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23 septembre 2017 6 23 /09 /septembre /2017 21:55
Décrocher la lune et se régaler

Décrocher la lune et se régaler

Le rituel

Yann a tout de suite mis en pratique le nouveau rituel. Les activités seront donc celles de la séance précédente.

Cette fois je l'ai laissé très vite avec le solitaire et il a réussi à enlever beaucoup de pions, mais en en laissant un peu partout. Il n'élabore donc pas de stratégie et n'a pas d'intuition particulière qui lui permette de nous surprendre.

Puis il s'est exercé à la cible. Très fier de ses réussites, même quand on lui a suggéré de reculer un peu le fauteuil à roulette qu'il s'est approprié dans le séjour.

Pendant que nous parlions, il était également attentif à son jeu et à notre échange, intervenant par un commentaire le cas échéant. Quand il a commencé à compter les points, j'ai introduit le fait d'avoir à les additionner. Il a su pour 10 et 10 en disant 20, il a pu lire 50 mais pas le totaliser. Sa mère a tenté de l'aider avec les doigts de ses mains, mais il est resté à soixante et j'ai du ajouter dix. Ce sera à reprendre, il y a longtemps que nous ne nous sommes pas entraînés... notamment avec playmaths...

 

De déguisement à "peau"

De déguisement à "peau"

Lorsque nous partons au "bureau", Il veut me montrer les photos qu'il a faites, plein de kaplas, les "cheval". Ce sera pour plus tard.

Les histoires en image

'D'abord on travaille. Tu te rappelles?' Il s'agit du petit bloc d'histoire à raconter. Il dit très vite:

"J'pas vie"

- 'Tu n'es pas d'accord, je vais t'aider'

- C'est potame. Déguisement.

- Pour un? Cochon? (Je fais le lien avec la dernière fois)

Sa mère commente à nouveau les images sur l'hippopotame:

-' C'est une histoire drôle, un jeu sur.... (elle évoque une expérience et résume) il se déshabille en enlevant sa peau pour se baigner'.

J'interviens en lui proposant

- Une autre, choisis une qu'on n'a pas encore racontée.

La souris

Avec beaucoup de soupirs et de plainte il prend l'image de gauche de la première page

- oh la la ! La s'ris ("ou" escamoté) (image en tête d'article) et poursuis voi a pou l

et sur la dernière image oh que de banane et fromage!

Sa mère intervient:

- c'est quoi ça?

- lune

Elle veut poursuivre son étayage mais je l'interrompt avec

- qu'est ce qu'elle fait ? et ajoute pour sa mère : le chemin c'est les actions. On a dessiné des carrés mais tu reconnais? et le dialogue se poursuit (extraits)

- là c'est cubes... attrapé lune fromage. lui mange fromage lune.

La mère commente l'histoire en disant ce n'est pas "vrai" et je reprends "ce n'est pas possible".

Yann veut passer aux photos j'insiste en prenant la dernière image sur la première page

- 'et celle-là, tu ne l'as pas regardée' (le chat)

 

Le chat et les puces

Le chat et les puces

Le Chat

Il en trouve 3 sur 4 en commençant par la fin. Je précise

'Moi je ne l'ai pas regardé. Je n'ai pas vu toutes les images'

- des chats

- non le même. On va essayer de comprendre ce qui se passe.

On recherche sur l'image correspondante en discutant des hypothèses

- des bêtes.... des puces

On reprend

- des puces sa (chat)

Je lui montre les sourcils de la 1ère image

- dort ...(on arrive à ) pas content

Je continue à pointer sur l'image

- des pattes... 1 patte... i (g)ratte puces... fourmis pellicules

- i gratte quoi? ses pieds? Quel endroit? Montre sur toi? Je te touche (il ne supporte pas le contact et se dérobe en grognant) ça s'appelle comment? Je montre

- la main

- là?

- les seveux.

- Papa quand il se rase ? (réponse laborieusement construite sa mère évoque la situation où il est dans la salle de bain et ne veut pas qu'on entre 'qu'est-ce que tu dis? je suis à ...poil')

- des poils.

- et là ?

- des puces

- elles sont où ? (4e image)

- paties du sat. des poils.

Je le pousse pour lui faire trouver "tombées"

Il explique à sa mère qui a oublié le travail sur la salle de bain  où il avait utilisé la même onomatopée :

- plouf

- JE PEUX PLUS.

