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29 mars 2014 6 29 /03 /mars /2014 14:50

100--d-investissement-copie.jpg

L'implication à 100%:

l'enjeu est bien là...

pour mémoriser

 

Miloud est revenu après plus de 15 jours, le travail, puis de nouvelles démarches pour faire effacer son casier qui court-circuite tous ses contrats d'embauche, dont le dernier, puis un bref chantier d'interim.

Il s'installe sur le siège face à l'ordinateur pour pouvoir faire l'exercice des mots coupés, mais se tourne vers moi qui suis sur un tabouret à sa droite en disant "Je me sens bien ici". Je lui propose: 'parce que j'ai confiance en toi'.

J'avais préparé l'article sur le fleuve du temps pour vérifier s'il était d'accord avec la restitution de notre discussion d'alors.

- Il démarre sa lecture, se souvient d'avoir à ne pas l'articuler et met son poing sur la bouche, comme un entonnoir fermé. Je lui conseille la main. Il ne comprend pas ce qu'il lit "je préfère quand c'est vous!" Je précise qu'on en fait un exercice, il s'y replonge avec ardeur. Il le relit presque fort et cette fois c'est bien "lire pour comprendre". Cela s'est fait en deux temps, comme si tout notre entraînement préalable avait été effacé. Il m'interroge sur certains mots qui le gênent pour comprendre.

Les difficultés rencontrées pour comprendre le texte:

Il doit relire le premier §.

Je lis le deuxième car la référence psychanalytique s'adresse plutôt à des thérapeutes, même si nous avons déjà regardé cette référence ensembles: une étape pour comprendre sa différence.

Pour le 3e §, il a oublié que c'est lui qui avait proposé le mot "bondir" mais bute sur -indifférent-. Je recode le sens global en langage courant: 'il se fout pas mal de nous'. Il me demande de lui re-lire la fin de la phrase  car il l'a lue en omettant le -se- et ne comprend pas : -tout ce qui nous a blessés se laisse tomber au passage-. J'insiste sur l'importance de ce -se- qui traduit le lâcher-prise en quelque sorte.

Puis je recontextualise le Léthé, le fleuve de l'oubli dans une culture, et sur le fait qu'on retrouve de telles représentations dans d'autres cultures. On en discute, il est d'accord. Je lis la suite pour l'aider à comprendre jusqu'à la fin. Il reçoit un message (je suis très laxiste à ce sujet car ce peut être pour son travail ou déterminer le temps dont nous disposons encore) et....

 

 

 

Ecrire... enfin

... il me demande comment écrire un mot car dit-il "j'ai eu du mal à répondre". Il est en train de rompre avec sa dernière copine c'est donc important de tchatcher avec elle qui attend une réponse, et de l'écrire de façon à être compris, sans équivoque.

Il m'autorise à rendre compte ici même de notre démarche pour qu'il réussisse à s'exprimer par écrit...

Je l'invite à retrouver les formes que nous avons dû construire et qui se répètent en partie d'un énoncé à un autre: une façon de le lui faire écrire dans un contexte qui le concerne directement, même si nous avons fait de nombreuses fiches d'entraînement sur tous les points d'orthographe problématiques pour lui qu'il rencotre. L'enjeu est différent, il est impliqué à 100%.

Lorsqu'il me dira "j'abrège sms"  car il a écrit "ma",  nous analyserons que cela l'empêche de lire en reconnaissant les bonnes formes, 'tu ne reconnais plus quand c'est écrit normalement'. Il en convient et est d'accord pour travailler l'orthographe pour qu'il n'y ait aucune ambiguïté dans ses propos et favoriser l'évocation des mots.

Il voudrait écrire:

"tu m'as trop menti (tu ma tro manti)

tu m'as trop blessé".

-Je lui fait épeler le premier énoncé:  Nous allons donc resituer les mots en reprenant par la fin:

an/en (erreur quasi systématique, rappel)

tu as (reconnaître avoir, le s de la 2e personne en passant par deux mots)

l'apostrophe me/m' (qui?)

