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4 janvier 2014 6 04 /01 /janvier /2014 20:13

 

sapinYannn-copie.jpgDe l'omnipotence infantile, l'objet du désir, tout tout de suite.


La rencontre d'un cadre avec ses règles.

 

Le cadre amorcé à la séance précédente se précise et grâce au briefing de sa mère avant de venir, va fonctionner.

 

A la maison, elle l'a chargé d'aller poser le linge de chacun dans sa chambre quand elle le repasse. En effet, dans son fonctionnement fusionnel, Yann ne différenciait pas son linge de celui de son ami de toujours dont il a partagé la chambre pour les quelques jours de classe de découverte (cirque, ferme...) et qui s'est plaint de son comportement fusionnel.

Tenir compte de l'autre, ce n'est pas que dans son intégrité physique, mais dans la différenciation de ce qui est à lui, et dans le respect de son espace.

C'est ainsi qu'elle a présenté ce nouveau cadre de nos rencontres, comme relevant d'un espace qui ne lui appartient pas, qui a ses propres règles. "Ce n'est pas chez toi, ici, c'est la maison de Jacqueline", rappelle-t-elle. Et cela le retient effectivement.

Hypothèses de travail 

C'est bien à la maison que ce travail autour de l'autonomisation va pouvoir s'automatiser.

La confrontation des points de vue en réunion de synthèse a permis de donner des pistes qui permettent à son entourage de se centrer sur des objectifs concrets.

Ainsi, Yann sait maintenant de façon explicite que quand on change de lieu, d'autres règles doivent être suivies, dans le monde où il est ici et maintenant avec nous, les acteurs qui partagent sa vie. Le lui répéter sans cesse, dans un cadre éducatif, ne laissait pas de trace à long terme. Cette séparation a été mise en scène dans le jeu du scéno test qui a pu laisser une trace en représentation à un niveau figuratif et participer à la structuration de son espace psychique.

Sur un plan concret, un rappel verbal est encore nécessaire pour réactualiser chaque cadre: les premières fois nous rappelons l'ordre dans lequel vont s'effectuer les activités, et très vite il le rappelle de lui-même, fier de s'en rappeler. Ce rappel passe par le langage, et, à ce niveau,  il lui faut encore un étayage pour tout ce qui procède d'un langage que je qualifierai de "référentiel", où il doit appeler le mot qui convient, et non se laisser aller à un langage impulsif, que je qualifierai d'"énonciatif", lié aux émotions de la situation où il se trouve. C'est une sorte de recadrage nécessaire qui structure les énoncés référentiels susceptibles de s'inscrire en mémoire à long terme et le comportement qui leur correspond en restreignant les débordements de sa gestuelle expressive qui accompagnent ses énoncé spontanés.

Les 2 séances suivantes

  Le plan a été suivi dès la première séance qui a suivi celle du docteur who. L'arrêt pour rappeler ce qu'on va faire, le choix d'une image à regarder (1-Langage) avant de passer à l'ordinateur (2-structuration mentale). Quand il y avait un changement, il était annoncé dès ce stade...

14/12/13

1) Nous allons mettre en place un nouveau jeu: le jeu du détective lorsque nous en serons à décrypter l'expression corporelle (mimique, gestes) pour avoir accès à ce que chacun va vouloir exprimer par des mots.

Yann choisit l'image N°7. Il s'agit d'explorer un scénario, ce qui revient, à son niveau de langage, à décrire la première image puis remplir les bulles de la seconde. Yann va-t-il repérer la situation et pouvoir faire parler les personnages? L'étayage est nécessaire dès la phase de dénomination/description.

- Dans un premier temps il concerne l'élément central, la télévision. Que font-ils? Combien sont-ils? Ce qui va donner :

" i regardent la télé - y en a cinq, plein de gens." Son regard plonge, indice d'une grande attention en lien avec une émotion. "deux garçons là; deux filles". On repère chacun par "" pour trouver le 5e.

- Pour introduire le deuxième temps, les paroles échangées qui impliquent de se mettre à leur place, en se guidant sur leur expression, je précise 'Regarde bien leur tête et dit ce qu'on voit'loupe.jpg. Je prends la loupe et la lui donne. Il la manipule en cherchant comment la placer, sa mère et moi nous le montrons sur nous, de même que nous prendrons les expressions qu'il doit repérer et finirons par réaliser nous-mêmes les échanges verbaux.

L'apprentissage de l'observation:

'Trouve ceux qui sont contents de regarder et qui rient. "I rient tous les deux". 'Il est où le 2e?' 'Maintenant, il faut les faire parler'. "Ah si, ils parlent. C'est lui qui parle". Qu'est-ce qu'ils disent?' Nous le mimerons à deux, sa mère et moi en lui montrant ce qui nous fait choisir nos paroles: 'regarde' (doigt tendu) et une réflexion le renvoyant à son expérience personnelle 'pourquoi tu rigoles?'. Il conclut "Ils regardent FR3".

2) Sur l'ordinateur, Yann accepte d'explorer TV Neurones, non la maison (qu'il fait chez lui et maîtrise parfaitement) mais un puzzle. Il est encore question de chercher... l'image qui va apparaître. J'interroge: 'J'sais pas ce que c'est, tu sais toi?' "J'suis pas sûr!" après quelques pièces, "c'est un paraké... 'non un flamand rose'. On sa trompé. C'est lui/ fla/rose". "Ah oui, j'ai fait une fois". On passe à la carte au trésor.

