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28 mai 2016 6 28 /05 /mai /2016 18:20
de la liste verticale à l'ordre avant/après et à "l'écrire"
de la liste verticale à l'ordre avant/après et à "l'écrire"
de la liste verticale à l'ordre avant/après et à "l'écrire"

de la liste verticale à l'ordre avant/après et à "l'écrire"

Les avancées de la séance précédente :
= Étayage
La réponse "directe" ne tient pas compte du contexte de la question. Il faut donc guider l'accès à l'énoncé souhaité.
= Repérage énonciatif de la temporalité
Les mots ont été posés mais pas encore "actualisés" dans un travail spécifique. Ils restent une indication visuelle sur un tableau qui oriente...
= Ouverture à "l'énoncé"
De l'axe vertical (paradigmatique) cf. ci-dessus, à l'axe horizontal (syntagmatique), le travail de construction des réponses aux questions cf. scénario, et des mots se poursuit dans l'interaction oral/ écrit

Langage et énonciation

La généralisation d'un ordre séquentiel

La séance suivante, Yann, trisomique de 21 ans mais pas que, vient donc avec sa mère et l'annonce dès la question rituelle à l'interphone. Il adapte sa réponse à tu es seul ? 

- avec Catherine

Le scénario est bien acquis, et peut-être l'usage de "avec". Ce sera à vérifier dans d'autres contextes. Sinon cela reste un énoncé tout fait. Une forme de salutation. Mais c'est un mot "grammatical", et cela c'est nouveau. Y en aura-t-il d'autres pour qu'il intériorise cet élément essentiel à l'énoncé? Reste la reprise catégorielle "je suis" qu'il faut travailer encore même si elle est presque perceptible dans sa façon "d'esquisser" des mots..

Après avoir mis le bouquet de son jardin qu'il m'a apporté dans un vase, nous allons vers notre espace de travail et je lui demande de montrer à maman ce qu'il avait fait la dernière fois où elle n'était pas là. Les étiquettes des jours de la semaine se trouvent en tas sur la table, à côté du tableau, mais il les range à leur place comme sur le tableau de feutre. Je lui demande alors : Pour toi c'est quoi?

- la date.

C'est pour la date OK. . comment ça s'appelle tout ça? (geste qui englobe les étiquettes)

- souseaine

Les jours de la semaine

- les jou semaine

Quel jour on est ?

- samedi

C'est quel jour que tu fais de la kapoera?

- mercredi

Quelques repères "vécus" facilitent le repérage.

La mère demande : tu as été en stage, qu'est-ce que tu as fait en stage? Au lieu de répondre il suit son idée ("fait?" au CAT)

- C'est poignée de potes.

Quand il a repris les vignettes il n'avait donc pu s'empêcher de les mettre en colonne verticalement, comme sur le tableau de feutre. Nous avions travaillé à écrire les premiers la séance précédente, et je me propose de travailler à écrire les deux autres. Où en est-il de l'aide réciproque qu'apporte l'oral à l'écrit dans son acquisition du langage?

Pendant que sa mère me raconte ce qu'il fait à son poste de travail car elle a pu visiter l'atelier, travail à la chaîne où chacun est à son poste et fait toujours la même chose... (emballer une poignée de porte), il joue avec la matriochka, poupée russe que j'avais placée en haut de la flèche verticale du tableau comme point de référence. Il les sort toutes, les classe, les remet en place en silence, écoutant notre échange et mon commentaire blasé. Marc (un handicapé mental adulte épileptique et dysarthrique que j'avais suivi pour lui apprendre à parler, à compter et des bribes d'écrit) m'avait déjà initiée à cet aspect du "travail" en CA. C'est purement répétitif dans un travail à la chaine. Il ne eut y avoir d'organisation "syntaxique" que dans le produit fini!!! C'est bien une chaîne qui les cosntruit.

Il commente les explications en précisant son intervention.

- pris mateau

Sa mère poursuit. Les percussions c'est quel jour? Le samedi 4 juin, mais le dimanche ce sera pour lui le passage des ceintures. Nous commentons tous pas pareils, tous égaux... Sa mère raconte et lui prend alors des lettres

Ecrire pour dire

NIN puis JA en prinonçant.

- dijago.