-Il retrouve comment écrire le début du 2e énoncé car je lui avais rappelé qu'on allait le retrouver et qu'il devait s'en souvenir.

Pour blessé, je prononce le mot lentement. Il retrouve bl, j'épelle la suite ess (en lui rappelant notre travail dessus car il met soit "s", soit un seul "s" après le e, et en évoquant d'autres mots), et je précise: 'é lequel?', il demande si "c'est celui qui part en arrière" pour écrire l'accent (confusion persitantes autour du é/è et l'inversion quasi systématique de é/e).

"pourquoi tu m'as fait ça"

- Je commence par -ça- "j'écris toujours sa"

- pour- "je sais", 'attaché, tu continues - quoi-' il écrit koua. Je rappelle que c'est QU comme pour l'anglais WH qui indiquent un mot pour poser une question, et pour le oi j'évoque le carton qui tombe tout le temps. 

- tu m'as- 'tu te rappelles?on l'a écrit'"oui"  - fait- il écrit "fai" je questionne 'une chose mal fai...' "te, avec un t" 'et le e du féminin'

 

Nous débattons le lendemain sur la question centrale pour lui qu'il a même posée à un oncle sur "comment reconnaître que cette femme sera la bonne?". "Tu le sauras" lui a-t-on répondu, je confirme en précisant 'quand tu auras confiance au point de te présenter comme tu "es", et donc de pouvoir lui dire, tu sauras que c'est la bonne!'.

Je me risque à parler des relations hommes, femmes, du mensonge (en évoquant le dialogue Ici-là bas De la croyance ). Nous parlons stéréotypes: je tente de l'expliquer, des points de vue qui sont ceux de tout le monde. En lien avec ne pas être très "éduqué" "intellectuellement" précise-t-il, voire pas très intellligents. Car c'est une façon de penser qui est transmise par l'environnement. 

Il décide de rompre avec sa copine en lui écrivant "c'est fini" (après avoir travaillé le c'est) et aura la réponse "tu es cruel" avant qu'il n'ait le mot de la fin en se levant:


"pourquoi me prendre la tête pour quelqu'un qui n'en vaut pas la peine!"

 

Merci Miloud de nous avoir livré ce moment si intime et si révélateur de tes difficultés à tourner des pages de ta vie et re-trouver cette confiance en toi qui te permets de foncer quand même (est-ce la signification de ta dernière flèche?), malgré les difficultés qui parsèment la route de ton chemin de vie.

... et la mer efface sur le sable, les pas des amants désunis...

et la variante qu'il m'inspire

... et la mer efface sur le sable, les pas des malchanceux de la vie...

Les-pas-la-mer.jpg

 

Si la mémoire se libère ainsi Miloud pourra-t-il plus facilement mettre en route celle des mots?...


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15 mars 2014 6 15 /03 /mars /2014 10:38

Boulier copie Yann et  l'apprentissage des centaines.


La situation de départ

 Livré à lui-même dans le jeu de TV Neurones pendant que je parle avec la maman de la nécessité de l'aider à grandir pour qu'il quitte cette position de jeune enfant de 4-5 ans, à tendance fusionnelle, ignorant de toute la dimension pragmatique de la relation à autrui qui montre bien qu'il a bien un trouble global des apprentissages, il finit par chosir un jeu de puzzle, enfantin pour lui, qui repose sur des images d'animaux toutes plus splendides les unes que les autres, et est tout heureux de nous montrer la première de ces images qu'il reconstitue.

puzzle.JPGCe jeu nous permet alors un double travail.

- En langage: identification et nomination de l'animal reconstitué. Travail à deux niveaux, celui de la parole, mise  en place de la 4e syllabe en tapant l'alternance (accent sur la 3e toujours escamotée, celui de l'évocation du nom comme pour un oiseau: qu'est-ce que tu vois comme couleur? rouge, où elle est, montre-moi sur toi, au moment même où il dit -gorge (en plongeant la tête, signe de malaise).

- sur l'apprentissage des nombres au-delà de cent car il y a des points gagnés à chaque fois et un bonus qui se marquent l'un et l'autre en centaines, et proposent même au final une addition. C'est lui qui attire notre attention dessus. Spontanément il additionne les chiffres identifiés sans tenir compte de la valeur du 0, indicateur de séparation (relation topographique).