21/12/13

Changement de programme (il reprendra le premier aux séances suivantes)

Il vient avec son père qui va remettre en fonction le vieil ordinateur qui permet seul certains jeux... et le clavier tombé en panne.

Aussi lorsque Yann demande avant d'entrer "je peux?" Je lui explique le changement. 'Maman n'est pas là pour le livre et jouer au détective et l'ordinateur ne marche plus. Tu vas donc dessiner pendant qu'il le répare. Après seulement ou pourra aller sur l'ordi'

- Il va dans la pièce en passant devant et prend le tableau des pokemons ce que je refuse. Il s'installe devant la feuille avec le panier des boites de crayons de couleurs. Je précise, 'tu dessines quelque chose qui est dans ta tête' en rangeant le panneau. Il reste seul et réalise le sapin de Noël qui illustre l'article.

- Il va ensuite retrouver avec beaucoup de plaisir le logiciel mon premier corps humain super génial Corpshumain-copie.jpg(Nathan 1995 environ) avec Arthur Sanpau, qui va prendre le pas sur les autres jeux qui étaient au coeur de notre travail de structuration. Il le connaissait pour reconstituer le squelette, faire des compositions originales mais il s'agit de passer à la journée...

Il y a plusieurs paramètres à prendre en compte, à droite les paramètre physiques: fatigue, faim, soif, rythme cardiaque, en dessous la figuration du temps d'une journée sur un paysage du lever du soleil à son coucher, et à gauche différentes activités qui permettent de gérer les paramètres physiques, pour l'essentiel boisson, sandwichs, fauteuil de repos, qui défilent de façon aléatoire parmi d'autres activités qui peuvent meubler une journée.

Lorsqu'il le découvre, il écoute attentivement les consignes mais il aura besoin d'étayage pour comprendre le fonctionnement et s'y entraîner.


DISCUSSION

Le titre  évoque la part importante du retard de développement psycho-affectif de Yann qui freinerait son adaptation sociale.

Les critères pour l'apprécier sont essentiellement d'ordre comportemental. La symétrie du sapin ci-dessus témoigne d'un équilibre certain. Mais ils reposent de fait sur l'observation de son comportement dans ses groupes d'appartenance et les réactions de ses camarades. Pourquoi n'a-t-il pas intégré ces règles alors qu'il est placé dans des institutions spécialisées depuis toujours et devrait ainsi avoir acquis, en même temps que les autres, les routines qui gèrent les relations à l'intérieur de ces groupes? On peut peut-être mettre ce "défaut" en relation avec les limites de son acquisition du langage qui n'a pu se faire également par l'usage, comme cela se passe habituellement.

Et pourtant Yann se présente comme un jeune plein de bonne volonté mais qui ne s'intègre pas vraiment dans les activités qu'on lui propose, faute peut-être

- de comprendre exactement ce qu'on attend de lui, en le lui faisant réaliser dans "son" langage

- de disposer d'un temps de concentration suffisant pour maintenir son attention et éviter qu'il ne disjoncte

Il serait donc encore en période d'apprentissage, et comme les enfants autistes ou TDH ont un AES pour les aider à suivre les activités de la classe, il aurait besoin d'un étayage personnalisé, au moins le temps d'installer, d'une autre façon que par une simple consigne verbale, la routine attendue.

Faut-il exiger qu'il se taise dès qu'il est en groupe alors qu'il a eu et a encore tant de mal à mettre en bouche des mots pour dire, autre chose que ce qui lui échappe en quelque sorte, d'un autre registre, là où il en est de son acquisition du langage?

Représentation spatiale, représentation figurée, pensée en image, ses difficultés à mettre en place sa parole dès qu'un schème dépasse 2-3 syllabes, témoignent de la difficulté de son cerveau à organiser une pensée en mots représentants d'images, sauf à énoncer des phrases toutes faites qui font illusion sur sa capacité à communiquer au-delà du registre affectif impliqué dans les situations duelles qu'il rencontre.

Sur un plan théorique, il nous renverrait ainsi à la dissociation automatico-volontaire du syndrome de Baillarger Jackson, analysée pour certains aphasiques au siècle dernier. Le principe même de notre travail est de s'appuyer sur ce qui fonctionne pour que l'évocation puisse s'appuyer sur des représentations, là où il peut s'en constituer.

Un langage qui nomme, objets puis actions. Mais ces dernières impliquent l'identification de signes à lire chez l'autre au niveau du corps, ce qui implique une décentration et l'appréhension d'un autre code sémiologique que verbal, ce qui se fait en principe, sans apprentissage spécifique, ce que nous tentons de faire, à partir des images, dans notre nouveau programme de travail auquel il s'est soumis sans trop de réticence.

La maîtrise de ce dernier logiciel de jeu met en jeu la capacité à tenir compte de plusieurs facteurs à la fois, et greffée sur la vie courante, ne peut que l'aider à développer sa capacité à s'autonomiser, à ne pas réagir impulsivement, à ne pas renoncer en cas de signal d'alarme mais accepter de repartir en restant celui qui mène le jeu de son parcours... A aller chercher sur l'écran ailleurs que là où s'est manifesté le signal, la solution à apporter sans se laisser distraire, bref à lier toutes ces opérations mentales pour la maîtrise des activités et ce qu'elles impliquent, pour ne citer que quelques unes de celles que le déroulement d'une journée implique.