SITUER LE CADRE DE CE TYPE D'HISTOIRES

Lorsque je repropose à Yann l’histoire de l'hippopotame c'est pour voir s'il se souvient de la façon dont nous avions réussi à comprendre l'histoire et rappeler le contexte : une histoire drôle. Il retrouve le chemin qu'il avait suivi et sa mère s'appuie sur une de ses expérience personnelle pour l'aider à trouver le terme adéquat et approcher de ce qui n'est pas vraisemblable.
La différenciation entre réel et imaginaire est toujours à l'ordre du jour pour l'aider à mieux analyser et se situer dans les situations réelles qu'il rencontre. .

L'ÈLABORATION DU RÉCIT

Yann n'a pas encore le réflexe de raconter une histoire.
LA SOURIS
- Il énumère ce qu'il voit pour la série de la souris, sur la 1ère avec une exclamation "oh la la ! La s'ris" et interprète la dernière image dans son univers favori (il adore cuisiner, photographie les plats etc...) "oh que de banane et fromage!" . Sa mère le guide vers l'identification de la lune. Il utilisera un énoncé parataxique (la juxtaposition) pour conclure sur l'action finale de la souris/rat "attrapé lune fromage. lui mange fromage lune.".
LE CHAT
- Il ne perçoit pas encore la permanence du chat comme héros. La série d'images du chat ne le facilite pas car le chat n'est pas identifiable sur toutes les images (cf. la 3e celle des poils).
- avant de pouvoir identifier ce qui se passe, il faut également identifier les autres personnages, les lieux. La juxtaposition de "des puces sa (chat)" peut s'interpréter comme énumération mais aussi comme procédé d'appartenance dans le contexte de ses énoncés parataxiques faute d'avoir l'usage des prépositions lorsqu'il construit l'énoncé et n'utilise pas un figement comme dans l'énoncé suivant.
- "paties du sa. des poils." Comment lui faire trouver l'action qui découle de l'action du chat. Il s'en tient à une action basée sur une relation qu'on pourrait dire topologique (spatiale). Lorsque j'insiste, il change alors de registre de langue et utilise une onomatopée pour traduire le mouvement évoqué.
La série est plus difficile que les autres et il progresse de plus en plus vers l'énoncé d'un récit.

L'ÉTAYAGE

Le travail de "guidante parentale" se poursuit avec la mère qui a toujours beaucoup de mal à lui "laisser le temps" et amorce malgré elle la réponse qu'elle attend à une question plus centrée sur la dénomination que sur l'action qui conditionne la dynamique d'un récit. Elle seule peut l'aider en évoquant des expériences personnelles de l'enfant pour qu'il en apprécie la vraisemblance.
Les termes varient pour situer le type d'imaginaire, impossible, histoire vraie ou inventée, le vraisemblable est mon favori comme "possible" avec sa reformulation "ça pourrait arriver".

Histoire vraie ou vraie histoire

La séance se poursuit avec la présentation de ses kaplas et la lecture de Babar. À suivre dans un autre article.

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15 septembre 2017 5 15 /09 /septembre /2017 22:07
Le solitaire

Le solitaire

Le solitaire

Ce jour là nous n'avons pas suivi les routines. Pendant que nous parlons avec sa mère en prenant le café dans le living, il joue au solitaire dont je viens de lui expliquer les règles. Comment les lui faire comprendre d'ailleurs ?
Il connait le jeu de dames donc le principe. Cela me permet de passer directement à la  phase démonstration une fois seule, puis avec lui. J'espère que son désir de réussir l'encouragera à élaborer des stratégies... En tout cas il s'y applique. Nous le reprendrons plus tard et je suggère à sa mère d'en rechercher un chez elle. Il est mûr pour s'y atteler...

Et j'espère bien sûr que cela lui fera quitter un peu l'ordinateur car il est bien de son époque...

Nous partons tous les deux vers notre salle de travail car il est impatient de me montrer son nouveau jeu et je voudrais qu'on parle de ses vacances en famille puisqu'il a perdu dans le voyage quand il est allé en colonie son téléphone et son appareil photo. Je me propose de tester ainsi sa mémoire et sa capacité de réaliser un récit. Ce projet se réalisera-t-il?

