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11 février 2017 6 11 /02 /février /2017 09:27
Base émotionnelle

Base émotionnelle

"Blesser" ou "Faire de la peine"

Yann, à la SAS, s'est fait renvoyer du cours de gym, il se serait moqué d'un(e ?) camarade. Les parents en ont été avertis et lui ont fait la "morale". Il s'est réfugié dans sa chambre, très fermé, j'allais dire "fâché" mais là encore, il est difficile de trouver les mots qui puissent rendre compte de ce qu'il éprouve dans un univers que nous ne partageons pas nécessairement (cf. l'exemple du monde du tigre selon Gardner).

Le problème n'est pas simple. S'il a bien compris qu'il avait fait une "bêtise", il n'y a que moi à utiliser ce terme bien sûr, faut-il encore qu'il comprenne pourquoi c'en est une de dire quelque chose comme "gros bidon" en s'esclaffant dans le contexte d'un groupe "scolaire". Car c'est bien sa forme d'humour, et c'est probablement ce qu'il a dit même s'ils se refuse à nous rapporter ses paroles.

Car il est impossible d'obtenir de lui ce qu'il a dit à cet élève. Quand on insiste il parle de la cantine où il aurait dit également quelque chose(?) à un éducateur.  Il semble avoir compris la leçon dans cette situation, probablement parce que c'est un "adulte" à ses yeux dans son mode de pensée qui fonctionne dans le registre des émotions enfantines, même s'il se revendique de plus en plus autonome et donc "grand".

Comment le faire grandir sur ce plan? Sa mère a vainement, en dernier recours, sur le pas de la porte, essayé de lui expliquer que dire certaines choses ne convenaient pas "cela peut "blesser" la personne".

 

Mais que peut bien signifier pour lui un telle expression "blesser" quelqu'un au sens figuré bien sûr ? Je l'ai tout de suite reformulée en "faire de la peine". Toujours ce décalage entre deux modes de pensée et d'expression évoqué dans l'article "Un certain langage". Échec relatif de la "guidance parentale". Relatif car les exemples cités dans le lien proposé ci-dessous sont ceux d'enfants dans une problématique bien différente. La mère de Yann lui explique beaucoup, avec un grand respect de lui en tant que personne, ce qu'il ne connait pas encore (nous avons souligné qu'il lui faut un étayage enactif à la base (cf. Bruner), dans le "faire" donc (ou des images l'évoquant) pour qu'on puisse en "parler") de ce qu'il "convient de" faire ou ne pas faire... Mais avec des mots qui ne sont pas ceux de l'enfant qu'il est et reste encore sur le plan de sa socialisation.

"guidance parentale"

Le monde du désir pulsionnel (cf.Tardis) et de la vie et de ses règles (maison)

Le monde du désir pulsionnel (cf.Tardis) et de la vie et de ses règles (maison)

Quel langage adopter ?

Et pourtant, informée du problème la veille, j'avais recherché quelles images utiliser (le mieux aurait été de faire un croquis sur mesure mais cela me dépasse maintenant...). J'ai cherché dans mes histoires en images d'où j'avais tiré le chien l'enfant et la baignoire, mais rien ne correspondait à la situation de se moquer... J'ai donc fini par avoir recours aux 3 livres fondamentaux de Catherine Dolto que je n'avais pas donnés à une collègue, les gardant pour lui, oppositions simples dans l'expression des émotions enfantines, "dire non", "les bêtises", et celui du jour "gentil méchant".

Je les ai feuilletés et il était très attentif, bien que je ne lise pas tout, je lui avais proposé de le faire lui et il avait dit "non" par son comportement, buté, opposant... Bien évidemment,  je recadrais un peu, m'intéressant à ce qui le concernait davantage compte tenu de son âge, 21 ans. Nous les avions déjà regardés à l'occasion de "bêtises", pour le problème avec les filles, la question du toucher, par exemple, qui nous avait fait évoquer la séance du scéno-test pour distinguer les deux mondes (cf. l'image ci-dessus du jeu réalisé il y a 3ans), celui du désir et les règles de la vie en commun quand il avait 18 ans. Cela n'avait pas suffi car il a fallu le reprendre à son arrivée à la SAS,

Est-ce pour se réconcilier avec moi quand je lui propose de travailler ensuite et qu'il refuse, buté, 'têtu' dit sa mère, il va me chercher dans la poche de son manteau un "cadeau" : au cours du stage qu'il vient de faire, il a emballé dans de petits sachets des socles avec encoche pour un document à ne pas oublier. Il en a eu 2, un qu'il a donné à sa mère et un pour moi donc. Je pense à Oumi puisqu'au niveau émotionnel je ne peux m'empêcher d'associer! Je le fécicite, le remercie...