Intriguée je demande ce que cela veut dire. Elle me dit qu'il l'a vu sur internet, il acquiesce

- ouais pas à la télé

Je lui fais transférer le mot écrit sur la grille. Je reexplique le tableau et place une des mariotchka pendant qu'il referme les autres qu'on met de côté.

On va faire?

Il suit son idée et voudrait développer

- zen ...?... Je connais! De temps en temps je rappelle

Je recentre sur la tâche du jour, se rappeler les jours à écrire. Au jourd'hui ?

- samedi (avalé mais identifiable) Il sort S  I

- D I ,  j'suis bête.

Je répète le mot plus fort un peu syllabé.

- j'essaie S A

Je redis sa - me (avec geste mais il se refuse à regarder) et à côté du m pour qu'on l'entende.

Il a réussi à l'écrire. Demain c'est quel jour ?

 - dimanche

Il trouve la dernière syllabe et l'écrit avec avec le nom des lettres C H . Comme pour M (samedi) il manque un e.

Il trouve le début

- oui c'est D. le i viendra de lui-même mais il le place après le che.

Je commente : le jour où on travaille pas. Je lui annonce on fait -manche-. Il trouve M veut mettre un e . Non pas e man. Pour trouver le an je fais A (geste de la main ouverte sur le nez) il ne veut pas regarder mais  retrouve le N.

Il veut ensuite écrire

- loto.

Je lui demande quand ?

- aujourd'hui avec

qui ?

- avec Catherine. C'est pas gagné !

Il veut ensuite écrire Kapla, je lui donne l'indication de comment s'appelle maman qu'il vient de nommer. Il trouve Ka et réussit.

On va travailler à écrire Catherine pour la première fois sans avoir vu de modèle, donc sur la base de l'oral..

. Comment on va écrire ka l'autre k tu sais,

C A

maintenant te, il sort T I je dis il manque le e. Il a sorti R I. Posé CA RI. Et qu'est ce qu'on va mettre au bout ?

- ne

Je précise ne c'est n et e. J'insère le h dans la syllabe TE qu'il avait omise.en la mettant à sa place.

La photo est là pour témoigner de ses efforts et progrès.

Les avancées de la séance
>Évocation de mots
- le repérage du temps passe par l'expérience personnelle,
- la réponse aux questions semble se faire à partir d'un mot inducteur en lien avec sa propre démarche de pensée qui ne tient pas compte de l'enchainement des énoncés précédents : il reste dans l'ici et maintenant du déroulement de l'action en cours. L'étayage reste nécessaire à cette actualisation.
>Langage
- il a maintenant l'usage du mot grammatical "avec" et commence à se repérer dans le temps (cf. demain)
- ses commentaires spontanés sont toujours aussi nombreux, justifiés voire avec humour (cf. le loto où il joue sur le mot "gagné" car il utilise cette expression d'habitude quand il est face à une difficulté. Un certain "jeu" apparaîtrait donc.
>Parole
- les mots sont certes souvent escamotés dans un premier temps mais il prend l'initiative de rechercher les lettres pour les écrire. Il se réfère à certaines syllabes qu'il maîtrise mais si l'ordre Consonne+Voyelle est respecté dans son écriture, celui des syllabes dans le mot demande encore un travail d'entrainement à le percevoir. Répéter en ralentissant etc... Il refuse dans un premier temps de regarder les gestes qui pourraient l'aider s'en tenant au canal auditif et à sa propre perception.

17 avril 2016 7 17 /04 /avril /2016 19:53
Yann et le Sacre du Printemps (trisomie)

Cet article interrompt les compte-rendus des séances de récit sur images correspondant à ceux d'Artus sur l'autre Blog. Comme pour ce dernier, les progrès de l'expression verbale sont manifestes, à des niveaux différents car Yann n'a pas encore acquis la structure des mots dans leur forme verbale pour être tout à fait compréhensible.

C'est encore une autre thématique qui est proposée dans celui-ci : Yann va reconnaître la musique jouée par l'orchestre et la décrire en "racontant" avec force gestes expressifs le film où il l'a entendue qui appartient à ses DVD favoris. Le sous-titre pourrait être MUSIQUE ET IMAGE.

Première partie de la séance : l'écrit soutient la parole

Qu'est-ce que tu as fait hier?

- Un grand Kassè (concert)

- Où ?

- sais pas

La mère précise et gardera la parole pour expliquer les circonstances ....