De la manipulation à la représentation

Je vais alors chercher le boulier (présentation de son utilisation dans l'apprentisssage sur le site en suivant le lien) et trouve une autre façon de faire "réaliser directement le nombre" avec les boules. Au lieu de dessiner comme j'ai fait avec Artus des bouliers sans barre (voir "code" dans l'article en lien), Yann étant plus dans l'action, le mouvement, que dans une représentation d'un objet, je bascule le boulier pour avoir 100 et compte le nombre de fois où il faut le faire pour obtenir le nombre de centaines désirées.

C'est le préparer, dans l'action, à repérer le premier nombre comme indicateur des  "fois cent" ultérieurement...

à suivre...

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Published by Jaz - dans Handicap
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15 mars 2014 6 15 /03 /mars /2014 09:26

Mirabeau"Sous le pont Mirabeau coule la Seine...

Vienne la nuit, sonne l'heure

Les jours s'en vont je demeure."

 

 

Comment "être" ici et maintenant? Une nouvelle image vient éclairer le "lâcher prise" pour un, une dyslexique. Ce n'est pas comme dans la chanson un pont qui unirait le passé au présent et qu'il suffirait de "passer le pont", ou, autre image que j'utilisais souvent de "trouver un gué" et de s'y risquer de bond en bond en évoquant ce passage.

Non pour moi, maintenant, j'ai trouvé donc comment rendre cohérent ce passage à ceux qui, selon mon hypothèse, n'auraient pas le filtre du préconscient entre l'inconscient et la conscience selon la théorie psychanalytique telle que je l'ai représentée il y a plus de 10 ans dans un contexte de DL. Cette représentation du fleuve qui charrie ce qui n'est que scories est celle qui m'éclaire dans l'instant.

Le temps est comme un fleuve qui coule, indifférent, qui ouvre au présent quand, dans le bond qu'il faut faire pour le franchir, tout ce qui nous a blessés dans notre histoire, se laisse tomber au passage, et nous permet l'atterrissage en paix pour vivre, vivre avec les autres et bien sûr en paix avec nous mêmes, pleinement dans l'ici et maintenant. Cette image rejoint celle du fleuve de l'oubli en quelque sorte. Le Léthé est le fleuve de l’oubli, où les âmes des morts oublient leurs vies antérieures. Partout, les fleuves relient toujours la vie à la mort.

Dans l'image proposée, l'oubli est une sorte de mort à ce qui fût, et ce qui est "ici et maintenant" peut alors se poser comme une plume (ou toute autre image) sur, représentation proposée dans une approche boudhique, il me semble, le fleuve du temps qui coule et nous entraîne sur le chemin de la vie, sans que nous soyons au centre de l'univers!

J'ai proposé cette image à Miloud, il a eu le sentiment qu'elle lui apportait quelque chose, après avoir tenté de la connecter au tableau du temps qui représente celui-ci sur un axe horizontal. Nous n'avons pu la réactualiser car il a à nouveau disparu, pris par son nouveau travail et par des démarches pour faire effacer ce casier qui interdit tout contrat de travail impliquant une responsabilité... à suivre...

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22 février 2014 6 22 /02 /février /2014 15:58

la-boussole-10464De quelle confiance s'agit-il?

 

 

Si Miloud revient, après près d'un mois d'absence, avec en tête les questions des dernières séances de l'année, car il ne suffit pas d'avoir les clefs en main pour réussir à écrire, il reste d'abord mobilisé par la question de son avenir!

De quoi a-t-il envie? S'engager, devenir père de famille, comme un de ses copains qui commence seulement à réaliser ce que c'est, alors qu'il a femme et travail, alors que pour lui, Miloud, il n'y aura pas de commission avant septembre pour retrouver son ancien boulot correspondant à ses qualifications! L'intérim est trop aléatoire...