Après la grille constituer le lexique

Après la grille constituer le lexique

Le dialogue initial

Il s'assoit et je commence en situant notre propos. Va-t-il se repérer dans le temps? 

"Ces vacances ? "

- moi j'étais en colonie

- et avant ?

- montagne

- non avant? (car il répond pour la colonie)

Pendant ce temps il a sorti le jeu où il excelle "Puissance 4". Je ne suis pas d'accord et situe espace et partenaires :

"Non, je n'en veux pas, c'est à la maison avec maman."

Cette dernière est arrivée et nous confirme la motivation de son fils à le choisir comme activité : il gagne tout le temps. Quant à moi je sais d'avance que je serai encore plus nulle qu'elle, tout comme aux échecs, jeu de go et tant d'autres jeux... Peut-être qu'un jour je demanderai à Yann de m'apprendre à y jouer, mais il y a toujours tant d'autres choses à faire.

La boite de mots croisés

Cette boite est un nouveau support, jeu très ancien (vide-grenier), que nous avons déjà exploré en nous en tenant à remplir les cases (article non paru à ce jour sur jazblogtest, "Yann et le futur", le lien viendra plus tard).

Sa mère choisit la planche en fonction de ce qu'elle pense qu'il doit connaître. Il n'y a pas de page de solutions comme dans les livrets que nous utilisons d'habitude. Il faudra l'aider... Il veut que ce soit moi et non sa mère qui réagit toujours au quart de tour et ne lui laisse pas le temps d'essayer seul de trouver ou qui ne réussit pas souvent à le mettre sur la voie sans le lui donner à répéter...

Une première image

Il nomme l'image

- poisson

en sortant les cartons P I comme lettres. Je lui précise "c'est une sorte de poisson" et je lui fais répéter "car-pe".

Il range les 2 lettres, sort le A puis le C. Il le met en place. "Tu veux qu'on répète le mot?" Sa mère et moi le disons ensemble. Il prononce à è (pour R), sort le R avec I, je refuse ce dernier, j'insiste sur p (avec le geste) en répétant le mot pour le P et lui demande ensuite "qu'est-ce qui manque au bout?" pour le E.

Hypothèses :
Tout s'est passé comme si le premier mot associé à l'image restait présent avec le I nécessaire à l'écriture de oi. Il reste dépendant de sa première évocation de mot. Conflit à résoudre peut-être?
Il refuse l'étayage maternel qui ne s'adapte pas à son rythme et à sa forme de pensée comme peut le faire un étayage thérapeutique. cf. Vygotski La zone proximale de développement.

"Le changement de point de vue sur la façon de réaliser la tâche s'effectue dans le jeu des représentations des partenaires de l'échange interactif". (2003)

C'est pourquoi je présente le corpus de l'échange pour exposer le support de ce qui motive ma propre démarche d'étayage. Ses choix de lettres, leur ordre, ce que je dois faire pour qu'il entende et choisisse l'une ou l'autre sont autant d'informations sur l'évolution de ses stratégies qui lui permettront un jour de lire seul et d'écrire, du moins je l'espère.

P. 5 du poster Psy & SNC de 2003

Une deuxième image

"Qu'est-ce que tu veux mettre comme mot? On t'aide un peu."

mère "C'est quoi ça ?"

- Pomme

moi "j'crois pas... si".

Yann sort P M M E puis trouve le O

- C'est ça. Oh là là Je trop fort.

La troisième image

- Blé

Explication sur épi de blé, de maïs. Cherche les lettres I P E. Je lui rappelle que le E peut être dit é. et ajoute :

"Il faut écouter le mot".

- J'suis bête hein moi !

Sa mère lui explique alors que le mot qu'il connait "pie" est différent. "Dans le jardin un oiseau noir qui siffle".

Le travail se poursuit pour les autres mots, en lui imposant l'utilisation du tableau des lettres pour faire les sons... etc. en particulier la révision des consonnes.

Je décide que plutôt que de refaire une autre grille, on va voir ce qu'il en reste. Je la cache et lui donne une feuille blanche et un crayon avec la consigne "tu te souviens de quoi ?"

 

Évocation du mot avec son référent (image)

Évocation du mot avec son référent (image)

Évocation écrit/figuration

Yann est donc libre soit d'écrire, soit de dessiner... Il choisit la liste de mots et ce n'est que secondairement, à ma demande qu'il fera les dessins qui figurent ci-dessus. Je lui demande alors de les réunir comme on faisait dans le temps, il ne manifeste aucune opposition mais semble content de réaliser l'exercice.

