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10 décembre 2013 2 10 /12 /décembre /2013 11:14

trousseau-cles.jpgLes faits

Une expérience de plus pour Miloud. Il y a longtemps que nous ne lisons plus les cartes. Il veut écrire, mais sur l'ordinateur et après s'être pas mal débrouillé (je l'aide pour les mots coupés à reconstituer qu'il ignore), il se met d'entrée de lui-même sur le puzzle de figures géométriques histoire de se rassurer sur ses progrès peut-être, de son niveau 4 passer à 5 et me demande de l'aider. Repérer une pièce suffit souvent pour déclencher la réussite, là où on en est.

Le comportement des patients à l'égard des choix d'exercices dans les jeux qu'ils affectionnent est toujours une façon indirecte de me guider dans ce que je peux dire pour les aider autrement, dans leur développement personnel, les aider à changer de regard sur eux-mêmes et sur les autres. Il accepte de l'aide pour franchir une étape.

 

Il a pris rendez-vous ce matin avec une bonne nouvelle: il a réussi le code de la route, en dépit de la grève qui l'avait retardé et d'un premier échec au rattrappage de points (7 fautes au lieu des 5 autorisées, faute de s'être mis dans la réalité de la situation évoquée au lieu d'appliquer à la lettre son droit selon le code, pour tenir compte d'un cycliste qui ne l'appliquait pas)... et une mauvaise, il ne voulait pas reprendre le travail avant d'avoir réussi MAIS n'en avait informé personne, ni son chef de chantier (il était en disponibilité), ni son éducateur (référent en quelque sorte pour les jeunes de ce quartier), ce qui a entraîné un verdict: abandon de poste.

  Hiérarchisation et temps sont totalement impliqués. Les deux failles majeures de tant de DL. Ce qui organise les relations paradigmatiques (différenciation des unités dans leur regroupement même) et syntagmatiques (la séquence) dans le système même de la langue. Comme pour lire ou écrire, il ne peut gérer plusieurs choses à la fois et n'en prend en compte qu'une, sans pouvoir l'insérer dans un comportement adapté socialement à la situation où il se trouve.

Il avait obtenu une mise en  disponibilité pour aller régler des affaires de famille au pays et, à son retour, il a découvert qu'il ne lui restait que 3 points de permis. Comme il est presque toujours chauffeur de l'équipe à son travail, au lieu de prévenir qu'il faisait un stage de récupération de points, il a voulu attendre de l'avoir réalisé et de délai en délai pour passer l'examen, avec la grève des examinateurs en sus, sans nouvelle de lui, il a été déclaré en abandon de poste. Il devra passer en commission pour être, éventuellement, réintégré. Il avait un CDD! Ils ont du embaucher un remplaçant...

 

Le questionnement

Il avait le jeu en main, il importe de s'interroger sur ce qui le met ainsi dans une situation où il se met en échec lui-même.

Pourquoi n'avait-il pas tenu au courant son employeur, de même qu'il n'avait pas voulu informer le moniteur qui inscrivait pour l'examen, non seulement du fait de sa DL mais du fait qu'il attendait pour reprendre le boulot? De même qu'il n'était pas question d'informer ses relations féminines du moment de ses problèmes avec l'écrit.

 

Miloud remet sur le tapis sa "peur", de quoi? De fil en aiguille, il arrive à dire:

"d'être regardé chelou".

Il en convient, c'est bien le regard de l'autre qui est en question. Je lui rappelle:

-'Tu veux tout gérer tout seul, avant d'être jugé'. J'ajoute alors:

'c'est dans un "paraître", alors que, avec tout ce travail qu'on fait tu cherches à "être".'

Une fois de plus, après avoir soufflé longuement (il évacue ainsi le stress, comme il l'a fait pour réussir ce dernier examen) il questionne sur

"qu'est-ce qui vous le fait penser, me le  dire maintenant et pas avant?"

- 'Tu n'étais pas prêt'...

"Pourquoi?" Demande-t-il alors. 'Maintenant tu vois "des" (pas "les") choses différemment'.

Il est conscient de ne pas toujours arriver à se mettre à la place de l'autre. Et nous reprenons une discussion sur le regard des autres, en récapitulant tous ceux à qui il ne montrait que le jeune fort et assuré, celui qu'il voulait paraître.

'Tu ne perdrais pas pour autant l'estime de toi?'

"NON".

'Mais elle n'est pas solide?'

"OUI".

Il propose ensuite:

"Se donner un rôle!".

Je précise,

'Non, comment on veut être vu'.


'Tu as les clés en main '...'à suivre

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3 décembre 2013 2 03 /12 /décembre /2013 08:37

whoUne porte s'ouvrirait-elle pour grandir?

 

A la synthèse de l'équipe qui prend en charge les activités de Yann à l'IMPRO, nous étions tous d'accord  sur la nécessité de l'aider à grandir car il ne respecte pas des règles de base d'une activité à partager avec d'autres. S'il se réfugie sans cesse dans son monde , je ne réalise que maintenant, après ce jeu, que ce serait dès qu'il n'est plus capable de suivre ce qu'on lui a demandé avec des mots sans qu'il différencie le réel de l'imaginaire. Ce comportement est-il vraiment identificatoire, en rupture totale avec la réalité?

 

 

La deuxième séance après cette synthèse, Yann arrive avec un dessin (ci-dessus). Sa mère n'a pu comprendre de quoi il s'agissait car il regarde la télé avec sa grand-mère ou seul dans sa chambre avec internet et elle ne sait plus où il en est.

 

Il lui faut attendre que sa mère ait fini de parler à quelqu'un avant d'aller ensemble essayer de comprendre ce que son dessin représente. Il ne peut sortir de l'entrée et je ne cède pas, il n'ose pas forcer le passage.

 

Nous négocions les places et tabourets autour de et sous la table où l'attend, ouverte, la boite du scéno-test . Il commence à prendre des cubes.

Ce contexte est important pour situer le lieu où il en est de son développement. Avec Artus, autre trisomique plus âgé, j'avais pu passer par le dessin et "les mots pour dire", avec lui pour faire un parcours du même ordre, de l'imaginaire au réel, nous n'en sommes pas là. Yann répète des mots incompréhensible, fait des gestes, fait tout ce qu'il peut pour que nous comprenions... sans succès.