Mais son opposition demeure, il refuse toutes les activités proposées. Déjà, en arrivant il avait bougé le tabouret pour mettre le sien et s'était mis sur le vélo refusant d'en bouger. Je m'étais fâchée. C'est au tour de sa mère excédée, un peu de morale, 'tu viens voir Jacqueline pour travailler, elle t'aide à grandir etc... On s'en va'. Effectivement elle se lève, va prendre le café avec M* et je fais de même. Il attendra dans le couloir, et c'est en partant qu'elle lui rappelle ce qui était à l'ordre du jour, "ne pas blesser les personnes" que je suis amenée à reformuler..

 

Yann a compris et en tiendra sûrement compte, sa mère me confirme que son père et elle se sont mis à 2 pour le lui rappeler avant le cours de gym suivant... Il n'y a pas eu de message du côté de la SAS. Faut-il essayer de répertorier toutes les situations où il risque de récidiver ou généralisera-t-il de lui-même...?
Nous ne fonctionnons pas ainsi. La séance suivante n'est pas programmée a priori. Il a un peu travaillé avec sa mère cette semaine. Nous allons donc en principe reprendre nos activités de "lecture". J'avais mis "La maison d’Émilie" dans notre circuit et il y a les cahiers et le livre que sa mère a trouvés. Et... comme il adore les mots croisés que sa mère a dénichés (il trouve par l'image et recopie le mot dans la grille) je cherche ceux que j'utilisais du temps de ma pratique pour qu'il puisse varier les supports... et, un jour, peut-être, "entrer" dans les définitions et les références culturelles de certaines (cf. sorcière pour balai). Introduction à l'humour en quelque sorte. Avant de démarrer notre séance, je lui ferai mettre sur le lit qui sert d'étagère, les supports de notre dernière séance en disant probablement "on a fini avec ça?"...
à suivre...

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27 janvier 2017 5 27 /01 /janvier /2017 21:30
Nommer - identifier dans "son" contexte - raison de l'interdit
Nommer - identifier dans "son" contexte - raison de l'interdit
Nommer - identifier dans "son" contexte - raison de l'interdit

Nommer - identifier dans "son" contexte - raison de l'interdit

Au milieu du 1er trimestre de son intégration à la SAS, Yann (trisomique mais pas que..., 21 ans) s'annonce à l'interphone "avec j'suis maman", bouleversant l'ordre des mots de - j' suis avec - laborieusement construit.

Un des problèmes du jour concerne les "canettes". Yann a grossi. Sa mère lui donnait un euro pour qu'il puisse se prendre 2 consommations à la SAS mais il préfère une canette pour le même prix. De plus il est seul chez lui quand il rentre et "goûte" en arrivant. Sa mère m'en a parlé et je suis allée chercher sur internet de quoi illustrer l'objet, la situation, et sur ICS & OCS une "histoire" frappante pour poser le pourquoi de l'interdit dans l'implicite suggéré par l'image. Elle ne lui donne plus que 40 cts maintenant pour un café ou un potage.

Comme c'était prévisible, malgré ma demande, Yann ne regarde pas les feuilles illustrées posées sur la table, mais s'est déniché un ressort multicolore avec lequel il joue en attendant notre venue dans le bureau. Je le lui  enlève et lui demande ce qu'il voit sur la première feuille : " un jus,  un prince ". Et sur la 2e ?

Le travail commence. 