Il ne parle pas de son dernier séjour avant la séance suivante car c'est la guerre froide avec sa mère: il échappe à son contrôle en vivant "sa" vie. Il "garde la tête sur les épaules" en restant calme et nous revenons sur le monde "décalé" du DL et ses valeurs, la conscience qu'il a de l'hypocrisie de ceux qu'il a rencontrés dans ce monde de là-bas, la religion qui 'aide à trouver cet équilibre' qu'il recherche. Mais il a aussi, de mon point de vue 'les pieds d'un monde à l'autre'. Je lui rappelle son souci "d'être", alors qu'ils ne sont que dans le "paraître", qui est leur façon d'être, en précisant dans un raccourci: 'ne pas projeter ton énergie par rapport aux autres mais projeter sur l'avenir'. Son inquiétude: "sans me perdre, sans se diluer". Un déplacement en quelque sorte, ce qu'il s'efforce, maintenant, de faire sans cesse, dans les jeux de l'ordinateur.

 

Quelques extraits de nos échanges autour de ces différents thèmes illustrent bien cette épreuve de réalité que constitue ce qu'il rencontre sur son chemin de vie en ce début d'année. Il l'avait figuré dans un dessin à son retour d'un précédent voyage où il s'était posé les questions existentielles: "Qui je suis? Où je vais?". Il passe maintenant par l'analyse que permet le langage pour tenter de trouver des réponses.

 

"Mon copain va avoir un enfant, le 2e et... le temps passe... je vieillis -faut pas vous vexer- à une vitesse...!

Ça m'ennuie un peu parce que ça me met face à la réalité..." J'approuve 'c'est bien ce que tu viens chercher ici, un lieu... Tu grandis!'. Et je lui propose de relire la carte "tout contrôler" qu'il regardait justement, posée verticalement sur un clip depuis son départ, il y a un mois. Il avait mis l'entraîneur en route.  Mais il attend quelque chose.

Je l'interroge sur le fait qu'il ne m'ait pas contacté (changé de portable) et qu'il ne soit pas revenu tout de suite de son dernier séjour. De fait, c'était pour mettre en route un travail... puisqu'il doit attendre septembre pour repasser en commission pour son ancien travail. Cela impliquera de réactualiser le CV, la demande au Procureur de la République pour son casier, ce qu'il fera avec l'éducateur qui a son dossier, mais nous ne pourrons y travailler ensembles et cela lui fera rater nos rendez-vous ou les raccourcir... L'intérim, c'est pour 10 mois en principe. Encore une contradiction que je ne souligne pas. 

Il revient sur la question de sa relation, s'engager: "avoir un enfant c'est trop de responsabilité. Quand j'ai vu mon copain il y a deux jours, il a peur" Je commente: 'il réalise après coup ce que c'est...'

Miloud poursuit son analyse "... ce qui me craque (fait craquer, il y avait eu une carte sur ce thème) un peu:

parce que je ne peux (?) pas écrire, est-ce que je peux assumer un enfant? Je n'ai pas assez d'armes... peu de fusils d'assaut..."

Je l'interromps 'armes?' Je reformule ce que j'ai compris: 'ça c'est un manque de confiance en soi'. Je le précise dans le cadre de notre dialogue et de sa fonction thérapeutique: 'tu me poses une question, tu as la réponse en dessous .Tu le sens? Il faut que ce soit moi qui la pose pour que la réponse sorte, ou bien c'est dans la question que je pose que tu trouves la réponse.'

"Quand je dis la peur de mal faire, d'être pas assez bien armé"...

Miloud retourne aux jeux d'ordinateur. S'il ne voit pas les figures, cela arrive, il commence à pouvoir abandonner une première configuration pour reprendre dans d'autres combinaisons. Toujours la flexibilité. Pour les mots coupés, ils servent de support à un travail sur les racines pour le sens et les dérivations dans le cadre d'une famille de mots, du nom (connu) au verbe ou à l'adjectif, la morphologie verbale, et principalement, le fait de déplacer des syllabes d'un mot à un autre lorsqu'il y a plusieurs possibilités, nouveauté au niveau 2 car il n'y en a qu'une pour réussir.