Lorsqu'il arrive à carpe, il le prononce en même temps qu'il l'écrit. Le travail a porté ses fruits alors qu'il recherche toujours certains son à partir de la prononciation de la lettre,  pé en particulier, de même pour le R qui reste "è" quand il veut écrire ce qui renforce l'omission qu'il en fait le plus souvent dans sa parole.

Parole et écriture

Pourquoi parler d'une amorce d'autonomisation ?
Il ne s'agit pas cette fois de son comportement en général pas toujours adapté mais de celui qu'il a face à une tâche qui mobilise une énorme concentration : changer le mot qu'il voudrait écrire, chercher les composantes des syllabes, respecter l'ordre des lettres quand il n'est pas sûr de réaliser le mot oralement dans son intégralité du fait de son retard de parole aggravé de son agrammatisme.
Il lui faut également changer sa stratégie d'épellation des lettres, mise en place dans son apprentissage malgré une initiation différente au départ que j'ai tenté d'imposer en vain, pour celles des sons des lettres comme il le fait spontanément ce jour pour le mot carpe.
Il lui faut également ne pas partir dans un autre mot parce qu'il le connait etc...

Son langage reste très simplifié hors quelques "figements" qui intègrent des éléments grammaticaux par exemple. Les composants de ces figements doivent pouvoir s'autonomiser, il doit pouvoir les intégrer dans d'autres énoncés... Le chemin sera long, il ne fait qu'y entrer.

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18 juin 2017 7 18 /06 /juin /2017 16:35

Un nouveau scénario s'amorce 

Retour des vacances. (Article du 8 mai). Les parents de Yann ne sont pas disponibles. Sa soeur l'accompagne jusqu'à la porte. Que va-t-il dire à l'interphone?

"C'est Yann"

Une variante du scénario s'impose. Effectivement il ne dit pas je suis avec, je dois lui reposer la question

'tu viens avec qui? '

Il répond :

- "avec Léa".

Je sais qu'elle ne montera pas aussi j'introduis une autre "formule" : - je viens seul - que je lui demande de répéter. Je lui dis alors

'monte'

- "j'attends maman?"

- 'elle vient pas'

- "d'accord"

Il s'agit de "travailler" sur son autonomisation. Il est donc seul sans personne pour relayer sa parole en m'aidant à la comprendre.

 

Mémoire et "récit"

Je lui fais répéter ses énoncés avec la préposition qui manque. La transcription ne tient pas compte de l'articulation imprécise des J et ch.

"Moi je me souviens. On était (en) vacances".

"Moi z'étais (à) la mer, la plage".

Il va suivre ensuite ses photos qu'il me montre et répond à 'dis-moi'

- "on était Nazai

- 'St Nazaire ?'

- "oui"

  • 1ère photo

"Le pont"

- 'La voiture? Elle est où?'

- "on était à vilo (vélo)"

- 'Et tu as pris la photo?'

  • 2e photo

- "on était au restaurant on était manzé"

  • 3e photo

"pizza"

  • 4e photo

'OK c'est le chocolat et de la sauce là'

"la sauce/ la table/ la maison Là mon sauce" (je corrige 'ma')

  • 5e photo

- 'Et là c'est quoi ?'

- "Le menu restaurant. Il est caché".

- 'Le menu c'est le garçon.  Le garçon apporte le menu'

- "de pizza"

  • 6e photo

- "le fou(R) dans sa tête. z' explique, ze connais :

la pâte à pizza (geste)

sauce tomate (le ou la?)

"f(r)omaz oeuf  aussi"

"moi z ai bu du coca"

  • 7e photo

- "menu"

- 'le garçon'

- "c'est un mons(i)eur"

  • 8e photo

"ah oui. C'est dame cousine (cuisine). C'est yen a deux dames. aussi étaient en cuisine.

"On a manzé au restaurant tout ça."

- 'et puis ?'

  • 9e photo

"C'est chanson de musique" (LA)

- 'où ?'

