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1 juillet 2013 1 01 /07 /juillet /2013 09:36

Ecran30.6.131.JPG

Du travail sur "Frère Jacques" à la Fête "théatre" de fin d'année

 

Comment Yann (18 ans) s'est-il préparé pour réussir ainsi une telle expression corporelle dans la représentation théatrale de fin d'année?

 

Il y a eu, certes les cours de danse qu'il a suivis l'année précédente en IME qui ont nourri sa gestique mais également ce travail de construction d'un espace de représentations internes que lui a permis l'entraînement à playmath, le travail de Tam Tam Rythme pour se lancer en temps et en heure, et tout récemment le travail sur Frère Jacques pour améliorer son expression verbale en lui donnant une finalité à visée culturelle.

scene.jpgYann a ainsi pu jouer le rôle de meneur de jeu au cours de ce spectacle, ayant parfaitement intégré la programmation, le moment où chacun devait faire son numéro, "se défonçant" dans sa propre expression "libre" car il s'appuie sur le mouvement pulsionnel de sa stéréotypie que l'on ne retrouve plus comme telle mais comme mouvement intégré dans une séquence intégrant elle-même l'espace dans toutes ses dimensions. Il "se défonce" de toutes les façons possibles, déplacements, rythme marqué en tapant du pied, sauts, jusqu'à un appui sur les mains, le corps en harmonie totale. Quelle énergie! On y ressent l'ouverture à l'autre, qui se précise parfois dans un geste d'offrande, il danse geste-mains.jpgpour nous, spectateurs qu'il finira par inviter à le rejoindre lui et son groupe sur un ryhtme final où les 4 jeunes trisomiques s'étaient, enfin, retrouvés.

djembeCar l'un d'entre eux ne voulait pas danser devant ses parents et s'était caché derrière le rideau pendant presque tout le spectacle. Il est venu, en leur absence, lorsqu'il y a eu le bis où ses camarades ont tout repris. Après avoir joué sa partie de djembé en coulisse, à son tour, il s'est montré  petit à petit et a fini par aller danser avec les autres pour le show final, lorsque Yann nous a appelés, en me nommant même (son alliée fidèle?), et "celui qui ne pouvait pas se montrer", a donc non seulement dansé avec tous mais m'a fait danser, tourner même!!! Quel travail réussi d'intégration pour ce groupe d'enfants dans cette activité culturelle!

Tout aussi remarquable, pour moi, au début du spectacle, le fait que chacun suivant son fil de couleur s'efforce d'éviter la collision avec l'autre quand les fils se croisent, et plus particulièrement encore, le fait que arrivé au bout de son fil ... Yann alterne les séquences en avant/en arrière, avec d'aussi grandes enjambées d'un bout à l'autre de ce fil! Imaginez mon enthousisasme à le voir appliquer ainsi sa maîtrise de la représentation de l'espace, en mettant en acte le concept de "derrière".

 

Frère Jacques

La séance du matin précédant ce spectacle, avant de le chanter, Yann retrouve Frè(re) Ja-cques en "parole" à 3 syllabes  en refaisant le parcours, "non pas 3 mais 4 syllabes" pour retrouver rapidement le R défaillant. Puis, directement, sans passer par "se mettre dans ma voix",  Yann a chanté seul ce qui figure sur la capture d'écran ci-dessus de Frère Jacques (paramétrage à 10000hz).

La première syllabe FRE- est timide, il cherche et réussit un RRR non vocalisé, pose le J qui devient JAc, avec une petite occlusion donc, et pose le QUE détaché. C'est une vraie re-construction qui lui est nécessaire avant de devenir maîtrise de la séquence.

Le travail se poursuivra pour qu'il réussisse à en poser deux à la suite, puis enchaîner avec les "dormez-vous" qui iront tout seuls puisqu'ils n'ont que 3 syllabes.


Ecran30.6.132.JPGIl essaie donc encore et ses essais seront avec des temps de latence inter syllabiques encore plus importants qu'ils ne l'avaient été les autres séances, comme le montre l'image ci-contre entre le RE enfin réussi et la suite...


Puis il accélère un peu jusqu'à non seulement en placer deux (on voit la trace de ma solicitation à poursuivre en vert)Ecran30.6.133.JPG

 

mais réussir à enchaîner un dormez-vous dans la dernière capture d'écran. Ecran30.6.134.JPG

Il suit des yeux le spectre qui s'inscrit et se dépêche pour arriver à le dire.

Fatigué, il déclare "j'en peux plus", il veut s'en aller et je négocie de passer à play math.