 

Son dessin m'évoque un portail de passage dans une autre dimension pour la partie dessin, interprétation renforcée par sa mimique accompagnée d'onomatopées tout à fait évocatrices  de cette situation dans de nombreuses séries de mondes parallèles...

Par tâtonnements je finirai par comprendre que le bonhomme est d'après ses dires très déformés "Le Docteur", sans plus d'ailleurs, car les lettres et nombres écrits ne mènent nulle part. Sa mère ne reconnait pas ce qu'il prononce et repart.

Comment entrer en communication avec ceux qui ne disposent pas du langage pour s'exprimer en mots sans connaître leurs références culturelles. D'habitude sa mère m'informe de ses addictions du moment, mais il est d'âge à s'automatiser et un surcroit de travail la rend peu disponible en ce moment...

J'ai donc fini par identifier, en associant tous ces indices, "le Docteur Who" dont j'ai suivi par hasard 1 ou 2 épisodes et il y a quelques années. Les membres de l'équipe l'avaient évoqué mais je n'avais pas réalisé à ce moment le parti que je pourrai en tirer dans ma propre démarche car,  avec moi, il n'avait pas le type de comportement aberrant qu'ils décrivaient: j'ai l'habitude d'arrêter l'activité juste avant qu'il ne se dérègle. Je ne voyais donc pas le pourquoi de sa gesticulation en d'autres lieux! Cette séance m'a permis de lui donner sens: il s'agit bien du passage d'un monde à l'autre.

 

"Il s'agit d'une série télévisée britannique de la BBC, créée en 1963 par Sydney Newman110px-TARDIS-trans-copie.png. On y suit les aventures d'un mystérieux extra-terrestre nommé le Docteur. Avec ses compagnons humains (généralement des compagnes), il voyage à travers le temps et l'espace dans un vaisseau spatial camouflé en cabine téléphonique de police britannique de couleur bleue, le TARDIS (Time And Relative Dimension In Space, traduit en français par Temps À Relativités Dimensionnelles Inter Spatiales)."

 

On trouvera la description plus détaillée du jeu dans l'article du site qui se centre sur le détail de l'utilisation du scéno-test dans le cadre de cette prise en charge, n'en retenant ici que l'essentiel de chaque étape.

 

Les étapes du jeu

 1/Du dessin à sa transposition en construction (en hauteur)

Sur le plateau du jeu, il essaie de mettre en 3D ce qu'il a dessiné sur un plan, ses mains dessinent les angles pour transposer ce dont il se souvient. Je pense à son dessin de la maison dont il a refermé les murs et le toit (éclatés) pour obtenir la perspective vers 10 ans quand il s'est ouvert au monde par le dessin. C'est le processus inverse pour transposer le "tardis" dessiné selon son souvenir. Je n'ai pu le photographier car en me levant pour aller chercher l'appareil, il a été partiellement démoli. C'était une sorte de mur surmonté de 3 colonnes en hauteur, m'évoquant ceux que réalisent nombre de dyslexiques confrontés à ce matériel. 

 

scenotest Who0 copie

 

2/Reconstitution du cadre de "vie" du film comme du jeu

 

- Il va donc reprendre sa "construction" et réaliser ce qui correspond à un espace de vie avec des cubes. Quand il a eu fini, dans l'espace vide, il a tout de suite placé le petit train avec lequel il jouait dans le temps de nos premiers jeux. On le voit sur le papier, avec, à son côté dépassant sous la feuille, le crocodile qui lui servait alors à agresser les personnes, puis des animaux "représentants symboliques de personnes", puis des poupées représentant les personnes de son entourage. Il y a donc un espace de jeu d'une part et un point d'ancrage dans le réel d'autre part. Il reprendra son jeu là où nous en étions restés en quelque sorte, dans la dernière séance où nous avions pris le scéno-test avant de nous orienter vers d'autres types de support.

J'interviendrai peu au cours du jeu.

  • - Quand il pose le petit train je l'interprète comme le désir d'aller ailleurs, de voyager et non de jouer comme un bébé avec, et sa mère le confirme en sortant de la pièce tout en disant 'non pas Titi' (surnom de quand il était petit que sa grand-mère ne peut s'empêcher d'utiliser) mais 'Yann'.
  • - Quand il explore ce qui a un couvercle et le referme: la boite aux petits objets autour de la nourriture et le siège WC dont il soulève le rabbat. Il réfléchit et les laisse en place. Se saisissant du transat, il essaie de retrouver comment le faire tenir debout debout, je sors et à mon retour il range le transat et je commente: 'Tu cherches quelque chose?'

 

3/Le choix des acteurs

- Dans un premier temps, il prend le crocodile qu'il pose sur le plateau en le regardant de trés près, oeil contre oeil, en cherchant où le placer, le long du petit train (on voit sa queue sous la feuille). Il repose la feuille sur l'espace pour réfléchir (cf.la 1ère photo) puis il fait explorer le père Noël/lutin par le crocodile, en le tapotant avec sa gueule, le repose ensuite là où il l'a pris dans la boite. Il repose le crocodile à côté du train, prend la vache qui perd une corne, la remet en place, l'explore avec le crocodile, joue à l'agresser et la remet dans la boite à la place des cubes. Il a retrouvé les supports de l'expression de son agressivité dans son dernier jeu en lien ci-dessus (il y a 7-8 ans).

scenotest Who1 copie

Il remet alors le crocodile à sa place et commence à sortir des poupées personnages.

 - Il prend le petit personnage, garçonnet qu'on voit sur la photo qu'il confirme être le "docteur who" de son dessin, puis cherche d'autres personnages avec qui le confronter. scenotest Who2 copieIl a passé en revue des femmes, choisit dans un premier temps le couple âgé, puis choisit une fillette (je pense d'abord à sa soeur). Il a hésité entre la princesse et elle et va l'allonger dans la construction en cubes (ses jambes dépassent). Il a gardé une femme plus jeune, la remettra en place, gardera longtemps le monsieur âgé puis le remplacera par le plus jeune. Il manipule tous ces personnages en les faisant se rencontrer, voire se bousculer... 