- à La Villette

J'écris 'à La Villette' et il le répète.

- à la Vi-llette.

Elle explique alors qu'ils n'ont pas beaucoup travaillé avec les tableaux... mais dans le Jardin. Il y avait 3 places qui étaient disponibles et c'est comme cela qu'elle a emmené Yann à ce concert.

Yann feuillette le fascicule qu'il a apporté de la saison 15.16 de l'Orchestre national d'Ile de France puis cherche sur son appareil les photos qu'il a prises.

Trois morceaux différents étaient au programme. Le compositeur, Milho, le monsieur qui a écrit la musique... Il a un peu dormi pendant le 2e. Il y avait un pianola (relié avec le piano qui appuie sur les touches du piano à la place du pianiste qui pousse des manettes). On cherche sur l'appareil photo où on peut le voir.

2ème partie de la séance : fonctionnement associatif

Après, poursuit-elle, Igor Stravinsky. Le Sacre du Printemps. Je lui demande de le laisser s'exprimer. 

Il s'appuie sur les photos qu'il a prises, Elle m'explique qu'il connaissait la musique qui est celle du film Fantasia 1 qui a été sa grande passion et qu'il connait par coeur. On cherche le 2e tableau...

"Ah le faucon, non c'est pas l'autre

le vo(l)can (j'écris en parallèle pour le lui faire reprendre)

c'est que les flammes

(suit un passage confus pour moi où il nomme les héros que je ne peux noter accompagné de gestes mimant des actions)

"ça fait splosif (gestes des bras à l'appui et le bruitage suit) esplose

et les pétards aussi (j'ai l'air étonnée) il explique

le folcue (sa mère traduit le barbecue)

J'écris barbecue et place en "sons" au dessus de cue/kiu

le fromage en Kiri (association avec le K que je viens d'écrire).

Troisième partie : le support visuel de cette mémoire associative

Sa mère explique que pendant le concert il voyait la scène et lui racontait tout alors qu'elle disait chut... Elle commente :

"Les choses que tu voyais , le tyranosaure etc...elles étaient dans l'image, des images dans ta tête"

Je complète : c'était la musique du film.

Il repart sur le film, le tyranosaure Rex, fait les gestes tout en le nommant,

Sa mère poursuit : il attaquait un autre, qui ? et toujours les gestes où il s'identifie au personnage gestes où il se défoule... Il était dans l'action, il les enchaînait. Certaines situations servent de facteur déclenchant.

cf. pomme rouge, et il embraye sur un dessin animé (il a l'usage d'internet et s'y débrouille très bien en plus de ses cassettes et maintenant DVD) Blanche Neige.

Par exemple Bambi : il sait qu'il est triste dit-elle.

Je lui rappelle le dessin animé de Petit ours Brun va au marché, première "histoire" support d'un travail sur la "séparation/individuation" de ce grand garçon d'une dizaine d'année quasiment sans langage, du temps de Windows 95 (ces supports ne fonctionnent plus bien sûr même mal avec XP).

ANALYSE
Je rappelle que Yann a un langage énonciatif, il s'exprime avec ce qu'il arrive à mobiliser au niveau de la parole en l'accompagnant de gestes de type mime. Le mouvement était au cœur de ses premiers dessins. Ce corpus confirme qu'il est très visuel. Sa pensée et son expression s'appuient sur des images.
Une enfant m'avait expliqué comment elle voyait se dérouler le film comme sur la fenêtre de l'histoire des 3 petits cochons qu'elle me racontait (voir en lien un chemin de mémoire).
Les photos qu'il prend sont vraiment un excellent support pour l'accompagner dans son acquisition du langage très retardée certes, mais bien là. Sa curiosité le guide à la découverte du monde qui l'entoure et qu'il fixe ainsi comme un support à la mise en mots qui n'a pu se faire encore par les voies habituelles du bain de langage. Le travail de langage que nous poursuivons actuellement l'aidera sûrement à mieux différencier réel et imaginaire.

Mémoire et conte de fées

Dernière partie

Sa mère revient aux photos qu'il a prises : tu as vu tous les instruments ?

 

En guise de conclusion : où situer le fil conducteur qui a permis à Yann de retrouver en les anticipant toutes les séquences du film ? La musique qu'il retrouve en est-elle le facteur déclenchant ou la séquence d'images enregistrées dans le cadre d'une identification aux acteurs est-elle le support de son écoute d'une musique retrouvée ?  Les deux sont mémorisés intriqués. Il n'était plus question pour lui de dormir...