Sa mère lui a expliqué comme elle a pu la réduction d'argent, le danger pour lui de grossir, avec des mots, tout comme on utilise des mots pour expliquer dans les établissements où il passe, pour lui donner les règles de vie en commun ou lui demander son avis sur ce qui le concerne. Que peut-il en comprendre ?

 

Le travail de description d'images porte ses fruits, il n'a pas de mal à établir le lien du gros ventre du bonhomme, un peu guidé quand même, avec le discours de sa mère sur son propre poids.

Mais les autres images le renvoient à une élaboration plus complexe, comprend-il les mots qu'on lui adresse, pour avoir une incidence sur son comportement ? Rien n'est moins sûr.

Il faut que le problème se pose de facto pour que nous puissions aborder ce qui relève d'interdit par exemple, comme cela s'était passé pour sa relation aux filles.

Le contexte

Je détaille l'image pour qu'il identifie non seulement la canette mais les commandes en lui montrant le clavier sur mon téléphone. Il reconnait alors ce qu'il nomme "le code"(fin de l'article en lien). Je lui demande de dessiner le distributeur qui est à la SAS qui ne se présente sûrement pas ainsi. Il ne réagit pas, et sa mère lui re-expose la situation en précisant

'quand je te donnais 1 euro tu pouvais prendre une canette, mais c'était pour que tu prennes 2 boissons, un café et un potage'

J'enchaîne en dessinant 2 gobelets et lui demande d'écrire ce qu'il peut prendre à côté. Comme je dis soupe, sa mère précise potage et nous passons à l'écrit pour qu'il retrouve le mot par syllabes avec le nom des lettres, il lui faut de l'aide pour ge (il dit je mais ne nomme jamais g). Pour café, il met un K mais je laisse tomber la référence au tableau pour le choix de la lettre pour faire le son. Il faut avancer. Les mots ont été contextualisés, reste la valeur des pièces. Et bien sûr la mise en relation des deux pour s'assurer qu'il l'a bien comprise.

Pièces de monnaie et liens à établir  

L'identification de la valeur des pièces qu'il connait, en ce sens qu'il sait les manipuler, ne peut suffire. En effet, s'il sait lire les petits nombres, il reste utile de vérifier qu'il connait les équivalences quand on les additionne. Je vais chercher de la monnaie pour passer par la manipulation... Sa mère a sorti une pièce de 50 cts. Je dessine un cercleautour et écris après un gros point qui signifie 0, devant le 50. Il complète € fier de savoir l'écrire.  

Je sors ensuite des pièces de 20 cts que va-t-il en faire ?

Il en prend une et l'entoure 4 fois entre les mots écrits. Je me précipite pour dessiner 2 gobelets à côté d'eux. D'un système additif simple on aborde indirectement les fois car il a disposé les pièces de 20 cts en les alignant. A ma demande il rejoint leur figuration à leur valeur comme dans les exercices avec les lettres. 

Dernière étape : différenciation

Construire 1 euro avec 50 + 50 qu'il connait (nous nous sommes entraînés à ce genre d'opérations dans les jeux en comptant ses points en particulier dans celui de la maison de TV Neurones) pour donner un sens à cet euros qu'il a dessiné en lien avec la 1ère pièce jaune..

Nous figurons également la pièce de 2 Euros pour que la différenciation soit bien claire pour lui. Cela aurait mérité d'être repris mais il semble avoir compris et est tellement KO de tous ces efforts que nous n'irons pas plus loin...

J'étais trop occupée à essayer de faire des hypothèses sur sa compréhension pour pouvoir noter quoi que ce soit. Cette figuration des liens à établir s'appuie sur une façon d'apprendre qui ouvre la voie à celle de la compréhension d'un énoncé verbal.

Il y a eu celle de certains de ses jeux analysés dans les extraits de l'article suivant :

 

Avec le jeu de playmaths, Le carré, "Yann semble entrer dans un système additif qu'il verbalise à la façon du langage enfantin, en utilisant l'adverbe encore, ce qui semble indiquer que l'unité devient présente, individualisée, et ainsi manipulable. On sort du figement. Il se sert également de sa perception pour apprécier ceux qui sont à côté d'un qui est déjà écrit... et y va sans avoir à se repérer."
Pour celui des portraits
"Les outils de comparaison sont indispensables et passent par des mots "action" comme "encore" avant de devenir "plus" qui va de l'action/opération (additif) à la comparaison de deux éléments ou états dans "plus grand que" pour les nombres, qui signifie de fait, dans l'exercice, "plus vieux que" en se référant à la projection de leur âge ou de celui de leurs proches. Les manipulations et commentaires donnent sens aux erreurs commises dans une démarche où les essais seuls permettent de trouver la bonne réponse."