J'anticipe sur les règlements de compte et l'expression d'un désir du garçonnet  à l'égard de la fillette, pour ne pas rester sur un mode de passage à l'acte, mais laisser place à l'acceptation de règles...

scenotest-Who3-copie.jpg

4/La figuration de l'espace psychique

  • - ... en me décidant à intervenir pour permettre que la médiation du jeu symbolique puisse fonctionner. Je figure la séparation espace réel/imaginaire en attrappant un grand livre que j'avais préparé comme support éventuel d'un travail "pragmatique", et, en le tenant,  aménage le plateau en 2 espaces: celui où se situe sa construction, figurant pour moi le "réel", et le lieu de l'évasion dans le jeu qui autorise la mise en acte des fantasmes qu'adolescent il ne peut manquer d'avoir, d'autant que les choix des personnages de son jeu confirment la projection de sa quête identitaire.

Ce sera ma trosième intervention qui d'ailleurs rend difficile la prise de photos car je dois tenir droit cette barrière et ne peux manipuler l'appareil d'une main...

 

5/Les modes relationnels mis en scène

Après avoir repris sa thématique ancienne où les animaux valaient pour ce ou ceux qu'ils représentaient comme la vache (figure maternelle), le crocodile, l'agressivité, retrouvé le problème cognitif de monter le transat, Yann, qui avait commencé par ouvrir ce qui avait couvercle, nous ouvre le champ des conflits qu'il doit résoudre et met en scène le parcours comportemental qui les exprime dans cet autre espace.

scenotest-Who4-copie.jpg

A travers les figurines Yann va à la découverte de l'autre pour en  choisir en les  manipulant. Il met en scène son héros en situation d'agression, cherchant l'expulsion des "monstres", figurés par des grandes personnes, depuis le grand-père au père, en passant par des marques d'affection avec des gestes d'une grande douceur, voire de protection; en déplaçant l'héroïne dans la maison pendant qu'il fait place nette, jusqu'au moment de la scène de séduction, où il réalise en les ajustant l'un à l'autre une profonde embrassade avec bruitage prolongé de baiser et de plaisir, alors que seules des onomatopées accompagnent les agressions, et les passages d'un monde à l'autre.

scenotest-Who5-copie.jpg

 

  • - L'étape suivante sera celle du retour à la réalité lorsque avec la feuille, les manipulations et les bruitages, il fait tourbilloner le petit couple et le fait venir dans la maison où, lorsqu'il veut les faire s'embrasser, je précise, 'sur la joue, pas sur la bouche'. Il l'accepte et les installe chacun séparément.

 

 

scenotest-Who6-copie.jpg

 

 

Discussion conclusive

 

On a pu suivre l'évolution de Yann dans de nombreux articles. Puisqu'il ne pouvait apprendre à parler comme les autres, par l'imitation et la répétition, nous nous sommes centrés sur l'acquisition de pré-requis pour des apprentissages qui étaient pris en charge dans son établissement afin de l'aider à mieux s'y intégrer.

Lors de cette synthèse, nous avons réalisé que nous ne le connaissions pas sous un même jour car les membres de l'équipe ignoraient son parcours depuis 10 ans dans les autres contextes de sa vie que le leur. Nous avons conclu d'un commun accord à un immense retard dans son développement affectif qui freinait très certainement son intégration sociale, en particulier selon les normes de communication habituelles qui passent par des consignes verbales. Nous avons pu recadrer en partie ses troubles du comportement.

J'ai évoqué ses difficultés à évaluer l'attente de l'autre (décentration et  troubles pragmatique) et envisagé de reprendre le support qui nous avait si bien réussi quand il était plus jeune, le scéno-test dont les mises en scènes permettent l'exploration aussi bien de pulsions inconscientes et leur expression pour les mettre à distance (effet cathartique) que celle des règles qui régissent les relations humaines (dimension pragmatique).

Et c'est exactement ce qui s'est passé à la séance présentée ici: nous avons pu, grâce au support qu'il a apporté lui-même, travailler à différencier le réel de l'imaginaire et poser quelques règles. Il a pu réaliser les limites de l'identification à ses héros favoris dans le jeu alors que quand il le met en scène sans médiation symbolique dans un atelier en grimpant sur la table (mimant ce qui se passe dans le tunnel de "l'autre ailleurs-temps"), personne ne sait comment l'arrêter et lui faire réintégrer notre monde et ses règles.

Pour qu'il puisse "grandir" il a mis en oeuvre lui-même des étapes importantes:

- se retenir d'agir en écoutant et réalisant ce qu'on lui demande."Faire ce qu'on dit" avant tout, avant même d'entrer dans la salle où il devait "travailler".

- accepter d'être mal compris et essayer de s'exprimer d'autres façons, en particulier dans la situation de jeu qu'on lui propose.

- utiliser ce nouvel espace d'un autre monde, imaginaire en quelque sorte, pour mettre en scène les fantasmes qui l'habitent (amour/destruction), le baiser sur la bouche du couple et la bagarre jusqu'à l'expulsion des monstres (adultes masculins)

- identifier comme telle la séparation imposée entre le monde qu'il a construit sur le mode du réel, qu'il a fait d'abord habiter par la jeune fille avant d'aller la chercher pour la séduire dans l'autre, et admis le changement de règle sur le mode relationnel autorisé lorsqu'il s'est introduit dans ce monde de la réalité.

 

L'identification de Yann au Docteur Who dans le jeu m'a permis de mieux comprendre ce qui motivait sa réapparition hors propos dans des activités sociales. Elle est un signal dérangeant certes mais qui peut

- favoriser la concentration de Yann en tant que signal de ses limites pour réaliser la demande l'autre

- permettre de donner un moyen de remplacer le "déraillement" de son comportement par son transfert sur un autre signal plus facile à gérer dans la mesure où il n'introduirait plus à un jeu pulsionnel dans l'imaginaire qu'il ne peut plus maitriser, tout comme nous avons réussi parfois à le faire pour son balancement ritualisé à la façon des derviches tourneurs, en lui faisant marquer la pulsation (cf. pulsion) qui l'entraine en tapant sur sa cuisse (plus tard ce sera avec un doigt seulement)...