"On a été aventure, la route" (SUR)

  • 10e photo (de lui-même montre le drapeau )

"C'était le France" ('LA')

Une tirade/récit qui déborde

  • 11e photo

on a vu l'cinéma.On a vu la Belle et la Bête. Regarde... écrit.. S'appelle Gaston. C'est un château. La belle c'est lui ('ELLE'). Elle, fi.

La fleur,  une rose, Y a une glace et c'est un chat. I était un monstre. I se remet le Prince, i s'remet que enchanté" ('J'explique').

la rose c'est un cha(r)? I était prisonnier Ya un cachot ('DANS')

Moi zé vu plein de sozes de Rousney ('DYSNEY')

C'est la même

  • 12e photo

"Ah oui on était là-bas . On était à un bateau" ('ON EST ALLES EN BATEAU')

- 'où?' "A Croisic"

- C'est quoi? 'Un port?'

- "oui aussi. aussi. encore un port"

  • 13e photo

"Un crêpe ah oui ya un oeuf, il est là"

  • 14e photo

"La salade. Le sauce" (LA)

  • 15e photo

"des crochettes (B) une et la glace là boule crème (UNE)  c'était là chocolat"

'quoi?' "ananas" (avec les paniers de syllabation que j'écris et lui montre)." J'adore ça" ( J' mis pour TU)

  • 16e photo

"Regarde, il est coché le soleil"

  • 17e photo

"Là c'est du foie gras. Encore salade. A fait 2 fois restaurant."

On récapitule: " du foie gras, la salade, la tomate et cela c'est le (la) sauce (du) foie gras". Je le lui fais répéter.

  • 18e photo

"Encore la salade. Un terrine (UNE) terrine.

D'accord" en riant de son erreur.

  • 19e photo

"Encore la même. encore la salade. Non ! Cintron. ah oui du thon". On cherche quel fromage?

 

"J'arrête les photos, ça m'a donné faim."

Il est prêt à embrayer : "je me souviens un film".. Nous précisons l'articulation de aquarium.

Les conduites langagières

Le langage est toujours énonciatif
déictique, "il est là". il a quelques outils grammaticaux, il se trompe souvent sur le genre, mais rit d'une erreur vers la fin du corpus,marquant l'apparition du métalinguistique. Il néglige les prépositions et s'il utilise la répétition de -aussi- il le re-code en "encore" il le garde pour marquer l'itération, et précise -la même-. Il introduit ses énoncés par ya ou c'est.
Il situe les faits dans le temps : Imparfait et passé composé relèvent souvent d'énoncés tout faits, mais utilisés à bon escient.
Il s'adresse à l'autre : "regarde"

Le récit
De lui-même il introduit le thème en le situant dans le temps et l'espace.
Il ne se contente pas de dénommer les images (photos) mais les commente
Il s'éclate avec celui du film de Dysney.

L'étayage dialogique
Il est très présent et accepte de répéter si je lui demande d'intégrer ou de rectifier un outil grammatical (préposition, genre de l'article) Cependant sa parole n'est pas en place : omission de syllabes, simplification de groupes consonantiques, et mélange d'énoncés tout faits et parataxiques. Effet "petit nègre" garanti.

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19 février 2017 7 19 /02 /février /2017 16:32
Travail de langage préalable
Travail de langage préalable

Travail de langage préalable

La séance suivant celle de la présentation de ce nouveau support de travail, Yann arrive avec la grille tout juste commencée.

Pourquoi ce deuxième article? Il s'agit pour sa mère de reprendre la main sur le mode d'emploi du livret. Yann s'en tient à une activité de recopiage. Sa mère veut qu'il trouve le mot à partir du nom en l'écrivant alors qu'elle lui dit la syllabe dans sa démarche habituelle d'étayage de l'écrit. Elle a essayé de le faire travailler, il allait toujours chercher à la fin du livret comme nous l'avions fait d'ailleurs ensemble pour l'aider à trouver ceux qu'il connaissait moins et n'arrivait pas à écrire.. Elle est fatiguée et le conflit se résout par un geste d'exaspération pour fermer le livret, ranger le tableau de référence des lettres pour faire les sons, en tapant sur la table et la réponse de Yann est de jeter violemment le crayon. Ce n'est pas la première fois que cette situation se produit, et nous avons déjà du renoncer à travailler quand Yann ne veut rien entendre.

Le nouveau titre apporte la réponse à la question qui se pose, comment changer la façon de "travailler" avec ce support pour que Yann puisse améliorer son "langage"?