Trisomie et structuration mentale

et comme toujours, la référence à Bruner dans une approche cognitive.

L'étape figuration, restera indispensable "pour comprendre", pour lui comme pour beaucoup d'autres, niveau "iconique" proposé par Bruner, étape qui suit la manipulation renvoyant à un niveau "enactif" (dans le "faire"). Il en sera de même pour la capacité à produire un récit.

manipulation figuration compréhension du langage

Comme toujours également, il y a, de ma part, l'intention d'aider sa mère à guider ses apprentissages dans une démarche adaptée au fonctionnement si particulier de son fils qui ne peut fixer de nouveaux acquis dans une démarche pédagogique classique.

guidance parentale et étayage

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13 janvier 2017 5 13 /01 /janvier /2017 08:11
Kapla sans modèle - Mise en page de copies il y a 2 ans
Kapla sans modèle - Mise en page de copies il y a 2 ans

Kapla sans modèle - Mise en page de copies il y a 2 ans

Yann (21 ans) est tout à fait autonome sur internet pour trouver ce qu'il aime. Et quand il aime quelque chose il se l'approprie en le reproduisant de lui-même, quand cela lui chante. Il y a eu de nombreuses listes depuis les pokémons, les hiéroglyphes, quelques caractères chinois mais depuis qu'il est tombé sur les Kaplas il n'arrête pas, au point de les organiser dans l'espace d'une feuille

Ce n'est pas sa seule activité sur internet et il s'affranchit vite des modèles, les reproduisant de mémoire ou comme ce dernier, encouragé par sa mère en en inventant un qu'il n'a jamais vu auparavant, utilisant ses acquis pour les combiner autrement.

Cela fait des années qu'il en réalise. Sa mère en avait photographié, maintenant c'est lui qui s'en charge. Il en est à 111 sur son appareil, depuis le premier. Il y en a eu bien davantage mais  ils étaient souvent réalisés plusieurs fois. Aussi a-t-elle introduit  la notion de doublet pour ne garder que des modèles différents. 

 

Les kaplas lui permettent d'exister au même titre que ceux qui en présentent sur internet. Ses "oeuvres" répondent à son besoin de composition. Enfant il était passionné de puzzles, lui tenant lieu de jeux, support de sa capacité à se concentrer et à organiser des éléments entre eux dans un rapport topologique. Sa découverte du dessin à 9 ans et leur évolution l'avait amené à tenir compte de la perspective, évoquant sa perception d'une 3e dimension. Le passage à 2 dimensions de l'image de ses réalisations, permet d'avoir un support pour que l'image devienne un support de son entrée dans le langage, non seulement tardive mais excessivement lente. Image et mouvement étaient nécessaires à leur fixation. Le champ de la vision et non l'image auditive que l'étayage donnait simultanément. Reconnaitre tout ce lexique n'était pas évident.

Où se loge la créativité chez Yann ?

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28 mai 2016 6 28 /05 /mai /2016 18:20
de la liste verticale à l'ordre avant/après et à "l'écrire"
de la liste verticale à l'ordre avant/après et à "l'écrire"
de la liste verticale à l'ordre avant/après et à "l'écrire"

de la liste verticale à l'ordre avant/après et à "l'écrire"

Les avancées de la séance précédente :
= Étayage
La réponse "directe" ne tient pas compte du contexte de la question. Il faut donc guider l'accès à l'énoncé souhaité.
= Repérage énonciatif de la temporalité
Les mots ont été posés mais pas encore "actualisés" dans un travail spécifique. Ils restent une indication visuelle sur un tableau qui oriente...
= Ouverture à "l'énoncé"
De l'axe vertical (paradigmatique) cf. ci-dessus, à l'axe horizontal (syntagmatique), le travail de construction des réponses aux questions cf. scénario, et des mots se poursuit dans l'interaction oral/ écrit

Langage et énonciation

La généralisation d'un ordre séquentiel

La séance suivante, Yann, trisomique de 21 ans mais pas que, vient donc avec sa mère et l'annonce dès la question rituelle à l'interphone. Il adapte sa réponse à tu es seul ? 