 

Le "Docteur Who" m'a permis de reprendre une position de (psycho) thérapeute alors que je m'efforçais de favoriser son développement global par d'autres voies.

 

 

NB Un article du site développe ce qui concerne le fonctionnement du scéno-test proprement dit sur une base commune avec celui-ci. Il précise également en quoi le fait de jouer permet d'espérer une capacité d'ouverture différente de ce qu'apporte une différenciation qui ne passerait que par l'image.

En effet, d’autres séries ou films avaient joué le même rôle pour Artus, mais ce dernier pouvait s’exprimer par le dessin et disposait d’un langage suffisant pour que nous puissions arriver à une différenciation réel/imaginaire en insistant sur le statut de l'image. Le contexte est différent pour Yann, seul le jeu peut permettre l’explicitation de ce qu’il dessine ou essaie d’exprimer de ses désirs.

Ainsi, Artus, s'il a différencié l'image de lui, de lui-même, ne peut dépasser cette différenciation qui l'enferme dans une position narcissique qui semble lui interdire le fonctionnement de l'imagination même.

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2 novembre 2013 6 02 /11 /novembre /2013 14:34

MiloudPoint-copie.jpgMiloud revient de son voyage au pays, transformé, une page se tourne.

 

Les questions qu'il propose pour mettre en mot la transformation qu'énonce le titre, ont surgi dans une remise en question fondamentale, au coeur de ses racines (cf. son dessin d'il y a longtemps).  

Avant son retour ici, Miloud se trouvait "là-bas", face à la terre qu'il venait d'acheter sur ses économies, pour y construire une maison, au pays de ses ancêtres. A la reprise de nos rencontres, il a raconté ce qui s'était passé (texte en bleu), une nuit d'insomnie.

  • Le jour de notre reprise, il revient avec une question sur l'origine génétique de la Dyslexie car il avait découvert que plusieurs membres de sa famille maternelle avaient eu des problèmes d'apprentissage. Un de ses oncles lui avait demandé de lui laisser le dernier texte sur le mandala qu'il avait emmené pour le lire ... et réfléchir.

Il avait apporté ce qu'il se proposait de reprendre comme travail, le livre "le passeur", le cahier rouge pour écrire avec le carnet de rééducation... Il se lance dans un récit spontané qui n'a pu être enregistré. 

 

  • Le surlendemain nous avons commencé à nous remémorrer ce qui lui avait permis d'acquérir cette nouvelle sérénité.

 

Le contexte de la seconde narration

Il arrive très en avance, en fond sonore des coptes chantent, et nous parlons culture arabo-islamique et ottomane où la musique est si différente de ce que lui, musulman, a pu connaître au Mali (du sud). Il l'identifie comme celle des Grecs (qu'on entend aux restaurants) et Turcs. Nous parlons "Egypte" pour ce que les coptes ont sauvegardé de la culture pharaonique, "Liban" et langue française, pour l'origine de la chanteuse (soeur Kaïrouz).

 

Il se lance dans l'entraineur cérébral, l'épreuve dite de construction puis les mots coupés (il se dit les mots mais le h de ryt-hme le fait bugguer par exemple) comme à la séance précédant son départ (en lien ci-dessus) et nous en arrivons à la mise en mot de ce qu'il a vécu. Nous cherchons ensemble un titre à l'article que nous allons écrire ainsi ensembles, je propose une re-naissance mais cela ne lui convient pas et après quelques évocations dialoguées il va passer à  son récit.


 

Nous sommes ainsi amenés à reparler de sa culture d'origine, du fait qu'il y a trouvé sa place sans avoir à subir le poids de ce qu'on attendait de lui, de la scolarité qui se fait en français pendant et/ou après l'école coranique. Peuhl d'origine, il parle le bambara également que beaucoup parlent dans sa région, rectifiant ainsi la reconstruction de l'anamnèse que j'avais difficilement reconstituée, basée sur quelques déductions car il ne pouvait parler de cette première période là-bas jusqu'alors. Il précise qu'il ne retenait rien car il se décrit maintenant comme hyperactif à l'époque.

 

 

Les "retrouvailles" avec lui-même

"J'ai ouvert aussi les yeux et sur la réalité. Non par rapport aux gens mais vis-à-vis de moi-même, ce que je vois autour de moi et ce que j'ai réalisé aussi. C'est vraiment ça... Je me demande si on va m'accepter comme j'ai envie d'être, comme je suis."

"Chacun a son point de vue mais personne ne m'en a parlé. Je sens qu'ils ont des choses à me dire. TOUT LE MONDE EST FAUX, non, PAS HONNÊTE à 100%."

"Au cours de mon voyage j'ai pris le temps de réfléchir. Au cours d'une discussion avec ma grand-mère, elle m'a donné des explications, c'est venu comme ça, sur le parcours que la famille a traversé. Je ne m'y attendais pas et j'ai trouvé des réponses aux questions que je me posais sur les difficultés d'apprentissage que j'avais rencontrées, et en même temps cela m'a donné envie de m'organiser par rapport à ma vie future.

 

En prenant congès, nous convenons de poursuivre son récit et je lui propose de faire un dessin. En effet, il pensait à une narration et bloquait, aussi lorsque  je précise, "comme la flèche",  il est enthousiasmé.

 

  • C'est effectivement ce qui s'est passé, le lendemain, avec comme contexte, en fond sonore, l'interview de "Grand corps malade" dans Thé ou café. Il me l'avait fait découvrir un jour. Il réclame des couleurs et comme je l'incite à prendre celles qui permettent de les travailler au pinceau, il demandera de l'eau.