Notre programme comprendra désormais lire pour écrire, phrase par phrase, si Miloud peut être suffisamment régulier, sans trop de problèmes à régler.

 

Mais 3 jours plus tard, il est épuisé: il doit décharger sans cesse son trop plein d'énergie. "Quelle vie de de m...". Sa mère, emprise dans le "là-bas", "ma présence crée des problèmes" dit-il car il lui tient tête pour gérer "ici", jusqu'à sa soeur qui a des soucis d'orthographe et panique pour son propre projet d'avenir. Elle est pourtant la plus autonome. Nous reprenons le plan de travail. Il compte reprendre le livre de "lâcher prise". Je préfèrerais un livre où il s'implique moins, mais même dans les livres d'enfants, il cherchait... Il se bat. Je le compare à Don Quichotte qu'il ne connaissait pas: ne pas se battre contre des chimères.

Nous travaillons la lecture qui n'est toujours pas courante: il ne peut dépasser 10 à 15 minutes quand il s'y essaie:

Nous repartons de la fiche du s (refaite quelques mois plus tôt). Nous la reprenons en dictée après l'avoir lue phrase par phrase: le fameux -lire pour écrire-. Mode d'emploi. Il entoure les mots qui risquent de lui poser problème. Il se trompe encore et encore sur le e et le é. Il reconnait avoir "photographié les mots sans les entendre", donc sans le sens, d'où les erreurs. Nous repassons par la lecture verticale des mots qu'il a repérés car il saute encore des lettres comme le i, le r.  A propos des mouvements parasites il comprend enfin ce que je lui demande: "il faut que ça vienne de là-haut et que ça sorte directement" et fait le point à sa façon:

 

"J'ai trouvé comment donner du sens, mais pas comment l'enregistrer".

 

Notre travail se poursuit, avec le guide des cartes que le hasard met sur son chemin: chômer sans stresser. Il y trouve des indications pour lui-même même quand il ne se sent pas concerné dans une première approche. Elles s'inscrivent en temps et heure par rapport à notre travail pour qu'il ait des mots pour s'exprimer et sorte de cet enfermement où il se sentait...

 

Il accepte d'apprendre le tableau des voyelles chez lui avec son carnet. Il ne les retrouve pas toutes quand je lui demande de les écrire et m'explique qu'il les regarde pourtant des yeux, souvent, et pense le savoir. Il se demande pourquoi cela ne marche pas. Je lui propose à nouveau, à sa demande explicite donc,

  •  
    • - mon approche des circuits "mémoire" d'une part: je recense tous ce qui intervient dans la perception: yeux, oreilles, sentiments (en tant qu'impact des sensations, autrement dit, la sphère psycho-affective...) + le mouvement, les formes en découlent. Il faut se rappeler de ce qu'on voit,le temps de trouver une forme qui a déjà été vue et qu'on reconnait alors. Nous le préciserons ultérieurement.
  •  
    • - et ce qui concrètement peut poser problème dans l'intégration de la correspondance grapho-phonémique, d'autre part... Il est perturbé par ce qui n'est pas fixe dans les mots et je lui donne quelques réponses aux points qu'il soulève.
  • 'Il y a deux lettres magiques pour changer les sons (je pense aux consonnes c et g),  le u renforce, le e adoucit. Nous faisons l'inventaire de ce qui le gêne: le o ouvre le eu e-oe/ oeu. L'accent permet d'ouvrir le son du é (en tant qu'archiphonème). Le i permet de changer une voyelle qui n'est pas /e/, comme si le i remplaçait l'accent: ai ei.'Nous cherchons des exemples de _e+consonne en finale qui fait é mais qui s'ouvre quand elle se prononce, e++2 consonnes de même. Il ne trouve que belle en disant "ça ne vient pas".
  •  
    • L'évocation est donc en question. Méthode de recherche: choisir un thème, partie du corps il propose "tête" et poursuit, "c'est facile pour vous". Je tape sur la fesse pour le lui faire trouver. Nous poursuivons l'analyse, bonbon, une exception pour la règle du om. Oreille lui permet de retrouver le ill.  