Il va y réusssir de mieux en mieux dans les séances suivantes, parallèlement au travail sur le langage avec les images du livre (à suivre). 

Le travail s'effectue ainsi dans une double approche, sur la prise de conscicence de l'autre, de ses caractéristiques propres par ce qui n'est pas partagé dans le champ familial, et de ce qui passe par des codes spécifiques qu'il ne sait pas identifier comme tels, même s'il les manie parfois intuitivement associés à des énoncés situationnels stéréotypés. Pour l'un comme pour l'autre un travail sur les représentations des actions dans le temps ne peut que favoriser leur inscription en mémoire, condition de leur automatisation.


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Published by Jaz - dans Handicap
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19 décembre 2013 4 19 /12 /décembre /2013 14:58

 

AUT 0293Une réponse différée...

 

 

Une maman inquiète écrit en demandant que faire pour sa fille de 10 ans qui semble bien être "dys" tout azimut avec 4 ans de suivis thérapeutiques correspondants à chaque dys (lexie, praxie, calculie, orthographie) et qui résiste encore à lire, appliquer les règles apprises etc... Dans mon expérience, cela m'a paru assez fréquent et l'évocation des problèmes de mémoire de travail ne peut tout justifier.


J'irais chercher du côté de l'absence de flexibilité mentale sur le plan neuro-psychologique et sur le "bindind problem" en ce qui concerne le lien à établir entre deux éléments distincts, à mettre en relation avec le fait que chaque "symbole" proposé n'existe que dans sa matérialité (et non comme symbole), à chaque fois nouvelle figure, dès les lettres, constituant du signe étiquette de de Saussure. Chaque syllabe doit être redécouverte et laborieusement reconstruite par l'enfant qui n'en finit plus de déchiffrer. C'est pourquoi je propose à l'enfant des images métaphoriques et des expériences qui pourraient lui permettre d'aller au-delà de l'apparence, de l'autre côté du miroir en quelque sorte. Il semblerait que pour certains d'entre eux, il n'y ait pas de stage logographique dans l'apprentissage.

J'en citerai deux exemples pour illustrer la façon "technique" dont j'ai procédé pour le travailler, dans une situation donnée, face à un enfant déterminé:

- dans le premier exemple, enfant de 9-10 ans, j'ai attrappé le sac de lettres scripts en plastique (donc formes sans support) et l'ai vidé par terre en les jetant au loin, en jetant ces quelques mots "un caca de lettres, pourquoi faut-il qu'il y en ai tant!" Mars les a ramassées en tas, et les a examinées de près pour retrouver celles qui étaient identiques donc différentes d'autres, avec l'orientation qu'on a choisi ultérieurement pour p/b et d/q, u/n . Dans cet exemple où, de par mon expérience de DL, il n'y avait rien de calculé, l'affect négatif a été évacué par la violence de l'acte et de son commentaire, et l'identification/différenciation a  surgi, ouvrant la voie à l'organisation du "système".

L'image qui introduit l'article est celle de ses premiers mots écrits significatifs avec ces mêmes lettres, ultérieurement. Make now (tout un programme, en anglais sans qu'il le parle, mais ses premiers essais d'écriture au hasard avaient pu être segmentés dans cette langue pour qu'ils prennent sens). papa maman, coca (entraînement au graphisme avec cacaca etc), capucine le nom de sa soeur, puis c'est (son prénom) moi.

 - le deuxième exemple aide à prendre conscience de ces différenciations de façon intuitive par la manipulation (il est emprunté à une graphologue qui travaille avec les gauchers): il s'agit de faire placer un b qu'on forme en pâte à modeler sur une vitre (un rond ou demi-rond et un bâton) et de tourner cette vitre dans l'autre sens puis... de la retourner. Tout s'éclaire: une même forme de base peut devenir tout ce que l'on veut selon comme on la regarde. Cela assure la "permanence" de l'objet concret de base, malgré la reconnaissance que nous avons de son nom selon le point de vue que nous adoptons. La valeur en résulte, transcendant sa matérialité.

 

Sans faire avancer la réflexion théorique d'un grand pas, ces deux exemples sont doublement complémentaires. Ils ouvrent à une autre perspective, celle de la libération des affects qui bloquent un processus évolutif pour le premier, et permettent, dans le second, l'ouverture à la troisième dimension, moteur puissant de l'ouverture à l'imaginaire, qui permet le déplacement non dans un espace plan où n'ont pu s'établir les repères, mais dans la recherche d'un autre point de vue qui est donné par le retournement.

...

Le travail de l'orthophoniste ne fait que commencer car il s'agit, de mon point de vue encore, d'asseoir ces intuitions sur une intériorisation de la dimension systémique du langage écrit pour que les faisceaux de règles, qui révèlent son fonctionnement pour ceux qui apprennent, prennent sens et puissent enfin s'inscrire et se fixer. Et cela peut tout aussi bien concerner le calcul (Illis).

Il s'agit bien de prendre de l'assurance et de gagner en flexibilité. L'ouverture d'une porte ne peut suffire. Elle peut passer par d'autres voies. Chaque histoire d'enfant et chaque relation thérapeutique est différente. Il n'est qu'à consulter les articles en indexant (dans recherche) les noms des enfants présentés sur le site (prochainement un article ici même pour un récapitulatif de ceux du blog), pour le réaliser.