 

Une figuration à valeur symbolique

 

Le commentaire de son dessin (placé en début d'article) est le suivant:

  "Peut-être que cela ne va pas vous parler. Je vous explique. (Il expire dans un grand souffle, sa façon d'évacuer le stress plus ou moins automatisée)

---Ben, pourquoi la mer? Ben J'ai fait la mer comme ça parce que c'est plat, j'aime bien quand la mer elle est calme, le vrai mot c'est "posée". C'est stable. Moi aussi... je le suis maintenant. Quand je pense à la mer qui est calme, ça me dit que j'ai envie d'être calme. Une phrase qui me vient en tête: "tout vient à point à qui sait attendre!" "

Il s'étonne lui-même d'en être là et j'explique -tu as intégré tout le travail autour de ton impulsivité. Rappelle-toi ce que tu m'as dis de ton hyper activité, enfant! Il poursuit:

---"Pourquoi le petit chemin? Pour moi, le chemin de la vie, petit à petit."

- Et de ce côté de ton dessin?

---"Du soleil qui brille. Quoi qu'il arrive, il va toujours briller... jusqu'à la fin du monde. C'est ce qui me donne envie de garder le courage. C'est pour ça que je l'ai fait briller au maximum."

Et le mot de la fin sur ce que signifie pour lui ce dessin:

---"C'est pas complètement clair mais je suis sur la bonne voie."

Il conclut: "un petit bout de chemin, calme, le soleil brille."

 

DISCUSSION

Ses dessins précédents ne s'appuyaient pas sur une représentation figurée de son environnement. Leur valeur symbolique relevait de l'interprétation qu'on pouvait en faire. La flèche elle-même, objet symbole, n'allait pas d'un point spécifié à un autre, c'était un objet symbole qui indiquait...

Avec ce premier paysage composé d'éléments certes juxtaposés, il leur manque une cohésion narrative en quelque sorte, Miloud pose des éléments de paysage qui ont chacun une valeur symbolique au premier degré, que tout le monde peut connaitre et identifier.

--Un chemin qui remplace la flèche et part de la gauche, son passé, ses racines,

--la mer pour sa capacité à figurer des transformations d'état et l'effet d'apaisement, d'ouverture à la rêverie qu'elle peut avoir,

--et le soleil, en puissance, lieu de l'énergie positive qui donne la vie à notre monde et l'éclairant lui permet de voir... ce qu'il arrive à "voir" maintenant.

 

Ses outils d'expression évoluent sur un plan symbolique, il a les mots pour confirmer cette valeur et dire ce qu'il ressent. Il a bel et bien tourné une page.

 

 

 

 

 

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21 octobre 2013 1 21 /10 /octobre /2013 10:30

cerveau.jpg

 

 

"Maladie de l'intelligence",

cerveau différent,

 

les enfants trisomiques apprennent bien dans le modèle classique de l'interaction par l'imitation et la répétition, mais ce mode d'apprendre qui ne leur permet pas d'accéder à la démarche d'essais et erreurs du fait de leur différence me semble, parfois, ne pas exclure qu'ils puissent dépasser un simple conditionnement, en particulier dans le cadre de l'acquisition du  langage. Pour ce dernier, du fait de l'absence de capacité à "reformuler" ce qu'ils répètent, dimension méta qui permet l'appropriation de l'outil sur la base de la logique du système, ils en restent à un langage prisonnier de la situation bien plus encore que des dyslexiques ou des non-lecteurs. Du moins est-ce mon hypothèse de travail dans le champ de mes recherches centrées sur une pratique d'orthophoniste.

Deux trisomiques et l'apprentissage

Ce qui me semblait évident dans un contexte "dys" m'est apparu clairement avec Artus qui lisait en classe et faisait des exercices scolaires en 6e, dans une classe annexée au collège, dans une sorte de conditionnement, mais ne comprenait pas ce qui se présentait à lui en dehors de ce contexte situationnel. Il a découvert le sens de l'écrit avec ses images de "communion" avec le "Dieu m'aime" qui figurait sur l'une d'entre elles. Le concept d'amour n'était pas assimilable dans un contexte linguistique (le mot lui-même) sans passer par l'expression du besoin d'être aimé, en recherchant les situations où il avait pu le ressentir. Notre parcours est passé ensuite par le dessin pour organiser son espace mental en lien avec la perception de l'organisation de l'univers qui l'entourait. A son rythme et en fonction de ce qu'il apportait dans la situation de la séance elle-même, en particulier au niveau émotionnel.

Pour répondre à une question qui m'a été posée le concernant, je suis souvent partie du travail qu'Artus faisait en classe de 6e, étonnée de ses savoirs et savoir faire de base, essayant d'aller au-delà de ce maniement des mots de l'école qui ne permettait pas de pensée réflexive, en lien avec l'agrammatisme ou les énoncés minimaux stéréotypés qui caractérisaient ses échanges spontanés. A table par exemple, il nommait ce dont il avait besoin, sans plus, sel, eau etc...

ArtPok copieDe nombreux dessins ont permis de suivre l'évolution de sa pensée. Le dessin ci-contre, inédit, représente le monde des pokémons, on y voit des éléments de structuration partielle, des rouages, la minutie qui traduit son application/implication etc... à une époque où, adolesccent dépressif, il se vivait comme une machine et s'était focalisé sur en construire une avec des éléments de polybricks de façon compulsive...

Du côté des mathématiques, il avait acquis la numération et les automatismes de base concernant les opérations. Ce n'est que maintenant que nous reprenons des activités qui puissent l'amener à comprendre un problème où interviendrait une soustraction. En effet, il travaille avec une jeune fille à revoir les apprentissages de base au cas où il tenterait dans un avenir lointain un CAP et elle bute sur les bases d'un raisonnement mathématique... Cela n'a rien d'étonnant, mais il fait vraiment illusion!

Depuis qu'il se sent "homme", adulte, il refusait les jeux d'ordinateur qui sont, selon lui, pour les enfants, et lorsque j'insistais, il prétextait la fatigue de ses yeux fragiles (en fait il préférait sa game boy). Il les découvre maintenant et ils prennent le relai du jeu de trigo (aligner des couleurs avec des cubes) qu'il affectionne depuis longtemps (impliquant l'anticipation et la prise en compte ce que fait l'autre). Je me base sur le travail que je fais avec Yann et lui ai proposé tout d'abord le carré des nombres et ensuite les réservoirs. Il s'y passionne tout autant que lui et ses difficultés ne sont pas toujours du même ordre.  