Le travail se poursuit avec cette image qu'il apporte, qui actualise le saut dans l'imaginaire et figure le désir:

"mon esprit vagabonde, c'est comme si je lançais les bras en avant pour attraper"...

Miloud témoigne de sa concentration focalisée maintenant sur ce qu'il veut enregistrer. Quant à la méthode "je ne l'ai toujours pas trouvée, malgré le temps". 

Son entrainement personnel (plus qu'intermittent): "j'ai pu lire 20' hier à 25 complètement décroché, ce sont les mouvements avec la bouche qui me fatiguent."

Je lui rappelle qu'il est censé 'lire des yeux', et lui demande 'quel geste?'. Il le sait bien "mettre la main devant la bouche".

Il s'encourage: "maintenant faut aller au combat".

Je reprends, 'il faut se remettre à ce qu'on faisait, comme tu ne retenais pas les mots, te centrer sur la méthode' et je refais pour lui un tableau sur la mémoire en développant une première colonne, celle des perceptions pour lui montrer, en l'écrivant et le localisant sur la feuille, ce qui se passe:

'construire au lieu de deviner'.

J'explique ce qu'est une perception: une première forme d'organisation: 'tu as des sensations, mais tu les a déjà eues, vues le plus souvent, il s'agit de les retrouver. Certains sons c'est d'emblée, d'autres tu les reconstruis en les retrouvant par rapport à ceux-là. Pour les mots c'est pareil. Pour toi un "sapin" a une forme figurée, le même mot écrit, lui, est une coquille vide, il y a un tas de représentations du sapin, un tas d'images qui peuvent te venir et parfois, leur sens arrive comme dans un saut qui donne le sens du mot sapin  et qui restera son sens quel que soit la forme qui pourrait te venir à l'esprit quand tu le vois écrit. Ce sens (concept) intègre tous ceux auxquels tu peux penser'.

Construire est un des maîtres mots pour ceux qui sont dyslexiques et ne peuvent compter sur une structuration non consciente, alors qu'elle est nécessaire à la mémoire à long terme, qui permet de fixer ce qui est perçu, les formes qui révèlent le sens.

Il dit alors:

"J'ai peur de me lancer".

Je rétorque 'il te faut accepter de te tromper pour pouvoir progresser. Honte? parce que les autres vont le voir? Les autres ont leur vie...'

 

Confiance en soi, confiance malgré la malchance qui semble le poursuivre. Les clefs qu'il détient sont dans cette énergie de lutteur, ne pas craquer, qui en veut malgré tout. Motivation et émotions, ce qui pousse à agir, mais comment gérer celles qui étaient "enfouies" avec l'oubli de son passé et qu'il a localisées dans son dessin réalisé à partir du texte "le puits". Les mots sont là maintenant pour l'évoquer sans figuration et avancer.  La flèche hérissée d'amorces illustre cette pulsion. De lire à écrire, il a trouvé lui-même, au pays de ses racines, les questions fondamentales pour lui : qui est-il? où va-t-il? rapportées à l'occasion de son avant dernier voyage.

 

D'autres cartes vont jalonner les séances suivantes et nos discussions l'éclairer car il fait les déplacements nécessaires pour y retrouver ses propres expériences: "objets inanimés", "cela ne m'a rien fait" mais il avait sauté une phrase à cause du mot frustration qu'il ne connaissait pas. Ce n'était pas nouveau pour lui, en d'autres termes. Pour "tabac, gérer la rechute" il précise "Ca débloque un petit quelque chose" bien qu'il ne fume pas.  Je me risque à lui parler d'une expérience personnelle pour arrêter le tabac, en vacances et il tire alors "Décrochez en vacances". Je lui propose alors une représentation du temps que j'imagine, là où j'en suis de ma propre recherche, qui sera présentée dans le prochain article sur Miloud, avec la carte "En retard".