Les mots à trouver ne sont pas seulement ceux d'une liste mais appartiennent à des objets de l'environnement de Yann, dont les connaissances lexicales sont d'autant plus réduites en "expression" qu'il a toujours beaucoup de difficulté avec les mots de plus de 2 syllabes. Il n'en était pas là à l'âge où ce lexique s'acquière par un travail dit de "langage" pour ceux qui présentent un "retard".

À PROPOS DE L'ÉTAYAGE (cf. LA ZONE PROXIMALE DE DÉVELOPPEMENT (VIGOTSKY)
"Il s’agit donc, pour l’adulte, de s’adapter à l’enfant en formulant des hypothèses en fonction des premières interactions de la situation etc... mais aussi en fonction d’un savoir implicite qu’il a sur cet enfant, sur le fonctionnement psychique en général, et de la connaissance d’autres modèles favorisant l’analyse des corpus recueillis."

DIALOGUE ADULTE ENFANT dans l'interaction thérapeutique

Les contextes

Les contextes

Travail de Langage préalable

OBJECTIF : Construire le lexique de base, en contexte.

'Montre-moi ce que tu as fait'.

Yann n'a inscrit que 2 ou 3 mots dans la grille. Le travail de "langage" va commencer.

'C'est la page de quoi? Reformulé en "situation" Comment s'appelle la pièce?'

-"salle de bain"

Nous nous centrons sur l'image globale qui permet de contextualiser les mots de la grille.

- 'Tu as mis quoi comme mot' (à montrer sur l'image globale donc)

- "savon

- 'il est sur quoi?' ( actualisation des outils grammaticaux de base sur/sous/dans/à)

Silence amenant une reformulation de la question:

'Comment ça s'appelle là où il y a les robinets?'

- "(en aparté car c'est son nom de famille que je viens d'évoquer) Toujours le nom de ma famille oh la la lala! (Excédé)"

Je donne le nom qu'il ne doit pas utiliser (sa mère l'appelle autrement): 'lavabo'

Il répète à mi-voix "namabo". Je le lui fais travailler en répétition avec gestes de ma part à l'appui pour les consonnes.

De lui-même il montre : "là... brosse... " (entrée déictique)

- 'Non, pas tout à fait' et on précise 'brosse à quoi?'  

- "dents" (il ne reprend pas le à. on reprend la mise en place du mot composé: geste des consonnes à l'appui + le geste de la main ouverte pour renforcer le à en 2e syllabe.

Il se dépêche de changer de sujet et dit de lui-même

- "dous" (douche)

puis il précise un élément qu'il reconnait et il marque cette reconnaissance en le précisant

- "peigne c'est ça"

- "chien"

'd'habitude pas dans salle de bain'

- "suillette" (serviette)

Nous travaillons la prononciation en 3 morceaux avec les gestes Borel. En l'écrivant de surcroit : ser (point sous le r vi ette

- "gant il est là"

- "et là seau " (verre)

je me moque gentiment 'tu bois dans un seau?' et lui demande 'où est la serviette' en ajoutant 'de toilette?'

-"table" (tabouret)

Je lui rappelle le début de la séance : 'tu enlèves le tabouret et tu mets le tien'. 'Tu te rappelles?'

Je mime aussi sur la table l'éponge pour nettoyer:

-"ponge"

Il répète la correction -" é-ponge"...

La saturation est là, il veut absolument me montrer le nouveau livre (un N° de Youpi) sur lequel il s'essaie à lire avec sa mère. Il y aura donc une séquence de détente et d'expression spontanée  en regardant l'image du livre avant de revenir à l'inventaire de la salle de bain.

Langage et image
La démarche de Yann a d'abord pris en compte les mots et les images isolées de l'autre page pour inscrire 3 mots avant de venir (repères numériques pour les situer).
Il fera la navette d'une page à l'autre au cours du dialogue de ce corpus jusqu'à ce qu'il cherche directement sur l'image, objectif que je m'était fixé : il l'indique par "il est là" pour le gant et enchaîne "et là" seau. Il utilise donc une autre entrée pour identifier le lexique que celle du mot écrit ou de l'image qui le représente isolé ("vu" sans être nécessairement "lu", identifié par le lettre à lettre en quelque sorte).
Pour que ce lexique s'inscrive dans son expérience personnelle et non, seulement, dans l'identification de l'image lorsqu'il ne le prononce pas bien, j'utilise des évènements récents, en particulier le mime, sans penser pour autant que cette démarche suffira à l'inscription du mot dans son lexique. Toujours ce problème de "parole". .