 

Le parcours de Yann n'est pas du même ordre que celui d'Artus. Yann a eu beaucoup de mal à accéder au langage tant oral qu'écrit, se montrant incapable de reproduire sur commande: s'il a fini par acquérir l'alphabet et la numération des premiers nombres, il ne sait toujours ni lire ni écrire à 18 ans et peine encore pour nommer les dernières dizaines. Pour lui, l'entrée en relation a reposé sur la capacité à tenir compte de l'autre dans une interaction ludique, prélude de l'accès à l'expression même. De nombreux articles en témoignent ici-même (taper Yann dans les moteurs de recherche du site et du blog).

 

Nous avons vu qu'il se construisait un espace de représentation avec "play math" pour situer les nombres à leur place dans le tableau jusqu'à 100, qui met en place le croisement des colonnes et des lignes avec plus ou moins de repères écrits.

Playmaths-11-copie.jpgSur la base de sa réussite au niveau deux (repères à partir des lignes du haut et de la colonne des dizaines, à droite), nous sommes passés au niveau trois un jour: seul repère écrit au départ: la ligne centrale (de 51 à 60). Il dit "oh non", et a besoin d'encouragements pour placer les deux ou trois premiers nombres. Puis il se débrouille seul retrouvant des repères en structure, sans trace écrite autre que les nouveaux nombres qui s'affichent. Il semble donc disposer d'une certaine flexibilité pour se donner des repères différents dans ce qui était devenu une routine parfaitement maîtrisée.

réservoirsBoulier_copie.jpgNous reprenons alors les réservoirs présentés une fois sans qu'il puisse comprendre ce qu'il fallait faire. Je place le boulier à côté pour mettre en place les nombres inscrits et trouver le complément visible sur le boulier pour atteindre 100.

Le progrès viendra de ce qu'il pourra compter par dizaine, également à partir du bas, pour trouver ce qui manque... à l'envers en quelque sorte, sans être prisonnier de l'ordre de départ. Une certaine flexibilité se manifeste également ainsi, préparant à la réversibilité que je lui fais remarquer: 70, 30 lorsque la proposition suivante est 30 70 ('rappelle-toi ce qu'il y avait'). Comme pour ce qu'il a déjà acquis, ce n'est pas encore cette fois qu'il en aura la démarche, mais j'ai confiance. Depuis le temps où nous jouions aux mouches en comptant celles que nous avions attrappées pour mettre en place les nombres jusqu'à 5, quelle avancée!: il en est à utiliser le tableau à double entrée que j'ai réalisé être un pré-requis de l'entrée dans l'écrit au cours de mes recherches sur les non-lecteurs, grâce à un autre enfant que ceux de la recherche proprement dite, qui les a rejoints ensuite en 6e au collège:

(extrait de l'article en lien sur les non-lecteurs) [Yvan (premier non lecteur que j'ai identifié comme tel) avait mobilisé tous les circuits scolaires en vain pendant deux ans en CP : il était là avec son sourire mais absent. On a donc tout repris avec des jeux de niveau MSM et réussi à réaliser un tableau à double entrée sur la base d'images à mettre en place selon deux critères, forme/couleur.

Pour les non-lecteurs du collège, c’est le matériau de la langue qui a servi de support et, avec les petits cartons qu’on voit dans le montage, plus particulièrement la mise en place du tableau des consonnes...

... pour les découvrir dans des paires minimales monosyllabiques, variation de forme/variation de sens.]

Les repères proposés permettent d'en utiliser un et il fonctionne parfois comme tel  pour lui, même si Yann recourt encore souvent à la liste (1-2-3 etc..) entre deux repères qu'il est arrivé à se donner même s'il ne sont plus visibles !

Cette capacité s'est appuyée sur un dialogue d'étayage qui soutenait les premières recherches en réalisant avec la main le mouvement de croiser ligne et colonne pour accompagner les paroles etc... car Yann n'avait pas eu l'entraînement des autres enfants que je suivais, dyslexiques et non-lecteurs, avec l'apprentissage des lettres pour faire les sons, le sien s'étant réalisé sur la base du logiciel "Furi" et d'autres supports, principalement à la maison avec sa mère. Il ne parlait pas suffisamne bien et, je le rappelle, ne voulait pas répéter...cf. Toupie magique?

 

Artus, quant à lui, réussit difficilement à s'y retrouver quand je le lui propose la première fois, faute d'avoir suffisament pratiqué les jeux préparatoires peut-être puisque ses apprentissages de base ont reposé sur la répétition sans l'introduire dans un jeu, et donc probablement de la présence d'automatismes qui ont été montés à l'égard des nombres, générateurs d'ornières alors que le jeu (constructivisme piagétien) lui demande de se frayer d'autres chemins sur la base d'une structuration progressive. Je ne suis pas passée par la démarche utilisée pour les non-lecteurs, discutée dans l'article le langage en question dont est extrait le passage suivant:

[J’ai tenté alors de construire chez eux (les non-lecteurs du collège) une CAPACITÉ MÉTAPHONOLOGIQUE, ou à défaut de ce qu’on entend par là pour tout usager d’une langue, une RÉFÉRENCE reposant sur des tableaux qu’ils construisent laborieusement à partir de leur réalisation orale, à l’aide de petits cartons individualisant, en les figurant, les unités de base de l’écrit et leurs variantes. Ils disposent ainsi d’un système de référence concret comme médiation à l’élaboration d’un savoir-faire.
-  Nous sommes donc dans un registre de figuration et non de représentation symbolique, par un processus d’extraction des données de la réalisation corporelle et non d’abstraction.

Problématique

Leurs réactions au cours de ce travail m’ont confirmées dans l’observation que j’avais faite de leur incapacité à dégager quelque règle ou régularité que ce soit, même dans une présentation « en série », à retenir un schème consonantique qu’ils venaient de construire pour le retrouver... Absence d’invariant, absence d’anticipation, car en atelier ils sont toujours aussi passifs pour la réalisation des tâches proposées.]