La porte ouverte par Jimminy lui-même n'a été qu'une étape lointaine vers l'ouverture aux apprentissages pour cet enfant en souffrance qui n'arrivait pas à "se" situer dans l'espace temps de son histoire, de sa relation à son père, où l'on devient celui qui peut apprendre, comme avant lui, dans ma pratique, Illis, Tom, Laure, Corine, Noémie et bien d'autres, et, d'une toute autre façon, dans l'ouverture symbolique enfin disponible pour Max lorsqu'il joue avec les mots.

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Published by Jaz - dans Dyslexie
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10 décembre 2013 2 10 /12 /décembre /2013 11:14

trousseau-cles.jpgLes faits

Une expérience de plus pour Miloud. Il y a longtemps que nous ne lisons plus les cartes. Il veut écrire, mais sur l'ordinateur et après s'être pas mal débrouillé (je l'aide pour les mots coupés à reconstituer qu'il ignore), il se met d'entrée de lui-même sur le puzzle de figures géométriques histoire de se rassurer sur ses progrès peut-être, de son niveau 4 passer à 5 et me demande de l'aider. Repérer une pièce suffit souvent pour déclencher la réussite, là où on en est.

Le comportement des patients à l'égard des choix d'exercices dans les jeux qu'ils affectionnent est toujours une façon indirecte de me guider dans ce que je peux dire pour les aider autrement, dans leur développement personnel, les aider à changer de regard sur eux-mêmes et sur les autres. Il accepte de l'aide pour franchir une étape.

 

Il a pris rendez-vous ce matin avec une bonne nouvelle: il a réussi le code de la route, en dépit de la grève qui l'avait retardé et d'un premier échec au rattrappage de points (7 fautes au lieu des 5 autorisées, faute de s'être mis dans la réalité de la situation évoquée au lieu d'appliquer à la lettre son droit selon le code, pour tenir compte d'un cycliste qui ne l'appliquait pas)... et une mauvaise, il ne voulait pas reprendre le travail avant d'avoir réussi MAIS n'en avait informé personne, ni son chef de chantier (il était en disponibilité), ni son éducateur (référent en quelque sorte pour les jeunes de ce quartier), ce qui a entraîné un verdict: abandon de poste.

  Hiérarchisation et temps sont totalement impliqués. Les deux failles majeures de tant de DL. Ce qui organise les relations paradigmatiques (différenciation des unités dans leur regroupement même) et syntagmatiques (la séquence) dans le système même de la langue. Comme pour lire ou écrire, il ne peut gérer plusieurs choses à la fois et n'en prend en compte qu'une, sans pouvoir l'insérer dans un comportement adapté socialement à la situation où il se trouve.

Il avait obtenu une mise en  disponibilité pour aller régler des affaires de famille au pays et, à son retour, il a découvert qu'il ne lui restait que 3 points de permis. Comme il est presque toujours chauffeur de l'équipe à son travail, au lieu de prévenir qu'il faisait un stage de récupération de points, il a voulu attendre de l'avoir réalisé et de délai en délai pour passer l'examen, avec la grève des examinateurs en sus, sans nouvelle de lui, il a été déclaré en abandon de poste. Il devra passer en commission pour être, éventuellement, réintégré. Il avait un CDD! Ils ont du embaucher un remplaçant...

 

Le questionnement

Il avait le jeu en main, il importe de s'interroger sur ce qui le met ainsi dans une situation où il se met en échec lui-même.

Pourquoi n'avait-il pas tenu au courant son employeur, de même qu'il n'avait pas voulu informer le moniteur qui inscrivait pour l'examen, non seulement du fait de sa DL mais du fait qu'il attendait pour reprendre le boulot? De même qu'il n'était pas question d'informer ses relations féminines du moment de ses problèmes avec l'écrit.

 

Miloud remet sur le tapis sa "peur", de quoi? De fil en aiguille, il arrive à dire:

"d'être regardé chelou".

Il en convient, c'est bien le regard de l'autre qui est en question. Je lui rappelle:

-'Tu veux tout gérer tout seul, avant d'être jugé'. J'ajoute alors:

'c'est dans un "paraître", alors que, avec tout ce travail qu'on fait tu cherches à "être".'

Une fois de plus, après avoir soufflé longuement (il évacue ainsi le stress, comme il l'a fait pour réussir ce dernier examen) il questionne sur

"qu'est-ce qui vous le fait penser, me le  dire maintenant et pas avant?"

- 'Tu n'étais pas prêt'...

"Pourquoi?" Demande-t-il alors. 'Maintenant tu vois "des" (pas "les") choses différemment'.

Il est conscient de ne pas toujours arriver à se mettre à la place de l'autre. Et nous reprenons une discussion sur le regard des autres, en récapitulant tous ceux à qui il ne montrait que le jeune fort et assuré, celui qu'il voulait paraître.

'Tu ne perdrais pas pour autant l'estime de toi?'

"NON".

'Mais elle n'est pas solide?'

"OUI".

Il propose ensuite:

"Se donner un rôle!".

Je précise,

'Non, comment on veut être vu'.


'Tu as les clés en main '...'à suivre

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3 décembre 2013 2 03 /12 /décembre /2013 08:37

whoUne porte s'ouvrirait-elle pour grandir?

 

A la synthèse de l'équipe qui prend en charge les activités de Yann à l'IMPRO, nous étions tous d'accord  sur la nécessité de l'aider à grandir car il ne respecte pas des règles de base d'une activité à partager avec d'autres. S'il se réfugie sans cesse dans son monde , je ne réalise que maintenant, après ce jeu, que ce serait dès qu'il n'est plus capable de suivre ce qu'on lui a demandé avec des mots sans qu'il différencie le réel de l'imaginaire. Ce comportement est-il vraiment identificatoire, en rupture totale avec la réalité?