Langage et parole

Autour du seigneur et du moyen-âge.

Autour du seigneur et du moyen-âge.

Sa mère a utilisé le texte en lui faisant repérer certaines graphies de  voyelles qu'ils étudient. Il "raconte (dénomination) et commente".

- "Chopper"

Sa mère précise 'Pas dans dessin animés. C'est comme le papa de Bambi, plus ou moins. ça ressemble à Chopper' et  insiste,'mais c'est pas lui'.

-" je connais mais sais pas son nom"

Je différencie nom et prénom et lui dis cerf.

Sa mère lui fait lire dans Tom et Nana

-"c'est princesse"

Sa mère lui demande son nom et le lui fait lire

-" é-me-line"

- "c'est lui la princesse"

Je l'arrête, et contextualise 'elle'.

A la page des devinettes (paires),

- "Ah oui, c'est épée"

de qui?, il  lit

-" Le roi ar-cho" après explications, Arthur.

"Il est là le roi Arthu, za raison c'est lui".

Mère : il va falloir que tu fasses le découpage pour construire le château. Et puis... la maison des oiseaux..

- "l'épée, c'est ça".

Sa mère sort on entend au loin 

- " qui dit ça? punaise ? C'est M* "

et nous revenons aux mots croisés

Le passage à l'écrit

 "tabouret", on passe à "ta - pis" (j'explique tapisserie pour le s final)

dentifrice pas dans boite dans T B , il lit tubrosse.

Il n'a pas intégré le é de éponge, il a du mal à trouver le p, pour on montre an sur le tableau des lettres pour faire les sons. Je montre le g sur le tableau, le nomme. Il faut recommencer pour serviette. Bref rien n'est encore "acquis". Comme il le dit souvent :

"c'est pas gagné."

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11 février 2017 6 11 /02 /février /2017 10:27
Base émotionnelle

Base émotionnelle

"Blesser" ou "Faire de la peine"

Yann, à la SAS, s'est fait renvoyer du cours de gym, il se serait moqué d'un(e ?) camarade. Les parents en ont été avertis et lui ont fait la "morale". Il s'est réfugié dans sa chambre, très fermé, j'allais dire "fâché" mais là encore, il est difficile de trouver les mots qui puissent rendre compte de ce qu'il éprouve dans un univers que nous ne partageons pas nécessairement (cf. l'exemple du monde du tigre selon Gardner).

Le problème n'est pas simple. S'il a bien compris qu'il avait fait une "bêtise", il n'y a que moi à utiliser ce terme bien sûr, faut-il encore qu'il comprenne pourquoi c'en est une de dire quelque chose comme "gros bidon" en s'esclaffant dans le contexte d'un groupe "scolaire". Car c'est bien sa forme d'humour, et c'est probablement ce qu'il a dit même s'ils se refuse à nous rapporter ses paroles.

Car il est impossible d'obtenir de lui ce qu'il a dit à cet élève. Quand on insiste il parle de la cantine où il aurait dit également quelque chose(?) à un éducateur.  Il semble avoir compris la leçon dans cette situation, probablement parce que c'est un "adulte" à ses yeux dans son mode de pensée qui fonctionne dans le registre des émotions enfantines, même s'il se revendique de plus en plus autonome et donc "grand".

Comment le faire grandir sur ce plan? Sa mère a vainement, en dernier recours, sur le pas de la porte, essayé de lui expliquer que dire certaines choses ne convenaient pas "cela peut "blesser" la personne".

 

Mais que peut bien signifier pour lui un telle expression "blesser" quelqu'un au sens figuré bien sûr ? Je l'ai tout de suite reformulée en "faire de la peine". Toujours ce décalage entre deux modes de pensée et d'expression évoqué dans l'article "Un certain langage". Échec relatif de la "guidance parentale". Relatif car les exemples cités dans le lien proposé ci-dessous sont ceux d'enfants dans une problématique bien différente. La mère de Yann lui explique beaucoup, avec un grand respect de lui en tant que personne, ce qu'il ne connait pas encore (nous avons souligné qu'il lui faut un étayage enactif à la base (cf. Bruner), dans le "faire" donc (ou des images l'évoquant) pour qu'on puisse en "parler") de ce qu'il "convient de" faire ou ne pas faire... Mais avec des mots qui ne sont pas ceux de l'enfant qu'il est et reste encore sur le plan de sa socialisation.