De l'oeuf et de la poule ...

28 février 2016 7 28 /02 /février /2016 12:14
Images en désordre mais l'interdit est passé

Images en désordre mais l'interdit est passé

Le travail avec les séries d'images que nous allons présenter dans les prochains articles sur ce blog est à mettre en parallèle avec celui qui a été réalisé avec Artus, 27 ans, trisomique également, sur un même support, présenté sur l'autre blog.

Yann a 21 ans et son langage spontané est en train de se préciser non seulement dans le champ de la parole (arriver à 3 syllabes et plus, mots escamotés, consonnes pour d'autres etc...) mais aussi du langage : s'il réalise de nombreux commentaires évaluatifs dans le cadre de la situation d'énonciation, sous forme de figements, langage tout fait qu'il s'est forgé sans apprentissage, le lexique se développe lentement dans une étroite relation au travail sur "l'écrit". Il ne mémorise pas facilement car il refuse encore presque toujours de répéter ce qui, manifestement, lui coûte tant d'efforts à mettre en place...

Ce jour-là, Yann trouve le paquet d'images sur la table devant lui. Il enlève le trombone et va à la découverte de ce matériel pendant que sa mère m'informe d'un nouveau problème évoqué lors de sa rencontre avec la référente et le chef de service.

Nous faisons le point sur son adaptation.

Ça va mieux ?

- Il a du encore embêter M* (une jeune fille) qui lui a passé un savon.

- Il y a encore ça à régler, donc.

La concentration ?

- La minutie sur le travail ne lui pose pas de problème

Il comprend les consignes ?

- Il sait ce qu'il faut faire. Mais il n'en dit rien.... (ne raconte pas ce qui s'y passe)
Il va faire un stage de manutention fine à l'ESAT sur plusieurs semaines en mai.

- Le cognitif est donc OK. Ce qui pêche c'est ses pulsions.

- Aux pauses, dans les couloirs il retourne à ses jeux (bruit) au point de déranger le personnel. Seule solution, sortir dehors pour se défouler puis ça va mieux, mais cela implique une surveillance. Il y a toujours ce problème de son fonctionnement et de la part théorique d'adaptation de l'institution qui n'est pas envisagée comme telle.

Reste le cadre des pulsions sexuelles, le "ça ne se fait pas".

Avec nous, ce qu'on peut faire: apprendre comment on est ensemble.

 

Nous passons aux images que Yann manipule et regarde tout en nous ayant écouté...

Il a mis les images dans cet ordre 2 1 3 4, l'ordre de départ du dialogue (voir les images dans l'ordre dans l'article d'Artus)

"Comment faire pour raconter ?"

Sa mère voulait intervenir sur l'ordre mais je la retiens : ...il faut laisser le temps...

Elle reformule la consigne :

"toi tu inventes des histoires... comme les BD avec les dessins. Il faut raconter l'histoire, celle qui est là."

Je reprends la main

2

"Où ça se passe?

- là, sa(lle) de bain

- Qui il y a dans l'histoire?

- ya un gaçon aussi

ya un chien aussi

1

- Cette image ?

- ya un garçon, ya un chien il est pas mouillé le chien.

- c'est le même ?

pour que ça (je montre 2) ça vienne ?

- le chien il est mouillé. Plouf

- t'as sauté une image

- pas sauté dans l'eau là (montre 1)

- où ? Je montre la baignoire

Essai de construire l'action et l'énoncé correspondant avec un crayon une gomme et un livre pour figurer la relation spatiale à mobiliser, dans, à côté, sur.

- ah glissé plouf de l'eau! (dans)

- et qu'est-ce qui se passe ?

- Ah ça dame

Qu'est-ce qu'elle fait?

- La dame sé pas content a gaçon et s(ch)ien. (mis pour avec?)

Pourquoi ?

- Grosse bêtise.

Il a manifestement compris la leçon de l'histoire!!!

J'essaie de lui faire réaliser l'ordre des images en passant par le sol et le changement

-regarde bien par terre. Là et là qu'est-ce qui est pas pareil?

- C'est pas bon pas de sien dans l'eau. C'est interdit, pas dans l'eau.

