuivre ainsi, en me laissant guider par ce qui lui arrive. Elle arrive à avoir de bonnes notes de temps à autre et à moins oublier. Tout se passe comme si nous tracions de sillons où ce qu'elle apprend puisse s'inscrire en partant d'une base. Elle serait sur la voie de l'autonomisation ce qui peut expliquer le passage de rigolote à une certaine forme de tristesse, par le fait de passer de ce qu'on donne à voir à ce qu'on ressent. 

 

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Published by Jaz - dans Dessins
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