 

 

La deuxième séance après cette synthèse, Yann arrive avec un dessin (ci-dessus). Sa mère n'a pu comprendre de quoi il s'agissait car il regarde la télé avec sa grand-mère ou seul dans sa chambre avec internet et elle ne sait plus où il en est.

 

Il lui faut attendre que sa mère ait fini de parler à quelqu'un avant d'aller ensemble essayer de comprendre ce que son dessin représente. Il ne peut sortir de l'entrée et je ne cède pas, il n'ose pas forcer le passage.

 

Nous négocions les places et tabourets autour de et sous la table où l'attend, ouverte, la boite du scéno-test . Il commence à prendre des cubes.

Ce contexte est important pour situer le lieu où il en est de son développement. Avec Artus, autre trisomique plus âgé, j'avais pu passer par le dessin et "les mots pour dire", avec lui pour faire un parcours du même ordre, de l'imaginaire au réel, nous n'en sommes pas là. Yann répète des mots incompréhensible, fait des gestes, fait tout ce qu'il peut pour que nous comprenions... sans succès.

 

Son dessin m'évoque un portail de passage dans une autre dimension pour la partie dessin, interprétation renforcée par sa mimique accompagnée d'onomatopées tout à fait évocatrices  de cette situation dans de nombreuses séries de mondes parallèles...

Par tâtonnements je finirai par comprendre que le bonhomme est d'après ses dires très déformés "Le Docteur", sans plus d'ailleurs, car les lettres et nombres écrits ne mènent nulle part. Sa mère ne reconnait pas ce qu'il prononce et repart.

Comment entrer en communication avec ceux qui ne disposent pas du langage pour s'exprimer en mots sans connaître leurs références culturelles. D'habitude sa mère m'informe de ses addictions du moment, mais il est d'âge à s'automatiser et un surcroit de travail la rend peu disponible en ce moment...

J'ai donc fini par identifier, en associant tous ces indices, "le Docteur Who" dont j'ai suivi par hasard 1 ou 2 épisodes et il y a quelques années. Les membres de l'équipe l'avaient évoqué mais je n'avais pas réalisé à ce moment le parti que je pourrai en tirer dans ma propre démarche car,  avec moi, il n'avait pas le type de comportement aberrant qu'ils décrivaient: j'ai l'habitude d'arrêter l'activité juste avant qu'il ne se dérègle. Je ne voyais donc pas le pourquoi de sa gesticulation en d'autres lieux! Cette séance m'a permis de lui donner sens: il s'agit bien du passage d'un monde à l'autre.

 

"Il s'agit d'une série télévisée britannique de la BBC, créée en 1963 par Sydney Newman110px-TARDIS-trans-copie.png. On y suit les aventures d'un mystérieux extra-terrestre nommé le Docteur. Avec ses compagnons humains (généralement des compagnes), il voyage à travers le temps et l'espace dans un vaisseau spatial camouflé en cabine téléphonique de police britannique de couleur bleue, le TARDIS (Time And Relative Dimension In Space, traduit en français par Temps À Relativités Dimensionnelles Inter Spatiales)."

 

On trouvera la description plus détaillée du jeu dans l'article du site qui se centre sur le détail de l'utilisation du scéno-test dans le cadre de cette prise en charge, n'en retenant ici que l'essentiel de chaque étape.

 

Les étapes du jeu

 1/Du dessin à sa transposition en construction (en hauteur)

Sur le plateau du jeu, il essaie de mettre en 3D ce qu'il a dessiné sur un plan, ses mains dessinent les angles pour transposer ce dont il se souvient. Je pense à son dessin de la maison dont il a refermé les murs et le toit (éclatés) pour obtenir la perspective vers 10 ans quand il s'est ouvert au monde par le dessin. C'est le processus inverse pour transposer le "tardis" dessiné selon son souvenir. Je n'ai pu le photographier car en me levant pour aller chercher l'appareil, il a été partiellement démoli. C'était une sorte de mur surmonté de 3 colonnes en hauteur, m'évoquant ceux que réalisent nombre de dyslexiques confrontés à ce matériel. 

 

scenotest Who0 copie

 

2/Reconstitution du cadre de "vie" du film comme du jeu

 

- Il va donc reprendre sa "construction" et réaliser ce qui correspond à un espace de vie avec des cubes. Quand il a eu fini, dans l'espace vide, il a tout de suite placé le petit train avec lequel il jouait dans le temps de nos premiers jeux. On le voit sur le papier, avec, à son côté dépassant sous la feuille, le crocodile qui lui servait alors à agresser les personnes, puis des animaux "représentants symboliques de personnes", puis des poupées représentant les personnes de son entourage. Il y a donc un espace de jeu d'une part et un point d'ancrage dans le réel d'autre part. Il reprendra son jeu là où nous en étions restés en quelque sorte, dans la dernière séance où nous avions pris le scéno-test avant de nous orienter vers d'autres types de support.

J'interviendrai peu au cours du jeu.