- Qu'est-ce qui se passe avec l'eau ? (4) Par terre il y a?

- tout de l'eau.

 

Je conclus: on voit, on comprend et on parle.

 

Yann reste pour chercher des mots avec Jarnac et en sortant sa mère réactualise l'interdit:

- et quand on dit interdit, les yeux dans les yeux,

- d'accord.

 

DISCUSSION

 

Le "récit" /description d'image s'attache aux attributs des personnages qui ont été identifiés sans peine. Il se situe dans un registre énonciatif. Yann est capable de faire le lien ainsi entre les images "un sien il est pas mouillé là", S'il ne peut exprimer une intention, il utilise un mot du dialogue pour donner le résultat d'une première action, "sauté", puis de lui-même découvre "ah!" l'action qui s'est produite "glissé" entre 2 images. Le temps des énoncés est bien celui de l'énonciation dans le cadre d'une image mais la connection inter-image est ainsi rétablie par lexique utilisé. Son langage reste parataxique au niveau de la thématisation de ce qui importe pour lui dans un langage enfantin "la dame sé pas content à... " et quand je lui demande de regarder encore l'image pour qu'il repère l'eau par terre, il suit son idée et enchaîne sur une formulation en lien avec son expérience "grosse bêtise" puis un énoncé qui résume l'histoire en développant l'interdit "C'est pas bon pas de sien dans l'eau. C'est interdit, pas dans l'eau." Il reprend ainsi ce qui pose problème dans son propre comportement à son CAT, les interdits...

Rappelons qu'il avait fallu mettre en scène le scénario avec Artus avec des jouets pour qu'il sorte de la dénomination, utiliser le mime avec eux et la référence à son expérience personnelle pour qu'Artus puisse se lancer et faire un résumé à partir de la dernière image :"clabousser de l'eau partout. A la fin il a renversé de l'eau et la mère (de ce garçon) elle est fâchée."

Artus a appris ce qui convient et s'est exprimé là-dessus en dessinant à l'adolescence. Il disposait alors d'un savoir lire/écrire, d'une connaissance du monde qui était passée par l'histoire, la géographie, la religion, la politique. Yann n'en était pas là à ce moment de son existence, ce ne sont pas des mots qui ont pu poser les interdits. Nous l'avions esquissé au moment où il vivait dans le monde du docteur who en tentant de différencier l'imaginaire du monde de l'expérience quotidienne. Mais il va sûrement les intérioriser car il les évoque dans cette nouvelle activité narrative. On voit qu'il entre dans la conduite de récit sur de toutes autres bases qu'Artus. Son langage témoigne d'une évolution selon d'autres modalités, ce qui ne peut manquer de se confirmer dans les articles qui vont suivre.

30 octobre 2015 5 30 /10 /octobre /2015 13:55
De la capoeira à un auto apprentissage musical
De la capoeira à un auto apprentissage musical

De la capoeira à un auto apprentissage musical

Quoi de neuf? Demande l'orthophoniste. Tu as des vacances?

Yann, trisomique de 20 ans, qui travaille depuis peu dans une SAS, ne peut répondre bien sûr, mais sa mère qui s'assoit également désire m'en parler. Elle va demander 3 jours pour qu'ils puissent partir en famille au moment de la Toussaint. Les rencontres précédentes, nous avions travaillé à poser certaines règles de comportement dans ce nouveau cadre d'adultes au travail, l'aider à grandir puisqu'il se comportait comme un enfant et je veux m'assurer qu'il ne rencontre pas d'autres difficultés puisque la semaine précédente il avait même pu me faire comprendre ce qu'il faisait dans notre tête à tête en le mimant (remplir des sachets).

Ce jour là, sa mère est là et nous analysons le changement dans sa vie "d'adulte" au niveau des vacances, il ira certes en colo, mais il y aura moins de vacances en famille. Je lui propose cette définition : "les vacances c'est quand je ne vais pas au travail comme tous les jours".