 

CORPUS (Play math: nouveau jeu)

  Artus préfère de beaucoup le jeu du carré à celui des réservoirs. Très vite il en maîtrise le maniement, et lorsque nous reconnaissons ensemble son droit à l'erreur qui se traduit par des carrés noirs qui cachent en partie le papillon ou la fleur, il m'assure vouloir essayer le niveau 3. Son acceptation de ses erreur "ça c'est mes erreurs" dit-il en voulant retourner au niveau 1. Je lui  annonce qu'on va faire ensuite un jeu qui est spécial pour faire apprendre  en se trompant jusqu'à ce qu'on trouve  puisqu'il n'utilise pas de repères perceptifs et compte 1-2-3..., 10 20 30... toujours dans la série des dizaines ou des unités. Il n'a pas retenu l'équivalence barre/dizaine que n'ai fait que signaler. Je lui propose donc, après la réussite d'un jeu au niveau 3 qu'il dit préférer à celui du niveau précédent, cet autre jeu qui me semble adapté à cette construction progressive d'une façon de structurer sa pensée vers laquelle nous tendons au cours de nos rencontres:

- pour sortir de la liste en prenant des repères perceptifs lorsque la représentation spatialisée fait prendre conscience de plus grand ou plus petit non plus en hauteur (rapport homologue à son expérience) mais sur un axe horizontal, en se référant à l'âge (dans une transposition spatiale...)

- pour entrer dans une démarche de tâtonnements qui puissent s'y appuyer pour trouver la solution.

Playmaths-12-copie.jpgIl s'agit de trouver l'âge des personnes qui sont photographiées. Le support de la recherche va de 0 à 70 ans, et il faut taper un nombre. L'écart du nombre tapé au bon résultat est indiqué sur le support qui est indicié, ce qui amène à raisonner en plus et en moins. Je commence toujours par faciliter le repérage spatial en précisant le milieu, à la moitié, 35, en posant un crayon verticalement approximativement au milieu du trait vert et me trompe parfois quand je fais des suggestions pour aider la recherche, en analysant verbalement mon erreur.

Nous sommes obligés de reprendre le boulier pour qu'il puisse repartir en arrière quand il a placé un nombre à droite, 'trop loin', car 'il faut en enlever.' Je lui demande également de se rappeler la dame présentée avant. Bref, il devient expert avec cette aide qui s'accompagne en commentaire des outils linguistiques de la comparaison, mais doit encore tout compter. En mettre plus: "on y est presque". Il pose ou enlève des boules... Il en trouve un, 15, du 1er coup, à suivre...

 

Je reprends ce même jeu avec Yann, curieuse de savoir comment il va procéder.

Auparavant, il était allé de lui-même sur le carré, et avait coché le 2e niveau, puis avait accepté non sans peine de ne pas recommencer à zéro alorsqu'il avait fait une erreur, lorsque je lui avais dit, une fois de plus, que ce n'était pas grave, que c'était en se trompant qu'on apprenait à ne plus se tromper et qu'on allait  faire un nouveau jeu, de devinette, où justement on se trompe jusqu'à ce qu'on trouve.

Où en est-il avec les repères perceptifs du tableau à double entrée du carré: il se met sur la ligne qui convient pour 47 et je propose, 'on attrappe le 7 ici et on sait qu'il faut s'arrêter là'.  Je lui montre pour le 36. Il trouve tout de suite, sans compter, le 35. Pour 26 je lui dis 'je te montre avec la main, jusque là, sur 6', il nomme les nombres au fur et à mesure qu'il trouve la case... à  64, il commente pour le 4 "encore, encore, encore, encore", pour 17 il dit "je le vois il est là" et comme on entrevoit l'image "je sens le papillon". A 41, il va sur 43 qui est déjà fait et recule à 41 en disant "c'est là", il ne compte plus pour ceux qui sont au milieu d'autres... J'insiste pour qu'il fasse le 3e niveau et , pendant qu'il dit fièrement, "j'suis un champion, c'est les parents d'Antony (son copain) qui disent ça..." et il poursuit pour lui-même "t'es fou... non j'suis pas fou",  je vais le guider davantage en précisant 'faut faire le rouge pour être encore plus champion'.

Pour que Yann comprenne la consigne car il a oublié la première présentation du jeu de l'âge à trouver, il y a longtemps, je la précise en prenant le boulier pour la photo qui s'affiche. Nous mettons 70 puis je situe 35 avec le crayon et lui dis 'pas 30' en remettant 30 sur le boulier, 'plus près de 70', précise 'vers 50', qu'il tape, quand le pointillé se place, je lui demande, 'cela va faire moins ou plus?' Je me trompe d'ailleurs (mes propres problèmes de DL), rectifie et nous trouvons ainsi en tâtonnant.  Pour le suivant je redonne le repère de 35 avec le crayon à la moitié et lui dis 'peut-être 30', en lui montrant sur le boulier. 'Tu veux mettre 20? Retourner en arrière, cela veut dire en enlever pour aller à plus petit encore'. Je lui fais compter dans la série pour qu'il y parvienne. Pour une fille de 8 ans, je dis 'moins de 10 ans', il met une barre en enlève 1, tape 9, il commente sur le boulier "encore" et continue à en enlever un, pendant que j'ajoute 'trop grand'. Il trouve 30 du premier coup et le suivant étant 27, il met 28 il dit "enlever un encore".

Mais pour 64 il met 74 ou 46, (il dit toujours 600 pour 60), nous revenons aux barres et aux boules, butant sur un apprentissage de base pas encore bien maîtrisé qui, joint à la difficulté à maintenir la concentration que réclame l'exercice, provoque l'arrêt du jeu.

 

Discussion

Le carré

Du nombre appris de façon mécanique dans la série, qu'il ne peut retrouver sans faire tout défiler,  Artus a pu transposer le comptage par dizaine, plus ou moins assuré sur le support d'un boulier (cela lui demande un effort d'attention et il lui arrive de sauter 60 ou 70 quand il compte en le faisant)... Cette représentation concrète sert de support aux opérations à effectuer pour obtenir une nombre donné et lui permet de trouver une réponse dès qu'on sort d'avoir à utiliser la liste des dizaines qu'il connait. Il ne peut le faire mentalement.