- avec Catherine

Le scénario est bien acquis, et peut-être l'usage de "avec". Ce sera à vérifier dans d'autres contextes. Sinon cela reste un énoncé tout fait. Une forme de salutation. Mais c'est un mot "grammatical", et cela c'est nouveau. Y en aura-t-il d'autres pour qu'il intériorise cet élément essentiel à l'énoncé? Reste la reprise catégorielle "je suis" qu'il faut travailer encore même si elle est presque perceptible dans sa façon "d'esquisser" des mots..

Après avoir mis le bouquet de son jardin qu'il m'a apporté dans un vase, nous allons vers notre espace de travail et je lui demande de montrer à maman ce qu'il avait fait la dernière fois où elle n'était pas là. Les étiquettes des jours de la semaine se trouvent en tas sur la table, à côté du tableau, mais il les range à leur place comme sur le tableau de feutre. Je lui demande alors : Pour toi c'est quoi?

- la date.

C'est pour la date OK. . comment ça s'appelle tout ça? (geste qui englobe les étiquettes)

- souseaine

Les jours de la semaine

- les jou semaine

Quel jour on est ?

- samedi

C'est quel jour que tu fais de la kapoera?

- mercredi

Quelques repères "vécus" facilitent le repérage.

La mère demande : tu as été en stage, qu'est-ce que tu as fait en stage? Au lieu de répondre il suit son idée ("fait?" au CAT)

- C'est poignée de potes.

Quand il a repris les vignettes il n'avait donc pu s'empêcher de les mettre en colonne verticalement, comme sur le tableau de feutre. Nous avions travaillé à écrire les premiers la séance précédente, et je me propose de travailler à écrire les deux autres. Où en est-il de l'aide réciproque qu'apporte l'oral à l'écrit dans son acquisition du langage?

Pendant que sa mère me raconte ce qu'il fait à son poste de travail car elle a pu visiter l'atelier, travail à la chaîne où chacun est à son poste et fait toujours la même chose... (emballer une poignée de porte), il joue avec la matriochka, poupée russe que j'avais placée en haut de la flèche verticale du tableau comme point de référence. Il les sort toutes, les classe, les remet en place en silence, écoutant notre échange et mon commentaire blasé. Marc (un handicapé mental adulte épileptique et dysarthrique que j'avais suivi pour lui apprendre à parler, à compter et des bribes d'écrit) m'avait déjà initiée à cet aspect du "travail" en CA. C'est purement répétitif dans un travail à la chaine. Il ne eut y avoir d'organisation "syntaxique" que dans le produit fini!!! C'est bien une chaîne qui les cosntruit.

Il commente les explications en précisant son intervention.

- pris mateau

Sa mère poursuit. Les percussions c'est quel jour? Le samedi 4 juin, mais le dimanche ce sera pour lui le passage des ceintures. Nous commentons tous pas pareils, tous égaux... Sa mère raconte et lui prend alors des lettres

Ecrire pour dire

NIN puis JA en prinonçant.

- dijago.

Intriguée je demande ce que cela veut dire. Elle me dit qu'il l'a vu sur internet, il acquiesce

- ouais pas à la télé

Je lui fais transférer le mot écrit sur la grille. Je reexplique le tableau et place une des mariotchka pendant qu'il referme les autres qu'on met de côté.

On va faire?

Il suit son idée et voudrait développer

- zen ...?... Je connais! De temps en temps je rappelle

Je recentre sur la tâche du jour, se rappeler les jours à écrire. Au jourd'hui ?

- samedi (avalé mais identifiable) Il sort S  I

- D I ,  j'suis bête.

Je répète le mot plus fort un peu syllabé.