Comme thérapeute j'espère qu'il va lâcher un jour tout ce qu'il retrouve dans ce travail sur lui-même pour "écrire" enfin, tout comme il a réussi à lire. Confiance, être et paraître, laisser une trace de soi dans l'écriture, s'engager donc, il "veut" certes mais "n'a pu fixer" ni les mots qu'il déchiffre encore souvent, ni le travail technique, en particulier le support visuel proposé pour intégrer le système de la langue... malgré ses essais, il n'apprend toujours pas, faute de retenir, et peut-être de s'exercer suffisamment. La vie ne lui en laisse guère le loisir.

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Published by Jaz - dans Dyslexie
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30 janvier 2014 4 30 /01 /janvier /2014 11:32

trousseau-clesLe chemin des cartes (décembre).

 

Le lendemain, Miloud n'a pas arrêté de  penser à mes paroles sur l'estime de soi, lorsque j'ai reformulé "se donner un rôle" en 'non! comment on veut être vu': il ne trouve pas de réponse...

Je souhaite le rebrancher sur la réalité concrète, au lieu de se complaire dans un questionnement métaphysique.

Je lui fais lire alors un petit texte que j'ai écrit sur "Un Te Deum païen", ce que m'évoquait la musique que je chantais à un récent concert, sans vraiment me préoccuper des paroles, juste l'esprit de l'hymne que je connais. C'est un texte d'images qui intègre la perspective de la fin inexorable de cette danse qui nous mène dans un parcours au sein de tous les visages de la nature.

Il réagit violemment: "Faut pas parler de ça Madame!". Et je me justifie en précisant 'tu ne peux pas avancer sur un petit nuage'.

Il me demande alors une carte (jeu "lâcher prise"). Une fois de plus elles répondent en le guidant dans sa réflexion, son auto-analyse puisqu'il s'est orienté vers cette démarche...

 Il prend la première "Pour ne pas craquer". Il analyse: "Quand j'ai beaucoup de stress, je déprime un peu. Je me force à ne pas...". J'essaie de lui faire réaliser la contradiction... C'est un peu de la provocation, le pousser dans ses derniers retranchements, en lui donnant une nouvelle piste. 'Sortir de toi, te mettre à la place de l'autre. Cela dépend de la situation bien sûr: faire jouer l'imagination'. "J'y arrive pas!" 'C'est normal parce qu'on a parlé de la mort. C'est pour que tu descendes de ton nuage!'

Puis "héros ou martyr".  La deuxième répond bien au retour à la réalité.

"Héros ça fait zéro!" Il m'en lit des extraits à mi-voix. Il ne faut pas devenir martyr, esclave des tâches quotidiennes. Ce que j'ai retenu: "lâcher prise de temps en temps. Il faut aussi rester concentré, j'arrête pas de cogiter".

Je propose 'ne plus y penser. Travailler aujourd'hui pour que ça cogite tout seul. Ne pas en rester là'.

 

Le lendemain:

Un recadrage de plus

Où en est-il? Retrouver ton travail fin janvier (en fonction d'une commission, mais ce n'est pas sûr)? Son frère parle d'aller au pays en janvier? 'Maintenant fini de parler. Tu te concentres!'

"Je n'arrive pas à me déconnecter, à me reconnecter sur autre chose... Ca me demande un effort terrible". Il s'y remet. 'Voilà où est ton effort'. 

D'emblée il annonce "je peux pas venir sans faire des mots". - ' Comme hier?' - "Oui! Après vous m'avez mis un coup avec "être ou paraître"..."

Et il se repositionne avec le logiciel: il réussit les mots à recomposer. "Ils viennent vite". Je dois lui expliquer cétacé (j'insiste sur le jeu de mots: c'est assez). Il doit partir, il revient la semaine suivante pour deux séances avant qu'il ne parte à nouveau au Bled.

 

De nouvelles cartes

De fait il est très incertain de son avenir et parle de sa copine, relation sous le signe de "j'avais un peu peur au début". Il ne lui a rien dit de son handicap, et cherche ce que signifie le mot "appréhender" qu'elle a utilisé sans qu'il le comprenne. Il prend le dictionnaire et j'en profite pour rappeler, deux p, la règle du h. "Avant j'aurais jamais réussi à trouver ça!" Il veut tirer une carte. Il me dit "je ne suis pas prêt à me faire confiance à 100%!" lorsqu'il me demande de la tirer à sa place.