Sa mère poursuit : il a apporté quelque chose. Dans ce qu'ils font, il aime bien la couture. Il ne peut trouver les mots pour en parler. Je propose "dessine le et on trouvera le mot". Il est très réticent mais finit par jeter un dessin sur une grande feuille. Je dis cela ressemble à un sachet et lui demande ce que c'est que le trait qu'il a fait: "c'est quoi ?" La mère répond "un ruban". Je demande ce qu'on fait avec. Il ne peut répondre. Je retiens sa mère de l'aider à le dire. Je me déplace vers la porte de la pièce et en la manipulant, j'essaie de lui faire trouver le mot "fermer". En revenant je prends une boite et nous travaillons de même la paire ouvert/fermé. Puis je vais chercher un petit sac qui contient un sachet de lavande dans une autre pièce et il me confirme que c'est aussi ce qu'il avait fait. Je l'ouvre et le ferme... Il n'est pas coopérant. Quand je lui demande la couleur, il dit cependant "volette".

Je l'avais vraiment poussé dans ses derniers retranchements pour qu'il suive mes demandes lui arrachant le dessin puis ouvert/fermé (en répétition). Il tousse (il est enrhumé, malade même) et va vers le vélo d'appartement qui est le lieu où il se récupère maintenant (avant qu'il y soit c'était le gros ballon d'équilibre qui permet d'établir une distance sur un fond d'activité motrice).

Il ne veut toujours pas parler, même sur le vélo mais il va finir par nous faire comprendre qu'il voudrait aller au restaurant et au cinéma en le baragouinant. Sa mère m'explique alors en riant qu'elle s'est accordée une soirée "filles" et qu'il en a été très frustré ! Il prend alors le xylophone et revient s'asseoir à sa place.

De lui-même, il lit le nom des notes (voir cadre et langage), écrit RE FA LA MI sur la feuille du dessin du sachet et les joue. Je le lance dans la recherche de la différence de hauteur. Cela vient petit à petit mais il reste opposant. Il chante en jouant, il invente. Je lui dis n'avoir rien compris sauf papa, maman et toi. En chantant il se balance d'avant en arrière (cf. sa "stéréotypie") mais un peu. Il a besoin du mouvement, d'un rythme...

Je l'explique à sa mère et elle me parle alors de la Capoeira où elle a réussi à l'nscrire. Elle avait prévenu le prof, mais il n'avait pas du réaliser le type de handicap... Elle assiste aux cours de 2 heures et me raconte qu'il parle beaucoup, fait ce qu'il peut, décalé, change de partenaire, commente sans cesse et  parle aux autres, "ah c'est super", qui répondent 'non c'est pas comme ça', en un mot il pourrait déranger. Mais le groupe l'accepte comme il est, semble-t-il, et il s'en débrouille à sa façon même si elle lui fait la leçon avant de l'amener...

Elle me propose alors son hypothèse concernant sa meilleure maîtrise de ces balancements... Au début de chaque séance, il y a un rituel de base et après seulement les mouvements s'enchaînent. Du coup son balancement s'arrête un temps. Je lui suggère de prendre des photos de cet échauffement. Cela pourra servir de support pour un travail de "langage" et lui donner les mots pour "dire".

Pendant que nous parlons, Yann se met à écrire le nom des notes qu'il joue: ré fa, ré sol, ré fa la, la fa ré, mi . Il joue avec toutes ces notes qu'il a nommées par écrit.

Nous passons sur l'ordinateur et je lui mets le piano midi sur l'écran. Il joue avec la souris. Le nom des notes s'affiche:

"moi écrire tout ça" et il prend une nouvelle feuille (il veut la garder) "non c'est pour moi".

Quand il s'en va, il essaie d'ouvrir la porte de M. "salut crapule, réveille, matin (M*), ça pas crapule!"

 

DISCUSSION

Le premier thème s'impose, les vacances approchent. Comme toujours, nous "travaillons" à la mise en mots et en "sens" de ce que peut représenter ce thème dans son "monde". Mère et orthophoniste se renvoient la balle. Il ne participe pas. Serait-il contrarié?

Cela se confirme lorsque sa mère évoque son travail à partir d'un objet qu'il a fabriqué. Il ne peut le nommer, et n'a aucun plaisir à le dessiner, ce qu'il fait volontiers d'habitude. Le travail de langage du jour va porter sur l'opposition ouvrir/fermer. Je demande à sa mère de ne pas s'en mêler, elle reste pédagogue et lui propose un mot à répéter. Les verbes d'action précèdent les participes (adjectifs) ou les prépositions, d'où la forme infinitive, même si elle se conjugue en parole dans la description de l'action qu'on réalise en le disant. L'action est réalisée sur différents objets. Nous comparons son dessin au sachet que j'apporte. Il répète à contre-coeur, mais veut bien dire la couleur du ruban qu'il n'a su nommer.