  • - Quand il pose le petit train je l'interprète comme le désir d'aller ailleurs, de voyager et non de jouer comme un bébé avec, et sa mère le confirme en sortant de la pièce tout en disant 'non pas Titi' (surnom de quand il était petit que sa grand-mère ne peut s'empêcher d'utiliser) mais 'Yann'.
  • - Quand il explore ce qui a un couvercle et le referme: la boite aux petits objets autour de la nourriture et le siège WC dont il soulève le rabbat. Il réfléchit et les laisse en place. Se saisissant du transat, il essaie de retrouver comment le faire tenir debout debout, je sors et à mon retour il range le transat et je commente: 'Tu cherches quelque chose?'

 

3/Le choix des acteurs

- Dans un premier temps, il prend le crocodile qu'il pose sur le plateau en le regardant de trés près, oeil contre oeil, en cherchant où le placer, le long du petit train (on voit sa queue sous la feuille). Il repose la feuille sur l'espace pour réfléchir (cf.la 1ère photo) puis il fait explorer le père Noël/lutin par le crocodile, en le tapotant avec sa gueule, le repose ensuite là où il l'a pris dans la boite. Il repose le crocodile à côté du train, prend la vache qui perd une corne, la remet en place, l'explore avec le crocodile, joue à l'agresser et la remet dans la boite à la place des cubes. Il a retrouvé les supports de l'expression de son agressivité dans son dernier jeu en lien ci-dessus (il y a 7-8 ans).

scenotest Who1 copie

Il remet alors le crocodile à sa place et commence à sortir des poupées personnages.

 - Il prend le petit personnage, garçonnet qu'on voit sur la photo qu'il confirme être le "docteur who" de son dessin, puis cherche d'autres personnages avec qui le confronter. scenotest Who2 copieIl a passé en revue des femmes, choisit dans un premier temps le couple âgé, puis choisit une fillette (je pense d'abord à sa soeur). Il a hésité entre la princesse et elle et va l'allonger dans la construction en cubes (ses jambes dépassent). Il a gardé une femme plus jeune, la remettra en place, gardera longtemps le monsieur âgé puis le remplacera par le plus jeune. Il manipule tous ces personnages en les faisant se rencontrer, voire se bousculer... 

J'anticipe sur les règlements de compte et l'expression d'un désir du garçonnet  à l'égard de la fillette, pour ne pas rester sur un mode de passage à l'acte, mais laisser place à l'acceptation de règles...

scenotest-Who3-copie.jpg

4/La figuration de l'espace psychique

  • - ... en me décidant à intervenir pour permettre que la médiation du jeu symbolique puisse fonctionner. Je figure la séparation espace réel/imaginaire en attrappant un grand livre que j'avais préparé comme support éventuel d'un travail "pragmatique", et, en le tenant,  aménage le plateau en 2 espaces: celui où se situe sa construction, figurant pour moi le "réel", et le lieu de l'évasion dans le jeu qui autorise la mise en acte des fantasmes qu'adolescent il ne peut manquer d'avoir, d'autant que les choix des personnages de son jeu confirment la projection de sa quête identitaire.

Ce sera ma trosième intervention qui d'ailleurs rend difficile la prise de photos car je dois tenir droit cette barrière et ne peux manipuler l'appareil d'une main...

 

5/Les modes relationnels mis en scène

Après avoir repris sa thématique ancienne où les animaux valaient pour ce ou ceux qu'ils représentaient comme la vache (figure maternelle), le crocodile, l'agressivité, retrouvé le problème cognitif de monter le transat, Yann, qui avait commencé par ouvrir ce qui avait couvercle, nous ouvre le champ des conflits qu'il doit résoudre et met en scène le parcours comportemental qui les exprime dans cet autre espace.

scenotest-Who4-copie.jpg

A travers les figurines Yann va à la découverte de l'autre pour en  choisir en les  manipulant. Il met en scène son héros en situation d'agression, cherchant l'expulsion des "monstres", figurés par des grandes personnes, depuis le grand-père au père, en passant par des marques d'affection avec des gestes d'une grande douceur, voire de protection; en déplaçant l'héroïne dans la maison pendant qu'il fait place nette, jusqu'au moment de la scène de séduction, où il réalise en les ajustant l'un à l'autre une profonde embrassade avec bruitage prolongé de baiser et de plaisir, alors que seules des onomatopées accompagnent les agressions, et les passages d'un monde à l'autre.

scenotest-Who5-copie.jpg

 

  • - L'étape suivante sera celle du retour à la réalité lorsque avec la feuille, les manipulations et les bruitages, il fait tourbilloner le petit couple et le fait venir dans la maison où, lorsqu'il veut les faire s'embrasser, je précise, 'sur la joue, pas sur la bouche'. Il l'accepte et les installe chacun séparément.

 

 

scenotest-Who6-copie.jpg

 

 

Discussion conclusive

 

On a pu suivre l'évolution de Yann dans de nombreux articles. Puisqu'il ne pouvait apprendre à parler comme les autres, par l'imitation et la répétition, nous nous sommes centrés sur l'acquisition de pré-requis pour des apprentissages qui étaient pris en charge dans son établissement afin de l'aider à mieux s'y intégrer.

Lors de cette synthèse, nous avons réalisé que nous ne le connaissions pas sous un même jour car les membres de l'équipe ignoraient son parcours depuis 10 ans dans les autres contextes de sa vie que le leur. Nous avons conclu d'un commun accord à un immense retard dans son développement affectif qui freinait très certainement son intégration sociale, en particulier selon les normes de communication habituelles qui passent par des consignes verbales. Nous avons pu recadrer en partie ses troubles du comportement.