- j'essaie S A

Je redis sa - me (avec geste mais il se refuse à regarder) et à côté du m pour qu'on l'entende.

Il a réussi à l'écrire. Demain c'est quel jour ?

 - dimanche

Il trouve la dernière syllabe et l'écrit avec avec le nom des lettres C H . Comme pour M (samedi) il manque un e.

Il trouve le début

- oui c'est D. le i viendra de lui-même mais il le place après le che.

Je commente : le jour où on travaille pas. Je lui annonce on fait -manche-. Il trouve M veut mettre un e . Non pas e man. Pour trouver le an je fais A (geste de la main ouverte sur le nez) il ne veut pas regarder mais  retrouve le N.

Il veut ensuite écrire

- loto.

Je lui demande quand ?

- aujourd'hui avec

qui ?

- avec Catherine. C'est pas gagné !

Il veut ensuite écrire Kapla, je lui donne l'indication de comment s'appelle maman qu'il vient de nommer. Il trouve Ka et réussit.

On va travailler à écrire Catherine pour la première fois sans avoir vu de modèle, donc sur la base de l'oral..

. Comment on va écrire ka l'autre k tu sais,

C A

maintenant te, il sort T I je dis il manque le e. Il a sorti R I. Posé CA RI. Et qu'est ce qu'on va mettre au bout ?

- ne

Je précise ne c'est n et e. J'insère le h dans la syllabe TE qu'il avait omise.en la mettant à sa place.

La photo est là pour témoigner de ses efforts et progrès.

Les avancées de la séance
>Évocation de mots
- le repérage du temps passe par l'expérience personnelle,
- la réponse aux questions semble se faire à partir d'un mot inducteur en lien avec sa propre démarche de pensée qui ne tient pas compte de l'enchainement des énoncés précédents : il reste dans l'ici et maintenant du déroulement de l'action en cours. L'étayage reste nécessaire à cette actualisation.
>Langage
- il a maintenant l'usage du mot grammatical "avec" et commence à se repérer dans le temps (cf. demain)
- ses commentaires spontanés sont toujours aussi nombreux, justifiés voire avec humour (cf. le loto où il joue sur le mot "gagné" car il utilise cette expression d'habitude quand il est face à une difficulté. Un certain "jeu" apparaîtrait donc.
>Parole
- les mots sont certes souvent escamotés dans un premier temps mais il prend l'initiative de rechercher les lettres pour les écrire. Il se réfère à certaines syllabes qu'il maîtrise mais si l'ordre Consonne+Voyelle est respecté dans son écriture, celui des syllabes dans le mot demande encore un travail d'entrainement à le percevoir. Répéter en ralentissant etc... Il refuse dans un premier temps de regarder les gestes qui pourraient l'aider s'en tenant au canal auditif et à sa propre perception.

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17 avril 2016 7 17 /04 /avril /2016 19:53
Yann et le Sacre du Printemps (trisomie)

Cet article interrompt les compte-rendus des séances de récit sur images correspondant à ceux d'Artus sur l'autre Blog. Comme pour ce dernier, les progrès de l'expression verbale sont manifestes, à des niveaux différents car Yann n'a pas encore acquis la structure des mots dans leur forme verbale pour être tout à fait compréhensible.

C'est encore une autre thématique qui est proposée dans celui-ci : Yann va reconnaître la musique jouée par l'orchestre et la décrire en "racontant" avec force gestes expressifs le film où il l'a entendue qui appartient à ses DVD favoris. Le sous-titre pourrait être MUSIQUE ET IMAGE.

Première partie de la séance : l'écrit soutient la parole

Qu'est-ce que tu as fait hier?

- Un grand Kassè (concert)

- Où ?

- sais pas

La mère précise et gardera la parole pour expliquer les circonstances ....

- à La Villette

J'écris 'à La Villette' et il le répète.

- à la Vi-llette.

Elle explique alors qu'ils n'ont pas beaucoup travaillé avec les tableaux... mais dans le Jardin. Il y avait 3 places qui étaient disponibles et c'est comme cela qu'elle a emmené Yann à ce concert.

Yann feuillette le fascicule qu'il a apporté de la saison 15.16 de l'Orchestre national d'Ile de France puis cherche sur son appareil les photos qu'il a prises.