Sa mère parle pour lui en précisant qu'il aime bien la couture.

Son opposition à ce genre de travail se marque alors, en dehors même de son refus de parler et de son attitude, par la distance qu'il établit en changeant d'espace. Il quitte celui du travail du langage (la table) et va sur le vélo à proximité des jouets musicaux. Effectivement c'est là qu'il va trouver comment faire comprendre ce qui, ce jour là, le "fâche" avec un énoncé à sa façon que sa mère décripte.

Du fait de cette interprétation, il revient avec le xylophone des dernières séances (les notes avaient leur sens d'écrit depuis une séance antérieure où, ayant retourné le papier où il dessinait, il avait vu une page de partition, ce qui m'avait amenée à lui dessiner une double gamme en clé de sol avec le nom écrit à côté). Je saisis cette occasion de reprendre la main pour un travail perceptif (hauteur) et de lecture: il veut bien lire les syllabes en lien avec son intérêt du moment.

Il s'évade de ce travail en "composant" air et paroles, le balancement réapparait, mais peu, ce qui nous amène à en discuter en sa présence. Pour mieux l'exploiter, s'il y a des photos, il pourra "raconter" comme on l'a fait pour la colo.

Il reprend la main du "travail" en contruisant lui-même des intervalles (cf. hauteur) et éprouve un immense plaisir à "écrire" le nom des notes qu'il joue.

Changement de lieu à nouveau, mais d'appropriation en quelque sorte : il transfère cette activité sur le piano de l'ordinateur. Il veut écrire "pour lui". Une "maîtrise" d'apprentissage en vue ?

En partant, dans le couloir, il marque un temps d'arrêt devant la porte d'un espace "privé", faisant le lien ainsi avec les séances précédentes où nous avions posé règles et interdits.

Le dernier énoncé sera sûrement repris sur le plan du langage, car il a déjà fallu une fois pointer que on ne parle pas ainsi à un adulte mais entre copains. Chaque porte en ouvre une autre !

 

 

28 septembre 2015 1 28 /09 /septembre /2015 07:59
Le support des modalités d'expression du jour

Le support des modalités d'expression du jour

Cette séance prend sens si on la considère comme une réponse à la précédente, où, après un inventaire de ses capacités d'expression verbale spontanées limitées, il avait été question de l'approche de la sexualité, avec l'image du bébé in utero comme prémisse à la relation corps à corps du "toucher". Sans explication car il faudra bien que son père soit son initiateur aux questions qu'il ne peut manquer de se poser sur son sexe.

Yann, 20 ans, m'apporte le bouquet des fleurs d'automne du jardin et lorsque je pars devant lui dans le couloir, pendant que sa mère attend le café rituel que lui sert Ma*, il s'arrête devant la porte fermée de la chambre de ce dernier et fait le geste d'ouvrir au moment où je le regarde. Je dis alors "il n'y est pas, tu ne peux pas entrer!"... Il me rejoint et va vers le divan chercher le Kangourou qu'il met sur sa main, prend aussi le hérisson pendant que je lui montre sous l'échelle le panier où sont les autres animaux et marionnettes que l'on fait parler. Il manipule à sa façon ses deux marionnettes debout puis s'assoit...

Sa mère s'installe sur son propre tabouret et il joue avec le kangourou et le hérisson, comme ils font tous (cf. récit et école maternelle), en les faisant se battre et si possible se dévorer. Sa mère et moi nous nous équipons également en choisissant dans ceux que j'ai posés sur la table et il remplace le hérisson par la souris/rat, tandis que je prends un gant crocodile à la gueule menaçante. Nous voilà embarqués dans des interactions duelles. J'interviens dans ses jeux de main (il en fera comme une danse un peu plus tard) en saluant le Kangourou "Bonjour Kangou" mais il reste dans ses agressions et ses danses. Je me tourne vers sa mère et nous entamons un dialogue basé sur

- les rituels de présentation, bonjour X* (le nom de l'interlocuteur)

- l'interrogation "est-ce que c'est permis?"

- la mise en mot de ce que chacun ressent, et le fameux "non" de la dernière fois.