J'ai évoqué ses difficultés à évaluer l'attente de l'autre (décentration et  troubles pragmatique) et envisagé de reprendre le support qui nous avait si bien réussi quand il était plus jeune, le scéno-test dont les mises en scènes permettent l'exploration aussi bien de pulsions inconscientes et leur expression pour les mettre à distance (effet cathartique) que celle des règles qui régissent les relations humaines (dimension pragmatique).

Et c'est exactement ce qui s'est passé à la séance présentée ici: nous avons pu, grâce au support qu'il a apporté lui-même, travailler à différencier le réel de l'imaginaire et poser quelques règles. Il a pu réaliser les limites de l'identification à ses héros favoris dans le jeu alors que quand il le met en scène sans médiation symbolique dans un atelier en grimpant sur la table (mimant ce qui se passe dans le tunnel de "l'autre ailleurs-temps"), personne ne sait comment l'arrêter et lui faire réintégrer notre monde et ses règles.

Pour qu'il puisse "grandir" il a mis en oeuvre lui-même des étapes importantes:

- se retenir d'agir en écoutant et réalisant ce qu'on lui demande."Faire ce qu'on dit" avant tout, avant même d'entrer dans la salle où il devait "travailler".

- accepter d'être mal compris et essayer de s'exprimer d'autres façons, en particulier dans la situation de jeu qu'on lui propose.

- utiliser ce nouvel espace d'un autre monde, imaginaire en quelque sorte, pour mettre en scène les fantasmes qui l'habitent (amour/destruction), le baiser sur la bouche du couple et la bagarre jusqu'à l'expulsion des monstres (adultes masculins)

- identifier comme telle la séparation imposée entre le monde qu'il a construit sur le mode du réel, qu'il a fait d'abord habiter par la jeune fille avant d'aller la chercher pour la séduire dans l'autre, et admis le changement de règle sur le mode relationnel autorisé lorsqu'il s'est introduit dans ce monde de la réalité.

 

L'identification de Yann au Docteur Who dans le jeu m'a permis de mieux comprendre ce qui motivait sa réapparition hors propos dans des activités sociales. Elle est un signal dérangeant certes mais qui peut

- favoriser la concentration de Yann en tant que signal de ses limites pour réaliser la demande l'autre

- permettre de donner un moyen de remplacer le "déraillement" de son comportement par son transfert sur un autre signal plus facile à gérer dans la mesure où il n'introduirait plus à un jeu pulsionnel dans l'imaginaire qu'il ne peut plus maitriser, tout comme nous avons réussi parfois à le faire pour son balancement ritualisé à la façon des derviches tourneurs, en lui faisant marquer la pulsation (cf. pulsion) qui l'entraine en tapant sur sa cuisse (plus tard ce sera avec un doigt seulement)...

 

Le "Docteur Who" m'a permis de reprendre une position de (psycho) thérapeute alors que je m'efforçais de favoriser son développement global par d'autres voies.

 

 

NB Un article du site développe ce qui concerne le fonctionnement du scéno-test proprement dit sur une base commune avec celui-ci. Il précise également en quoi le fait de jouer permet d'espérer une capacité d'ouverture différente de ce qu'apporte une différenciation qui ne passerait que par l'image.

En effet, d’autres séries ou films avaient joué le même rôle pour Artus, mais ce dernier pouvait s’exprimer par le dessin et disposait d’un langage suffisant pour que nous puissions arriver à une différenciation réel/imaginaire en insistant sur le statut de l'image. Le contexte est différent pour Yann, seul le jeu peut permettre l’explicitation de ce qu’il dessine ou essaie d’exprimer de ses désirs.

Ainsi, Artus, s'il a différencié l'image de lui, de lui-même, ne peut dépasser cette différenciation qui l'enferme dans une position narcissique qui semble lui interdire le fonctionnement de l'imagination même.

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 14:34

MiloudPoint-copie.jpgMiloud revient de son voyage au pays, transformé, une page se tourne.

 

Les questions qu'il propose pour mettre en mot la transformation qu'énonce le titre, ont surgi dans une remise en question fondamentale, au coeur de ses racines (cf. son dessin d'il y a longtemps).  

Avant son retour ici, Miloud se trouvait "là-bas", face à la terre qu'il venait d'acheter sur ses économies, pour y construire une maison, au pays de ses ancêtres. A la reprise de nos rencontres, il a raconté ce qui s'était passé (texte en bleu), une nuit d'insomnie.

  • Le jour de notre reprise, il revient avec une question sur l'origine génétique de la Dyslexie car il avait découvert que plusieurs membres de sa famille maternelle avaient eu des problèmes d'apprentissage. Un de ses oncles lui avait demandé de lui laisser le dernier texte sur le mandala qu'il avait emmené pour le lire ... et réfléchir.

Il avait apporté ce qu'il se proposait de reprendre comme travail, le livre "le passeur", le cahier rouge pour écrire avec le carnet de rééducation... Il se lance dans un récit spontané qui n'a pu être enregistré. 

 

  • Le surlendemain nous avons commencé à nous remémorrer ce qui lui avait permis d'acquérir cette nouvelle sérénité.

 

Le contexte de la seconde narration

Il arrive très en avance, en fond sonore des coptes chantent, et nous parlons culture arabo-islamique et ottomane où la musique est si différente de ce que lui, musulman, a pu connaître au Mali (du sud). Il l'identifie comme celle des Grecs (qu'on entend aux restaurants) et Turcs. Nous parlons "Egypte" pour ce que les coptes ont sauvegardé de la culture pharaonique, "Liban" et langue française, pour l'origine de la chanteuse (soeur Kaïrouz).