Besoin de tout contrôler

C'est bien son, mon, notre problème, en lien avec la DL!!! Pour en revenir au sien nous en parlons avant qu'il ne se mette à lire et me restitue sa lecture en commençant par la fin.

"Il y a 3 questions. La plus importante: quelles seraient les conséquences si vous n'intervenez pas? Je n'ai pas compris: -manquez-vous de reconnaissance?- Vous ne pouvez pas faire confiance aux autres: pourquoi vous sentez-vous obligé de le faire?

J'ai envie de l'envoyer en texto à quelqu'un".

'N'hésite pas' (alors qu'il ne m'en adresse jamais et n'écoute pas sa boite vocale). Nou sn'arrivons pas à communiquer par portable (et il ne me prévient jamais non plus de ses changements de N°. Je dois passer par le fixe familial avec des messages jamais transmis. Se préserve-t-il de trop d'ingérence, par mes relances du fait de ses difficultés à gérer le temps?)

Ce qu'il en retient pour l'instant en me donnant ses réponses aux questions posées:

- "les autres ne nous situent pas à notre juste valeur"

- "intervenir? par peur que ce soit mal fait!"

Il est donc question de confiance, être solidaires tandis que je lui pointe en passant 'mal, faire des fautes!'

Il en revient à sa copine, sa question du jour, qui souhaite un engagement. Il s'est acheté des chaussures ce que je pointe également comme le "paraître".

Le lendemain il se met aux puzzle des formes d'emblée, "Je suis gêné  par rapport à cette fille, je l'aime bien, ça me trotte en tête". Il est sûr de réussir le puzzle: "je suis tout chaud bouillant". Il trouve et nous lisons le dernier article. Il ne peut aller vite, c'est vraiment pour lui un effet de miroir. Il m'en demande le lendemain un exemplaire pour l'emmener au pays où il va partir... Et bien sûr, une nouvelle carte (il ferme les yeux pour la tirer).

Le manque d'espace

De notre discussion lorsqu'il se met à lire il met en mot ce qui l'empêche de se concentrer en réalisant que "j'ai peur d'être envahi par les sentiments que je ressens actuellement".

 Il lit mot à mot, (A propos de l'accumulation d'objets)... Faites le vide... Ne laissez pas le passé prendre la place que devrait occuper le présent, il a buté sur cahier et commente pour conclure: "C'est trop beau à la fin. De la poésie. Je pensais que cela n'allait rien me faire. Mais ça m'a touché.... C'est bon, Madame. C'est pas moi qui invente. C'est pour tout le monde ça..."


Pourquoi des clefs?... Nous savons que nous reprendrons le travail "technique" bientôt, s'il n'a pas trop de nouvelles questions qui mobilisent son esprit et réveillent sa "peur".

à suivre ... 

 

POSTFACE

 

Deux mois plus tard, il n'a plus de copine et a enfin un projet de travail (manutentionnaire) par sa boite d'interim. Miloud redoute de se présenter à ce "nouveau travail". La peur de l'inconnu. De quoi au juste? Nous recensons, et parlons relationnel certes, car la question de l'estime de soi n'intervient pas directement: il avait fait un stage pour être chef d'équipe à Air France, était accepté avec un contrat jusqu'à ce qu'on lui demande un extrait de casier... Vieille histoire d'être pris pour un autre, qu'il traîne comme un boulet. 

 

Nous relisons cet article en instance de parution, comme toujours, il se reconnait et ce reflet de lui-même l'aide à décharger ce qui l'oppresse de son passé qui n'a pas encore rencontré le fleuve du temps (article à paraître), dernière image que je lui ai donnée pour lâcher prise après celle d'un espace trop plein donné par la carte. (à suivre...)

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Published by Jaz - dans Dyslexie
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- L'avatar correspond à des dessins d'enfants tels qu'ils me voient. Il y a 30 ans, un jeune malentendant de 9 ans me dessinait avec des taches de rousseur (non non ce ne sont pas des larmes!)
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