Yann semble entrer dans un système additif qu'il verbalise à la façon du langage enfantin, en utilisant l'adverbe encore, ce qui semble indiquer que l'unité devient présente, individualisée, et ainsi manipulable. On sort du figement. Il se sert également de sa perception pour apprécier ceux qui sont à côté d'un qui est déjà écrit... et y va sans avoir à se repérer.

 

Les portraits

Pour apprécier l'âge des personnages photographiés, tous deux doivent apprendre à transposer ce qui, dans leur expérience perceptive est associé à du vertical, à une échelle qui se présente horizontalement. Le boulier sert d'intermédiaire pour permettre le comptage qui ne peut s'effectuer (encore?) mentalement.

Les outils de comparaison sont indispensables et passent par des mots "action" comme "encore" avant de devenir "plus" qui va de l'action/opération (additif) à la comparaison de deux éléments ou états dans "plus grand que" pour les nombres, qui signifie de fait, dans l'exercice, "plus vieux que" en se référant à la projection de leur âge ou de celui de leurs proches. Les manipulations et commentaires donnent sens aux erreurs commises dans une démarche où les essais seuls permettent de trouver la bonne réponse. Tomber juste, dans l'hypothèse d'un âge, reste une intuition et un coup de chance... Dans l'élaboration de l'outil, les âges ne sont pas choisis totalement au hasard, certains rapprochements sont possibles, tout comme dans le jeu du carré... et l'étayage peut  souligner ce que l'enfant tout venant  découvre par lui-même dans la variété même des jeux proposés par le logiciel et leur progression.

Les automatismes d'Artus semblent l'aider à progresser plus vite que Yann, il ne verbalise pas comme Yann, mais je commente la situation pour lui donner les repères verbaux des outils de comparaison qui me semblent indispensables pour progresser. Quant à Yann, il vient de si loin, a une certaine intuition, un tel désir d'aller plus loin qu'il faut juste prendre patience...

 

A SUIVRE...

 

NB. Ce logiciel très ancien (acheté au congrès de 2000,"Le constructivisme Piagétien" de Genève) ne semble pas pouvoir s'ouvrir au delà de Windows XP. En outre, on y a inséré un virus qui efface le disque dur si on essaie de le copier. Je m'y étais risquée malgré tout au bout de nombreuses années pour qu'un non-lecteur adolescent (Benji) puisse s'y entraîner et n'ai jamais pu joindre les auteurs aux coordonnées laissées au cas où...

Je n'avais pas l'outil 'capture d'écran' pour en parler de façon explicite dans mes articles précédents!

 

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7 août 2013 3 07 /08 /août /2013 13:28

BongosLe premier solo

de "La misa criola."

Cette fois il est bien question de

rythme.

Quelle galère.Toujours ce problème de mémoriser... et pourtant il s'agit bien de passer par le corps. Comment réussir un départ sur une syncope et mettre en place ensuite un accent sur le temps? Ce n'est pas une vraie syncope sur le temps mais vécu comme tel du fait d'un rythme particulier et de paroles!

Les paroles de ce bref passage (7 syllabes) avaient été mémorisées 5 ans plus tôt, dans une première approche de cette messe, répétition en marchant, à chaque instant de libre, pour la "mise en bouche" et la mise en mémoire de sa lecture.

Encore une fois, il pourrait s'agir d'un conflit de système. Sur le plan musical, on retrouve le modal et le tonal, des modalités d'apprentissage différentes certes, quand on fonctionne dans l'un ou l'autre, mais le résultat est là, si je lâche le contrôle visuel des bâtons sur la partition (référence culturelle au tonal de par la mesure), que je me lâche enfin, le chef m'ayant affirmé que je le savais, je déplace la syllabe qui me dérange, bouleversant parole, rythme et mesure avec conviction au moment du concert. Je suis retombée dans "ma" façon de sentir l'oeuvre, et de l'exprimer en fonction de "ma" pulsation.

Et pourtant, je l'ai répété devant le groupe, après avoir passé 3/4 d'heures à le mettre en place en marchant et tapant violemment sur ma cuisse, puis avec mon doigt, visualisant la partition, pour m'exercer, au petit matin à la fraîche, et bien non, il aurait fallu le double peut-être: 500 ou 1000 fois au moins et il n'y en a eu que 300 à peu près, à raison de 5 ou 6 par minute, y compris les ratés où il fallait remettre en place  le schème... Effectivement, je peux le "dire" mais non le chanter sans le transformer...

Je suis reportée en arrière, une dizaine d'années avant, lorsque, avec ce même chef, nous essayions de me permettre de fixer une brève séquence de la 9e, galère que j'ai présentée pour illustrer un de mes premiers témoignages sur mes difficultés d'apprentissage de la musique repris dans le contexte théorique de l'article "Musique et apprentissage".

Un autre souvenir d'une telle insécurité concernait un passage en alto de l'Alleluiah de Haendel. Autre stage qui avait réactualisé mon incapacité à réaliser ce passage sans écouter le départ de mes voisines quand nous l'avions chanté 4 ou 5 fois ensembles. A ce stage, je n'avais plus les mêmes voisines, et personne sur qui m'appuyer. J'ai pu me rattrapper quelques mesures plus tard, heureusement?

Au moment du solo, dans ce dernier concert de fin de stage, le chef accompagnait le piano et nos voix avec ses bongos et je ne pouvais en faire abstraction, attentive également au geste qui allait me confirmer mon premier départ. La suite était la séquence problématique, après avoir compté 1-2-3 (les temps) et non 3-1-2 (dans leur mesure),  je ne compte plus que sur moi, pour lâcher ce "ten-pie-dad  de no-so-tros". C'est le -dad- qui s'est retrouvé sur le départ de la mesure suivante, tout en haut sur le mi,  le -de- rejoignant nosotros sur le mi d'en bas... A la réflexion, je crois que c'est le rythme des bongos qui a définitivement perturbé mes repères et que je l'ai vécu à ma façon "primitive" au lieu de m'en tenir à quelque chose d'appris: conflit de système, de culture, toujours ce monde décalé... 

à suivre...

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