 

Il se lance dans l'entraineur cérébral, l'épreuve dite de construction puis les mots coupés (il se dit les mots mais le h de ryt-hme le fait bugguer par exemple) comme à la séance précédant son départ (en lien ci-dessus) et nous en arrivons à la mise en mot de ce qu'il a vécu. Nous cherchons ensemble un titre à l'article que nous allons écrire ainsi ensembles, je propose une re-naissance mais cela ne lui convient pas et après quelques évocations dialoguées il va passer à  son récit.


 

Nous sommes ainsi amenés à reparler de sa culture d'origine, du fait qu'il y a trouvé sa place sans avoir à subir le poids de ce qu'on attendait de lui, de la scolarité qui se fait en français pendant et/ou après l'école coranique. Peuhl d'origine, il parle le bambara également que beaucoup parlent dans sa région, rectifiant ainsi la reconstruction de l'anamnèse que j'avais difficilement reconstituée, basée sur quelques déductions car il ne pouvait parler de cette première période là-bas jusqu'alors. Il précise qu'il ne retenait rien car il se décrit maintenant comme hyperactif à l'époque.

 

 

Les "retrouvailles" avec lui-même

"J'ai ouvert aussi les yeux et sur la réalité. Non par rapport aux gens mais vis-à-vis de moi-même, ce que je vois autour de moi et ce que j'ai réalisé aussi. C'est vraiment ça... Je me demande si on va m'accepter comme j'ai envie d'être, comme je suis."

"Chacun a son point de vue mais personne ne m'en a parlé. Je sens qu'ils ont des choses à me dire. TOUT LE MONDE EST FAUX, non, PAS HONNÊTE à 100%."

"Au cours de mon voyage j'ai pris le temps de réfléchir. Au cours d'une discussion avec ma grand-mère, elle m'a donné des explications, c'est venu comme ça, sur le parcours que la famille a traversé. Je ne m'y attendais pas et j'ai trouvé des réponses aux questions que je me posais sur les difficultés d'apprentissage que j'avais rencontrées, et en même temps cela m'a donné envie de m'organiser par rapport à ma vie future.

 

En prenant congès, nous convenons de poursuivre son récit et je lui propose de faire un dessin. En effet, il pensait à une narration et bloquait, aussi lorsque  je précise, "comme la flèche",  il est enthousiasmé.

 

  • C'est effectivement ce qui s'est passé, le lendemain, avec comme contexte, en fond sonore, l'interview de "Grand corps malade" dans Thé ou café. Il me l'avait fait découvrir un jour. Il réclame des couleurs et comme je l'incite à prendre celles qui permettent de les travailler au pinceau, il demandera de l'eau.

 

Une figuration à valeur symbolique

 

Le commentaire de son dessin (placé en début d'article) est le suivant:

  "Peut-être que cela ne va pas vous parler. Je vous explique. (Il expire dans un grand souffle, sa façon d'évacuer le stress plus ou moins automatisée)

---Ben, pourquoi la mer? Ben J'ai fait la mer comme ça parce que c'est plat, j'aime bien quand la mer elle est calme, le vrai mot c'est "posée". C'est stable. Moi aussi... je le suis maintenant. Quand je pense à la mer qui est calme, ça me dit que j'ai envie d'être calme. Une phrase qui me vient en tête: "tout vient à point à qui sait attendre!" "

Il s'étonne lui-même d'en être là et j'explique -tu as intégré tout le travail autour de ton impulsivité. Rappelle-toi ce que tu m'as dis de ton hyper activité, enfant! Il poursuit:

---"Pourquoi le petit chemin? Pour moi, le chemin de la vie, petit à petit."

- Et de ce côté de ton dessin?

---"Du soleil qui brille. Quoi qu'il arrive, il va toujours briller... jusqu'à la fin du monde. C'est ce qui me donne envie de garder le courage. C'est pour ça que je l'ai fait briller au maximum."

Et le mot de la fin sur ce que signifie pour lui ce dessin:

---"C'est pas complètement clair mais je suis sur la bonne voie."

Il conclut: "un petit bout de chemin, calme, le soleil brille."

 

DISCUSSION

Ses dessins précédents ne s'appuyaient pas sur une représentation figurée de son environnement. Leur valeur symbolique relevait de l'interprétation qu'on pouvait en faire. La flèche elle-même, objet symbole, n'allait pas d'un point spécifié à un autre, c'était un objet symbole qui indiquait...

Avec ce premier paysage composé d'éléments certes juxtaposés, il leur manque une cohésion narrative en quelque sorte, Miloud pose des éléments de paysage qui ont chacun une valeur symbolique au premier degré, que tout le monde peut connaitre et identifier.

--Un chemin qui remplace la flèche et part de la gauche, son passé, ses racines,

--la mer pour sa capacité à figurer des transformations d'état et l'effet d'apaisement, d'ouverture à la rêverie qu'elle peut avoir,

--et le soleil, en puissance, lieu de l'énergie positive qui donne la vie à notre monde et l'éclairant lui permet de voir... ce qu'il arrive à "voir" maintenant.

 

Ses outils d'expression évoluent sur un plan symbolique, il a les mots pour confirmer cette valeur et dire ce qu'il ressent. Il a bel et bien tourné une page.

 

 

 

 

 

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