"guidance parentale"

Le monde du désir pulsionnel (cf.Tardis) et de la vie et de ses règles (maison)

Le monde du désir pulsionnel (cf.Tardis) et de la vie et de ses règles (maison)

Quel langage adopter ?

Et pourtant, informée du problème la veille, j'avais recherché quelles images utiliser (le mieux aurait été de faire un croquis sur mesure mais cela me dépasse maintenant...). J'ai cherché dans mes histoires en images d'où j'avais tiré le chien l'enfant et la baignoire, mais rien ne correspondait à la situation de se moquer... J'ai donc fini par avoir recours aux 3 livres fondamentaux de Catherine Dolto que je n'avais pas donnés à une collègue, les gardant pour lui, oppositions simples dans l'expression des émotions enfantines, "dire non", "les bêtises", et celui du jour "gentil méchant".

Je les ai feuilletés et il était très attentif, bien que je ne lise pas tout, je lui avais proposé de le faire lui et il avait dit "non" par son comportement, buté, opposant... Bien évidemment,  je recadrais un peu, m'intéressant à ce qui le concernait davantage compte tenu de son âge, 21 ans. Nous les avions déjà regardés à l'occasion de "bêtises", pour le problème avec les filles, la question du toucher, par exemple, qui nous avait fait évoquer la séance du scéno-test pour distinguer les deux mondes (cf. l'image ci-dessus du jeu réalisé il y a 3ans), celui du désir et les règles de la vie en commun quand il avait 18 ans. Cela n'avait pas suffi car il a fallu le reprendre à son arrivée à la SAS,

Est-ce pour se réconcilier avec moi quand je lui propose de travailler ensuite et qu'il refuse, buté, 'têtu' dit sa mère, il va me chercher dans la poche de son manteau un "cadeau" : au cours du stage qu'il vient de faire, il a emballé dans de petits sachets des socles avec encoche pour un document à ne pas oublier. Il en a eu 2, un qu'il a donné à sa mère et un pour moi donc. Je pense à Oumi puisqu'au niveau émotionnel je ne peux m'empêcher d'associer! Je le fécicite, le remercie...

Mais son opposition demeure, il refuse toutes les activités proposées. Déjà, en arrivant il avait bougé le tabouret pour mettre le sien et s'était mis sur le vélo refusant d'en bouger. Je m'étais fâchée. C'est au tour de sa mère excédée, un peu de morale, 'tu viens voir Jacqueline pour travailler, elle t'aide à grandir etc... On s'en va'. Effectivement elle se lève, va prendre le café avec M* et je fais de même. Il attendra dans le couloir, et c'est en partant qu'elle lui rappelle ce qui était à l'ordre du jour, "ne pas blesser les personnes" que je suis amenée à reformuler..

 

Yann a compris et en tiendra sûrement compte, sa mère me confirme que son père et elle se sont mis à 2 pour le lui rappeler avant le cours de gym suivant... Il n'y a pas eu de message du côté de la SAS. Faut-il essayer de répertorier toutes les situations où il risque de récidiver ou généralisera-t-il de lui-même...?
Nous ne fonctionnons pas ainsi. La séance suivante n'est pas programmée a priori. Il a un peu travaillé avec sa mère cette semaine. Nous allons donc en principe reprendre nos activités de "lecture". J'avais mis "La maison d’Émilie" dans notre circuit et il y a les cahiers et le livre que sa mère a trouvés. Et... comme il adore les mots croisés que sa mère a dénichés (il trouve par l'image et recopie le mot dans la grille) je cherche ceux que j'utilisais du temps de ma pratique pour qu'il puisse varier les supports... et, un jour, peut-être, "entrer" dans les définitions et les références culturelles de certaines (cf. sorcière pour balai). Introduction à l'humour en quelque sorte. Avant de démarrer notre séance, je lui ferai mettre sur le lit qui sert d'étagère, les supports de notre dernière séance en disant probablement "on a fini avec ça?"...
à suivre...

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