Play math

table100.jpegYann a fait ce jour là un certain chemin en mobilisant sa concentration avec Vocalab, mais avec Play Math, je lui propose un autre exercice qui non seulemnet consolidera la numération au delà de 50 mais exploitera aussi ses progrès dans la façon qu'il a de se repérer dans son jeu préféré: le carré de cent, celui, maintenant, de toutes ses expériences, où il se rassure.

Nous avions laborieusement construit les repères, depuis un point de départ (unités en ligne, dizaines en bout de ligne, donc colonne) il s'appuyait sur la numérotation en ligne (1 2 3 etc...) ayant intégré le fait d'avoir à changer de ligne par rapport à la dizaine qui reste affichée au 2e niveau où il travaille. Il n'utilise pas vraiment le repérage de la colonne qui donne le deuxième chiffre du nombre qui s'affiche de façon aléatoire et qu'il doit retrouver. Si cette stratégie de mise en route pour trouver le bon nombre se révèle maintenant efficace, j'ai le projet de l'aider à en changer parfois en prenant des repères plus perceptifs, afin de l'amener à utiliser davantage la double entrée et ce qui est inscrit à proximité. C'est aussi travailler à identifier le nombre en tant que globalité et non par sa place dans une liste. Il utilise ainsi de temps à autre une relation topologique comme support de son choix.

Ce jour là je lui propose un  jeu, le jeu des réservoirs, que nous avions abandonné à notre première tentative il y a deux mois car il impliquait a minima une meilleure connaissance de la numérotation de 50 à 100. En outre, en posant la soustraction mentale, on accède à la réversibilité de l'opération.

La mémoire immédiate se transformant en mémoire de travail permettrait de construire le schème qui peut se figurer dans l'équation de départ A+B=C, entraînant B=C-A et A=C-B.

réservoirsEn effet, il s'agit de remplir une citerne à l'aide d'un réservoir de 100 qu'il faut compléter pour qu'il se déverse dans cette citerne en choisissant dans les petits réservoir présentés en même temps que lui, celui qui a le contenu à ajouter pour faire 100 (figuration du liquide et nombre). On voit le liquide remplir plus ou moins ce ce dernier. La mémoire de la combinaison qui a permis de trouver 100 peut permettre de trouver une façon de réussir en reprenant les deux et en les intervertissant, préparation à la découverte de la réversibilité, 60+40=40+60, par exemple. Le plus simple est de travailler sur le chiffre de la dizaine certes, mais n'est plus jouable lorsqu'il y a le chiffre 5 pour les unités: 75 car il faut trouver 25 et non plus 30. "Le carré de 100" l'y a préparé, mais il lui faut un support et le boulier va lui permettre de se donner les repères nécessaires pour construire cette représentation sur un mode figuratif à défaut d'accéder à l'abstraction du nombre. Cela répond en outre à mon projet de travailler à un niveau perceptif.

Comment Yann va-t-il se situer par rapport à cette tâche?

Même avec le support du boulier, il ne l'a plus manipulé depuis des années, Yann n'utilise pas la mémoire immédiate et recompte ainsi les boules lorsqu'il les déplace par 5. Il va falloir le retravailler avec lui comme je l'ai toujours fait avec les dys de tout bord jusqu'à ce que 5 soit perçu comme une globalité tout comme 10 est en voie de le devenir de par la présentation des supports proposés: ligne du jeu de 100, barre du boulier... L'étayage est certes nécessaire mais lui permet de réussir le jeu des réservoirs.

Artus, autre trisomique que je n'ai pas suivi au moment des apprentissages de base, avait pu apprendre quelques routines mais n'accède toujours pas au raisonnement qui permet d'utiliser la soustraction... Nous étions cependant allés beaucoup plus loin que je ne l'envisage avec Yann.

Petit à petit, Yann devient de plus en plus efficace et accepte de mobiliser son attention sur des tâches qui n'ont rien de simple pour lui. Il accepte l'immense effort qui lui permet de réussir. Il en est heureux et fier. Il le manifeste en paroles, s'exprime de mieux en mieux même si cela redevient parfois incompréhensible. Toutes nos activités visent à l'y aider et participent ainsi à son intégration dans le monde qui l'attend en tant qu'adulte.

 

A l'occasion de ce spectacle, Yann est devenu capable de mobiliser plusieurs types de représentations.

Représentation de l'autre dans ce qu'il doit faire et maîtrise de l'attente pour l'autre, espace/temps maîtrisé,

Yann respire du bonheur de l'artiste, plaisir qu'il transmet par son expression même. 

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Published by Jaz - dans Handicap
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