Trois morceaux différents étaient au programme. Le compositeur, Milho, le monsieur qui a écrit la musique... Il a un peu dormi pendant le 2e. Il y avait un pianola (relié avec le piano qui appuie sur les touches du piano à la place du pianiste qui pousse des manettes). On cherche sur l'appareil photo où on peut le voir.

2ème partie de la séance : fonctionnement associatif

Après, poursuit-elle, Igor Stravinsky. Le Sacre du Printemps. Je lui demande de le laisser s'exprimer. 

Il s'appuie sur les photos qu'il a prises, Elle m'explique qu'il connaissait la musique qui est celle du film Fantasia 1 qui a été sa grande passion et qu'il connait par coeur. On cherche le 2e tableau...

"Ah le faucon, non c'est pas l'autre

le vo(l)can (j'écris en parallèle pour le lui faire reprendre)

c'est que les flammes

(suit un passage confus pour moi où il nomme les héros que je ne peux noter accompagné de gestes mimant des actions)

"ça fait splosif (gestes des bras à l'appui et le bruitage suit) esplose

et les pétards aussi (j'ai l'air étonnée) il explique

le folcue (sa mère traduit le barbecue)

J'écris barbecue et place en "sons" au dessus de cue/kiu

le fromage en Kiri (association avec le K que je viens d'écrire).

Troisième partie : le support visuel de cette mémoire associative

Sa mère explique que pendant le concert il voyait la scène et lui racontait tout alors qu'elle disait chut... Elle commente :

"Les choses que tu voyais , le tyranosaure etc...elles étaient dans l'image, des images dans ta tête"

Je complète : c'était la musique du film.

Il repart sur le film, le tyranosaure Rex, fait les gestes tout en le nommant,

Sa mère poursuit : il attaquait un autre, qui ? et toujours les gestes où il s'identifie au personnage gestes où il se défoule... Il était dans l'action, il les enchaînait. Certaines situations servent de facteur déclenchant.

cf. pomme rouge, et il embraye sur un dessin animé (il a l'usage d'internet et s'y débrouille très bien en plus de ses cassettes et maintenant DVD) Blanche Neige.

Par exemple Bambi : il sait qu'il est triste dit-elle.

Je lui rappelle le dessin animé de Petit ours Brun va au marché, première "histoire" support d'un travail sur la "séparation/individuation" de ce grand garçon d'une dizaine d'année quasiment sans langage, du temps de Windows 95 (ces supports ne fonctionnent plus bien sûr même mal avec XP).

ANALYSE
Je rappelle que Yann a un langage énonciatif, il s'exprime avec ce qu'il arrive à mobiliser au niveau de la parole en l'accompagnant de gestes de type mime. Le mouvement était au cœur de ses premiers dessins. Ce corpus confirme qu'il est très visuel. Sa pensée et son expression s'appuient sur des images.
Une enfant m'avait expliqué comment elle voyait se dérouler le film comme sur la fenêtre de l'histoire des 3 petits cochons qu'elle me racontait (voir en lien un chemin de mémoire).
Les photos qu'il prend sont vraiment un excellent support pour l'accompagner dans son acquisition du langage très retardée certes, mais bien là. Sa curiosité le guide à la découverte du monde qui l'entoure et qu'il fixe ainsi comme un support à la mise en mots qui n'a pu se faire encore par les voies habituelles du bain de langage. Le travail de langage que nous poursuivons actuellement l'aidera sûrement à mieux différencier réel et imaginaire.

Mémoire et conte de fées

Dernière partie

Sa mère revient aux photos qu'il a prises : tu as vu tous les instruments ?

 

En guise de conclusion : où situer le fil conducteur qui a permis à Yann de retrouver en les anticipant toutes les séquences du film ? La musique qu'il retrouve en est-elle le facteur déclenchant ou la séquence d'images enregistrées dans le cadre d'une identification aux acteurs est-elle le support de son écoute d'une musique retrouvée ?  Les deux sont mémorisés intriqués. Il n'était plus question pour lui de dormir...

De l'oeuf et de la poule ...

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