Le modèle vise à substituer la parole à l'agression corporelle et à modérer l'ardeur des calins en précisant à qui en faire...

Le jeu se précise: de l'agression il amorce un jeu de "chat" avec un mot/bruit que sa mère comprend et me traduit.

Dans les poursuites, l'étayage se centre alors sur tenir compte de la spécificité de déplacement de chacun: le perroquet peut s'envoler quand le crocodile doit rester dans l'eau, la souris court très vite, la grenouille fait des bonds... qui pourra attrapper qui?

Yann se risque à chuchoter parfois le mot qu'il est censé répéter en "plongeant" sa tête, mais, très vite, il va renoncer à poursuivre ses efforts, se lever, se rendre sur le vélo d'appartement, attrapper la guitare. Il renoue ainsi avec nos lointaines séances et l'importance que la musique a pu avoir pour l'aider à trouver sa voix (voie?). Il prend ensuite le requin et le serpent dans le panier fourre tout sur l'étagère voisine, le fait pénétrer dans la gueule du requin jusqu'au fond...avec un regard interrogateur parfois, et je commente alors à sa mère la nécessité d'une intervention paternelle, puis il revient à la table avec le xylophone qui se trouvait avec les jouets musicaux sur l'étagère en dessous de celle du panier....

Il se met à en jouer, il adore les percussions. Sa mère propose alors que je lui montre les notes, cela fait comme les hiéroglyphes dit-elle, pensant aux listes qu'il écrivait sans cesse, de façon compulsive (les pokémons, les caractères chinois, après les premiers nombres). Je dessine une portée et pose les notes, en écrivant leur nom qu'il déchiffre (ils sont inscrits sur chaque rectangle de couleur/note), nous montons la gamme de do. Je redresse la feuille pour lui montrer que c'est comme une échelle qui monte...

Sa mère nous quitte et il va vers l'ordinateur dans l'autre pièce en chantant Frère Jacques. Je mets en route Vocalab, il a rapporté le xylophone et tape tout en chantant, en escamotant des syllabes bien sûr. Nous reprenons alors le travail de mise en place  qu'il réussit une fois mais perd quand il le répète. Déconditionner pour reconditionner... Il fait d'énormes efforts mais tout est à reprendre. Il se concetre beaucoup mais s'y épuise.

Il passe ensuite à une longue méloppée style rapp dont je ne peux en comprendre un seul mot, tout en tapant sur le xylophone...

Cela fait plus d'une heure, il est temps de partir.

DISCUSSION

Son comportement à la SAS s'est normalisé, le message de la dernière séance est passé. Il semble en redemander malgré la gêne que cela lui procure, le "plongeon" localisant le lieu d'un travail inconscient indispensable à son évolution psycho-affective.

Yann a introduit lui-même le thème de la séance et les modalités d'expression qui peuvent l'aider à "grandir". Il s'agit bien d'arriver à comprendre les interdits et d'introduire des comportements adaptés en particulier la médiation de la parole. Les mots remplacent les actes dans les interactions. Il accepte la représentation symbolique en utilisant des animaux qu'on "fait parler" en bougeant la bouche au lieu d'utiliser cette dernière pour agresser et dévorer. Il introduit un jeu de règles (jouer à "chat") pour justifier le "toucher" donnant ainsi tout son sens à la règle/cadre qu'on essaie de faire passer.

Il connait ses limites malgré son désir de progresser. Il se recentre sur lui-même avec le secours de la musique qu'il crée et du rythme. Conscient de ses difficultés de parole, il souhaite se perfectionner avec nos outils habituels qui passent par la visualisation...

Que privilégier? Nous rencontrons toujours ce même dilemne. Se centrer sur un travail "technique" pour améliorer parole et langage, certes, mais il y a, en marge, tout ce travail autour de l'insertion sociale tout aussi indispensable qui requiert sa propre maturation psycho-affective et bien sûr, cognitive.

Yann doit savoir ce qui importe le plus pour lui en me donnant toutes ces indications dans un registre non verbal et me guide ainsi sur les orientations à donner à notre travail... Un vrai dialogue où chacun étaie l'autre en quelque sorte!

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- L'avatar correspond à des dessins d'enfants tels qu'ils me voient. Il y a 30 ans, un jeune malentendant de 9 ans me dessinait avec des taches de rousseur (non non ce ne sont pas des larmes!)
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